‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 63 sur 175 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

que de toutes parts des hordes de rebelles apoarurent sur les montagnes, prêtes à déchirer l'empire. Qui pourrait dire comen de soldats, combien de mandarins sont tombés, depuis un an, sous les coups de leur fer meurtrier? Et voilà qu'après bien des combats Connés peut-être sur plus de vingt paints du royaume , contre plus de viugt partis différents , le feu de la guerre civile est encors bien loin de s'éteiudre, Je ne veux pas entrer dans de ‘ongs détails sur 198 affaires politiques de ce pays ; je veux seulement Vous montrer au doigt les lieux où gronde le tonnerre des vengeances célestes , et ceux où tombe :a foudre exterminatrice. Vous voyez que ces lieux sont !+£ trônes et les royaumes qui rejettent insolemment le bonheur et les bienfaits qu'un Dieu nous à achetés zu prix de son sang. « Et nune, reges, intelligite ; erudimini, qui judicatis terram : Et maintenant, Ô rois, comprenez ; instruisez - vous, jcges de la terre. » (Ps. 11, 10.) Cette vérité a été si bien prouvée par les exemples des siècles précédents, qu'ici les païens mêmes n'en doutent pas ; ils croient sincèrement que le roi, persécutant la religion de Jésus , ne saurait conserver son royaume, Il paraît même que le tyran a tremblé; car il a beaucoup ralenti l'ardeur du feu de sa colère contre nous ; il a feint de croire que les chrétiens de ses Etats ont définitivement abandonné la religion...

» Quand il eut fait étrangler M. Gagelin , il avait encore sous sa main M. Jaccard et le P. Octorico ; cependant il n'osa les frappe: de mort, il se contenta de les envoyer en exil sur les montagnes ‘ «éparent la Cochiachine du Laos. Il est vrai que l'ordre de les laiss purir de faim était bien l'équivalent d’une sentence Capitale; mais Dieu, qui tient dans sa main le cœur des rois, a encore un peu amolli celui de Minh Ménh, et il s'est décidé à leur faire donner du riz et rendre leurs livres.

» Voilà, ma chère sœur, bien des preuves de la protection divine envers l'Eglise. Je veux cependant vous raconter encore une ou deux autres anecdotes qui prouvent la même vérité. À Këé-Ng4, petite chrétienté appartenant à mon district , les païens , qui dans le village forment 1» Majorité , avaient grandement inquiété les chrétiens pour leur faire prenûre part aux superstition ; ils leur avaient enlevé une partie du bois de leur église , et extorqué beaucoup d'argent; mais voilà qu'un de leurs notables , celui précisément qui s'était montré le plus acharné , a été frappé de mort subite. Eux, aussitôt, de consulter le démon Pour savoir pourquoi cet homme est mort d'une manière si extraordinaire; mais, par une permission divine, l’oracle a répondu que c'était parce qu'il avait persécuté les chrétiens et qu'il s'était emparé du bois de leur église ; que si l’on

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voulait éviter de plus grands malheurs, il fallait réparer le tort fait au chrétiens, et les prier d'aller chercher le prêtre pour faire la mission comme auparavant. Les païens ont obéi, et le prêtre annamite a pu aller visiter ces pauvres chrétiens. Dans une autre chrétienté de mon district ( Bâl- Dout}), un riche païen avait forcé les chrétiens de lui vendre leur église dont il avait fait un hangar; or, ce païen est tombé dangereusement malade , et le sorcier qu'il a consulté lui a répondu que sa maladie venait de ce qu'il possédait l'église des. chrétiens. Ce païen, craignant de mourir, a bien vite rendu cetto église, sans même oser redemander l'argent qu'il avait donné pour l'acheter. Dans un autre endroit peu éloigné de mon district (Ké-Koua) , les païens s'étaient mis à abattre une église, quand tout à coup une partie de l'édifice tomba sur eux , leur tua deux hommes et en blessa grièvement deux autres. Je pourrais vous dire encore ce qui vient de m’arriver à moi-même. Deux païens, par un esprit de vengeance contre le maire d'un village tout chrétien , où je faisais la mission , découvrirent mon existence au mandarin de l'arrondissement ; leur intention était que ce maire fût trouvé en faute, et puni comme recevant des Européens dans son village; mais l'adjoint du mandarin nous a donné avis de cette dénonciation, et j'ai eu le temps de fuir dans un autre arrondissement, où je suis inconnu aux officiers du roi. C'est ainsi que le Seigneur est bon ; il châtie, il corrige , il punit , il protége aussi et il guérit, il fait tout pour sa plus grande gloire et pour le salut de ses enfants. N'ai-je donc pas raison de trouver un grand plaisir dans le considération de celte marche sage et juste de la Providence, et de cette protection sensible qu'il accorde à son Eglise ? » 3° Plaisirs dans l'exercice de mon ministère, — Le plaisir que nous trouvons dans l'exercice de notre ministère est un plaisir certainement mêlé de beaucoup de peines: et néanmoins nous sommes extrêmement contents lorsque quelques moments de tranquillité nous permettent de vaquer à ce ministère. Mais je vous entends me demander : « Comment faites-vous la mission dans ce pays? » Ma chère sœur en Jésus-Christ, nous la faisons bien simplement, sans pompe, sans appareil, sans chant, sans cé. émonie. Nous logeons dans une cabane, notre église est aussi une rabane appartenant à des chrétiens. Deux heures avant le jour, on donne le signal du réveil, et les fidèles viennent réciter la prière et le chapelet dans la cabane convenue ; après quoi le prêtre s'habille, Avant de commencer la messe , il fait aux fidèles une courte instruction ; pendant la messe, le catéchiste récite à haute voix les actes avant la communion pour ceux qui s'y préparent ; et après la messe, il récite les prières après la

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CHAPITRE III communion, pour ceux qui ont eu le bon heur de la recevoir. Ensuite chacun d'eux retourne à son ouvrage; le catéchiste va chercher et exhorter dans leurs maisons les paresseux et les endurcis : le prêtre confesse, catéchise les petits enfants, reçoit les visites des chrétiens , juge leurs différends ; empêche les

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i, après toutes ces OCCupations, il a quelques moments à écrire à ses amis ou bien à dormir, afin se des confessions de la nuit précédente.

