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LA GAMBIE

La rivière Gambie {Ha-Dima, en langue mandingue) tombe du massif du Foula-Djalon, et devient navigable à l'île Mac-Carthy, premier poste anglais, à 280 kilomètres de son embouchure. Elle va nsuite s'élargissant jusqu'à mesurer 65oo mètres devant Albréda, avec 1 1 mètres de profondeur. Son estuaire a i5 kilomètres près de nie aux Oiseaux, mais il se resserre sensiblement à l'embouchure, entre la pointe de Bar et Bathurst.

La France et l'Angleterre s'en sont longtemps disputé, puis partagé la navigation et le commerce. En iSS^, un accord est intervenu qui cédait à l'Angleterre notre dernier comptoir, Albréda, en échange de Portendick, au nord du Sénégal. On a parlé, depuis, on parle encore d'une rétrocession de tout le pays à la France. Même sous le drapeau britannique, le commerce y est surtout français.

La colonie anglaise a été fondée en

1816, à Bathurst, sur l'île Sainte-Marie. Des

esclaves fugitifs, ou libérés, ou capturés,

parlant un jargon anglais, dit brokcn en-

glish, des Ouolofs de Corée et de Saint-Louis, affamés de riz et de

liberté, parfois exercés à des métiers utiles, des marins de la

Guinée Portugaise se disant Chrétiens, mais non baptisés, avides de s'instruire et plus encore de boire; des Socès et Mandingucs musulmans du Haut-Fleuve; des manouvriers sérères du Sine et du Saloum, des Diolas de la Casamance, avec les loo à 200 Européens de l'administration et du commerce, tels sont les éléments divers qui fournirent à Bathurst une population de 2000 âmes, que la fin du xix' siècle devait voir se tripler.

Au point de vue religieux, des ministres méthodistes et wesleyens pour les indigènes, un ministre de l'Église anglicane, autrement libéral, pour le service des employés royaux, voilà ce que trouvèrent les PP. Ronarc'h et Warlop, lorsque, le 18 janvier 1 Mission catholique. Leur lot naturel, le plus gros, se composait des divers groupements africains parlant ou comprenant le ouolof. A Pâques, on célèbre la première grand'messe, et le concours est immense. Des conversions remarquables se firent, même dans les rangs des Anglais. Hélas! le P. Ronarc'h y épuisa ses forces et dut rentrer en France pour mourir peu après, en i85r.

Au départ du P. Ronarc'h, Mgr Kohès vient en Gambie avec un nouveau renfort. 11 fonde la Mission d'Albréda en i85o, celle de Grand Bassam, en i85i. Mais les fièvres enlèvent au premier de ces postes le P. Morel, le P. Lairé au second, et les nouvelles Stations ne peuvent survivre à ces pertes. A Sainte-Marie de Bathurst, une église se construit par les soins du P. Boulanger; la nef principale en est inaugurée l'année même et bénite par Mgr Kohès ; les deux nefs latérales seront ajoutées en 18G4, et le sanctuaire en 1881.

, ils vinrent fonder la

ii4 LES MISSIONS CATHOLIQUES

Des Sœurs sont appelées, puis des Frères, pour tenir les écoles, qui ne tardent pas à compter 200 élèves chacune. Ces écoles deviennent même si florissantes qu'elles sont déclarées par les examinateurs anglais « hors de pair ». {Report of the catholic schools^ Bathurst, 1883-1889.) ^^ ^^^ grossir chaque année le groupe des fidèles et des adhérents. Il y eut des baptêmes d'adultes, des premières communions, des mariages chrétiens, des abjurations, entre lesquelles on nota, en i885, celle du juge dé paix.

En juillet i85G, à la tête d'une colonne expéditionnaire, le gouverneur est grièvement blessé et obligé de battre en retraite devant un parti formidable d'insurgés qui marchent sur Bathurst, jurant de massacrer tous les Anglais. Une seule chance de salut demeure, suggérée par les Pères, c'est de faire appel au commandant français de Gorée. L'amiral Ducrest de Villeneuve n'hésite pas. Il arrive sur le brick de guerre V Entreprenant^ forme une colonne de ses marins que renforcent les débris du corps anglais, en prend le commandement, et le P. Blanchet marche à ses côtés. L'affaire fut chaude; la répression décisive; Bathurst était sauvé. « ....M. Blanchet, Supérieur de notre Mission de Gambie, écrivait le commandant au ministre de la Marine, était accouru au milieu de nous, dès notre débarquement au Gap Sainte-Marie; il a rempli avec le plus grand zèle les fonctions d'aumônier. Au milieu du feu, au plus fort de rengagement, il était avec nos chirurgiens, leur servant d'infirmier et donnant de douces et saintes paroles aux blessés. Sa noble conduite si digne d'éloges a surtout été remarquée par tous les officiers anglais. Je crois que Votre Excellence jugera que, dans de semblables circonstances, ce prêtre a bien mérité la récompense que les soldats gagnent sur le champ de bataille.... »

La Gambie compte aujourd'hui 1 5oo Catholiques, une belle église, des écoles florissantes, de beaux jardins abondant en légumes et en fruits; dans l'église un autel remarquable, des orgues, des ornements de choix, des cloches qui trouvent un docile écho

dans les cœurs des Catholiques. La Mission de Sainte-Marie de Gambie est, de l'avis de tous ceux qui la visitent. Tune des plus florissantes de toute la Côte africaine.

LA CASAMAKCR

La rivière Casamanec, qui se déverse dans l'Atlantique à quelques 130 kilomètres au sud de la Gambie, a donné son nom à la longue et étroite bande de territoire français compris entre la Gambie anglaise et la Guinée portugaise, Administrativement, cette région relève du Gouvernement du Sénégal; au point de vue religieux, elle est sous la juridiction du Vicaire apostolique de la Sénégambie.

Le climat y est plus humide qu'au Sénégal, le sol très riche et la végétation puissante. Les essences à caoutchouc y abondent,

i46 LES MISSIONS CATHOLIQUES

et d'immenses forêts de palmiers s'étendent sur les bords du fleuve et des innombrables criques qui s'y déversent. Une exploitation rationnelle y trouverait également des bois de charpente, de menuiserie et d'ébénisterie. Le riz, les diverses variétés de sorgho, la patate douce, le manioc y donnent de beaux rendements, et il ne semble pas impossible d'y introduire la culture du cacaoyer et du caféier, au moins dans certaines localités.

