‹ Les missions catholiques françaises au XIXe siècleChapitre 26 sur 39 · VICAHIAT APOSTOLIQUE DU CONGO FRANÇAIS · texte numérisé non relu

VICAHIAT APOSTOLIQUE DU CONGO FRANÇAIS

Boudianga. — Au Nord, sur une petite rivière qui va se jeter dans la Louessé, un des principaux affluents du Niari, vient d'être fondée la Mission de Boudianga, point central entre les Stations de Loango, de Bouanza, de Mayoumba et du Haut-Ogoué. Les tribus sur lesquelles doit s'étendre l'influence de la Mission sont les Kougnis, les Sandjis, les Yakas, les Kotas et les Tékés. Mgr Carrie, les premiers travaux d'installation achevés, y a laissé les PP. Moulin et Duclos, avec un Frère indigène. En même temps que les constructions, les catéchismes ont commencé. Mais voici que, tout à coup, un gros incident s'est produit. Tout ce pays a été donné par le Gouvernement français en propriété à une Compagnie qui prétend, par le fait même, avoir tout droit sur les terres et sur leurs produits. Les indigènes, sans doute, y ont des réserves, mais de ces réserves ils n'auraient que l'usufruit. Le missionnaire est établi sur une de ces réserves indigènes, à lui cédée par le chef, fort étonné de savoir que la terre, sur laquelle ses ancêtres vivent depuis des siècles, appartient à des Européens dont personne en ce pays, n'avait entendu parler jusqu'ici. Il est vrai que la Compagnie propriétaire n'entend pas fermer aux missionnaires le chemin de cette partie de l'Afrique que les missionnaires eux-mêmes ont ouvert les premiers. Mais il y a là une question de principe de la plus grande importance. Sera-t-elle tranchée ?

Linzolo. — Envoyé à la découverte par le P. Carrie, alors Préfet apostolique du Congo, le P. Augouard était arrivé, en 1881, au lac Nkouna, aujourd'hui le Stanley-Pool, sur le rivage même duquel il aurait voulu s'établir. Mais la haine suscitée par le passage sanglant de Stanley ne s'était pas encore dissipée. D'autre part, les hommes du fameux Makoko ne voulaient céder à qui que ce fût un pouce de terrain avant le retour de M. de Brazza, qui avait laissé là, pour la garde du poste, le sergent Malamine et deux Sénégalais. Tout ce que put faire le P. Augouard, après avoir ravitaillé et approvisionné de

cartouches le brave sergent, ce fut de se replier hors de la zone des Ba-Téké et des Ba-Fourou du lac, chez les Ba-Lali. Ceux-ci lui vendirent un terrain de 20 hectares sur lequel il établit aussitôt la Mission. M. Dolisie en fut le premier hôte.

Commencée le 17 septembre i883, la Station reçut de précieux appuis et encouragements d'abord du Supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit, puis de M. Duclerc, alors président du Conseil, qui lui accorda une subvention de 11 000 francs, de MM. de Brazza et Ballay, de M. Mizon. « Courage, mon Père, écrivait ce dernier au P. Augouard, vous travaillez pour votre Dieu qui est le mien; je travaille pour ma Patrie qui est la vôtre : unissons nos efforts pour Dieu et la France ! » Stanley, lui, ne pouvait pardonner au P. Augouard de Tavoir devancé en certains points du Congo, non plus qu'à M. de Brazza dont le prestige et Fautorité l'avaient éclipsé. D'autres émules

se montrèrent plus magnanimes : les chefs de l'Etat Indépendant, par exemple, cédèrent au missionnaire français leurs Stations de Loukolika et de Kwamouth. Cette dernière, avantageusement située au confluent du Kassaï, le grand affluent de la rive gauche du Congo, devint bientôt une Mission florissante : mais après la signature de l'Acte de Berlin, elle fît retour aux missionnaires belges.

Cependant, Saint-Joseph de Linzolo, sous l'impulsion du P. Paris, avait vu s'élever chapelle, maison d'habitation, écoles, hôpital; tout près de la, deux villages chrétiens étaient commencés : Saint-Paul et Saint-Isidore.

Aux débuts, ces braves Lalis ne comprenaient guère la nécessité de l'école. — « Qu'as-tu besoin de nos enfants? disaient-ils au missionnaire. Est-ce qu'il n'y a pas d'enfants chez toi, que tu viens en chercher si loin jusque chez nous? » Là pourtant, comme ailleurs, l'espoir de la Mission repose dans l'éducation des enfants, les adultes étant perdus dans le fétichisme, la polygamie et l'anthropophagie. Les soins prodigués aux malades ne laissent pas néanmoins de les toucher; et volontiers ils se rendent aux offîces, dont la beauté les

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frappe; ils entendent les instructions, et peu à peu l'idée chrétienne les pénètre.

