CHAPITRE III
s’agitdu passage de l'éternité. Voici untrait frappant : l'annéedernière, comme j'allais à Pren-Leang visiter les fidèles de cette capitale du Honan, j'engageai un prêtre indigène, qui m'accompagnait, à passer par une bourgade où fleurissait jadis une chrétienté nombreuse , afin de voir si l'Evangile pourrait encore y être prêché avec succès. Il n'eut pas à regretter ce que cete course lui coûta de fatignes. Un bon vieillard , dont la joi s'était toujours conservée pure, semblait l'attendre pour rendre ‘en paix son âme à Dieu. I! se confessa avec tous les sentiments que devait inspirer une grâce si précieuse et si inespérée , et mourut dix jours après. On pourrait citer beaucoup de traits semblables. Je me bornerai à rapporter le suivant, qui n'est pas moins avéré que merveilleux. Il y a cinquante à soixante ans , le P. Lamade, de la Compagnie de Jésus , mourut dans un district voisin de celui que je dirige, chez des chrétiens qui n’osèrent l'enterrer, retenus qu'ils étaient par la crainte de se sompromettre en donnant la sépulture à un étranger, et surtout à un Européen. Alors une famille d'une bourgade peu éloignée vint réclamer, à titre de parenté, le vénérable défunt, et l'emporta chez elle pour l’ensevelir en secret. Mais il plut à
Dieu de révéler ce que les hommes tenaient tant à éacher ; Car, pendant les funérailles , les païens entendirent une ravissante musique dans les airs,
prodige qui détermina la conversion de deux familles idolâtres, Un mis-
sionnaire et son catéchiste , qui pendant plusieurs années ont visité les
chrétientés dunt je parle, m'ont assuré tenir ce fail de la bouche même
des personnes converties à cette occasion. Aiusi Notre-Seigneur a-t-il toujours soin de ceux qui abandonnent tout pour sa gloire ; c’est lorsqu'ils sont
le plus délaissés des hommes * au moment de 14 mort surtout, qu'il leur
rend au delà du centuple promis. »
Martyre de M. Ferboyre.
Lettre de M. Huc, missionnaire apostolique, à M. Sarrans.
« Macao, le 27 janvier 1841.
» .... Après le blocus et l'incendie de Kouanintang, village où Mgr Rameaux et MM. Baldus , Clauzetto et Perboyre se trouvaient réunis quand
les mandarins vinrent en faire la visite, la situation de ces missionnaires ne fut plus que peines et dangers. En butte aux investigations les plus actives, ils n'osaient demander l'hospitalité ni aux païens qui les auraient trahis , ni aux chrétiens qu'ils craignaient de compromettre; il leur fallait don: tour à tour chercher la solitude au sommet des hautes montagnes, se mêler à la foule dans les villes populeuses , parcourir les hameaux écartés et quelquefois se blottir dans quelque jonque de pêcheur. M. Perboyre dut souffrir plus que tout autre de ces marches et contre-marches ; car il était d'une santé bien frêle. Le troisième jour après sa fuite de Kouanintang , il était épuisé de fatigue, et ses forces l'abandonnaient. Cependant les satellites étaient sur ses traces, et pour se dérober à leurs recherches, il devait encore gravir un terrain montueux et coupé de gorges profondes. Tandis qu'il reprenait haleine au fond d'un ravin avec le catéchumène qui lui servait de guide, survinrent les soldats, qui, sans se douter qu'ils avaient un missionnaire sous les yeux , se contentérent de demander aux pauvres fugitifs quelques informations. « Nous cherchons un Européen, dirent-ils , pourriez-vous nous en donner des nouvelles ? — Vous cherchez un Européen? reprit le catéchumène. — Oui, c'est un chef de la religion du Mattre du ciel. -— Et combien a-t-on promis à celui qui le livrerait ? — Trente taels seront sa récompense, — Eh bien, ce prêtre est l'Européen que vous cherchez, » dit le Judas chinois en montrant le prêtre qui lui avait confié sa vie.
» Vous voyez, mon cher ami, qu’à ce honteux marché il ne manquait que le baiser du traître. M. Perboyre a eu le bonheur de voir sa passion commencer comme celle de notre divin Sauveur ; pour lui, il s’est encore ; acontré un Iscariote qui a vendu son maître trente deniers. Quid vultis mihi dare, et ego vobis eum tradam? At illi constituerunt ei trigenta argenteos (À).
» Tandis qu'on eniraînait le saint confes.eur, chargé de chaînes , vers les prisons de Kou-Tchen, la chrétienté du Houpé”était en proie à la plus violente persécution. Ce malheureux pays fut livré à la cruelle rapacité des mandarins , des satellites et de tous ceux qui ne reculent devant aucune infamie pour se procurer de l'argent ; et il faut avouer qu’en Chine il ne manque pas de ge2s qui se plongent volontiers dans le sang et dans la boue, pourvu qu'au fond il y:t de l'or. Des fidèles se virent donc harcelés par une foule de païens qui cherchaient à exploiter leur peur.
(1) « Que voulez-vous me donner? et je vous le livrerai, Ët ils lui offrirent trente pièces d'argent, » S. MaTtn, xxvI. 15.
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