‹ Les missions catholiques françaises au XIXe siècleChapitre 25 sur 39 · VICARIAT APOSTOLIQUE DU CONGO FRANÇAIS OU LOANGO · texte numérisé non relu

VICARIAT APOSTOLIQUE DU CONGO FRANÇAIS OU LOANGO

Autrefois compris dans le grand royaume du Congo, le Loango devint indépendant sur la fin du xvi* siècle : il s'étendait alors depuis Tembouchure du Kouilou jusqu'à celle du Congo. Les Portugais y ont eu longtemps une autorité plus ou moins vague, et la traite des esclaves s'est maintenue sur cette côte jusqu'à une époque récente : elle est aujourd'hui remplacée par le commerce de l'huile de palme, de l'ivoire, du caoutchouc. Des plantations ont été essayées avec succès : on trouve, du reste, dans le pays, le café à l'état sauvage.

En i885, des traités entre la France, le Portugal et l'Association Internationale Africaine firent rentrer tout ce pays dans le domaine du Congo français, sauf l'enclave de Cabinda qui resta au Portugal. L'administration religieuse fut elle-même modifiée. Du Vicariat du Gabon fut détaché, par décret du 21 octobre 1886, celui du Congo français ou Congo inférieur, qu'il eut été plus juste d'appeler du nom de Loango, et, en 1890, celui du Congo supérieur ou de l'Oubangui. Des Missions avaient été fondées par les Pères du Saint- Esprit à Boma, à Banane, à Nemlao, à Kwamouth, au Kassaï; elles furent remises aux missionnaires de la Société du Saint-Cœur de Marie de Scheut-lez-Bruxelles, lorsque fut constitué l'État Indépendant (1888).

A la tête du Vicariat apostolique du Congo français ou Loango

fut placé Tun des anciens missionnaires du pays, Mgr Carrie, aujourd'hui encore ferme et vaillant à son poste. Son personnel se compose de 17 missionnaires européens, 3 prêtres indigènes, lo Frères européens et 8 loangos, plus 20 catéchistes-instituteurs. La Mission possède un séminaire avec une vingtaine d'étudiants, et deux noviciats, un pour les Frères et un pour les Sœurs indigènes, 7 écoles principales avec 4oo enfants, plus 25 annexes avec 700 ou 800 catéchumènes, 6 établissements de Mission, et nombre de petits postes régulièrement visités.

La Mission de Loango comprend actuellement 2677 Catholiques et 55 hérétiques sur un nombre inconnu d'infidèles. L'année 1901 a enregistré à elle seule io55 conversions.

Le pays a un aspect moins exubérant de végétation que le Gabon, mais il est plus varié : lagunes bordées de palétuviers sur les côtes, falaises taillées à pic dans l'argile rouge, bouquets d'arbres, grandes étendues semblables à des parcs où les fourrés épais succèdent aux prairies couvertes de hautes herbes, coins cultivés et, surtout vers le Nord, superbes forêts vierges que traversent de petits sentiers. Le baobab, que l'on ne trouve point sous l'équateur, reparaît ici, avec certains palmiers et autres essences qu'on n'avait pas revus depuis la Guinée.

Quant aux indigènes, ils sont connus sous le nom générique de FîotSj qui signifie « Noirs ». Ce sont, en réalité, des Vilis (Ba-vili), avec de nombreuses tribus similaires qui toutes appartiennent à la grande famille bantoue. De nombreux travaux ont été faits sur la langue, notamment par Mgr Carrie, le P. Ussel, le P. Sublet, mais surtout par le P. Dérouet et le P. Marichelle. Une imprimerie fonctionne même depuis longtemps à la Mission de Loango.

Bien que ces populations aient été évangélisées autrefois et aient acquis, du moins à en croire les relations anciennes qui nous parlent de villes, de rois et de princes, un degré de culture relati-

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vement élevé, nos missionnaires n'ont trouvé que de bien faibles traces de tout ce passé. De petits chefs locaux ont remplacé les anciennes autorités centrales, et le fétichisme, tour à tour absurde, grossier et cruel, s'est de nouveau étendu sur toutes ces populations,

La ville de Loango, qui a compté plus de i5ooo âmes, n'est plus guère qu'un groupe de factoreries, près desquelles sont fixés quelques Noirs, serviteurs des européens, porteurs de caravanes, employés, etc.