Le pays est malsain. En dehors de l'humidité et de la chaleur, — qui atteint 4^^? — l^i principale cause d'insalubrité semble être le peu d'élévation des terres au-dessus du niveau de la mer. La marée se fait sentir à i5o kilomètres à l'intérieur, et ce n'est qu'à cette distance, aux environs de Sédhiou, que l'on commence à remarquer quelques élévations qui ne sont même pas des collines.

Sur les deux rives du fleuve s'étend, tantôt agglomérée dans de gros villages de trois, quatre et cinq mille âmes, tantôt disséminée par (( clans » familiaux, une population variée dont le chilTre total s'élève certainement à plus de 3ooooo. Toutes les races du Nord-Ouest africain semblent s'y être donné rendez-vous : Diolas, Mandingues, Balantes, Peuls, Sérèrcs, Ouolofs, Maures, Bambaras, Mandiagos, Mandjaks, Sarakolès, Toucouleurs, Bayotes. Heureusement la plupart des Noirs connaissent plusieurs langues; pour peu que le missionnaire fasse comme eux, et parle le français, le portugais, l'anglais, le ouolof, le diola et le malinké, il pourra être compris partout et par tous.

Les Diolas semblent pourtant constituer le fond de la population. De taille moyenne, de forme trapue, de prognathisme peu développé, ils sont, de tous les Noirs sénégalais, ceux dont Tanglc facial se rapproche le plus du nôtre. Aussi intelligents que la grande race des Ouolofs, ils l'emportent sur ceux-ci par leur ardeur au travail, et — vertu rare chez les fils de l'Afrique — par leur constance. Peu exigeants, souples et prêts à tous les travaux, ils fourniront bientôt seuls toute la main-d'œuvre aux factoreries de la Casamance,

et l'on peut prévoir que l'imporlant cabotage sénégalais finira par leur échoir. Ils sont païens et n'ont pas, comme les sectateurs de l'Islam, d'aversion pour les Européens et leurs habitudes. C'est une race à laquelle l'avenir semble sourire.

Plus à rintéricur, refoulant, ou plutôt ayant refoulé jadis les Diolas, et aujourd'hui pacifiquement refoulés par eux, apparaissent les Mandingues ou Socès. Ils ont triste réputation. Musulmans fanatiques, ils détestent cordialement ce qui n'est pas musulman. Ce sont eux, avec leur chef Fodé-Kaba, un félon autrefois reconnu

et payé par la France, qui viennent, tout récemment encore, de créer d'assez sérieuses difficultés aux Français et aux Anglais, sur les frontières de la Gambie. Ils sont fort paresseux.

Derrière les Mandingues, à l'Est, apparaît une troisième race destinée, au dire de certains explorateurs, à refouler vers la mer les deux races précédentes : ce sont les Peuls ou Foulas, dont il a été déjà parlé et qui sont venus en Casamancc du Fouta-Djalon. Par leur mélange avec la race nègre, ils ont formé le royaume, voisin de Sédhiou, de Moussa-Molo, qui prêta son concours à la France lors de la révolte de Fodé-Kaba. Plus à l'Est, ils sont restés purs, et trouvant le pays à leur convenance, sont devenus

sédentaires et cultivateurs, continuant toutefois Télevage, mais n'en faisant pas, comme ailleurs, leur unique occupation. La majorité du groupe Foula qui a pénétré en Casamance est restée païenne; les autres fractions semblent partout musulmanes.

Le quatrième groupe important de la population est constitué par les Balantes, peuple nègre venant du Sud. Leur apparition sur les bords de la Casamance est de date fort récente. Ils sont guerriers, pillards et paresseux, ne travaillant que tout juste ce qu'il faut pour ne pas mourir de faim. Le vol, chez eux, est chose honorable. On n'est « quelqu'un » qu'après un larcin important. Nul ne peut trouver à se marier avant d'avoir fait ses preuves es rapines. Ils sont braves d'une bravoure qui va jusqu'à la folie. Quelque méfait est-il reproché à un village? Tous les gens valides se transportent en masse au palabre national, pour boire le poison d'épreuve. On a vu 200 et 3oo hommes, dans la force de Tâge, tomber morts sur place en quelques minutes, pour laver Thonneur de leur clan. Ces hécatombes humaines n'ont cessé d'une façon définitive que depuis quatre ans, lors de l'installation d'un poste militaire à Diatacounda, centre de la région occupée par les Balantes.

Les autres peuplades énumérées plus haut ne sont guère représentées que par des agglomérations de quelques centaines ou quelques milliers d'individus, noyés au milieu des quatre groupes importants dont nous venons de parler.

Les premiers Européens qui pénétrèrent en Casamance furent les Portugais, qui s'y installèrent dès le wi"" siècle. Aussi leur langue, avec des altérations inévitables, est-elle encore la langue habituelle de beaucoup d'indigènes. Au xv!!!"" siècle, les Anglais établirent le poste, bientôt abandonné, de Lincoln, aujourd'hui Elinkine, près de Carabane. Dans la première moitié du siècle dernier, la France prit possession du cours entier de la rivière ; les Portugais ne conservèrent que la petite enclave de Ziguinchor, qu'ils finirent par lui céder en 1888, en échange du Rio Cassini.

pris .st'Tii'iisi.'riifiit \iii:<\ en Casamance qu'en ces 3o dernières années.

