CHAPITRE III 4st
qüe sa haute stature le faisait plus facilement reconnaître, Ni les contrariétés sans nombre , ni les privations de toute espèce , ni les dangers sans cesse renaissants, n’ont pu le dégoûter un instant de sa vocation ; ses amis savent qu'il s'y affectionnait davantage à mesure qu'elle appelait plus de maux sur sa tête, Il était dans les fers lorsqu'il apprit sa nomination à l'évêché d'Acanthe, et il est mort sans recevoir d'autre consécration que celle de son sang. j°
» Une lettre qu'il écrivait de sa prison à un confrère, fera connaître de quel œil il envisageait le martyre auquel il était condamné,
& Quant à l'espoir de nous revoir en ce monde, il n’y faut plus penser. Le tigre dévore et ne lâche pas sa proie ; et je vous avoue franchement que je serais désolé de manquer une si belle occasion... Je vous supplie de dire pour moi les trois messes d'usage... Près de paraître devant le wibunal du souverain Juge, les mérites de mon divin Sauveur me rassurent, et les prières des pieux associés de la Propagation de la foi raniment ma confiance... Je n'ai aucun livre avec moi, et pour tout chapelet , j'ai une petite corde à laquelle j'ai fait des nœuds... Je vous laisse tout entre les mains et sous la protection de Marie. »
Extrait d’une relation sur le martyre de MM. Dumoulin Borie, missionnaire apostolique, Diem et Khoa, prêtres annamites, écrite par Antoine Nam et Pierre Tu, leurs Compagnons de prison (27 juin 1839).
« Depuis longtemps on était à la recherche de Mgr Borie, lorsque la trahison le fit tomber entre les mains des persécuteurs (1). Un rommé Tham, accusé de lui avoir donné asile, s'offrit à conduire les mandarins à la retraite que lui-même venait de choisir pour le missionnaire. La captivité ne fit rien perdre au saint confesseur de sa gaieté naturelle; au milieu de ses gardes, et tandis qu’on le menait en prison , il entonna un chant religieux. Cette joie, ce chant dont le mandarin ne pouvait comprendre le sujet, piquèrent sa curiosité ; il en demanda l'explication à Mgr Borie. Celui-ci répondit à sa demande par une instruction sur la vanité des plaisirs de ce monde, qu'il comparait à une ombre vaine et fugitive. Toutes ces paroles étaient empreintes d'une noble assurance ; la seule chose qu'il parût craindre était qu’on ne maltraitât le peuple à son sujet, Il pria plusieurs fois les mandarins de ne pas envelopper les villages chrétiens dans
(1) Mgr Borie reçut dans les fers la nouvelle de son élection à l'évêché d'Acanthe, comme successeur de Mgr Havard, autre victime de la même persécution.
sa disgrâce , leur rappelant qu'ils devaient être les pères de ceux que le roi plaçait sous leur autorité.
» Le bruit de son arrestation s'étant répandu, Pier:e Tu, son élève, accourut sur la voie publique, et se mit à pleurer en voyant passer son maître enchaîné. Ses sanglots éveillèrent l'atwntion des gardes, qui l’arrétèrent et le conduisirent à l'officier. Ils en furent sévèrement blâmés, non-seulement parce qu'ils avaient agi sans son ordre, mais encore parce
que la jeunesse du catéchiste faisait craindre qu'il ne compromit un
grand nombre de personnes par ses aveux. On allait donc lui rendre la liberté , s'il ne se fût obstiné à vouloir partager le sort de son mattre, Avant d'acquiescer à ses vœux, le mandarin demanda à Mgr Borie si l'on pouvait compter sur le courage de ce jeune homme. « Je le crois bon et simple, fut-il répondu ; je puis le garder avec moi. » Le disciple, comme le maître, fut donc mis à la cangue, et on les conduisit ensemble à la prison du district. Ils y trouvèrent, entre autres confesseurs, les PP, Diem et Khoa , prêtres indigènes, et Antoine Nam , catéchiste,
» Le moment était venu où Mgr Borie devait être présenté À l'audience du mandarin. Il sut répondre à tout sans compromettre personne. Nonseulement il refusa de nommer céux qui lui avaient donné l'hospitalité, mais il atténua les aveux imprudents de quelques chrétiens , et raffermit dans leurs bonnes résolutions ceux dont le courage semblait prêt à défaillir. « Vous ne voulez rien révéler à présent , lui dit alors le secrétaire Thong en lui croisant les mains derrière le dos ; mais, conduit à la préfecture et frappé avec des verges de fer qui mettront votre chair en lambeaux, pourrez-vous garder le silence ? — Alors je verrai ce que j'aurai à faire, répondit le missionnaire ; je n'ose me flatter avant l’épreuve. »
» Dans les fers, Mgr Borie passait les journées à chanter, avec ses compagnons de prison, des cantiques , des hymnes et des psaumes. Ceux des mandarins qui désiraient le questionner sur sa religion et les devoirs qu'elle impose , le trouvaient toujours dispusé à leur répondre et à résoudre leurs difficultés ; mais s'il leur arrivait de laisser échapper, dans
ces entretiens, quelque expression indécente, il rèfusait aussitôt de parler. :
Un jour, le mandarin Bo, qui se disposait à le faire frapper, voulut préluder aux Coups par des imprécations et des paroles obscènes. Le missionnaire, indigné, ne craignit pas de lui dire : « Mettez plutôt ma chair en sang , déchirez-moi tant qu’il vous plaira, mais au moins cessez de tenir de semblables propos! » Allait le voir qui voulait, et le nombre des visiteurs était grand. C'était à qui pourrait l'entendre discourir sur les obligations
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