Un peu en avant et au Sud, sur une lagune côtière séparée de la mer par un petit banc de sable, s'est établie la Mission, aujourd'hui ombragée par de grands manguiers dont le vert sombre fait ressortir la blancheur des habitations. C'est de Loango et de la Mission qu'est partie la première caravane de porteurs pour se rendre au Stanley-Pool et à Brazzaville, organisée et conduite par des missionnaires. Ce

fut un événement : il inaugura sur cette cote un mode de transport qui, pendant seize ans, devait être pour l'administration et le commerce le seul moyen de communiquer avec l'intérieur. Toutefois, pendant que, sur le territoire français, on se heurtait aux rapides de l'Ogoué et, plus tard, aux difficultés de la navigation du Kouilou-Niari, la compagnie du chemin de fer belge, en grande partie montée avec des capitaux français, achevait la voie ferrée qui relie Matadi à Léopoldville et atteint la partie navigable du Congo. Aussi, les caravanes de Loango se bornent-elles, aujourd'hui, à communiquer avec les établissements voisins.

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Une autre initiative de la Mission a consisté, comme au Sénégal, au Gabon, au Congo portugais, dans l'Angola, etc., à essayer de développer les cultures et d'introduire en ces pays si longtemps abandonnés les légumes, les arbres fruitiers et les diverses essences capables d'être utilisées. Chaque Mission a son jardin d'essai, profitable aux Noirs et aux Blancs, ouvert aux uns et aux autres. C'est là aussi que, agents, explorateurs et commerçants trouvent les soins et les remodes nécessaires aux jours trop fréquents où la fièvre les frappe.

La Mission de Loango a été fondée en i884- Mais ce ne fut qu'en 188G que Mgr Garrie y fixa sa résidence et y transféra de Landana, qui restait au Portugal, son séminaire, le noviciat des Frères indigènes, l'école des catéchistes et l'imprimerie. Là aussi se trouve la procure des Missions de l'intérieur. Outre le Vicaire apostolique, rétablissement possède actuellement 3 Pères et 1 prêtre indigène, avec 3 Frères, des écoles de garçons et de filles, 2 villages chrétiens et i,5oo fidèles. Six stations annexes sont réparties, depuis le Kouilou au Nord jusqu'à Masabi au Sud, où le P. Marirhelle a des écoles, des catéchistes et un groupe nombreux et consolant de catéchumènes.

Mgr Carrie s'est, dès le principe, préoccupé de la formation d'un clergé indigène et il a eu la consolation de voir ses efforts couronnés d'un certain succès : ^ prêtres noirs, tous excellents, sont déjà sortis de son séminaire, et d'autres se préparent à suivre leurs traces. Mais le voisinage du commerce européen, avec les situations qu'il apporte, n'est pas favorable à ces vocations spéciales : aussi, les u'uvres de formation — séminaire, et noviciat — (mt-eiles été transférées à la AUssion de Mayoumba, où

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elles trouvent à la fois une vie plus calme, un entretien plus facile et une sécurité plus grande.

Mnyoumba. — Au iioril de Loango et de remboucliurc du Rouilou, s'ouvre la longue lagune de Yombo, séparée du littoral par une sorte de cordon sablonneux où se sont établis le poste français et les factoreries européennes. Près de là, à une hauteur de 55 mètres, est assise la Mission du Saint - Esprit de Mayoumba, fondée en 1888 par le P. Ignace StolTel.

Le chef du pays était le fier Matchindo. Disposant d'une troupe de 3oo esclaves armés de fusils, il s'était refusé à

toute relation avec l'autorité française, soit qu'on lui enjoignit de maintenir l'ordre dans la contrée, soit qu'on l'appelât au poste pour recevoir des cadeaux : « Je recevrai vos présents chez moi, disait-il, mais chez vous, jamais! » Navire de guerre, troupes de débarquement, bombardement et fusillade, lui firent enfin comprendre que les balles des Français portaient d'autres coups que les fragments de marmites dont les fusils à pierre de ses esclaves étaient bourrés. Il demanda la paix et offrit sa soumission à la seule condition qu'il traiterait avec le P. Stoffel. Le missionnaire, à la demande du commandant Vincent, l'accompagna, et, après une longue discussion, l'entente fut conclue à la satisfaction commune.

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Néanmoins, Tamour de (c la plus grande liberté » poussa Nami Matclîindo à chercher à cinq jours de marche à Tîntérieur un air plus respirablc. Mais, en s'éloîgnant, il demeura attaché aux missionnaires et leur confia ses enfants.

