CHAPITRE III
impérial qui condamnait le saint missionnaire à être étranglé sur-lechamp. La senterre ne fat pas rendue publique , on l’exécuta à la hâte et comme à la dérobée. En allant au supplice, M. Perboyre avait pour tout vêtement un caleçon recouvert de la robe rouge des condamnés ; ses bras étaient liés derrière le dos, et dans ses mains était fixée une longue perche, à l'extrémité de laquelle flottait une espèce de drapeau, où se lisait, en gros caractères, la sentence du glorieux martyr. Imposuerunt Super Caput éjus causam ipsius scriptum (2). Et afin qu'il eût un autre trait de ressemblance avec Jésus montant au Calvaire, afin qu'il fût vrai jusqu'au bout que le serviteur n’est pas plus grand que le Maître Cinq malfaiteurs condamnés à mort lui furent adjoints, Et cum iniquis reputatus est (2). » Il est d'usage en Chine de mener les criminels , de la prison au lieu du supplice, avec précipitation et au pas de course. Chacun des condamnés est escorté de deux satellites qui emportent plutôt qu'ils ne conduisent leur victime, Cette marche accélérée , jointe à la musique sauvage du fam-tam , donne, dit-on, à une scène d'exécution un caractère qui épouvante et fait frissonner les Chinois. Ce fut après un assez long trajet exécuté de la sorte, que M Perboyre arriva sur la place où l’attendait une foule de spectateurs. De nombreus détachements de soldats armés ‘ de piques se rangèrent en cercle autour d'un poteau fixé en terre; là furent attachés et étranglés successivement les cinq malfaiteurs ; notre confrère fut réservé pour clore ce lagubre drame. Quand son heure fut venue, il se mit à genoux, et pria quelques instants. Les païens disaient tout haut : « Voilà l'Européen qui esten prières. » Quidoin illie stantes. dicebant : Eliam vocat iste (3). Il fut enfin saisi par l'exécuteur, qui lui lia les pieds derrière le dos et l'attacha au gibet, un peu au-dessus du sol et dans la posture d’un homme à genoux. Son agonie fut plus douloureuse qne celle des autres suppliciés : ceux-ci avaient été étranglés Promptement et d'un seul coup; mais pour M. Perboyre, la chose se fit plus lentement et à plusieurs reprises ; on eût dit que le bourreau voulait tout à loisir savourer les dernières convulsions de sa victime. Après avoir d’abord serré le nœud fatal, il lâcha Ja corde, comme pour donner au martyr le temps de se reconnaître et de bien sentir la mort ; peu après, il serra encore, et s'arrêta de nouveau ; ce ne fut qu'à la troisième lois qu'il se décida à en finir. Mais comme le corps paraissait conserver (1) Is placèrent sur sa tête la cause de sa condamnation. S. MarTH. xxvIr, 87. (2) Et il a mis au kang des scélérats. S. Marc. xv 28. (3) Quelques-uns des assistants disaient. Il invoque Elie. S, Matra, xxvir, 92.
quelque souffle de vie, un satellite s'approcha, et, d’un violent coup de pied dans le ventre, acheva le sacrifice du prêtre de Jésus-Christ. Ce fut vers midi que sa belle âme s’envcla au ciel.
» P.-S, Nous avons appris que l'empereur vient de condamner à l'exil le vice-roi du Houpé, bourreau de M. Perboyre, à cause des vexations et des cruautés qu'il a commises dans la province confiée à son administration. Le peuple a trouvé la peine trop légère; il veut que le tyran paie de son sang tout celui qu'il a injustement répandu : il s’est donc insurgé et tient maintenant le vice-roi bloqué dans son palais. L'empereur a aussi publié un décret contenant le signalement de Mgr Rameaux, et l'ordre aux mandarins de diriger contre lui toute l’activité de leurs recherches. À la garde de Dieu! »