‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 46 sur 175 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

» Quand viendra le moment où je pourrai moi-même leur procurer ce bienfait ! Il y a peu de jours, je cheminais avec un Indien sur le bord de la mer. Je laissais mes yeux errer au loin sur cette vaste étendue. Par la pensée, j'arrivais jusqu'en France. M'adressant ensuite À mon Indien , je lui disais : « Voilà les flots qui m'ont porté sur ton rivage. C'est au delà de cette grande mer qu'est mon pays et la maison de mon père, Là se trouvent ‘des hommes blancs comme moi. Ils entendent mon langage , et je comprends le leur. Je leur suis uni par mille liens de famille, de religion, de patrie, d'amitié. Voilà ce que j'ai quitté pour toi. Vois-tu ce navire qui vogue à pleines voiles, et disparaît presque à l'horizon ? Il s'avance vers les beaux lieux qui m'ont vu naître, Mon amour pour toi me retient sur ces bords étrangers. Si je t'apprends à connattre le vrai Dieu, à l'aimer et à le servir, ce Dieu me dédommagera de tant de sacrifices ; lai seul peut être ma récompense! » C'est ainsi que je parlais du pays de mon enfance, et de tant de personnes dont le souvenir ne s'effacera jamais de ma mémoire. De temps en temps mon Indien, d'un air embarrassé, me répondait : « Tariadon, je ne te comprends pas. » F'uis, c'était lui qui m’adressait la parole, et je me voyais bientôt dans Îa triste nécessité de répondre à mon tour : Turiadon, Que je m'estimerai heureux quand il me sera donné de rompre le pain de la parole sainte à tant d'âmes qui en sont avides , et qui meurent de faim! Le moment viendra. Je compte sur

la bonté de Celui qui m'appelle, tout faible instrument que je suis, à

continuer la mission d’un Xavier dans une terre encore pleine de son souvenir. »

Extrait d'une lettre du P. Antoine Sales, missionnaire de la Compagnie de Jésus, à un de ses frères de France.

« Viram-Patanam, le 18 janvier 1841.

»...… De toutes les conversions qui s'opèrent sous nos yeux, aucune n'est le résultat de nos discussions, et jamais missionnaire n’a eu moins que nous sujet de se glorifier du bien qu'il fait auprès des idolâtres. S’il faut , par exemple , leur prouver l'unité de Dieu, nous n'avons pas besoin des raisonnements de saint Thomas : « Combien de maîtres y a-t-il dans une maison? disons-nous. — Un seul, — Et tu veux que dans ce

monde il y ait plusieurs dieux! » Voilà le genre d'arguments qu’il nous faut,

» Quoique parmi nos Indiens il s’en trouve qui ne sont pas dépourvus de finesse, de droiture d'esprit et de force d'âme, on peut dire néanmoins que ces qualités n'entrent pas dans le caractère général de la nation, C'est un peuple qui, tout ancien qu'il se vante d’être, ne semble pas encore sorti de l'enfance de la civilisation. Il est simple , docile à l'excès, peu susceptible d'impressions douces et délicates; mais, en revanche " tout ce qui est de nature à remuer vivement les sens, à y produire de fortes secousses, est tout à fait de son goût. Un de nos Pères disait dans une de ses lettres que les paysans de l'Europe sont des contemplatifs en comparaison des Indiens. L'expression et le terme de comparaison me paraissent fort justes ; car, en Europe, ‘un paysan , quelque grossier qu'il soit, ne pense pas qu'il faille beaucoup crier pour offrir à Dieu une prière agréable. S'il sait lire, il parcourt tout bas son livre, sinon il

‘cite sans bruit son chapelet ou quelque pieuse formule ; il sait que Dieu l'entend. Mais nos Indiens semblent, du moins dans la pratique, être loin de le croire. Quand ils prient, c’est tout haut et somme en chantant, Quelquefois chacun chante de son côté, le plus souvent ils chantent tous ensemble. Quand ils arrivent à certaines paroles, qui sans doute leur paraissent plus affectueuses, ils agitent à la fois toutes les cloches et clochettes. Si, par aventure, ceux qui sont chargés de les sonner s’oublient ou sont distraits, on entend crier de tous côtés : « La cloche, la cloche! sonnez la cloche! » C'en est fait de la prière , si la cloche ne sonne pas. De sorte que, dans un manuel d'église à l'usage des Indiens , on pourrait écrire en plusieurs endroits, sous forme de rubrique : « ci » les instruments jouent et les cloches sonnent. » Outre les tambours et les cymbales, ils ont ordinairement dans le temple un grand nombre de clochettes de deux, trois ou quatre livres chacune. Les meilleures sont celles dont le son est le plus perçant. Joignez-y, du moins quand leurs moyens le leur permettent, une grosse cloche qu'ils placent, non pas en dehors comme en Europe, le son se perdrait dans les airs sans venir chatouiller l'oreille, mais dans l’église même. Or tout cela doit s’agiter à la fois durant la prière. Les jours ordinaires , la musique est moins compliquée : un Indien donne le signal de la messe avec une plaque de métal qui a presque la forme d'une assiette. Cette plaque est percée d'un petit trou, par où passe une corde qui sert à la tenir suspendue d'une main, tandis que de l’autre on frappe dessus avec un muaillet, Si l'on ne voyait pas cet instrument, on croirait entendre une cloche de quatre cents livres.

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