Cette influence acquise d'abord au missionnaire, en raison même de sa qualité d'homme de Dieu, se rencontre partout dans ces pays d'Afrique. Parfois des gouverneurs, administrateurs, chefs de poste en sont grandement froissés; d'autres, plus avisés, s'en servent, et c'est au carnet de l'un de ces derniers, visitant Mayoumba, que nous empruntons les réflexions qui suivent : « Les Pères, investis de la confiance des chefs, ne peuvent que les incliner favorablement envers la France et ceux qui la représentent. Si ces derniers ont besoin de renseignements sur le pays et les habitants, sur leurs dispositions favorables ou hostiles, les menées cachées des tribus, nul n'est mieux placé pour les leur donner que le missionnaire : il pénètre partout; nul ne sera meilleur intermédiaire, plus loyal interprète, conseiller plus conciliateur. A Mayoumba, l'impôt n'a pu être d'abord perçu que dans les stations et les villages qui possédaient des catéchistes. Ailleurs, refus persistant. »

« Le 12 septembre, visite à la Mission catholique de Mayoumba, écrit de son côté M. Lemaire. Comme celle du Fernan-Vaz, la Mission de Mayoumba est une leçon de choses : cultures potagères, plantations riches, élevage de tous animaux, plumes, pattes et soies, tout est entrepris et paie de ses efforts le laborieux ouvrier de colonisation qu'est le missionnaire en Afrique. » {Officiel du Congo ^ i5 décembre 190 1 .)

Les deux moyens d'action du missionnaire sont l'instruction et le travail. La première se donne aux enfants dans les catéchismes et les écoles, puis aux tribus éparses dans les villages, aux adultes, aux familles, par le moyen des catéchistes formés à la Mission centrale. Le travail, il faut en donner l'exemple aux populations, et c'est pourquoi Ton a des écoles professionnelles, avec ateliers

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divers. Il importe surtout de favoriser les cultures, celles du pays, sans doute, mais aussi les plantations industrielles, café, cacao, caoutchouc, etc. La Mission a reçu dans ce l>ut deux concessions de 216 et de ^S6 hectares de forêt qu'il a fallu d'abord défricher, puis planter. On y a même introduit la charrue. M. de Brazza a fourni de Libreville ^oo pieds de café, 4oo de cacao, 200 d'autres plantes; le tout pousse à merveille. On va les multi-

plier, puis en donner aux indigènes, ainsi que les graines et boutures de caoutchouc.

Si la terre est exploitée, la lagune l'est aussi. Très poissonneuse, on y fait la pèche à la dynamite; dernièrement quatre cartouches ont donné i/jo kilogrammes de poisson, dont un thon pesant 37 kilogrammes. Il y a même un banc d'huîtres énormes, long de /| kilomètres. Et telle est l'abondance du produit, que les navires européens y envoient puiser à pleines pirogues, pendant que les Noirs, à l'époque des basses eaux, en font des chargements. Ce sont les femmes qui plongent. Elles rapportent quantité de ces huîtres et vont ensuite sur le rivage les cuire et en faire des conserves. Des coquillages laissés en tas les missionnaires font d'excel-

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lente chaux. A son tour, le sol argileux fournit à la Mission briques, tuiles et carreaux.

A quelque distance de là, au fond de la lagune, était établie une Mission protestante. Découragé, le ministre s'est retiré après avoir vendu les terrains et les bâtiments de sa station au P. Carrer. Celui-ci y établit immédiatement un catéchiste instituteur, Etienne Ngoyo, marié à la fille du prince Mambi Mouéni Kibinda. De son côté, le P. Garnier, aidé d'un prêtre indigène, M. Maonde, qui Tun et Tautre parlent les divers idiomes fiots, parcourent les villages des tribus voisines et s'avancent assez loin dans l'intérieur; ils visitent même, en 1899, les Yakas et les Nzabis. Dans une vingtaine de villages ont été aussi fixés des catéchistes, et les conversions sont nombreuses. Mais les gangas^ ou sorciers, voyant leur influence s'en aller, se sont parfois vengés : les catéchistes de Mombi, de Banda, de Panga ont été empoisonnés. A tous les points de vue il est fâcheux que ces crimes, portés à la connaissance de l'Administration, soient demeurés impunis, par suite d'un système d'abstention difficile à comprendre, plus difficile à excuser. Un autre sujet de rage pour les féticheurs, c'est de voir les chefs remettre aux missionnaires leurs fétiches. Le P. Le Mintier de la Motte Basse, qui a succédé au regretté P. Carrer, s'est fait livrer par le vieux Mandaki Nioundou, son fameux nboïo^ terreur de tout le pays : c'est un fétiche dans lequel entrent trois crânes de chefs et trois d'esclaves.

