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LA TERRE ET LES HOMMES

de leurs caractères, mais reconnaissables encore dans leurs principaux éléments.

Avant tout, nous devons placer les Négrilles ou Pygmées d'Afrique, déjà signalés par les Anciens et retrouvés de nos jours. Il y en a de deux types, Tun noir et Tautre jaunâtre. Mais c'est une race distincte et nettement caractérisée comme telle, non seulement par l'exiguïté de sa taille (i m. 20 à i m. 5o), mais par tout un ensemble de caractères ethniques qui feraient, entre cent Nègres, reconnaître un Négrille. Une race toute semblable, les Négritos, a des représentants dans les îles océaniennes faisant face à l'Indo-Chine, à Malacca, aux Andamans, et rejoignant par les Indes et les Himalayas la vallée de TEuphrate. On retrouve en Europe des traces de leur passage, et l'on est ainsi amené à conclure que ces petits hommes ont autrefois occupé tout l'ancien continent. Ici, nous les trouvons, semés par faibles groupes, dans toute l'Afrique équatoriale, des bords du Tana à ceux du Congo, et rejoignant vers le Counéné une autre population semblable par la taille, les mœurs et la plupart des caractères physiques : les Sân^ appelés par les Européens Dosjesmanncn^ en hollandais, liushmen en anglais, ou Broussards en français. D'autres indications nous font conclure qu'ils ont autrefois vécu dans l'Ethiopie, dans le bassin du Nil, et jusque dans l'Atlas. On dirait une population primitive, émiettée et dispersée par des tribus plus fortes, venues après elle.

Or, de fait, c'est précisément l'idée que les Négrilles ont d'euxmêmes et qu'en ont tous les Noirs; ils se regardent et sont regardés comme les possesseurs primitifs de la « Terre », les maîtres des bois, et les détenteurs des secrets de la nature africaine. Partout leur vie est la même : ce sont des nomades, ne formant que des campements sans fixité, n'ayant ni industrie, ni commerce, ni culture, ni troupeaux, ni animaux domestiques quelconques, sauf un petit chien, qui, lui aussi, se trouve répandu sur tout le continent et qui rappelle assez, par sa vie, la vie misérable de ses maîtres.

De quoi vivent ces Négrilles? Uniquement de chasse, de cueillette, et de parasitisme près des tribus agricoles au milieu desquelles ils errent, et pour lesquels ils sont les fournisseurs de viande, d'ivoire, de caoutchouc, etc....

Nulle part, sauf peut-ôtrc chez les Fangs du haut Benito, où vient de les découvrir le P. Trilles, on n'a pu leur trouver une langue propre : ils parlent divers dialectes empruntés. Les San du Sud ont cependant une langue nettement caractérisée.

Mais, chose étonnante, les notions religieuses qu'on a recueillies

parmi eu\ sont plus simples, plus claires,

plus rationnelles et plus justes que celles

des tribus organisées qui, à tous les autres

points de vue, leur sont supérieures. Ces

pauvres enfants des bois connaissent Dieu,

du moins dans les campements que l'auteur

de CCS lignes a pu visiter, et ils lui rendent

un culte par la prière et par le sacrifice des

fruits nouveaux. Mais c'est surtout un culte

TïPK BASTou inspiré par la crainte, et quand l'un d'eux

vient à mourir, ils l'enterrent, de nuit, dans

un endroit secret; puis, de retour au camp : 8 Fuyons, disent-ils,

car Dieu nous a vus! »

Fuir et se cacher, telle paraît être, en effet, la grande préoccupation de ces êtres mystérieux, qui, retrouvés au fond des forêts africaines, semblent dater du même âge lointain et nous apparaissent comme un débris de l'humanité primitive.

C'est près des San qui! faut aller chercher la race qui se serait constituée aussitôt après, en mêlant leur sang et leur langue avec les leurs. Ce sont les Naman, connus des Européens sous le nom de Ilotlcntots {altération, parait-il, d'un mot hollandais qui signifie « brute b).

D'une taille plus élevée, d'un teint plus foncé, d'un crâne plus

LA TEHRE ET LLS HOMMKS nettement allongé, t^galcmenl sujets à la stcatopygie, ils ont des villages permanents et mènent la vie pastorale. Ce sont eux, sans doute, qui les premiers ont introduit la race bovine en Afrique ou qui, du moins, l'y ont domestiquée.

Leur langue, agglutinative et à suffixes pronominaux, est caractérisée par des sons très particuliers appelés clics ou claquements de langue, au nombre de quatre, qu'ont aussi les San et qu'aucune lettre de notre alphabet ne peut rendre.

