‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 75 sur 175 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

mandarin, qui, s'étant enquis auprès des officiers, commenca avant tout par me dire de shanter, Parce que mon talent en ce genre était déj, ‘enommé, J'eus beau m'excuser sur ce que j'étais à jeun , il fallut chanter. Je dérouais donc toute l'étendue de ma belle voix, desséchée par une espèce de jeûne de deux jours et demi, et leur chantai ce que je pus me rappeler des vieux cantiques de Montmorillon, Tous les soldats étaient à l'entour, et un peuple nombreux se fût précipité vers la cage, sans la activité de service. Dès ce moment mon rôle changea ; je devins un oiseau précieux par son beau ramage ; après cela oc me donna à Manger. Quelques moments après, je vis punir deux sous-officiers à qui deu soldats administrèrent ruinze coups de verge ; mais sachant bien à qui ils s'adressaient, ils ne faisaient qu'eflleurer les habits ; après s'être relevés et avoir salué (car ici lorsqu'on a été puni, il faut remercier ainsi son supérieur), les sous-officiers firent fonction de bourreaux à l'égard de deux soldats ; cette fois ce fut avec la dextérité de gens qui sont au fait de la chose, Les soldats s'étant relevés, le mandarin fit encore frapper de trois coups la place où ils s'étaient couchés ; la poussière vola , et l'on se remit en route. » Assez à l'aise dans ma Cage, je pus pendant le trajet considérer de près les soldats qui m'entouraient et leur tenue. Ils ont des uniformes de gros drap d'Europe ; leur habit ne diffère Pas pour la forme de ceux du peuple, mais les manches sont d’une couleur différente de celle du reste du corps; les parements ressemblent assez à ceux des uniformes de n0S pays; des bandes et une ceintare d'une Nuance tranchante viennent encore perfectionner la bigarrure. Leur coiffure consiste, comme celle des autres Annamites, en un turban » avec la seule différence qu'ils affublent par-dessus un petit chapeau pointu, fait comme un couvercle de casserole, Leur pantalon est si court qu'il laisse à découvert leurs jambes et leurs pieds noirs; impossible de rien imaginer de plur grotesque. De plus , comme ils sont couchés continuellement à terre tout habillés, leur malpropreté est extrême ; sans parler de la vermine dont ils sont couverts, leurs vêtements, pour la plupart, sont tout déchirés et raccommodés tant bien que mal avec toutes sortes de lambeaux. Enfin, sans tenue , ils ne gardent pas même de rang et marchent à la débandade. Ils sont néanmoins distingués les uns des autres » Moins par la couleur particulière à chaque bataillon que par l'armure. Ceux-ci ont un fusil avec baïonnette, ceux-là des piques de huit pieds armées d’un fer de six pouces ; d'autres portent des lances de six pieds, dont le fer, en forme de coutelas, a plus d'un pied de hauteur ; d'autres enfin n'ont que le sabre et le bou-

verge en

Li 140 LES MISSIONS CATHOLIQUES

[RIT clier, J'imagine que quand ils sont en bataille , les fusils au moins sont pou séparés des autres armes; mais en route tout est pêle-mêle. Je sais qu'il - les c

| 114 n'existe point de cavalerie et que les pièces de campagne sont portées à chafi 4 | bras. Tel fut le cortège au milieu duquel je parvins au chef-lieu du gou- nant FU LER vernement de la province de l'Ouest, dite Doai , oë j'avais passé déguisé fois 1 ! | en Chinois cinu ans auparavast ; c'est un gouvernement général, qui 1n- tion

| 1 prend les det. provinces Hung et Tuyen. ‘ cage

ê | » Un peuple immense accourait ds toutes parts lorsqu'on m'introduisit mièr | au gouverneme it. C’est comme un camp fortifié, presque de plain-pied ment

Lt El {1 et entouré de fossés ; il sert à la fois d'hôtel aux mandarins, de tribunaux, la nu

|: Fi de caserne, de prison, de greniers publics ; le circuit peut en être d'une sa loi 4 4 pr \ demi-lieue. Les remparts, élevés d'environ vingt pieds, sont construits en 1 haute L FU briques formées de grosses masses d'une terre qui se sèche au soleil etse vent

[ | | durcit sans avoir besoin de cuisson ; ces briques sont moins solides que tours F; les pierres, mais elles sont suffisantes, vu la faiblesse des moyens d'attaque uns d dans ce pays. Lesremparts sont, du reste, appuyés par des terrasses comme fatigu

en Europe; l'intérieur de ce camp fortifié est divisé en plusieurs en- la nu

ceintes. Je fus déposé devant l'hôtel du gouverneur général. Ce gouver- souffr

neur est un homme assez grand , d'environ cinquante ans, sans barbe et en jou

d'une belle figure relevée par une blancheur peu ordinaire au Tong-King. » 1

Il vint gravement jeter quelques regards sur tout mon attirail, et se dique,

retira; puis il me fit dire que dans peu de jours je serais envoyé à la contre

cour de Cochinchine et remis à la discrétion du roi. é deux:

» Lorsque le gouverneur se fut éloigné, ma cage fut entourée d’une le dés

foule d'eufants et de satellites des mandarins de la place. Je me composai subalt.

de on mieux, et refusant de répondre aux questions qui m'étaient adres- i justice sés de toutes parts, je ne prononçai que ces mots : « Jen'ai pas rour. » morce: Ce* naroles furent répétées de bouche en bouche. « Non, n'ayez pas peur, geux 1 me disaieut-ils, nous ne voulons vous faire aucun mal; c'est la curiosité « D

qui nous aitire auprès de vous, nous n'avions jamais vu d'Européen. » Je que je

me «éridai enfin à l'approche de l'officier mon interrogateur, qui leur toire ; donna tous les renseignements qu'ils pouvaient désirer ; celui-ci me força mier ; { encore à chanter pour prix de mon dîner: je chantai un complet à la souffrir sainte Vierge. | et del » Bientôt parut la grande cage dans laquelle je devais définitivement je n’av habiter. Sorti de la première, j'eus ies bras liés, et de plus je fus enchaîné. l'x pourrai La chaîne qu’on m'apporta est triangulaire ; elle me prend au cou par religion

un anneau majeur et descend jusqu'au nombril, où elle se divise ensuite

Page 1