‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 53 sur 175 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Autre lettre de M. Chopart au même prélat, « Ile Teressa, le 197 août 1842,

» Je profite des premiers moments que me laisse une fièvre opiniâtre , pour vous donner quelques détails sur mon séjour aux les Nicobar, et vous témoigner ma vivo reconnaissance de l'intér4: que Votre Grandeur daigne porter à son pauvre missionnaire. Mes peines auront perdu presque toute leur amertume quand je les aurai versées dans votre cœur paternel ; quand je vous aurai dit, s’il est possible, toutes les épreuves par lesquelles il a plu à la divine Providence de Ine faire passer, et la protection spé ciale dont elle m'a entouré dans ces pénibles circonstances,

» Tout alla bien pendant les trois premières semaines de notre résidence à Teressa ; nous jouissions de notre bonheur, bercés par les plus douces espérances ; mais un mois n'était pas encore écoulé, que M. Beaury et moi nous tombâmes malades le même jour. Ce ne furent d'abord que des maux de tête, acsompagnés d'une grande faiblesse ; à leur suite se déclar: la fièvre » Avec touies les douleurs qu’elle entratne : les sueurs, les irissons et J'ardrn- d'n-4 soif brûlante, Ces alarmants symptômes réduisirenx M. i: état d'autant plus triste, que, privé de tout remède, n'ays ‘Ts à attendre de nos pauvres sauvages, il ne pouvait pas : "ur moi, qui souffrais presque autant que lui et me trouva dénûment. Votre Grandeur

ne saurait que difficilsment se he, uol cortége de misères nous avons traversé le mois de mars. Nous e…..ons «lors dans les saints jours qui nous rappelaient la passion de notre aimable Sauveur ; le souvenir de sa croix rendait la nôtre plus légère ; nous unissions volontiers notre sacrifice à celui qu'il avait consommé pour notre amour,

» Plus éproavé que moi per la douleur, M. Beaury a aussi été mieux récompensé. Le ciel lui a été ouvert » €t la terre d'exil m'a été laissée en partage. À lui de jouir du bonheur ; à moi de soupirer encore après ma délivrance. Sans doute qu'il était mieux préparé que moi à la mort.

» Pour vous faire une jusie idée de son état pendant sa longue et cruelle maladie, voyez-le dans ja cabane d'un pauvre sauvage, étendu sur une simple natte, Pouvant à peine respirer, et ne trouvant aucun soulagement à ses douleurs. Il a emporté dans la tombe les plaies que

lui avait causées la dureté c'e sa couche. E: tent tant qu'ont duré ses souffrances , il n'a cessé de m'édifier par l'exercice continuel des plus angéliques verius ; sa douceur, son égalité d âme et sa patience étaient admirables, même dans les plus fortes crises ; il répétait à chaque instani du jour st de la nuit : « Mon Dieu, je vous l'offre ! c'est pour vous que je souffre, Ô mon Dieu! » Tout ce qu'il prenait, ne fût-ce qu'un verre d'eau, il le sanctifiait par le signe de la croix. Moins que tout antre, je dois m'étonner de sa pieuse résignation, moi qui l'ai mieux connu, qui l'entendais avant sa maladie se plaindre qu'il se recherchait trop, et se reprocher de boire du thé, parce qu'il le trouvait bon.

» Un jour qu'il se sentait bien oppressé , s'étant tratué hors de son réduit pour respirer un air plus frais, il me déclara la crainte qu il avait d’être sarpris par la mort, et il me fit sa confession générale. Je ne le croyais pas aussi près de sa fin; je lui disais que Dieu ue voulait pas encore nous séparer ; mais le mal fit en peu «e temps de si grand progrès, se bientôt je dus m'’empresser de lui administrer l’extrém. onction.

» Il vécut encore trois jours dans cet état d’agonie. L'approche de ses derriers moments sembla me rendre un peu de forces ; nuit ut jour j'étais auprès de mon ami, respirani avec lui l'air de la mort, Oh: monseigneur, combien de sentiments divers se rressaient alors dans mon âme ! Toute ma consolation, après celle do prier pour lui, était de me jeter entre les bras de mon Dieu et dans le sein de Marie, ma tendre mère ; c'était là que je trouvais le courage nécessaire pour me soutenir dans cette accablante épreuve. La nuit du 4 au 2 avril mit fin aux souffrances de notre bien-aimé confrère. Je lui fermai les yeux en demandant à notre commun Mattre d'aller bientôt partager son bonheur.

» Le jour venu, je me hasardaï , malgré ma faiblesse ; à célébrer pour lui les saints mystères, et à donner à ces plages, presque ignorées du resto des humains, le spectacle attendrissant d’un pauvre prêtre , revenu des portes de la mort, qui offro le plus graud des sacrifices dans une chétive cabane, et fait descendre sur la terre le divin Jésus, porr le prier avec plus de ferveur en faveur d’un digne missionnaire , étendu à ses pieds , et n’attendant peut-être que la venue de son Sauveur et l'application du ses mérites infinis , pour s'élever au ciel et posséder son Dieu.

» Il fallut m'entendre avec les sauvages pour sa sépulture. L'heure

en fut fixée au soir de ce même jour. Une petite barque me fut apportée.

et servit de cercueil, Les insulaires vinrent en foule assister à la funèbre cé: :nonie. Revêta les ornements saserdotaux, je fis la levée du corps

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