D'abord localisé presque uniquement à Sédhiou, à environ i5o Uilomètres de la mer, il s'est ensuite transporté à l'embouchure de la rivière, dans l'île de Carabane, puis à Ziguinchor, à 45 kilomètres en amont. Le fleuve, profond à cet endroit de 8 à lo mètres, permet aux bateaux d'accoster avec facilité. Sous la domination française, l'ancien petit village portugais est en train de devenir une ville. De superbes maisons en briques et d'immenses magasins s'y construisent de toutes parts. Des rues y ont été tracées et de nombreux rails Decauville les sillonnent. La résidence de l'Administration de la Basse-Casamance y a été transférée. On vient d'y décider la fondation d'une école publique de garçons qui sera confiée aux Frères de PloOrmel. Une école publique pour les filles suivra sans doute sous peu. Le Conseil général de la Colonie vient d'allouer une somme importante pour aider à l'érection d'une église. D'autre part, Ziguinchor a été relié télégraphiquement à Sédhiou et, par Sédhiou, à Saint-Louis et à la France. Un poste d'agent d'agriculture a été créé, et un service régulier de vapeurs s'organise avec Dakar. De nom-

breuses routes sont en voie de percement. De récentes marches militaires sur les frontières de la Gambie, dans la région du Fougny, le pays des Balantes et celui des Bayotes, viennent d'enlever aux indigènes les dernières velléités d'insubordination. Bref, à l'heure actuelle, la Casamance est lancée à grande vitesse danjs la voie du progrès matériel.

En est-il de même pour le progrès moral, et la diffusion de l'Evangile? Nous osons répondre affirmativement, quoique, ici, les progrès soient moins apparents et moins bruyants.

En 1874» Ig P- Gabriel Sène, originaire de Saint-Louis, fit en Casamance une tournée apostolique qui fut consolante. L'année suivante, le P. Lacombe fit le même voyage avec les mêmes résultats. En 1876, une Mission, sous le vocable de Saint-Jean, était fondée à Sédhiou. Pendant plusieurs années, le P. Lacombe, Supérieur, aide de confrères indigènes ou européens, s'y dévoua, mais presque inutilement, à la conversion des populations environnantes. Le ministère des Pères se borna à l'école, à la visite des malades et aux soins religieux de la population chrétienne qui, de la Colonie du Sénégal, avait suivi, nombreuse, le commerce européen à Sédhiou. Après plusieurs années de patiente attente, le P. Lacombe se fixa à Carabane, devenu du reste, à ce moment, le principal entrepôt commercial. Là on se trouvait en contact avec lesDiolas. On ne prêcha plus dans le désert : bientôt plusieurs centaines d'indigènes se pressèrent autour du missionnaire. Ils sont présentement un millier d'excellents Chrétiens et on vient de leur construire une vaste église.

Vers la même époque, on essaya une fondation au centre même du pays Diola, dans le Fougny. Une guerre entre les peuplades obligea les Pères à se retirer au bout de quelques mois. Aujourd'hui, il y a dans ce même endroit deux jeunes catéchistes qui instruisent un grand nombre de catéchumènes.

Quand la Mission de Carabane fut définitivement assise, le P. Lacombe fit une nouvelle tentative à Sédhiou afin de j^ouvoir entrer en

LE SÉNÉGAL ET LA SÉNÉGAMBIE \h\

contact avec les Balantes et les Peuls et rester en relation avec Tadministration française. Il n'obtint que peu de résultats, et Mgr Barthet, gêné d'ailleurs par la pénurie de personnel, décida la fermeture de la Mission de Sédhiou, la réduisant à Tétat de Station à visiter plusieurs fois Tan par un Père en résidence à Ziguinchor.

Ce dernier village devint, dès l'occupation française (mai j888), un important centre de Mission. Mgr Picarda, alors Vicaire apostolique, accompagna même le commandant Brosselard-Faidherbe, chargé d'en prendre possession au nom du gouvernement français, et la croix y fut plantée définitivement le même jour que le drapeau tricolore. On y trouva un assez grand nombre de Chrétiens, baptisés, lors de la domination portugaise, par des prêtres du diocèse du cap Vert, mais complètement étrangers à toute pratique chrétienne.

La Casamance compte 3ooo Chrétiens et 4oo à 5oo catéchumènes. La religion, jadis inconnue ou méprisée, y est devenue influente, dirigeant la vie sociale dans les principaux centres, et connue jusqu'au fond de la brousse. Nos jeunes Chrétiens d'hier sont un élément important avec lequel il faut compter. Dans un centre commercial, les Européens voulurent un jour travailler le dimanche. La population, en majorité chrétienne, refusa un salaire allant parfois jusqu'au triple de celui de la semaine, et, grâce aux Noirs, la loi du repos du dimanche est maintenant observée par les Blancs !

Nous avons commencé à nous servir de catéchistes. L'expérience a été heureuse, et dès que nos ressources nous le permettront, nous en établirons dans tous les villages importants.

En résumé, le Vicariat apostolique de la Sénégambie compte iDOoo Catholiques, contre 3ooo hérétiques, sur une population totale de 4000000 d'habitants. Il y a eu 822 conversions en 1901. Le personnel de la Mission comprend 89 prêtres européens, 6 prêtres indigènes, 32 Frères de la Doctrine chrétienne, 21 Frères du Saint-Esprit, 70 Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, 8 Sœurs de l'Immaculée-Conception de Castres, et 28 Sœurs indigènes. On y trouve 20 Résidences de

missionnaires, et une cinquantaine de postes visités par eux, un séminaire et un noviciat, et 5 communautés de Sœurs indigènes, 2^1 écoles de garçons, iG écoles de filles, 4 œuvres agricoles, i5 dispensaires, 7 hôpitaux ou hospices.

Le trouble et la désorganisation causés par la fièvre jaune de 1900 se sont fait sentir encore très péniblement en 1901 : i4 membres de la Mission ont péri, et beaucoup d'œuvres sont restées stalionnaires par suite de manque de personnel. La mort de Mgr Buléon a été suivie d'un intérim d'une année entière. Tout semble reprendre aujourd'hui. Le Sine et le Saloum ont été parcourus, et la Casamance donne chaque jour de plus grandes espérances.

Ouvrages à consolter. — P. Lab*t. Nouvelle relation de l'Afrique occidentale , Paris, 1818-1819. — Abbé BoiLAT, Esquisses sénégalaises, Paris, i8î3. — Pitba, Vie du P. Libcrmann, in-8, Paris, i8î5. — A, Baiitdklf)iy. Guide du voyageur dans la Sénégambie française, Bordeaux, i883. — Dklaplace, Vie de la Rév. Mère Javouhey, a voL in-8, Paris, 1886. — Di- Bayol, Voyages en Sénégambie, 1880-188Ï, Revue marit. et col., 1887-88. — Vivien de Sàint-Mabtix, Dictionnaire de géographie universelle cl son supplément. — Bulletin de la Congrégation du Saint- lisprit, Paris, tl Annales apostoliques, depuis janvier 1884.

