CHAPITRE HI
été honorés d'une visite infiniment plus précieuse que celle de toutes les grandeurs du monde : Jésus-Christ Ini-même a daigné abaisser sa majesté suprême jusqu'à pénétrer dans nos cachots, pour nourrir du pain des forts ceux qui cnt combattu pour sa cause. La veille de ce beau jour, nous avons entendu les confessions de nos fervents compagnons de captivité, et le lendemain, dès l'aurore, un prêtre indigène, à qui nous avions manifesté nos désirs, est venu, sous prétexte de voir quelque connaissance, mettre le comble à nos vœux. Recevoir le corps et le sang de Jésus-Christ, c'est toujours un bonheur pour les âmes qui ont la foi; mais communier quand on s'est vu éloigné de l’antel pendant dix mois, communier avec un collier de fer et une lourde chatne qu'on porte pour Jésus-Christ même ; communier dans un cachot, sous le poids d'une sentence de mort; communier sous les yeux des persécuteurs, à leur insu et contre leur défense , c'est un bonheur qu'il ne m'est pas possible d'exprimer. Si notre captivité se prolonge, ie pense que nous pourrons encore renouveler une fois ou deux cette mystk.1euse cérémonie.
» Pour peu que nos gardiens soient clairvoyants, ils doivent bien s'apercevoir que nous recevons des secours du dehors , mais ils ferment les yeux. Tout ce qui nous environne annonce la misère la plus profonde ; les chrétiens sont les seuls qui ne manquent de rien ; bien nourris, bien vêtus, ils ont même de quoi faire de petites aumônes à leurs voisins les plus nécessiteux. À cette vue, les païens ne manquent pas de s'écrier : « Les chrétiens s'aiment et s’entr'aident, ils ne s'abandonnent pas dans le malheur. » Mais que diraient-ils s'ils savaient que les secours qui nous arrivent ont traversé les mers? Que penseraient-ils si on leur apprenait que les néophytes, leurs compatriotes , ont des amis, des frères aux extrémités du monde, amis et frères qu’ils n'ont jamais connus, et qui ne laissent pas de les secourir dans les fers , et de leur envoyer à cinq mille lieues de distance le tribut de leur charité, sur le simple soupçon des maux qu'ils endurent et des besoins qu'ils éprouvent! Oh! que de larmes essuie cette œuvre &.uinemment catholique de la Propagation de la foi! que de plaies cette admirable société guérit tous les jours !.….
» Je dis adieu à tous mes frères et sœurs... Croyez-moi dans l'union de vos prières et saints sacrifices. »