CHAPITRE
» Ailleurs on n'aime pas à voir dans l'église les mères avec des enfants entre les bras, parce que ces innocentes créatures troubleraient l'office par leurs vagissements et leurs pleurs. Voyez combien les idées sont différentes au Maduré, Ici, une femme n'oserait aller à la messe sans environnée ou chargée de sa jeune famille; si elle en est privée, elle eu,.antera plutôt un enfant à sa voisine plus heureuse. Je vous laisse à penser la musique qu'ils font à eux seuls. Ajoutez à leurs cris le son des cloches et des instruments dont j'ai parlé plus haut, et vous aurez une idée de ce que nous entendons les dimanches et les jours de fêtes. Une oreille européenne, pour peu qu'elle soit délicate, n'y tient pas; mais c'est tout à fait du goût des Indiens, c'est parfait. La prière accompagnée de ce vacarme ne peut, disent-ils, manquer d'être agréable au Seigneur, qu'ils supposent, comme eux, grand amateur du bruit, Au fond, ne serait-il pas facile de déméler un sentiment vrai et une pensée bien touchante cachés sous cette dévotion grossière? Pent-être Comprennent-ils que ces voix innocentes d'un âge encore étranger à toutes les corruptions de la terre, disposent le cœur de Dieu à écouter plus favorablement les vœux de leurs pères coupables,
».…. On s'étonne quelquefois qu'uné poignée d'Européens puisse tenir ici sous le joug des millions d'individus. Il est facile de trouver la solution de ce problème dans ce que je viens de dire. L'on verra plutôt un troupeau de moutons se révolter contre le berger, que les Indiens contre leurs mattres. Ils sont si accoutumés à porter, depuis un temps immémorial, le joug des autres peuples, que cela leur paraît tout naturel. Il ne leur semble nullement étrange que des hommes nés à quatre ou cinq mille lieues de leur pays viennent leur demander obéissance et tribut.
» Je dois ajouter un nouveau trait au caractère de ce peuple, c’est qu'il est très-enclin à la superstition. Je n'aurais, pour justifier ce reproche, qu'à mettre sous vos yeux le tableau hideux des objets de son culte ; mais je ne crois pas nécessaire d'entrer dans le détail, Il me suffira de faire remarquer que vous n'avez rien lu de si ridicul et de si absurde dans la mythologie des anciens, qui ne :< tetrouve dans les pratiques et les fables inventées par les brahmes pour satisfaire le penchant aveugle qui entraîne les Indiens vers la plus grossière idolâtrie. Ce n’est pas assez de cette multitude de pagodes répandues partout ; grand nombre d’entre eux élèvent encore vis à vis de leurs maisons un monceau de boue en forme de cône, de trois à six pieds de hauteur; ils s'efforcent d'y faire entrer