COTE D IVOIRE
La colonie française de la Côte d'Ivoire ne jouit de son autonomie que depuis 1893. A la vérité, nous possédions les deux comptoirs de Grand Bassam et d'Assinie depuis le xiv*" siècle, époque à laquelle des marins dieppois s'y établirent pour y acheter de l'or, de l'ivoire, de la gomme arabique. En 1870 nous en retirâmes les quelques soldats d'infanterie de marine que nous y avions établis, pour les protéger contre les Achantis de l'Est et les Malinkés de l'Ouest, et il ne resta pour représenter la France que les deux comptoirs de la maison Verdier. Cela dura jusqu'en 1889, quand l'exploration et les publications de Binger ramenèrent l'attention sur la Côte d'Ivoire. Le pays fut étudié, de nouveaux comptoirs furent établis, les limites furent fixées à l'Ouest avec la république de Libéria (1892); la Côte d'Ivoire, qui jusque-là avait relevé du Sénégal, devint autonome (1893), l'œuvre de pénétration se poursuivit jusque vers les États de Kong; Samory fut vaincu et fait prisonnier, et, ses Etats annexés, la convention du Niger fixa les limites Orientales vers le pays des Achantis : la colonie actuelle de la Côte d'Ivoire se trouva définitivement constituée.
Telle qu'elle est aujourd'hui, elle s'étend de l'Est à l'Ouest des 5° au 10° long. Ouest du méridien de Paris et se prolonge dans le Nord, depuis le golfe de Guinée jusque vers le 10° parallèle. Elle a 2JOOOO kilomètres carrés de superficie, la moitié de celle de la
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France, et 2 5ooooo habitants, lo par kilomètre carré, très inégalement repartis. Les deux tiers de sa surface sont occupés par la plus luxuriante et la plus riche des forêts, comparable seulement à celle du Congo ou du Brésil ; le reste par les lagunes, qui s'étendent le long de la côte depuis le 5° jusqu'au 8° de long. Ouest, sur une surface de 2-ioo kilomètres carrés, et par trois clairières importantes au nord des lagunes de Grand- Bassam, au nord de celle de Grand-Lahou, et au cœur du i pays, dans le Baoulé. Les États de Moréno, de Baoulé et de Kong sont très peuplés. Les lagunes sont partout navigables pour des vapeurs calant I m. lo, et constituent comme des petites mers intérieures.
C'est au fond de l'une de ces lagunes, celle de Grand-Bassam, dans la baie d'Abidjean, que l'on creuse un port qui ne le cédera en rien à celui de Bizerte, et que l'on^^bàtit la future capitale de la colonie, Bingerville, pour remplacer la ville de Grand-Bassam, brûlée en 1899 après avoir été désolée par la peste et la fièvre jaune : c'est là qu'aboutira le chemin de fer.
Les richesses naturelles de la Côte d'Ivoire sont d'abord ses forêts, qui renferment les essences les plus précieuses, acajou, palmiers à huile, cocotiers, lianes à caoutchouc, arbres à kola, karité, guiton, etc.; son sol, qui produit tous les fruits des tropiques, l'igname, le maïs, le riz rouge, le mil, la banane, le haricot arborescent, l'oranger, le papayer, le citronnier, le manguier, l'ananas, surtout le café et le cacao dont il y a déjà quelques belles planta-
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tions ; les mines, surtout les mines d'or, imparfaitement connues et qui cependant ont permis d'exporter de 1890 à 1897 pour 3836845 francs de poudre d'or, et les mines de cuivre.
Il n'y a plus de panthères, sauf dans l'extrémité nord où l'on rencontre également quelques lions, petits et noirs; presque plus d'éléphants, sauf au plus épais de la forêt. Par contre il y a beaucoup d'hippopotames dans les hautes vallées, et une foule inconcevable de singes noirs ou rouges, dans la forêt. De même une foule d'oiseaux,
sous le couvert , des aigrettes, des pigeons, des pintades, etc., ou dans les marécages, des canards, des flamants roses, des pélicans. Les poissons abondent dans les cours d'eau, et les insectes, en particulier les termites qui dévorent tous les bois sauf l'acajou, et dans certaines zones de la forêt une mouche aussi dangereuse pour le bétail que la fameuse tsétsé de l'Afrique du Sud.
