‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 77 sur 175 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

mais comme les audiences des tribunaux s0 perce au dehors que ce que les parties robée. Après cela, s’étonnera-t-on si | mourir au gré de la cupidité ?... »

» Voici le biilet que M. Corna la question :

nt toujours secrètes , lien ne intéressées peuvent dire à la déa justice annamite fait vivre ou

y adressa à ses parents, après avoir subi

€ Mon cher père et ma chère mère ,

» Mon sang a déjà coulé dans les tourments, et doit encore couler deux ou trois fois avant que j'aie les quatre mombres et la tête coupés, La peine que vous ressentirez en apprenant ces détails m'a fait déjà verser des larmes ; mais aussi la pensée que je serai près de Dieu à intercéder Pour Vous quand vous lirez cette lettre, m'a consolé et pour moi et pour vous. Ne pleurez pas le jour de ma mort : il sera le plus beau iour de ma vie, puisqu'il mettra fin à mes souffrances et sera le commencement de mon bonheur. Mes tourments mêmes ne sont pas absolument cruels ; on ne me frappera pour la seconde fois que quand je serai guéri de mes premières blessures. Je ne serai point pincé ni tiraillé, comme M. Marchand , et, en supposant qu'on me coupe les quatre membres, quatre hommes le feront en même temps et un cinquième me coupera la tête ; ainsi je n'aurai pas beaucoup à souffrir. Consolez-vous donc; dans peu tout sera terminé , et je serai à vous attendre dans le ciel.

» Je suis, avec l'affection et le respect filial, mon cher père et ma chère mère, votre fils,

» J.-C. ConNay. — En cage, le 18 août 1837. ,

» Qui n'admirera le courage et la piété filiale du martyr, qui, pour consoler ses parents , a le taleut de pallier la douleur même des supplices. C'est une remarque , du reste, qui n’a échappé à personne ; ce même homme , qui ne cessait naguère de parler de ses maux » Soumis à une si rude épreuve, n’a presque Pas poussé un soupir ; il n’a pas même cessé d'être gai ; l'effet de la grâce divine était sensible en lui.

» M. Cornay envoya aussi une lettre d'adieux à Mgr l'évêque et à tous ses confrères de la mission; elle était accompagnée d'un petit billet pour Sa Grandeur, en forme de lettre d'indulgence des Martyrs. En voici la traduction , l'original était en latin :

« Monseigneur, quoique ma recommandation ne mérite aucune attention, cependant j'ose, par mon titre de confesseur de la foi dont le sang a déjà

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coulé, imiter les anciens martyrs qui accordaient aux tombés des lettres d'indulgence. Je prie donc Votre Grandeur d'oublier la faute de mon ser-

vant Kim , et de lui accorder le grade de catéchiste après qu'il aura récité :

les livres d'instruction d'usage. J'espère que, rentré en grâce comme

l'enfant prodigue, il fera oublier le passé par une conduite désormais |

exemplaire. J'attends cette faveur de votre bonté. » » Au dos de ce même billet était une petite exhortation à ce même

servant, qui, dans le fait , avait démérité , et un témoignage del’affection

et du souvenir paternel que lui portait M. Cornay. » Je cite ce trait, en apparence assez minutieux, pour faire honneur au bon cœur du missionnaire, qui n'oubliait rien dans la position critique où

ilétait. Sa recommandation eut, du reste, l'effat désiré.

» Nous étions dans l'attente du troisième et dernier interrogatoire , et de la sentence qui devait s'ensuivre. Voici comment M. Cornay en rend compte :

« Mon cher confrère, je reçois, dans les douleurs d’une nouvelle torture , votre billet qui a failli être pris. Vous voulez absolument m'écrire, vous jouez le tout pour le tout. Je vous réponds, avec mes mauvais yeux, à la lueur d’une lampe placée à dix pieds de moi. Mon troisième interrogatoire a eu lieu‘aüjourd'hui , mardi 29 août. Avant de me frapper, on a voulu me faire fouler la croix ; mais je me suis prosterné de mon long le visage sur la croix, puis je l'ai relevée, portée à ma bouche, d'où on me l'a arrachée, On m'épargne si peu, qu'on a usé trois verges la première fois sur mon corps. Les soixante-cinq coups, que j'ai reçus cette fois-ci avec une verge neuve , n’ont pas été moins douloureux. Après la question, rentré dans la cage, on m'a fait sortir le pied ; croyant que c'était pour le pincer avec des tenailles, je l’ai allongé en l'offrant à Jésus-Christ; mais quand on l’a tenu, on a fait paraître la croix qu’on a appliquée dessous ; un instant après on l’a ôtée, me demandant si j'y consentais : « Oh! non, bien sûr, » ai-je répliqué. Voilà le fait important à vous diré, de peur qu'on ne le dénature. »

» Ainsi donc, en deux fois, M. Cornay reçut cent quinze coups de verge. Quoiqu'il m'’écrive aussitôt après la question , et qu'au ton de sa lettre il paraisse assez peu sensible à la douleur, il n’en est pas moins vrai, comme il nous l’apprend lui-même, que la question est affreuse ; il souffrait alors au point qu'il ne pouvait manger, et qu'il pria de donner son repas aux pauvres.

» Dans un autre billet, il me demandait à quelle date tombaient les

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