CHAPITRK V

La Guinée française a été détachée du Vicariat apostolique de Sierra Leone et érigée en Préfecture par décret de la Propagande, le i8 octobre 1897. Elle est comprise entre la Guinée portugaise et la colonie anglaise de Sierra Leone, englobe à l'intérieur le superbe massif du Fouta-Djalon et, par suite d'une convention récente, s'étend au delà du Niger, dans une partie du Soudan.

Au point de vue politique, la Guinée, qui dépendait autrefois du Sénégal, sous le nom de Uiviercs du Sud, avait reçu son autonomie dès le i" janvier 1890. Située entre le 9* et le 11° 4^' latitude Nord, elle a environ 3oo kilomètres de côtes, sur une profondeur variant entre 4oo et 5oo kilomètres. Elle est partagée en i3 cercles administratifs : Boké, Boffa, Dubréca, Bcnty, Bambaya, Faranali et Timbo, et depuis le décret de dislocation du Soudan (i^ octobre 1899), Dinguiray, Siguiri, Kouroussa, Kankan, Kissidougou et Beyla. A la tête

15* LES MISSIONS CATHOLIOUE:S

de chacun d'eux est placé un administrateur relevant du gouverneur,

qui réside à Conakry.

La Mission est actuellement divisée en 4 districts : Conakry, résidence du Préfet apostolique, Rio Pongo, Rio Nunez, Vallée du Niger.

Ce nom de a Guinée » a eu une singulière fortune. Parvenu d'abord aux oreilles des Européens par les marchands du Maroc qui rapportaient de l'Intérieur africain de l'or et des esclaves, il entre bientôt dans la langue des découvreurs normands et portugais des

XIV* et xv" siècles.

Après l'expédition de Diogo-Cam, qui découvrit le Congo en 1484, le roi Jean II de Portugal ajouta à tous ses titres celui de Seigneur de Guinée, comprenant sous ce nom toute la côte occidentale d'Afrique, depuis le Maroc jusqu'à l'Orange. C'est en ce sens que fut érigé, en i84'i, le Vicariat apostolique des « Deux-Guinées » {la septentrionale et la méridionale). Mais peu à peu chaque pays a repris son nom, et celui de Guinée est resté aux seules terres resserrées entre la Sénégambie et Sierra Leone.

Du massif du Fouta-Djalon, qui donne déjà naissance au Sénégal , à la Gambie et au Niger, coulent de nombreuses rivières : le Rio Compony, le Rio Nunez, le Rio Pongo, la Dubréca, la Mellacorée, etc.

La population de la Guinée française, environ iSooooo habitants, peut se partager en trois groupes : les Foulas ou Peula, de famille hamitique, qui habitent les hauteurs du Foula-Djalon et

commandent de là tout le pays; les Sousous, refoulés par les précédents vers le Rio Nunez et le lîîo Pongo, jusqu'à Sierra Leone, où ils sont connus sous le nom de Mandés ; enfîn quelques tribus, les plus anciennes du pays, chassées par les Sousous jusque sur le littoral, les Nalous, les Bagas, les Landoumans et les Timenés.

Les Foulas sont tous musulmans et tous propagateurs de l'Islam. Parmi les Sousous, les uns sont musulmans, les autres sont demeurés fétichistes; d'aucuns, enfin, associent volontiers les fêtes et pratiques païennes aux musulmanes : l'essentie!

est que le rhum en fasse les frais.

On ne peut parler de la religion de ces fétichistes sans signaler la curieuse société secrète connue sous le nom de Simo.

C'est une vraie franc-maçonnerie, avec ses mystérieuses initiations, ses rites, ses exécutions terribles.

L'apprentissage dure une année entière et se fait sous la direction d'un vieux sorcier, dans les retraites les plus sombres de la forèl. Le profane qui viole ces retraites est voué à une mort certaine. Quant à l'initié, il sort de là le corps chamarré de peintures étranges, la tète ornée de plumes, mais aussi avec l'air insolent, sournois et méchant qui fait le vrai Simo, Les femmes ont également leurs sociétés secrètes, mais pour elles l'initiation ne dure que trois mois.

Qu'y a-t-il au fond de ces mystères ? Un vieux Noir qui avait gardé un reste d'honnêteté disait un jour: m Si j'avais su ce que

c'était que le Simo, jamais je n'y serais entré, mais j'y suis et je ne puis plus en sortir! » On dit que c'est là que s'organise le culte des mauvais esprits ; c'est là, en tout cas, que se décide la mort des suspects, qui disparaissent un beau jour sans que personne sache ce qu'ils sont devenus.

L'enfant est salué à sa naissance par force coups de fusil. Au huitième jour, on le sort « pour lui montrer le soleil ». A i6 ans, il est circoncis. Il se mariera quand il pourra payer sa fiancée. Le prix est de 200 à 3oo francs. Ses amis vont alors enlever la jeune fille et la portent en triomphe à sa case, les fusils retentissent, le rhum coule : c'est la noce. Les vieillards sont respectés et secourus. Mais la mort est difficilement acceptée comme chose naturelle et l'on procède toujours à une enquête pour savoir s'il n'y a pas eu maléfice. On en trouve trop souvent; et alors l'accusé — généralement quelque pauvre vieille — est noyé ou brûlé vif.

Les morts sont enterrés assis, comme les Lybiens d'Hérodote, dans la tombe que l'on recouvre de branches et de terre. Les Bagas, qui de leur vivant s'habillent d'une ficelle avec un léger chifibn, revêtent leurs défunts de tous les costumes qu'ils ont pu se procurer.

Les Nalous ont adopté Tlslam; mais les Bagas et les Landoumans le repoussent. Vivant d'agriculture et de pêche, ces derniers sont laborieux, honnêtes, monogames, et prêtent volontiers l'oreille à l'Evangile.