» Le dimanche, ce sont encore les mêmes exercices ; point de différence, si ce n’est qu'un plus grand nombre de fidèles y assistent. Dès le soir du samedi, ils arrivent en foule des chrétientés environnantes, mais quelquefois très-éloignées de celle où le prêtre fait la mission. En hiver, ils parcourent des chemins affreux , dans la boue et dans l'eau jusqu'au-dessus des genoux. Depuis le commencement de juillet jusqu'à la fin de novembre , particulièrement dans mon district, les champs sont, comme je l'ai déjà dit, entièrement Couverts d'eau ; les villages ressemblent à de petits tlots , etl’on va à Ja messe en barque. Voilà donc > Ina chère sœur, comme je fais la mission dans ce temps de persécution où nous sommes ; je ne sais encore comment on la fait en temps de paix. Lorsque tous les fidèles se sont approchés des sacrements » le prêtre passe dans une autre chrétienté, de la manière et dans l'équipage que je vous ai décrit plus haut. C'est du moins ainsi que j'en use. Mais si tous les habitants du lieu sont chrétiens, il arrive souvent que les fidèles prient le missionnaire de faire la bénédiction de leur village avant de partir, J'ai déjà fait deux bénédictions de ce genre. La première fois, j'étais monté sur une barque , en surplis et en bonnet carré ; je fis letour du village et le bénis solennellement aux quatre points caräinaux, L'aurore commençait à paraître , une vingtaine de barques escortaient la mienne ; tout était tranquille dans la nature, excepté le zéphyr qui s'agitait dans les airs et y répandait une agréable fraîcheur. La seconde fois, je fis cette bénédiction pendant la nuit; tout le village, chantant à demi-voix les litanies des Saints et celles de la sainte Vierge, marchait à Ma saite, à la lueur d'un grand nombre de torches enflammées. Alors je bénis les maisons, l'eau des puits etles buffles attachés près du chemin, En temps de paix, le missionnaire a de plus le plaisir de chanter quelques messes solennelles ; Mais je n'ai pu me procurer ce plaisir encore qu'une seule fois, il y a environ deux mois; c'était une messe de mort que je célébrai bien avant l'apparition de l'aurore. Deux de mes gens faisaient acolytes ; trois autres revêtus de chapes chan-

taient au pupitre ; seize cierges brûlaient sur le catafalque ; les fidèles des environs étaient venus en foule , dès la veille, pour y assister. Si vous saviez comme je fis retentir ma voix, quel bonheur c'était pour moi de pouvoir chanter sans contrainte les louanges du Seigneur ! Croiriez-vous qu'une de mes plus grandes privations est de ne pouvoir plus chanter ces divines louanges ? Oh! quand je me rappelle les chants et les cérémonies de Lyon, comme je pousse de profonds soupirs ! Il n’y a que la pensée du ciel, où j'espère chanter et entendre chanter tout à mon aise, qui me console de cette privation ; oh! oui, vive le ciel!.. Mais pardonnez cette digression , j'ai hâte de revenir.

» Un riche païen des environs, qui me connaissait de réputation , se trouvant alors dans le village où je célébrais cette messe, demanda la permission d'y assister ; il en fut émerveillé. Quelques jours avant, le frère atné de ce païen était venu me rendre visite, me priant d'aller me cacher chez lui s'il arrivait quelque circonstance désagréable ; nouvelle preuve que la Providence veille sur nous, puisqu'elle nous prépare dans le secret, jusque même dans les camps de l'ennemi, des retraites contre les jours mauvais, retraites que les méchants ne sauraient même soupçonner, Oh! que le Seigneur est donc bon ! que sa providence est admirable t Que les enfants de la terre s'attachent à ce monceau de boue, qu'ils se disputent à l'envi quelques grains de sable ; pour moi, je ne veux que vous, Ô mon Dieu, et je me tiens bien content de la part que vous m'avez assignée. Prêcher l'Evangile aux pauvres, courir de cabane en cabane sur les pas de Jésus, oh! que ce ministère est beau ! À d’autres le pénible état de faire retentir la parole sainte à l'oreille des grands, de la prêcher sous la voûte résonnante des basiliques riches et superbes, entourés d’un auditoire illustre et nombreux; mais à nous la gloire de catéchiser le pauvre et l'ignorant sous sa case de paille. Que d'autres parcourent solennellement les provinces, précédés par la renommée qui proclame leur arrivée par avance; pour nous, notre bonheur est de passer inaperçus sur les empires où le démon règne tyraspiquement, de ruiner sourdement son pouvoir en lui débauchant ses sujets.

» Mais, ma chère sœur, je vous entends me dire : « Comment pouvez: vous être content et heureux, si loin de votre patrie, pauvre et dénné de tout, seul et abandonné à vous-même ? » Si loin de sa patrie? Eh! vous ne savez donc pas que, pour le philosophe , le monde entier est la patrie ; mais pour le chrétien , la patrie véritable est le ciel. Là se trouve le rendez-vous commun, le rendez-vous éternel, où j'espère rencontrer

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