CHAPITRE
pour s'altacher au-dessous des deux jambes par deux autres anneaux : les clous en sont rivés, en sorte qu'il n'y aura plus moyen d'ouvrir ma chaîne qu, « ‘nil me faudra mourir, ou m en aller en liberw moyennant finance. Le poi” üe la chatne ordinaire est de huit livres : quelquefois les criminels sont obligés d'en faire eux-mêmes les frais, Cette Opération achevée, on me délia les bras » © ja pris possession 4 ma nouvelle cage, que l'on referma soigneusement, De même dimension que la première, cette cage 3st assez hante et assez large pour que je puisse facilement changer de position, mais elle n'est pas tout à fait assez lonrue pou: la nuit, Elle est carrée, posée sur quatre pieds de six pouces d’ :: ’ation ; sa longueur est de cinq pieds environ sur quatre de large, et «ant de hauteur à l'intérieur. Ello a quatre bras qui la prennent au milieu et serfent à la transporter ; le dessous et le dessus sont en planches, les alentours garnis de : irreaux en bois , croisés à la %istance de six pouces les uns des autres. Depuis huit jours que je suis en cage, je sais déjà bien fatigué d'être toujours conché on assis dans une si étroite circonférence ; la nuit surtout, je suis rompu par la dureté du bois : mais il faut bien souffrir, sans autre perspective qu'une augmentation de douleurs de jour en jour. Telle est la volonté de Dieu ; qu'elle s'accomplisse ! »
» M. Cornay fut soumis le 20 juillet à un premier interrogatoire juridique, où il n’eut pour défense que son innocence ; ayant seul à combattre contre un accusateur qui espérait se racheter au prix de son sang, contre deux misérables chrétiens pris avec lui et qui, gagnés par les mandarins : le désigraient comme chef de révolte, contre une nuée de mandarins subalternes , contre plusieurs faux témoins, enfin contre l'intendant de justice , qui le menaçait de pinces rougies au feu et de le faire hacher en Morceaux s'il persistait à nier le fait. Le 30 juillet suivant, notre courageux martyr écrivait en ces termes :
« D'après les lettres reçues de mon confrère M. Mariette, il paraît que je nai plus rien à espérer. On me fait crainüre un second interroga: toire ; je ne sais si je m'en tirerai sans effusion de sang, comme du premier ; toutefois, mieux préparé au combat, j'aurai aussi plns de force pour souffrir, Je continue, du reste, à être gai et à chanter les louanges de Dieu et de Marie. Le colonel, qui vient me voir souvent » M'a annoncé que si je n’avouais mon crime il me faudrait mourir, et me demandant si je pourrais encore chanter, je lui chantais sur-le-champ ce cantique : « La religion nous appelle, sachons vaincre, sachons mourir, etc, » J'ajoutai ensuite qu'alors même que je serais attaché au poteau, je chanterais s’il me
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l'ordonnait. Il ne put se défendre de témoigner son étonnement. Oui, s’il me faut chanter à la dernière heure, mo rappelant l'exemple des anciens martyrs , je chanterai pour la plus grande gloire de Dieu ; Jésus ; Marie : Joseph, seront mes dernières paroles.
» Vendredi 44 août, j'ai comparu pour mon second interrogatvire ; on m'a fait sortir de ma cage, j'ai été orné d'une énorme cangue qu'on a ferrée à neuf; puis, après quelques demandes sur ma prévention de rébellion, j'ai été traîné, étendu, mis à nu et lié. Chaque fois que je répondais « Tout ce qu'on avance est calomnieux , » les coups de verges pleuvaient sur moi; on revenait sans cesse à la charge, me menaçant sans cesse d'être frappé jusqu'au soir, tantôt d'être soumis tous les jours à un semblable traitement jusqu'à ce que j'avouasse mon crime, puis on me promettait le pardon du moment où je me serais rendu coupable ; mais on n'a rien obtenu de moi, et, après cinquante conps, on m'a délié. Quelque douloureuse qu'ait été cette question , la plus vive souffrance était celle que me causaient mes bras, liés vers les poignets et engourdis de plus par la cangue sur laquelle ils étaient tendus. Enfin on m'a traîné das ma cage, et, en arrivant dans ma prison, j'ai chanté le Salve Regina. Dites à mon servant Kim que je n'ai pas jeté un seul cri ni poussé même de soupir qu'à la fin, lorsque mes bras me faisaient souffrir outre mesure. La nuit, le lendemain et la deuxième nuit, mes blessures me causaient des douleurs aiguës. À présent, huit jours après, les plaies sont en partie guëries ; mais mon pied gauche , écorché par la corde qui le liait, est plus malade que le reste du corps. Je m'attendais à de nouveaux tourments le lendemain, selon les promesses que l’on m'avait faites; Jésus m'a épargné ce calice d'amertume. À présent, si ce n'est mon pied , je serais prêt à recommencer. Hier, le colonel est venu essayer par ses promesses de m'arracher un aveu ; il n’a pas plus gagné que les autres par les menaces et les tortures. Adieu, je chante et surtout je prie Dieu plus qu'auparavant. »
» Je n'ai pas besoin de fair: remarquer combien la quest‘on avec la verge est horrible ; autrefois, on donnait ::nplement la bastonnade, aujourd'hui on ne fait usage que de verges a e.viron trois pieds de long, dont l'extrémité flexible est garnic de plomb pour augmenter la violence des coups. On peut quelquefois, en soudoyant l’exécuteur, l’engager à ménager un peu le patient ; mais si le bourreau y emploie tonte son adresse, la victime sort de là à demi-morte et le corps tout ensanglanté, car quelquefois la verge emporte des morceaux de chair. Je voudrais pouvoir ajouter quelques détails sur les interrogatoires qu'a subis M. Cornay ;
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