En débouchant du bassin de i'Ogoué sur le grand lleuve du Congo, M. de Brazza fit avec Makoko le traité fameux qui mettait tout ce pays sous le protectorat français. Pour cimenter cette alliance pacifique, on enterra la guerre. M. de Brazza est là avec ses compa-

gnons; Makoko a convoqué les chefs du Congo. Sur les bords du grand lac, on creuse un trou profond ; les chefs africains y vident leurs cornes de poudre, nos Sénégalais y jettent leurs cartouches; la terre ensevelit le tout et l'on plante l'arbre, symbole et témoin de la paix. « Voilà la guerre enterrée », dit l'un des principaux chefs. Et M. de Brazza répond : « La. paix ne sera troublée que lorsque cet arbre produira des balles. »

L'arbre a-t-il produit des balles? Peut-être, car, dernièrement, on ne sait trop par quel malentendu ou quelle fantaisie, les Ba-Iali les

virent pleuvoir sur eux. Que firent les Noirs? Voyant venir les miliciens français pour les attaquer, ils plantèrent un autre arbre, une grande croix sur les voies qui conduisent à leurs villages, en demandant que la guerre fût interdite sur tout le territoire qui s'étend au delà de ces arbres, a La Croix, disent-ils, c'est le signe des Pères dont nous sommes les enfants. » — « Paix donc aux villages que protège l'ombre de la Croix! s prononça M. Foureau, venu pour juger le différend.

SeCle Camn. — En remontant le littoral vers l'Kquateur, on rencontre le poste français de Scttc Cama, par 2"3i' de ialitudc Sud. A i5 kilomètres de là, sur l'entrée du lac Ndogou, surgit la gracieuse île de Xgalè : c'est là qu'est établie la Mission de Saint- Benoit Labre.

C'était en 1890. \]\\ jour les cbefs du pays demandèrent à l'Administrateur pourquoi les Européens se contentaient d'acheter aux

Noirs leur caoutchouc, et ne leur apprenaient pas les choses des Blancs.

— « Mais cela se peut, répondit celuici ; il y a précisément à Loango des Blancs qui vont chez les Noirs exprès pour les instruire. — En

tT. TOIHMK UF, >..ïii;e *'*' ''^*' f^'S-ICS VC-

nir. » Et une pétition fut sur le-champ rédigée que signèrent de grandes croix plus ou moins régulières Kicnda, chef des Ha-Yambi, Kibamba, des lia-Voukou, et Makaïa, des Ba-Loumbou. A cette demande,

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.Mjjr Carrie envoya le P. Ussel fonder la Mission. L'île entière, J'environ 200 hectares, lui fut cédée. De là, en pirogue, on rayonnera dans les villages nombreux et très peuplés des environs, on y installera des écoles et des catéchistes.

Au catéchisme en kivoukou, idiome compris de tous, on a ajouté un catéchisme en varama, un autre en fang-méké. Ces Fangs, si redoutés de toutes les autres tribus, ont aussi demandé des écoles, mais avec cette diiTérence que, au lieu de mendier des cadeaux auprès des missionnaires, ils se chargent volontiers d'une partie des dépenses.

Cette région ressemble beaucoup à celle du Fernan-Vaz, dont nous avons déjà parlé.

Ici pareillement, le lac Ndogou s'étend sur une longueur de ~B kilomètres et une largeur de 4» à 5o, avec nombre d'ilcs et d'îlots couverts de verdure. 11 est alimenté par une rivière qui vient du pays eshira.

La carte du lac et des contrées environnantes a été relevée par le P. Murard.

OnvragesA consulter. — P. L*b*t, Relation liistoriquc de l'Ethiopie occidentale, contenant la description du royaume du Congo, Angola et Matamba, Paris, ijSa, ï vol. — Stanley, Tlirough tliedark Continent, Londres, 1874, avol. in-8 ; Descente du fleuve Livingstone jusqu'à l'Atlantique, Paris, 1879. — Protocoles et documents de la conférence de Berlin, Berlin, i885,avol. in-4.~J. Joorin, L'Acte général de la conférence de Berlin, Bruxelles, i887, in-8. — G. Oth.lt, Léopold II, roi des Belges, chef d« l'Iitat indépendant du Congo; fondation de itcu\-re internationale iifricnine,

Bruxelles, 1883, in-8. — J. du Fikk, Question du Congo depuis son origine jusqu'aujourd'hui. Bulletin de la Société de géographie belge, 1883, n** 3 ; Le partage de l'Afrique entre les puissances europêenneSy Bruxelles, i8yo, in-8. — E. Fromext. Trois affluents du Congo français, Bulletin de la Soc. de géographie de Lille, 1887, — Baron de Béthuxe, Les Missions catholiques d'Afrique, Lille, 1889, in-8. — L. GuiRAL, Le Congo français y Paris, 1889.

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