CHAPITRE IV
sont per naturels à l’homme ! Enfin ils n’ont pas les moyens de se corrompre ar les productis:5 de nos philosophes , des hérétiques , des comédiens , des romanciers et 28 journalistes. Vous seriez chariué de leur piété si naïve, si vraie; leur modestie et leur silence à l'église, leur attention au catéchisme et aux exhortations du makaté-konia (Robe noire) proclament leurs sentir- »ats de respect pour le Maître de la vie , la crainte et l'amour dont leurs âmes sont pénétrées pour lui.
» Gomme je ne les baptise qu'après des épreuves suffisantes, je suis fort tranquille sur leur fidélité à remplir leurs promesses faites à Dieu, en sorte que leur vie est vraiment chrétienne et digne de la communion fréquente, à laquelle je les admets voluntiers pour entretenir eu eux la charité, et augmenter leur ferveur et lenr reconnaissance pour le on d la foi, qu'ils ont eu le bonheur de recevoir préférablement à tant d’autres sau- Vages et autres peuples qui nous environnent, La conduite de mes néophytes est un aiguillon pour les catéchomènes ; le zèle des uns et des autres , ainsi que le bonheur visible dont ils jouissent, sont des appâts pour les vicieux, qui viennent mettre bas les armes à mes pieds , et rejettent leurs péchés. Leur langue n’a poin. le mot je m'accuse: au reste , l'expression je regrette tel ou tel péché est fort catholique ; elle embrasse l'iôée *e la conversion, ét fait une impression sentie dans l'esprit et dans e cœur.
» Comme des faits vous feront encore mieux connattre le caractère de lear piété, je vous en offrirai quelques-uns qui pourront vous édifier. Au mois de septembre cernier , sept néophytes firent leur première om. munion: le respectablé Chef Pockéganu était à leur tête. Je ne parlerai pas des jeûnes qu'ils pratiqnèrent à cette occasion mémorable, puisqu'ils y assujettistont mêrio les enfants de dix ans; mais je vous dirai que la nuit qui précéda la communion et celle qui la suivit farent passées par eux, proprio motu et saus que j’en eusse connaissance . à prier , à chanter des cantiques et à faire de pieuses méditations ou conversations. Trouverait-on beaucoup de personnes même dévotes et bien instruites, dans les pays chrétiens , qui en fissent autant que ces bons sauvages 7...
» .…. Il faut vous raconter un autre fait qui vous donnera aussi une idée de leurs mœurs. Un homme , nommé Pituouann , Qui avait deux femmes sans y soupçonner de mal, puisqu'il avait pris la deuxième pour obéir à ses père et mère, ayant appris que la polygamie est prohibée par l'Evangile , donna ordre aussitôt à celle-ci, 4e prendre son enfant avec
eile et de partir. .. fexame, plus humble qu'Agar, fait aussitôt con paquet,
part sans dire un mot de réplique , et va se gtter tranquillement dans le wigwam de sa mère. Bientôt elle se présente à confesse pour devenir catéchumène, ainsi que Pitnouane et sa femme l'avaient fait. Elle ne savait pas même le Pater ; mais elle est pleine d'esprit, active, laborieuse, et, ce qui est rare chez les sauvages, très-propre dans tout son extérieur. Sans doute, clle aurait déjà été baptisée, si la distance de son wigwam ne l'avait empêchée de venir plus souvent au village pour se faire instruire,
» Je reçois assez fréquemment. et même j'ai reçu aujourd'hui la visite de sauvages qui fon. plusieurs jours de marche, n'importe ie temps, la neige ou la pluie, pour venir me voir et rejeter le wisky. Ce mot wisky me rappelle qu'un malheureux près d’expirer, parce que des pourceaux Jui avaient rongé le bas-ventre lorsqu'il était ivre, m'envoya quérir. Il paraissait fort pénitent et parlait à peine. Il ny avait pas de temps à perdre : je l'exhortai, l’instruisis un peu, le baptisai, et dès lors il commença à recouvrer l'appétit, les forces et la santé, au gra”d étonnement de tous. Cetie faveur dn Ciel amena à mes genoux vingt sauvages qui en fu’ent les témoins. Thomas, c’ist le nom que je donnai au malade, vint me voir aussi plusieurs fois ; mais enfin il succomba encore à la tentation nev£ mois après, à Chicago, où un rassemblement de mille sauvages amena les traiteurs , à qui la cupidité fait répandre à grands flots la liqueur perfide. Thomas a honte de sa faiblesse, et craint de s'approcher de moi ; mais je me promets bien de le poursuivre au retour de sa chasse, et de ramener la brebis égarée au bercail, avec l’aide de Dieu.
» Autre anecdote. Je trouvai à Chicago, dans le mois de septembre , une bande de Kikapous avec leur prophète qui les fait renoncer au wisky. Je crois vous avoir déjà parlé de leur probité. Un d’entre eux ayant trouvé, la veille du départ. quelques effets dont il ne connaissait pas le maître , me les rapporta, me priant d'agir en conséquence. Il aurait bien pr les déposer, comme je le fis, chez l'agent des Etats-Unis : mais cela montre la confiance qu'ils ont au makaté-konia. [ls sont très-disposés à embrasser la religion, puisqu'au mois de juillet ils m'avaient envoyé une députation de trois hommes , qui firent six ou huit jours de marche pour me trouver au village de Pockégam; mais j'étais au fort de l'ouvrage, et je promis seulement de les visiter quand je le pourrais. Ah! quand aurai-je ce loisir , ayant déjà trop à faire ! Il fant aussi ajouter que je suis trop vieux au moins de trente ans, pour apprendre ‘45 langues , supporter les fatigues du voyage et la vie dure et irrégulière des sauvages. On ne peut se figürer ce que les premiers missionnaires ont eu à souffrir.
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