Conakry. — En 1890, le misérable îlot de Toumbo, amas de sable mélangé de grès rougeâtre, ne comptait que trois pauvres villages formant ensemble une population de 3oo à 4^^ habitants, lorsque la France choisit Conakry, l'un de ces villages, pour centre et chef-lieu de sa future colonie. Avec le gouverneur, M. Clément Thomas, arrivait, le 8 février 1890, le P. Raimbault qui, soutenu par l'Administration, se mit aussitôt à l'œuvre. Un de ses premiers actes

GUINÉE FHAXÇAISK, SIERRA LEONE. LIBÊUIA IM

fut de bénir l'hôtel du Gouvernement, en mai 1891, à la demande du lieutenant-gouverneur, M. Bayol. En face s'élève la Mission. L'école des garçons comptait une soixantaine d'enfants appartenant à toutes les religions. Le soir, un cours d'adultes réunissait de !\o à 120 indigènes. Aujourd'hui , l'école est confiée aux Frères de Plocrmcl et Bubventionnée par la roiunic. Les Sœurs de Saint-Joseph

de Cluny (iSgS) enseignent aux jeunes filles, outre l'instruction religieuse, des notions professionnelles de couture, de blanchissage, de cuisine, etc. L'hôpital, élevé ])ar le Gouvernement, est également confié aux Sœurs, sous la direction d'un médecin.

A 1200 mètres de là, on vient d'établir une école professionnelle et agricole, sur un terrain de <) hectares donné par l'Administration. Déjà un vaste jardin, cultivé par les enfants, donne au marché de Conakry de fort beaux légumes. En même temps une cinquantaine d'enfants, formés à divers métiers, se dispersci-ont dans la Guinée et

LES MISSIONS CATEIOLIQUKS

%mà^i

y seront, espérons-le, comme leurs frères aines des autres Missions, un élément de civilisation et de progrès.

Le P. Raimbault a succombé le i^ novembre 1892, mais son œuvre a continué à se développer, étendant sa sollicitude aux Clirétiens d'Europe, aux Ouolofs du Sénégal et aux Protestants de Sierra Leone, comme aux indigènes. Le noyau des Catlioliques de Conakry est aujourd'hui de 1200 à i5oo.

La colonie elle-même n"a cessé de prospérei", et Conakry est aujourd'hui une ville de i5ooo âmes. lin i8<)(), on y a fait pour a,*) millions d'alTaires, Un budget de 2 millions permet d'ouvrir des routes, d'améliorer le port et de préparer la voie ferrée qui doit relier la côte à Kouroussa, l'Atlantique au Niger. Cette prospérité de la Guinée française, devant laquelle a dû s'incliner la colonie anglaise de Sierra Leone, est en grande partie due au regretté M. Ballay.

Saint-JosepU de Ito/fa, au Hio Pon^'o. — Le long du Hio Pongo

et de son affluent, la rivière Thia, s'étend le royaume sousou de Thia qui comprend une population de Goooo habitants et est soumis au protectorat français depuis 1866. Le pouvoir est aux mains de la famille Katy. Les trois jeunes princes Jean-Jacques, Benoit et Emmanuel, élevés à la Mission de Dakar par Mgr Kobès, se firent Chrétiens et, rentrés chez eux, s'empressèrent de demander des missionnaires. Un contrat fut signé en janvier 1878 entre les Pères et le roi de Thia, et une Mission, consacrée à Saint-Joseph, fut établie près du poste français de Boffa. L'église pour les catéchismes et les offices, l'école pour les jeunes gens sont très fréquentées. Des grammaires, des dictionnaires et des catéchismes en langue sousou ont été publiés par le P. Raimbault. Enfin un hôpital pour les malades rend de très grands services.

Le 29 novembre i883 éclate une vraie révolte; le poste français, mal fortifié, avec cinq soldats et un caporal, sous le commandement du sergent Bour, un formidable part bien armés cL avides Sousous ont alors noîl ou Ben Katy.

de la Mission, le I' intervient d'ahur

Français pour les prier d'attendre, puis auprès du roi. « Ben, lui dit-il, que vas-tu faire ? Ne sais-tu pas que ta tête roulera la première? Si tu réussis contre le poste, un vaisseau viendra et il détruira tout, hommes, cultures, villages.... Viens avec moi au poste, je réponds de ta vie. » Au poste, tout fut vite réglé. Mais les Noirs comptaient sur un riche butin. Bientôt ils reprennent Toffensive, et le poste est envahi ; un homme est tué, un autre blessé ; la vue du sang fait des envahisseurs des tigres ; ils veulent tout massacrer, saccager, incendier.... « Arrêtez! leur crie le P. Lutz, c'est moi qui suis ici le mangue (roi). Amenez le blessé à la Mission, on le soignera.... Et vous. Français, cessez le feu et écoutez-moi. .. » On Técouta, et à force d'instances il désarma les uns et les autres.

Quelques jours plus tard arrivait le Héron ; le commandant voulut à son tour détruire le roi et le village. Le P. Lutz le calma, et, comme conclusion de toute cette affaire, M. Bayol, gouverneur, lui adressa une lettre de félicitations et de remerciements où il lui dit : « Votre intervention a prévenu une épouvantable boucherie »

Parmi les nombreuses conversions qui vinrent consoler les missionnaires, signalons celle d'un Musulman lettré, très instruit dans le Coran, qui fit une étude sérieuse des deux religions et ne se rendit qu'après avoir bien établi par écrit la supériorité de la religion chrétienne, par conséquent son unité et sa nécessité; car, dit-il, « un seul Dieu, un seul culte du seul Dieu ». Il est aujourd'hui devenu apôtre à son tour.

En 1898, on a étendu la Mission aux Bagas, qui, tout en ayant leur propre idiome, comprennent néanmoins le sousou. Outre la visite des missionnaires, ces indigènes ont au milieu d'eux, à Sobanc et à Taboria, des catéchistes instituteurs.

