‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 62 sur 175 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

2 Plaisirs dans mes visites aux chrétiens et dans celles qu'ils me font. — Non, vous ne savriez croire , ma chère sœur, combien on éprouve de joie lorsque , sur une terre païenne , si loin du lieu de sa naissance, On rencontre des chrétiens qui nous sont unis par les liens d'une même foi, le sentiment d'une même espérance et le feu d'une même Charité! Qu'elle est belle cette religion qm, de tant de peuples de divers langages, de coutumes et de mœurs, n'en frit cependant qu'un même peuple , qu'un seul troupeau sous la houlette d’un même pasteur ! Qu'elle est belle cette vigne du Seigneur, qui a étendu ses plantes jusqu'à la mer, et depuis les rives du fleuve jusqu'aux extrémités du monde ! Extendit palmites suos usquè ad mare et à flumine. Quand je vais dans une chrétienté faire la mission , un de mes grands plaisirs est d'entendre les tidèles chanter à haute voix, dans leurs maisons particulières, ou réunis ensemble dans une Maison commune, les prières du matin et du soir ; je le dis à notre honte, ils font leurs prières plus longues et plus exactement que naus, Bref, à peine le missionnaire est-il arrivé chez eux, le voilà qui viennent le saluer et lui offrir des présents; les hammes lui apportent une tête de cochon ou de

buffle, du bétel » des poissons ; les “xmmes et les filles, différentes espèces de pain de riz, des œufs, des fruits, etc. ; les enfants aussi se cotisent, et viennent par bandes présenter quelque chose au grand père. Je m'imagine que cos présents sont à peu près du même genre que ceux que les bergers offrirent à l'enfant Jésus, et dans ce cas » Comment ne pas s’en trouver honoré ? Arrivés devant le missionnaire , qui est assis, à la mode des tailleurs, sur une estrade un peu élevée, les hommes le saluent en s’agenouillant, le front incliné jusqu'à terre ; les femmes s'asséient sur une natte, joignent les mains et se baissent aussi profondément. Le salut fait, on cause un instant ; je leur raconte des histoires sur la France ; je leur . dis combien est grand dans ce pays, le nombre d'évêques et de prêtres , comme les églises sont hautes, ont de grosses colonnes et ont de pesantes voûtes en pierre ; je leur parle de la multitude d’autels qui se trouvent dans ces églises, de leurs grosses cloches, du chant majestueux des offices, etc.; je n'oublie pas les pieux fidèles qui font l'aumône aux missions, qui leur envoient des chapelets, des médailles et des croix ; et je leur rappelle aussi combien nous sorames obligés de prier Dieu pour eux : « Il paraît qu’on est bien heureux dans ce Pays, puisqne la religion s'y exerce si sclennellement. » Hélas! ils ne se doutent point que je ne lève devant leurs yeux qu'un coin du voile, celui qui cache le beau côté; mais pour cette partie qui dérube à lears regards les œuvres de crime et de mort de vos savants

ant

impies , je la laisse abaissée devant eux, comme elle devrait l'être pour toutes les générations.

» 3° Plaisirs dans les miséricordes que Dieu manifeste pour la conversion des pécheurs. — Nous ne sommes venns ici, en effet, que pour la conversioz des pécheurs ; quel plaisir n'est-ce donc pas pour nous d'en pouvoi convertir quelques-uns ! plaisir plus grand que celui dn chasseur qui , après avoir franchi les montagnes et traversé les forêts, abai onfin là proie qu’il poursuivait avec ardeur; plus pur que celui du conquérant , qui renverse une citadelle longtemps assiégée cu qui prend une ville d’assaut! Or ce plaisir, souvent Dieu le procure au missionnaire pour le dédommager de ses peines et le consoler dans ses aflictions. Quelquefois ce sont des apostats fameux qui reviennent sur la bonne route qu'ils avaient quittée , et j'ai déjà va plusieurs de ces brebis perdues qui ont regagné le bercail ; d’autres fois ce sont de vieux paresseux, et des trainards insignes dans le sentier des vertus. À quarante, cinquante ou soixante ans, ils ne se sont pas encore confessés une fois comme il faut , ils ne se sont pas nourris du Pain des forts; est-il bien étonnant que, sans cette nourriture célente, ils viennent à tomber en défaillance ? On voit aussi assez souvent quelques chefs de voleurs, ou bien quelques victimes du monde, qui, après avoir couru longtemps à travers les lieux âpres et désolés da crime, viennent se reposer, comme Augustin, dans la mélodie intérieure et ravissante de notre sainte religion...

» 4° Plaisirs dans la protection sensible que le Seigneur accorde à notre sainte religion. — Il est vrai, le Seigneur quelquefois frappe ses enfants de calamités passagères ; mais c'est un bon père, il ne châtie que pour corriger ; et s'il permet que les méchants persécutent quelques jours son Eglise , il saura bien, dans le temps marqué par sa sagesse , arrêter leur fureur effrénée et punir leur audace criminelle. C'est ainsi qu'il agit autrefois contre les empereurs romains, qui croyaient pouvoir, avec leur colossale puissance , étouffer l'Eglise dans son berceau ; il suscita contre eux d'innombrabies légions de barbares, et leur trône orgueilleux fut brisé. C'est ainsi qu'il agit encore envers ces hommes qui entreprirent un jour, dans notre France , de démolir les autéis et d'en noyer les débris dans un tcrent de sang ; eux-mêmes furent emportés par ce terrible torrent. Cette conduite de la Providence envers les persécuteurs de l'Eglise est remarquable, et nous en voyons encore un exemple dans les troubles , les guerres , les misères de tous ; ares qui aflligent le royaume annamite. Avant l'édit de persécution , lout était an paix ; mais à peine fut-il lancé ,

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