‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 71 sur 175 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

réparer autant qu'il est en moi cette médisance, je dois ajouter que les fleuves, ces beaux chemins tracés par la Providence , sont en Chine un grand supplément aux routes artificielles. Quand on veut Voyager ou transporter des marchandises d'un lieu à un autre , il est rare qu'on ne puisse le faire par eau. La navigation est plus ou moins accélérée , selon qu'il faut remonter ou suivre le cours des rivières, selon que le vent est propice ou contraire. Tantôt c'est la voile qui se déploie, et alors on peut jouir d'un beau spectacle : comme le lit du fleuve est souvent creusé en zigzag et d’une manière assez capricieuse, on voit au loin , sans apercevoir les jonques, un grand nombre de hautes voiles de formes diverses qui paraissent se promener majestueusement sur la campagne et couvrir la cime des arbres ; tantôt on abaisse la voile qui se plie sur elle-même comme un immense éventail, et l’on vogue à la rame. Souvent aussi les matelots se forment en attelage sur la rive et font avancer la barque au moyen d’une longue corde. Evidemment tout cela ne vaut pas les messageries et les bateaux à vapeur du beau pays de France.

» Quelquefois la navigation est d'une lentenr vraiment déplorable. Ainsi dernièrement, pour faire quarante lieues il m'a fallu perdre dix jours. Ici, on ne voyage point la nuit; les voleurs en sont la cause ; on redoute leur attaque , ce qui n'est assurément pas à la plus grande gloire de la police chinoise. Quand le jour commence à tomber, les jonques se réunissent par petits groupes , on jette l'ancre , et puis dorme qui pourra. C'est alors que commence le vacarme. Pendant toute la nuit, On marque les veilles à coups redoublés, qui sur les tam-tam , qui sur les tambourins, qui sur de gros tubes de bambou. Le charivari devient insupportable quand on a le triste honneur de se trouver auprès d’une barque mandarine. Il paraît de règle générale que les domestiques des hauts personnages se croient obligés en conscience de faire trois fois plus de bruit que les autres. Au demeurant, lorsqu'on ne va pas dans l'empire céleste précisément pour y chercher du bien-être , on ne se trouve pas mal dans les navires chinois; on y est couché sur le lit qu'on sait s’y faire, on y mange ce qu'on a préparé. Les matelots sont de braves gens qui ne se mêlent pas de vos affaires , et qui n’ont avec vous que les relations qu'il vous plaît d'avoir; on peut même y prier Dieu tout à son aise, on y est fortement excité quand on voit ces pauvres païens faire leurs inclinations au génie du fleuve, brûler Je papier superstitieux et allumer les chandelles rouges. Chose bien remarquable ! j'ai cru m'apercevoir que c'était toujours le plus jeune de la troupe , ou un enfant, s'il y en avait, qui était chargé

du culte. Serait-ce que, même dans le paganisme, on reconnatt que la prière doit partir d'un cœur humble , simple st petit ?

» Après trente-cinq jours de voyage, j'ai débarqué joyeux et bien portant à Kien-Tchang-Fou, d'où je vous écris cette lettre. Mon premier soin a été d'envoyer un exprès annoncer mon arrivée à M. Laribe, qui est actuellement en mission dans un district assez éloigné. Il y a déjà trois jours que je l'attends ; j'aurais peut-être trouvé ce temps fort long:et fort ennuyeux, mais j'ai eu le plaisir de causer avec vous, mon cher ami, et cela m'a beaucoup aidé à prendre patience. »

Martyre de M. Cornay, missionnaire au Tong-King.

Extrait de la relation écrite par M. A. X. Marette, missionnaire apostolique au Tong-King, et par M. Cornay lui-même.

« Jean-Charles Cornay était né à Loudun, diocèse de Poitiers, de Jean- Baptiste Cornay et de Françoise Mayaud , le 12 mars 4809. Ses parents, propriétaires aisés, sont de plus recommandables par une piété en quelque sorte héréditaire dans leur famille. Le jeune Cornay, appliqué à l'étude dès le bas âge, commença ses classes au collége de Saumur, et les continua à celui de Montmorillon. Son esprit naturel, aidé d’une heureuse mémoire , . procura de rapides succès. Se sentant appelé à l'état ecclésiastique , il entra au séminaire de Poitiers en 1827, en sortit sousdiacre en 1830, pour passer au séminaire des Missions étrangères, à Paris, où l'appelait son zèle. Il n’était encore que diacre, n'ayant point l’âge nécessaire pour le sacerdoce , lorsqu'il s’embarqua pour la Chine le 47 septembre 1831. Il relächa à Manille, et débarqua à Macao en mars 1832.

» M. Cornay était destiné pour la mission de Su-Tshuen, et c'était pour s’y rendre plus sûrement qu'il avait conçu le projet d'y pénétrer par la voie du Tong-King.Mais la Providence, admirable dans ses desseins, en ordonna autrement. Retenu par des circonstances imprévues dans le Tong-King , M. Cornay y fut ordonné prêtre le 20 avril 4834, par Mgr Havard, vicaire apostolique, et se décida à se fixer dans ces contrées. Tout semblait cependant devoir l’éloigner : d’un côté, le climat lui était contraire; de l'autre, Minh-Mênh, à l'occasion de la prise de M. Mar-

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