Sang/ia, — A six lieues en amont de Boffa, sur le Rio Pongo, dans un air plus pur et près d'une source limpide, s'élève le village

GUINÉK FRANÇAISH, SIERRA LEONE, LIRÉREA 1C3

de Sangha. On y a établi une Station dédiée à saint Jean-Baptiste. En 1897, le chiffre des baptêmes d'adultes s'élevait déjà à 3oo.

Farinthia. — Nulle côte plus que celle du Rio Pongo n'a alimenté le trafic des esclaves. La Société secrète du Simo se prêtait du reste admirablement à l'organisation de la « chasse à Thomme ». Des mulâtres des Antilles, attirés par les gros profits à réaliser, y établirent des nègrcrics en règle, avec magasins et marchandises A échanger contre « l'ébène », voire des forts pour leur défense. Parmi ces mulâtres était la famille Lightburn, retranchée dans les hauts de la rivière.

Elle avait à sa tète, à l'époque dont nous m„s,o„ de boké

parlons, une femme

belliqueuse, lady Ferreira, « Cette femme est un homme! » disaient les Sousous. Elle ne sortait jamais sans une paire de pistolets à la ceinture et visitait chaque semaine les sept fortins qui protégeaient sa nègrerie, afin de s'assurer si ses canons étaient entretenus, ses artilleurs à leurs pièces, ses 6000 esclaves bien armés. Faidherbe, faisant sa tournée des Rivières en i8G3, l'honora de sa visite. — « Et qui t'a permis, lui dit en plaisantant le général, d'établir des canons sur une rivière française ? — Cela ne te regarde pas, lui répondit-elle; en tout cas, ils ne sont pas braqués contre les Français. — Mais si je les fais enlever? — Essaie donc si tu l'oses.... » Cette discussion... courtoise n'empêcha pas lady Ferreira d'offrir au général un magnifique anneau d'or avec d'autres présents. La vénérable matrone est morte en 1880. Elle avait, dit-on, cent

vingt ans. Elle fit baptiser un petit enfant dont elle était la trisaïeule et déclara qu'elle voulait aussi mourir catholique, donner le terrain nécessaire pour la Mission, bâtir la chapelle et aider de tout son pouvoir les missionnaires. Son fds, Staël Lightburn, souscrivit volontiers à toutes les dispositions de sa mère, ainsi que les Marsden, ses descendants, qui se sont également faits Catholiques. La chapelle bâtie par eux est consacrée à la Sainte Vierge, et la Station

Je Farinthia, desservie par les Pères de Sangha, n'attend, pour donner des frui ts plus abondants, que la résidence fixe des missionnaires.

Iioke\ au Itio Xuncz. — Le plateau de Bokc, fertile et sain, offrait de magnifiques assises pour une Mission. Les peuplades qui l'entourent sont les Bagas, les Nalous et les Landoumans. — « Qui es-tu ? et que viens-tu faire ici? demandèrent-ils au missionnaire. — Je viens vous sauver, vous conduire au bonheur du ciel qui ne finit jamais. — En ce cas, restez au milieu de nous, a Et l'on se fixa au milieu d'eux, et les catéchismes commencèrent, et les écoles s'ouvrirent par un éloquent discours de M. Milanini, commandant du cercle de Boké. La chrétienté naissante, consacrée au Sacré-Cœur, prend racine et se développe heureusement.

La Préfecture apostolique de la Guinée Française compte actuellement 1785 Catholiques, 2525 hérétiques et 1 2^5 000 infidèles. Il y a eu 9G conversions en 1901. Son personnel est de i5 prêtres, 10 Frères et 5 Sœurs. On y trouve G chapelles, 4 cases-

chapelles, 3 orphelinats, ] 2 écoles, 2 écoles professionnelles, 1 ferme, I hôpital et 7 pharmaciens.

SIERRA LEOKE

Le nom de Sierra Leone (Mont du Lion) a été donné par les anciens navigateurs portugais à cette partie de la côte qu'enserrent la Guinée française au Nord et la République de Libéria au Sud, non à cause des lions qui la fréquentent — on n'en a jamais vu — mais à cause de la ressemblance qu'affecte la croupe des montagnes avec les formes d'un lion couché.

Les Anglais visitèrent ces côtes dès le xvi" siècle. De iSGa à i568, le trop fameux négrier Hawkins en enleva plus de Goooo esclaves. Et Dieu sait s'il eut des imitateurs jusqu'à ce que, vers 1787, s'élevât au sein du Parlement anglais l'énergique cri de protestation de Wilberforce! AvecGranvîlle, Sharp, Smeath-

man, une société philanthropique se forme alors, qui achète Sierra Leone pour en faire une colonie ouverte à tous les nègres avides de liberté. On y transporte tout d'abord un groupe de ^70 Noirs, de Londres, abandonnés de leurs maîtres; puis un autre de i igo, qui avaient passé dans la Nouvelle-Ecosse, fidèles à l'Angleterre vaincue aux États-Unis; vers i8oo, s'adjoint un troisième convoi composé des nègres marrons de la Jamaïque; à tout cela s'ajoutent 3oo familles irlandaises déportées, en iSo/i ; puis, plus tard, 800 Noirs kroumen, des Sousous, des Foulas, des Ouolofs, enfin quelques ouvriers anglais.

Cette population était de 2000 âmes en 1808, quand la colonie

« passa à la Couronne »; elle s'élève à loooo en i8i5, à 4oooo en i838; aujourd'hui, àSooooo, en tenant compte de Tîle Sherbro et des terres de l'intérieur.

Les Anglais auraient bien voulu s'étendre jusqu'au Niger, et ils trouvèrent avantageux, dans ce but, de favoriser Ahmadou-Ségou et Samory. Mais ils durent se contenter du bassin des Scarcies, laissant à la France la Mellacorée au Nord, et le Djoliba ou Niger supérieur à l'Est, suivant la convention du lo août 1899.

