‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 51 sur 175 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

que nCus sommes heureux; malgré certaines difficultés » inséparables d'un ministère comme le nôtre, surtout à son début, nous n'avons que des actions dé grâces à rendre au Seigneur.

» La traversée s’est faite avec assez de promptitude, En huit jours, nous sommes arrivés en vue de l'archipel. Notre dessein était d'aller directement à Carnicobar ; mais le vent, qui était contraire, nous ayant emportés vers une aatre ile, celle de Teressa, le pilote nous dit que les sauvages étaient aussi bons là qu'ailleurs, et qu'après tout, si nous n'en recevions pas un accueil satisfaisant, nous pourrions pousser plus loin, Ainsi donc , le jeudi 3 février, après avoir reçu à bord la visite de trois iosulaires , qui vinrent à nous , montés sur de petites pirogues faites avec des troncs d'arbres, nous descendtmes à terre et nous acheminâmes , par un sable brûlant, vers le plus proche campon. Ce village, situé à une demi-heure de la côte, ne Compte qu'une dizaine de cabanes. Vous dire l'étonnement des sauvages à notre vue, l'étrange expression de leur physionomie , la bizarrerie de leur Costu:ne , la forme de leurs habitations i l'indiscrétion enfantine de leur curiosité > et l'importunité de leurs désirs, poussée au point de nous demander nos chapeaux, nos parasuls, et jasqu’à nos habits, serait un tableau trop difficile, dont j'ai à peine le temps d'indiquer les principaux traits. Du reste, ces insulaires nous intéressaient vivement par leur air de bonté et de simplicité, et surtout , monseigneur , parce que nous «rions été envoyés parmi eux Pour y faire la volonté de notre bon Maitre.

» Dans cette circonstance comme plus tard , Joachim notre pilote et notre ami, nous fut d’un grand secours. Que de peines ne s’est il pas données pour nous concilier l'affection des sauvages ! Avec quelle emphase de geste et de voix il leur répondait , chaque fois qu'on l'interrogeait sur nos noms, Signor, Padre, Doctor! comme il s'animait pour leur faire comprendre que nos intentions étaient bienveillantes > que notré séjour serait un bienfait sur l’île , et que sous notre sauvegarde ils n'auraient plus rien à craindre du diable , habitué qu'il est à fuir devant nous.

» Le lendemain, nous ftmes » Sous la conduite d’un insulaire, une assez longue exciwsion, durant laquelle nous rencontrions à chaque pas des cocotiers. Quand la fatigue nous forçait à prendre un instant de repos sous leur ombrage, nous en profitions pour accomplir nos exercices de piété ot réciter notre office ; nous pensions que prier sur une terre infidèle était le meilieur moyen d'en prendre Possession au nom du vrai Dieu. Nous voulûmes aussi y planter une croix que nous plaçâmes sur un arbre,

tout près d'ur sentier, après l'avoir façonnée de notre mieux avec le grand couteau de notre guide sauvage ; puis, agonouillés devant cet inssrument de salut, vos deux jeunes prêtres, monseigneur, conjurèrent le Sauveur dans toute l'effusion de leur âms do bénir cet archipel, et d'accorder aux vœux de Votre Grandeur le succès de notre apostolst. Marie , notre protectrice et notre mère, ne fut pas oubliée; nous nous consacrâmes de nouveau à son très-saint et immaculé cœur, et nous la suppliâmes de jeter sur nous, sur le peuple de Nicobar, un regerd de compassion.

» Enfin nous rovtnmes à bord pour aller mouiller, deux jours après, devant le campon lo plus considérable de l'ile. Là encore nous reçümes la visite d'an grand nombre de sauvages. Un d'entre eux, bon jeune homme qui parle un peu l'anglais etle portugais, parce qu'il est allé à Goa sur un navire européen , ne nous eut pas plutôt aperçus qu'il nous adressa la parole, Nous en savions assez pour lui répondre , M. Beaury dans la première langue, et moi dans l1 seconde, Dès ce premier abord , il nous prit en affection ot nous voua an attachement qui ne s'est jamais démenti. C'est lui qui nous emmena à terre , qui nous fit voir tout le village , qui, le premier , nous offrit déns sa cabane le rafraîchissement ordinaire du pays, c'est-à-dire de l'eau de coco, Nous le suivtmes sur le plaieau d'une montagne voisine. Le site était des plus heureux ; nous lui parlâmes d'y ôlever notre maisonnette, et il en conféra avec les notables du campon , qui parurent accueillir notre demande vec joie. Alors tout allait au gré de nos désirs : on nous disait qu'on sereit bien aise de nous avoir dans l'ile, bien qa'on ne comprit pas ce que nous pouvions y venir faire. Noire erreur eût êté grande si nous avions trop compté sur ces premières dispositions.

» En effet, à peine ôtions-nous de retour sur le navire, qu'un conseil gênèral de la peuplade fut convoqué à notre sujet ; peut-être sa décision nous eût-elle encore êté favorable, si un habitant d'une île voisine, qui se trouvait alors à Teressa , n'avait effrayé les sauvages en leur déclarant que , dans le cas où ils recevraient les Pères, la tribu devait s'attendre à mourir, Il paraît que cet homme, dont l'avis entraîna tous les suffrages, avait entendu parler de ce qui arriva à Carnicobar, après le départ de MM. Supriès et Galabert : une peste survint ; les missionnaires passèrent pour être cause du fléau , ce qui porta les indigènes à démolir leur maison. La conclusion fut donc qu'on ne pouvait pus nous recevoir,

» La nouvelle nous en fat apportée, le lendemain , par notre jeune ami ; sa tristesse, en nous l'annonçant, égalait notre embarras ; car il nous aimait déjà bien , disait-il, ot il avait beaucoup parlé en notre faveur.

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