VICARIAT APOSTOLIQUE DU BÉNIN
Les postes existants de ce Vicariat sont compris dans la colonie et le protectorat anglais de Lagos.
La colonie de Lagos élait autrefois un petit royaume indépendant et Tun des principaux foyers de la traite des noirs. Fondée en 1862, elle a rapidement progressé. Elle comprend Tîle de ce nom et la partie de la cote située entre la Nigeria anglaise et le Dahomey. Son étendue est de 2 55o kilomètres carrés et sa population de 85607 habitants. Sa position exceptionnelle et l'importance de son commerce Tont fait appeler le Liverpool africain.
Le protectorat de Lagos s'étend beaucoup plus loin vers Tintérieur, entre le Dahomey au Nord et au Nord-Ouest et la Nigeria au Nord-Kstetà FEst; il comprend le royaume de Yorouba. Sa superficie dépasse 54ooo kilomètres carrés et sa population est d'environ 3 millions d'habitants, tous païens, sauf 12000 Mahométans et 6000 Chré tiens. Un chemin de fer de 9G kilomètres relie Lagos à Abéokouta, et sa prolongation d'Abéokouta à Ibadan, sur une longueur de loG kilomètres, est sur le point d'être achevée. Les principaux produits du pays sont l'huile de palme, l'ivoire, la gomme copal, le coton, le cacao, le café.
Le Vicariat apostolique du Bénin comprend les 9 Stations, de Lagos, deTokpo, d'Abéokouta, d'Oyo, d'Ibadan, de Badagry, d'Itolo, d'Awé et d'Eboute-Méta.
Lorsque, pour la première fois, les missionnaires de Lyon descendirent à Lagos en 18G2, ils y trouvèrent une population composée en grande partie d'esclaves Nagos, emmenés jadis au Brésil, puis rapatriés. Imbus d'un commencement de civilisation et ayant reçu quelques éléments d'instruction, ces esclaves offrirent un cliaiiip particulièrement favorable à l'apostolat, d'autant plus que le protectorat anglais assurait aux missionnaires une complète liberté. De plus, il y avait parmi eux un véritable apôtre, un ancien esclave
libéré dont l'histoire est touchante et mérite d'être racontée. D'abord esclave au Brésil où il embrassa le Christianisme, Antonio profita de l'édit d'émancipation pour retourner aussitôt à Lagos, son pays natal. Là, il constate avec douleur que tous ses coni])atriotes libérés sont retournés au fétichisme. Aussitôt il se met à l'œuvre, et, n'écoutant que son ardente charité, il dresse une chapelle et s'ingénie
à reproduire de son mieux les cérémonies du culte catholique. Il réunit ses frères égarés ou chancelants, les instruit, prépare les mourants à paraitre devant Dieu et accompagne les funérailles des psalmodies de son rituel. Il réussit ainsi à ramener un certain nombre d'apostats, baptise plusieurs païens et préserve son petit troupeau des séductions de la propagande protestante. Aussi i'appclait-on le Pndre Antonio. (^)uand plus tard le premier missionnaire catholique débarqua à Lagos, il le reçut comme un ange du ciel, lui remit ses fonctions et sa chapelle et se fit son humble et dévoué auxiliaire.
Au bout de 8 ans, Lagos ne comptait pas moins de 3ooo Chrétiens et, aujourd'hui, il y a plusieurs écoles catholiques avec plus de 2000 enfants. C'est la résidence du Vicaire apostolique. Son église, avec ses tours à la fois imposantes et gracieuses, a été complètement bâtie par la population chrétienne de la ville. On y voit aussi des hôpitaux, deux colonies agricoles et une école normale supérieure. Cette dernière est destinée à devenir une pépinière de précieux auxiliaires pour les missionnaires en leur fournissant les catéchistes et les instituteurs nécessaires à la formation de nouvelles écoles catholiques, soit dans les villes où ils sont établis, soit dans les localités circonvoisines. Lagos est la grande station de la côte. On dirait une bonne et grande paroisse de France. Le mariage chrétien y est en honneur, même auprès des vieux païens, et un gouverneur anglais, témoin du zèle et du dévouement des missionnaires catholiques, a bien traduit leur situation en disant que a l'avenir était à eux ».