Toutes les sectes protestantes d'Amérique, ayant leurs représentants dans les émigrations mentionnées plus haut, eurent aussi leurs temples et leurs ministres à Sierra Leone. L'Eglise établie d'Angleterre n'hésita pas à dépenser iSooooo francs dans la construction de la cathédrale, qui eut son bishop et ses deacons. Mais personne n'eut l'idée de donner un temple et des prêtres aux Catholiques irlandais, qui, du reste, périrent en masse. Sous le gouvernement de Mac Carthy, qui marqua une ère de grands progrès pour la colonie (18 14-1824), il fut pourtant question d'y appeler des missionnaires. La Mère Javouhey y séjourna en 1823 pour organiser les hôpitaux. Mac Carthy eût voulu la retenir; elle dut lui promettre des Sœurs de Saint-Joseph pour les malades et les écoles. Mais le gouverneur périt en 1824 dans une expédition malheureuse contre les Achantis. Blessé sur le champ de bataille, les sauvages l'achevèrent avec la plus barbare cruauté. Le roi fît enchâsser d'or son crâne et, au rapport du P. Gommenginger, qui visita Coumassie en 1874, il s'en servait comme de coupe aux jours solennels.

Au décret de création du Vicariat apostolique des Deux-Guinées, en 18 '127 lîi colonie de Sierra Leone est mentionnée comme faisant partie de la Mission. Mgr Barron y vint et fut si bien accueilli des quelques Catholiques irlandais et du gouverneur, Mac Donald, qu'il eût voulu aussitôt y établir une Station : « A Sierra Leone, il y a de 60 à 70 Catholiques bien abandonnés, écrit-il de Freetown, le 17 février i84'i; les autorités anglaises seraient bien aises que

nous établissions une Mission : ils sont dégoûtés des Méthodistes.... N'oublions pas non plus Grand-Bassam, Assinie, etc.... Si vous avez des martyrs, envoyez-les! » Hélas! les martyrs s'immolaient à ce moment même, non loin de là, au cap des Palmes et à Grand- Bassam : c'étaient les lo premiers missionnaires envoyés en Afrique par le P. Libermann. D'autres allaient venir quelques années plus tard, qui consommeraient leur sacrifice en ces pays.

Le 20 novembre i8j8, est détaché des Deux-Guinécs le Vicariat apostolique de Sierra Leone, allant du Rio Nunez au Nord jusqu'à la rivière Cavally au Sud. Mgr de Marion Brézilhac, fondateur des « Missions africaines » de Lyon, en devient le premier titulaire. Il aborde à Freetown avec 3 prêtres et i Frère, au mois de mai 1839, en pleine épidémie de fièvre jaune. Elle les emporta tous.

En 1864, la Mission est reprise par les Pères du Saint-Esprit. Aussitôt les cloches des temples et des chapelles des 4^ sectes de la ville appellent leurs adeptes. « Il ne s'agit pas, leur dit-on, d'un incendie ou d'une invasion, mais d'un malheur bien plus épouvantable. L'Antéchrist dont nous vous avons souvent parlé, le Pape de Rome, qui veut ruiner l'œuvre du Christ et damner nos âmes, vient d'envoyer dans ce but deux émissaires parmi nous. Malheur à qui les écoutera!... »

La foule assaille d'une grêle de pierres la demeure des missionnaires, qui n'échappent au danger que grâce à la protection du gouverneur, sir W. Blackhall. En réponse à cet accueil, les Pères se mirent à soigner les malades, à se dévouer au service des pauvres, à accueillir tous les cœurs avides de vérité; leur maison ne désemplissait pas, et leur pauvre chapelle fut bientôt trop étroite pour les offices et les catéchismes.

Trois Sœurs de Saint-Joseph arrivent en 1866 et ouvrent une école qui a vite fait de grouper 200 élèves et de conquérir le pas sur toutes ses rivales. En même temps, le Fr. Clavcr a une école de garçons qui donne des résultats plus consolants encore. Les

baptêmes et les abjurations se comptent bientôt par centaines.

De pareils résultats étaient achetés par de lourds sacrifices, par des morts multipliées, et parfois par des accidents comme Tépouvantable naufrage, en 1868, de la Florence Nightingale . Elle allait de Gambie à Sierra Leone, ayant à bord les PP. Fritsch et Baumgartner, un jeune néophyte nommé Albert, 7 femmes de Gambie, 11 hommes d'équipage et 2 Kroumen. Le 2G décembre, elle donna sur un écueil et sombra. On n'eut que le temps d'improviser un radeau sur lequel chacun emporta trois rations de biscuits. L'un des Kroumen s'était noyé. Ballotté treize jours sur les flots, le nouveau radeau de la Méduse devait être témoin des mêmes spectacles d'horreur que l'ancien : révolte de l'équipage, famine, scènes de cannibalisme. Quand on parla de s'entre-dévorer, les missionnaires s'y opposèrent énergiquement. La première chose à faire, leur répondit-on, était de se partager les « blackpeoples », auxquels on ajouterait les Pères. Les marins ouvrirent les veines du krowman et se repurent de son sang, se réservant de le dépecer le lendemain. Il mourut dans la nuit, et les Pères l'immergèrent. Le lendemain on aperçut Tune des îles des Idoles ou « îles de Los », qui bordent les rivages guinéens. Les indigènes accourus prodiguèrent aux naufragés les soins les plus urgents, puis les conduisirent à une île voisine chez deux négociants français, MM. Pons et Gaillard. Une embarcation fut armée, et, le 8 janvier 1869, les Pères étaient à Freetown. Mais la secousse avait été trop violente. Le P. Baumgartner succomba peu après, et le P. Fritsch dut regagner la France.

De 1870 à 1874 arrivèrent le P. D'hyèvre, Supérieur, les PP. Kayser, Richert et Gommenginger. Sous l'impulsion du premier, rétablissement des Sœurs devient un véritable monument, avec son pensionnat vite florissant, ses ouvroirs et orphelinats, ses écoles et externats, formant ensemble un groupement de 5oo élèves.

Un double événement heureux pour la Mission fut l'arrivée, en 1872, d'un gouverneur catholique, sir John Pope Hennessy, et la

GUINÉE FBANÇAISh:, SIERRA LEONE, LIBÉRIA iG9

conversion de lady Hennessy, sa femme. L'assistance de sir John aux offices- et son assiduité à fréquenter les sacrements édifiaient tout le monde et attiraient à l'église une foule d'hésitants. « Puisque le gouverneur appartient à la religion catholique et fréquente son église, disaient les Noirs, il faut bien croire que cette religion n'est pas aussi mauvaise que nos prédicants nous le répètent. » Et ce qui donnait encore plus de force à l'argument, c'est que nul gouverneur n'avait encore égalé sir John dans l'administration et n'avait conquis au même point l'afiection générale.