La statistique de la Mission de Mayoumba accuse pour 1901 les chiffres suivants : i4 élèves au Petit Séminaire, 18 aspirants au noviciat des Frères indigènes, 3 villages chrétiens, 20 catéchistes, et 58c> Chrétiens, avec quelques milliers de catéchumènes et d'adhérents, dispersés dans le pays d'alentour.

liouariza. — Sur la voie des caravanes de Loango à Brazzaville, au confluent du Bouanza et du Niari-Kouilou, s'élève le village de

VlCAItlAT APOSTOLiyUr-: Di; CONGO français -itiô

Bouanza, à la fois siège d'une Mission consaci-ce à la Sainte Trinité et d'un poste militaire français. Les indigènes appartiennent aux tribus Kainba, liembé et Diandé. La fondation remonte à i8()2. Les débuts ont été des plus pénibles. On avait d'abord occupé un poste abandonné par le gouvernement dans la vallée du Niari. Mais, à la saison des pluies, le torrent déborda, emporta tout, et, au retrait des eaux, les fièvres eurent vile abattu les santés. On sortit de \ii pour aller s'établir sur un plateau bien aéré, arrosé, ombragé et fertile, que céda le chef Ndamba. On y bâtit en briques et en bois des bâtiments spacieux pour les missionnaires, les Sœurs et les enfants, et aussi pour recevoir les confrères de passage, les étrangers et les malades.

Les moyens employés, ici comme ailleurs, sont le soin des malades, les écoles pour la jeunesse, les encouragements au travail. Sur ce dernier point, les Bembés commencèrent par refuser, puis consentirent à se louer pour la demi-journée, puis pour la journée, et pour la semaine, et pour la saison. Fiers alors de leurs gains, ils allaient se montrer dans les villages avec leurs beaux pagnes et, après quelques mois de liberté, revenaient travailler à la Mission, amenant avec eux des recrues nouvelles : c'est ainsi qu'on a créé la main-d'œuvre en ce pays. Ces ouvriers apprennent à construire, à cultiver, à parler français: ils assistent aux iirn((.'> du dimanche, aux prièivs, aux catét-liisme^. Dl; plus, des catéchistes sont envoyés dans les villages environnants. Parmi les t^nfanls des écoles, les uns appartiennent à des familles libres, d'autres ont été rachetés, ou plutôt arrachés à la mort à laquelle les condamnaient les SUpersti- e^ ri;i:iié»tios (cosgii fhi]<cais)

lions singulièrement enracinées diins ces tribus. Ainsi ndohi, c'està-dire mangeur d'iiine, est le pauvre enfant dont la peau révèle quelque tache, ou la clievelure quelque poil roux; ndoki^ l'enfant qui subit une dentition irrégulière; ndoki, surtout le petit malade qui revient à la santé sans avoir suivi l'ordonnance du féticheur. Et tout ndoki doit périr égorge ou noyé dans le Niari.

Signalons ici un mal étrange et contagieux qui fait de nombreuses victimes, cliez tes Diandis plus que partout ailleurs : c'est In

somnose ou maladie % i^^ff' du sommeil, répan-

due au Sénégal et dans tout le Congo.

Le malade qui en est atteint a des accès de sommeil de plus en plus fréquents, de plus en plus difficiles à secouer jusqu'au jour où il s'endort pour ne plus se réveiller. Tous les remèdes ont été essayés, aucun n'a réussi. Une mission scientifique portugaise vient enfin de découvrir le microbe producteur de cette terrible affection ; espérons qu'on arrivera à l'enrayer.

Houanza, se trouvant sur le chemin des caravanes, recevait de nombreux visiteurs et se faisait un plaisir de pratiquer une large Iiospitalité. Mais depuis l'inauguration du chemin de fer belge, les caravanes ont presque entièrement disparu. La Mission n'en continue que mieux l'évangélisation des alentours dans la paix et la solitude. Un gracieux canot, Sœur-Colombe , lui a été donné, et, léger, il vogue sur le Niari et ses affluents, portant à ces pauvres tribus, avec Tenvoyé de Jésus-Christ, la lumière de l'Évangile et les innombrables bienfaits de la charité chrétienne

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