En 1&77, le Gouvernement anglais céda à la Mission catholique, sur le territoire de Lagos, entre la mer et la lagune, une presqu'île de 1200 mètres de large sur i4 kilomètres de longueur. C'est sur ce vaste domaine que fut établie la ferme agricole de Tokpo. Sa position est fort avantageuse, la brise de mer la rendant relativement salubre, et la lagune la reliant avec Porto-Novo, Badagry, Lagos et l'intérieur. C'est là que les missionnaires peuvent recueillir une foule de petits nègres à qui Ton enseigne à pratiquer et à aimer le travail de la terre ; là aussi qu'ils trouvent quelques ressources alimentaires pour les Missions de la côte et que les Pères fatigués ou convalescents peuvent venir se reposer.
Abéokouta est aussi sur la rive gauche de TOgoun, sur un terrain granitique, aux collines recouvertes de végétation.
Quoique, dans l'imagination des indigènes, elle joue le rôle des cités les plus fameuses de l'ancien monde, elle est cependant de fondation toute moderne. Les Egbas, longtemps victimes des razzias meurtrières des tribus voisines et fatigués de fournir un trop nom-
krcux contingent d'esclaves, conçurent, vers l'année 182$, le dessein d'abandonner leurs villages et de se défendre contre les nouvelles attaques du Dahomey et du Yorouba. Pour y arriver, ils se groupèrent au pied d'une masse imposante de rochers qui s'élève à 80 mètres au-dessus du sol, et fondèrent ainsi la ville d'Ahéokouta, dont le nom signifie « sous les rochers ». Bientôt d'autres peuplades vinrent les rejoindre, de telle sorte qu'aujourd'hui Abéokouta est probablement la ville la plus populeuse de toute l'Afrique occidentale, renfermant, d'après le P. Ilolley, qui l'a visitée en 1880, une population de 200000 habitants. Ses 1 4o villages sont répartis en sept quartiers principaux qui ont
conservé leur autonomie, leurs droits, leurs privilèges, leurs coutumes cl jusqu'aux nuances de leurs dialectes.
La Société des Missions africaines y compte trois établissements, dont une œuvre de lépreux qui occupe une sorte de faubourg de la ville et leur donne une grande influence. Les écoles de garçons et de filles y sont très prospères et tout fait prévoir que, grâce à la fraternité des tribus d'Abéokouta avec le royaume si peuplé de Yorouba, les missionnaires catholiques tiennent la clef de cet immense pays.
Oyo est une ville très importante et la capitale nominale du Yorouba. Une Station y fut fondée en 1 885 , sur les instances du roi qui accueillit avec bienveillance les premiers missionnaires. Malheureusement, déjà entamée par l'Islamisme, elle se montre réfraclaire à notre enseignement et les conversions y sont plus difficiles qu'ailleurs, malgré le succès de l'école de la Mission.
En 1891, les missionnaires qui, six ans auparavant, avaient visité Ibadan, ville importante du Yorouba, y fondèrent une Résidence et y ouvrirent une école aujourd'hui très fréquentée. Enfin en 1897, *'^ bâtirent une chapelle à Itolo, un des faubourgs de Lagos, et y ouvrirent deux écoles aujourd'hui très prospères et dont Tune est tenue par des Religieuses.
Actuellement la Mission du Bénin compte 9 Stations, 27 Pères, 4 Frères, 28 Sœurs, 7600 Catholiques, i5 écoles avec 1678 enfants dont 1060 garçons et 6j8 filles.
Dans chaque Résidence, tant des Pères que des Religieuses, il y a un dispensaire et un orphelinat. A Abéokouta il y a une crèche pour bébés orphelins et un hôpital très fréquenté. De plus, la Mission a deux léproseries qui abritent une trentaine de pauvres lépreux, et deux asiles pour vieillards abandonnés.
L'ensemble des postes des Missions africaines de Lyon, y compris la Préfecture apostolique du Niger, dont nous parlerons au chapitre suivant, compte 34 Stations, io4 Pères, 11 Frères, 78 Sœurs, 21 343 Catholiques, 57 écoles avec 5i5G élèves, dont 3755 garçons et i4oi filles.
Ouvrages à consulter. — Bixcer, Du Niger au golfe de Guinée^ i vol. grand iii-8, Paris, 1892. — Commandant Toutiîk, Dahomey Niger, Touareg, in-i8, Paris, 1897. ~~ Pierre Mille, La Côte d'Ivoire, notice pour l'Exposition de 1900, in-8, Paris, 1900.