Lady Hennessy était protestante. Peu après son arrivée a Freetown, elle perdit son fils unique, ravissant petit enfant de trois ans. On l'inhuma dans l'église; une riche pierre de granit recouvre la tombe, avec ce seul mot : « Baby ». Les missionnaires firent comprendre à cette mère en larmes que le cher enfant, ayant reçu le baptême, jouissait déjà au ciel d'un bonheur que toute l'affection de ses parents eût été impuissante à lui procurer sur terre. Ce fut pour elle un trait de lumière et d'espérance. La conclusion venait d'elle-même : « Pour le revoir plus sûrement au ciel, il était sage d'embrasser la religion de son enfant », et elle abjura le Protestantisme en la fête de Sainte-Anne, le 2G juillet 1872.

Une fois la Mission solidement établie à Freetown, on se préoccupa de son expansion dans le reste du Vicariat. Dans ce but, le P. [yhyèvre fit un voyage dans les Scarcies. Le P. Ch. Gommcnginger, qui le remplaça en 187.'!, se livra à des explorations à Porto

Loko, chez les Timenés; au Rio Pongo, chez les Sousous; puis à la Côte d'Or et dans la République de Libéria.

Les Anglais faisaient alors leur grande expédition contre les Achantis. Les Pères servirent d'aumôniers aux troupes britanniques. Avec Garnett Wolselcy, général en chef, revint à Sierra Leone un Français, M. Bonnat, qui avait été cinq ans prisonnier des Achantis et que le roi Kaffî-Calcally envoya pour solliciter la paix. Il demeura près d'un an à la Mission, d'où il retourna à Paris multiplier les démarches pour la création chez les Achantis d'une Mission catholique.

Cependant le P. Blanchet est replacé à Freetown en 1879, avec le titre de Provicaire apostolique. Admirant combien il a plu à Dieu de bénir son œuvre, il veut la couronner par l'érection d'une grande et belle cathédrale. Tous, Protestants et Catholiques, souscrivent généreusement. La première pierre est posée le 29 juin i883, et le gros œuvre terminé en i884; les décorations se firent les années suivantes, et la dédicace solennelle eut lieu le 3o octobre 1887.

Nous ne pouvons que mentionner les Stations nouvelles fondées à cette époque : Murraytown, à la sollicitation d'un groupe de Protestants convertis, le leader Johnson à leur tète; Benty, sur la Mellacorée; Waterloo, Libéria, qui aura son historique à part; Sherbro et enfin Sangotown, point terminus, à 4o kilomètres de Freetown, de la i" section du chemin de fer de pénétration, section qui a été inaugurée solennellement le i*'" mai 1899.

Sherbro, — A i65 kilomètres au sud de Freetown se trouve la grande île de Sherbro, qu'habitent deux tribus différentes, les Sherbros et les Mendis, « les plus grossiers et les plus immoraux du globe )), dit un voyageur avec un peu d'exagération. Ceux du continent sont, de plus, livrés à des pratiques d'anthropophagie invétérées. Enfin les terres basses et marécageuses engendrent des fièvres pernicieuses. Il faut pourtant civiliser, sauver ces peuples. C'est pourquoi une Mission fut fondée en 1893 à Bonthe, la capitale, avec

OlIlNIvE FflANÇAESE, SIERHA LEONE, LIBÉIUA

3 Pères, 2 Frères et 3 Sœurs de Saint-Joseph. Deux de celles-ci moururent dès la première année. Les progrès furent encore retardés par la mort des PP. Walsh et Tuohy. Mais les PP. Schields et Noirjean tiennent ferme au poste, et la population se montre très bien disposée. Mojamba est déjà occupé, Mobay va l'être, et l'un des chefs Mendis du littoral ne cesse ses instances pour décider les missionnaires à se fixer dans son pays.

Vis-à-vis de Sherbro, au pays d'Impéri, existe depuis de longues années une nombreuse société secrète d'anthropophages. Pour saisir leurs victimes, ils se lancent dans des barques en forme de crocodiles; sur terre, ils se couvrent de peaux de léopards, et ils se réunissent pour leurs horribles festins. La justice anglaise s'en est émue ; elle a saisi et pendu dernièrement cinq coupables à Ghambayab, où elle a laissé l'écbafaud en permanence. C'est là que la Mission va s'implanter pour adoucir, si possible, et civiliser ces cannibales.

Une particularité à noter ici, c'est que, dans l'insurrection de i8t)G, des Timenés du Nord et des Mendis du Sud, sur le continent et à Sherbro, les hordes insurgées veulent massacrer tous les blancs, et de fait ils se plongent dans le sang des Anglais. Mais tous ont la consigne d'épargner les missionnaires catholiques. « Ceux-là, disent-ils, sont les seuls qui veulent sincèrement du bien aux Noirs. Gardons-les. »

En 1892, le P. James Brown succède au P. Blanchet. Les baptêmes d'adultes, abjurations et conversions, continuent jusque dans les rangs des leaders et catéchistes du Protestantisme, tels MM. Johnson, Mac Loud, Tucker, etc.; puis ce sont Tavocat de la Reine, M. Donaldson, le négociant luthérien allemand Rosenbusch, Tun des chefs wesleyens, le commandant d'un steamer, la sœur et les deux neveux du président des Affaires indigènes, la femme d'un ministre anglican, la fille et les petits-enfants d'un autre, etc. Telle est l'influence conquise par l'Eglise catholique à Freetown, qu'en cette ville de 5oooo âmes, qui compte 70 temples protestants desservis par 120 ministres avec 18000 adeptes et 20000 Mahométans, les missionnaires catholiques en sont venus à faire passer triomphalement à travers ses rues et dans le plus grand ordre la procession du T. S. Sacrement. Cette belle manifestation eut lieu pour la première fois le 20 juin 1897.

La Mission compte actuellement 12 Stations, autour du centre de Freetown .

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