‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 74 sur 175 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

renas frugal ; mais quant à notre saint confrère, il fut contraint de pousser son jeûns jusqu'à cinq heures ; alors, sur sa demande , le mandarin lui donna trois cuillerées de riz ; c'est à quoi dut se borner sa réfection. «Avant le repas, dit-il, ainsi qu'après , j'offris mes actions de grâces à Dieu avec force signes de croix » et les assistants comprirent bien ce que c'était. »

» M. Cornay, quoique captif, avait le visage riant; ilse mit même à chanter dans un livre de plain-chant, ce qui divertit fort les soldats » attirés par la nouveaaté de nos airs, qui sont si différents des leurs. Cependant la

capture considérable, mais parce que la prise de M. Cornay livrait le village à une sorte de pillage...

» Le colonel voulant, selon son plan médité, traiter M. Cornay comme un grand criminel d'Etat, avait ordonné dès la veille la construction d’une Cage ; celle-ci fut apportée vers les huit heures du matin, «On m'ôta alors la cangue , dit le missionnaire , et j'entrai dans la cage, dont on lia fortement le dessus, Me voilà donc renfermé comme un loup, et à la merci de tout le monde; cependant je vis bientôt que cette Cage était préférable à la cangue, qui commençait déjà à peser sur mes épaules encore inhabiles à la porter ; là du moins je pouvais m'étendre et me mouvoir sans avoir de fardeau ; de plus , j'étais à l'abri des Coups qu'on distribuait à tout venant. Enfin, quand la bête fat en cage, ses gardiens, la voyant en sûreté, s'apprivoisèrent,

» Dans cet intervalle, les officiers examinèrent nos effets saisis, et ne les traitèrent pas » COMME on pense, aves la délicatesse d'un sacristain ; toutefois ils accordèrent à mes instsnces six volumes qui s’y trouvaient devant moi, Interrogé sur leur usag, , je leur dis que c'étaient des livres de prières et que je m'en servirais pour prier peur eux ; cette réponse leur fit plaisir, Le colonel me céda aussitôt un christ qui était parmi les objets enlevés; et comme il me demar‘ait ce que j'en ferais, « C'est pour le vénérer, lui répondis-je, et pour lui demander la force dont j'ai besoin dans ce moment. » Là-dessus , prenant le livre des Evangiles, j'expliquai ce trait de la Passion où il est dit que Notre-Seigneur parut devant Pilate ; puis, ouvrant l’Imitation, je leur expliquai encore ce passage sur lequel je tombai : « Si vous vous réfugiez dans les blessures de Jésus, vous en ressentirez une grande force dans la tribulation , vous ferez peu do cas des mépris des hommes, et vous supporterez facilement leurs médisances. » J'y mis toute ma science ; et à force

de leur répéter ce que je disais mal, je vins à bout de me faire entendre.

» La cage dans laquelle j'étais porté n’était que provisoire ; elle était confectionnée avec des bambous, les quatre : ngles seuls étaient en bois. Je ne la croyais pas pesante, cependant huit horames avaient peine à la porter. Comme les chemins n'étaient point proportionnés à sa largeur , sans cesse on était obligé de quitter les sentiers battus pour traverser les champs, et d'élargir les ouvertures des haies. Un soldat armé d'une verge frappait ces malheureux porteurs, et ne leur tenait aucun compte de la difficulté des routes. C’est ainsi que l’on traite le peuple au Tong- King ; les coups sont le seul salaire des corvées auxquelles on l'assujettit.

» Enfin on arriva au lieu de la couchée. Les mandarins se retirèrent dans un temple, et la cage resta au bas. Ce fut ainsi que je passai ma seconde nuit en plein air. Heureusement le mandarin m'avait rendu ma couverture , un tapis d'autel et deux habits qui forment aujourd'hui encore toute ma garde-robe ; je pus donc me préserver du froid. Dans cette nuit, les soldats m'apprirent que ce n’était pas mai qu'on cherchait, mais un rebelle, et que celui-ci s'étant enfui, on ayait mis la main sur moi, parce que je m'étais trouvé là.

» Le jeudi 22 juin, le convoi s’achemina vers le gouvernement de la province, qui n’est qu’à six lieues de Bau-No. En route, M. Cornay priait, lisait, chantait et causait tour à tour ; tout le mond vantait sa gatté. Il raconte ainsi le trajet : « On se remit en marche au point du jour. On était alors sur la grande route ; cette route, qu’on n’appelle royale que parce qu'il n'y enaqu'une de ce genre au Tong-King, n'est cependant pas fort large ; deux voitures de la dimension de la mienne y eussent été souvent embarrassées dans leur rencontre, sans compter que le chemin, coupé par de misérables ponts qui retardaient la marche, est rompu en plusieurs endroits. À tout instant mes porteurs étaient obligés de courir pour se mettre au train des soldats, sans pouvoir s'arrêter à boire un peu d’eau pour se rafraîchir. Quoi qu'il en soit, ma marche 6tait en un sens fort pompeuse, environ cent cinquante soldats me précédaient , et autant me suivaient, avec des mandarins en filets surmontés de dais ; ma cage, portée par huit hommes et ombragée par mor tapis rouge , occupait le milieu ; j'étais snivi de huit chrétiens arrêtés 6 : même temps que moi, qui marchaient tristement, attachés ensemt : par l'extrémité de leurs cangues. Sur la route, quantité de peuple accourait à la nouveauté du spectacle. Ce fat ainsi qu'on arriva au relai d'une préfecture. Je fus déposé devant un

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