Il y a beaucoup de volailles, de porcs, de chèvres dans les villages, des moutons à poil ras dans le Baoulé, mais ni chevaux, nî ânes, ni bœufs.
Parmi les diverses tribus qui peuplent la colonie on peut citer les Appoloniens, autour des lagunes, superbes et intelligents, qui ont monopolisé le commerce et la récolte du caoutchouc ; les Los du Nord-Ouest, plus beaux encore, guerriers indomptables que Samory ne put jamais soumettre; IcsBambaras et les Malinkés au Nord, aussi industrieux et intelligents que les Achantis, agriculteurs, tisserands,
teinturiers, tanneurs, vanniers, etc., et une foule d'autres très dispersées et n'ayant entre elles que fort peu de communications.
Ces diverses tribus sont à peu près tranquilles maintenant, elles respirent enfin, délivrées de l'implacable tyrannie de Samory, de ses recrutements de guerriers et de porteurs, de ses massacres, de ses razzias d'esclaves, des famines provoquées par ses invasions.
Il n'y a presque aucune industrie, à la Côte d'Ivoire, surtout sur la côte, les habitants achetant aux Européens pour de la poudre d'or tout ce dont ils peuvent avoir besoin.
La colonie tout entière ne compte que 3oo employés, le plus grand nombre indigènes, et 200 miliciens qui suffisent à y maintenir Tordre. Son budget en igoo était de i 4o3ooo francs. Son commerce, ^^^^ AFBtcuM et petit» esclave»
constamment en augmentation, s'est élevé en 1898 à 8127383 francs d'importation.
La Mission de la côte d'Ivoire est la plus récente de celles de la côte occidentale. Sa fondation ne remonte qu'à l'année 1895, mais là comme ailleurs les premiers missionnaires ont dû payer de beaucoup de sacrifices et de privations, et souvent de leur vie, les débuts de leurs installations dans ces contrées malsaines.
Six Stations y ont été créées : celles de Dabou, Grand-Bassam, Mousso, Assinie, Jacqueville et Memni. Dabou, résidence actuelle du Préfet apostolique, est située près de la grande lagune de l'Ebrié. Bâtie sur le sommet d'une colline, elle est relativement salubre.
Outre une école où les indigènes apprennent la langue française, Dabou possède encore une école professionnelle et, dans quelque temps, les missionnaires espèrent pouvoir y établir un orphelinat pour les esclaves libérés. Grand-Bassam, Mousso, Assinie, Jacqueville et Memni sont des Stations plus ou moins récentes ayant chacune leur dispensaire et leur école.
3 jio garçons et i5 filles fréquentent les 9 écoles de la Préfecture, qui ne compte encore que 55o Catholiques, et est desservie par 19 Pères, 4 Frères et G Sœurs. Il est permis d'espérer que ce pays, avec ses gisements aurifères et ses nombreux produits d'exportation qui lui assurent un développement et une prospérité considérables, ne tardera pas d'ouvrir les yeux à la lumière de TEvangile.
Près de la république de Libéria, se trouve la tribu bien connue des Rroumen, que Ton a surnommés les Gaulois de l'Afrique. Grands, forts, énergiques, et surtout très dévoués, ils sont très appréciés des commerçants européens établis sur la côte. Aussi la plupart émigrent-ils jusqu'au moment où ils ont acquis un pécule qui leur permette de vivre en paix dans leur pays natal.
Habiles canotiers et redoutables à la guerre, ils sont cependant d'humeur pacifique et s'adonnent de préférence à la culture du riz.