CHAPITRE III
mandarins. Au reste, nous devons d'autant plus les en louer que, parvenue aux oreilles du roi, la nouvelle de cet adoucissement de peine aurait suffi pour les compromettre gravement. J'ignore si la grâce dont il s'agit fat notifiée au martyr ; dans tous les cas, ilétait bien résigné à être haché tout vivant. Cependant les bourreaux se tiennent debout autour du patient, le sabre levé : le plus décidé est à la tête, au côté gauche; trois autres sont placés au bras droit et aux pieds. |
» La foule est dans une attente pénible ; tous les regards se fixent sur la victime. À peine la cymbale a-t-elle cessé de retentir que le bourreau décolle d’un seul coup de sabre le saint martyr, dont la belle âme s'envole
au ciel, le mercredi 20 septembre 1837, sur les trois heures aprèsmidi (4)... »
Martyre de Mgr Dumoulin Porie, élu évêque d’Acanthe et vicaire apostolique dv, Tong-King occidental.
» Mgr Pierre Dumoulin Borie naquit le 20 février 1808, à Cor, petit village du département de la Corrèze. Un oncle paternel, prêtre vénérable que la foi avait trouvé fidèle aux temps mauvais , se chargea de sa première éducation et développa les heureuses dispositions que le Ciel avait mises dans son cœur, Une grande dévotion à Marie, une touchante charité envers les pauvres, et un zèle persévérant pour l'étude, faisaient comme le fond de son Caractère. Ces vertus se fortifièrent avec l’âge, et brillèrent avec éclat au collège de Beaulieu, où le jeune Borie étudia comme externe , sans cesser d’être sous la direction de son oncle. Souvent on le vit partager ses Tépas et même ses habits avec ses chers pauvres. Dès ce temps , il aimait à se retirer dans la solitude pour y prier et s'affermir dans la résolution qu'il avait prise d’embrasser l'état ecclésiastique.
» En 1826, il entra au grand séminaire de Tulle. Quoique sa conduite eût été jusque-là si exemplaire, ce fut encore pour lui comme une époque de conversion, Déjà il avait formé et manifesté le dessein de se consacrer
(1) M. Cornay est mort à vingt-huit ans, six mois et huit jours. C’est le premier missionnaire français martyrisé au Tong-King, car tous ceux qui l'ont été avant lui appartenaient à différents royaumes de l’Europe.
aux missions étrangères, vocation sublime dont il cherchait à se rendre digne par un attachement chaque jour plus parfait.
» Au commencement de sa troisième année de séminaire , il assista son père à ses derniers moments ; il l’exhorta lui-même et eut la consolation de le voir mourir de la mort des justes.
» Eafin arriva le moment où il devait se séparer de tout ce qu'il aimait le plus sur la terre. Ni sa reconnaissance pour un oncle chéri, ni les larmes ds sa pieuse mère, ni l'amour de deux frères encore en bas âge, ne purent le retenir, quand la voix de Dieu se fut fait entendre. Le 6 octobre 1829, il arriva au séminaire des missions étrangères à Paris. Un seul mot fera juger de la fermeté qu'il avait su donner à son cœur naturellement si sensible : sur le point de se séparer de quelques confrères qu'il avait tendrement aimés, et qu'il n’espérait plus revoir en ce monde, il leur dit avec calme et en les embrassant pour la dernière fois : « Adieu, jusqu'au jour de la résurrection universelle! »
» Son amour pour les souffrances et le désir qu'il avait du martyre se manifestèrent dans une opération très-douloureuse qu'il subit à cette époque. Une loupe lui était survenue au genou. Après avoir souffert longtemps en silence, la crainte que cette infirmité ne devint un obstacle à .on départ le détermina à en parler. Pendant l'ampvtation , non-seulement il ne voulut pas qu'on lui attachät les mains, mais il conserva toujours un air calme et riant et ne poussa pas le moindre cri. Le chirurgien lui ayant témoigné sa surprise de le voir si gai au milieu d'une opération si douloureuse : « Si par la suite, répondit M. Borie, je suis empalé par les infidèles, je souffrirai bien autrement. »
» Peu de temps après, on apprit qu'un vaisseau devait faire voile pour la Chine. M. Borie n’était encore que diacre, et il lui manquait seize mois pour avoir l’âge de la prétrise. Une dispense fut demandée à Rome , et le 21 novembre 4830, fête de la Présentation, il fut ordonné 4 Bayeux. Le 1° décembre, il quittait la France, et le 45 juillet 1834, il touchait à Macao. Enfin, à travers bien des dangers , il arriva au Tong-King le 45 mai 1832. La langue annamite lui offrit peu de difficultés; au bout de trois ou quatre mois d'étude, il fut à même d'entendre les confessions et de prêcher.
» Son zèle s’exerça d’abord dans la province de Nghéän, puis dans celle de Bo-Chinh. Mais la persécution , qui allait toujours croissant, le força bientôt d'interrompre ses travaux apostoliques. Il dut prendre d'autant plus de précautions pour se soustraire aux recherches des mandarins
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