Au point de vue religieux, on peut les ranger parmi les Animistes, et ils ont surtout le culte des morts. Mais qu'étaient les lloltentots avant de se mêler aux IJushmen? C'étaient, pensent plusieurs savants et en particulier Dcniker, les premiers Bantous. Ce mot de mou-nton, homme, être doué de raison, pluriel ba-ntoii, a été pris pour désigner une importante famille linguistique qui s'étend de l'un à l'autre Océan, depuis le Cameroun, le bassin du Congo, les grands lacs et le Tana, au Nord, jusqu'à l'Orange et au Limpopo, abstraction faite des groupes hot- Icnlots et bushmen. Dans cet immense espace, chaque tribu a sa langue bien déterminée, mais le fond du vocabulaire est commun et parfaitement reconnaissaklc. Ces langues, à structure aggluti- „pg bintod

native, sont caractérisées par des préfixes pronominaux qui, déterminant le nombre et la catégorie du nom, passent de celui-ci à Tadjcctif et au verbe par des règles très rationnelles et toujours appliquées.

Les Bantous qui, entre autres tribus plus connues, comprennent les Zoulous, les Soutos, les Tcbélès, les Rouas, les Vilis, les Mpongoués, les Tékès, les Gandas, les Nyamouczîs, etc., présentent une assez grande variété de types, mais sont en général mieux faits que les Nigritiens proprement dits; la peau est aussi plus claire, le front moins bombé, le nez plus régulier.

Leur genre de vie paraît dépendre surtout des pays qu'ils habitent, et on les trouve également agriculteurs, pasteurs et pécheurs.

Certaines tribus ont formé et forment encore des agglomérations considérables, avec organisation régulière et comportant généralement un régime autocratique ; mais la plupart ont gardé la vie patriarcale et sont réparties en petits villages à peu près indépendants. D'ailleurs, les procès et les guerres, Tesciavage, les pratiques superstitieuses surtout, avec leur cortège d'infanticides légaux, d'épreuves par le poison et par le feu, de condamnations arbitraires, de sacrifices humains, d'anthropophagie môme, sévissent avec plus ou moins d'étendue et de puissance sur ces populations qui, avec les éléments nécessaires pour être heureuses, sont en réalité livrées aux caprices sans frein de toutes les tyrannies.

Les Bantous, cependant, n'ignorent point Dieu, en tant que puissance supérieure, organisatrice du monde, maîtresse de la vie et de la mort. Partout cette puissance a un nom qui, en plus d'une tribu d'ailleurs, se confond vaguement avec l'espace lumineux où se font les nuées, les pluies et les tonnerres. Mais, près d'elle, l'homme ne peut rien et n'a rien à faire : sans reconnaissance comme sans révolte, il n'a qu'à recevoir tout ce qui lui vient du « Ciel », en essayant d'écarter les influences mauvaises et de se concilier les mystérieuses faveurs que la « Terre » met à sa portée. Il y a les esprits bons, indifférents ou méchants, dont l'origine et la nature restent inexpliquées ; il y a les ombres des ancêtres — espèces de larves détachées du corps — qui gardent près des mortels leurs exi-

LA terui; et les hommes

gences, leurs caprices, leurs affeclions et leurs haines ; et, enfin, il y a les vertus secrètes des choses, que connaissent les initiés.

Mais comment se concilier ces influences et gagner par là santé, richesse, pouvoir, succès, honlicur? Comment écarter ces génies contraires et se débarrasser des épidémies, des maladies mystérieuses, des ensorcellements, des possessions, des pertes et de tout ce qui afflige l'humaine nature ? — C'est par la prière, par des sacrifices, et par des pratiques dont les unes se rattachent plutôt à un culte religieux et les autres plutôt à l'art médical.

Voilà, dans son ensemble, et dégagée des innombrables revêtements qui l'encombrent, la théologie des Noirs. C'est une religion, mais une religion qui n'entraîne pas la préoccupation de l'au-delà, qui ne prescrit pas la pratique du bien et la fuite du mal en vue d'une justice ultérieure. En d'autres termes, nous avons là, dans le monde noir, le spectacle réel de l'humanité délachée de Dieu et tombée dans l'inextricable fouillis de ses propres hallucinations, mêlées aux souvenirs confus de la \'érité primitive qu'elle connut dans son enfance lointaine.

Du Nord et de l'Est, l'inlluence musulmane menace les Bantous et les a déjà gagnés.

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Longtemps avant Mahomet, du reste, les Arabes avaient des relations commerciales, avec de petites colonies tout le long de la côte orientale; et c'est ainsi que s'est formée la population métisse dite SKvahilie (de sahcl^ côte), qu'on trouve répandue depuis le sud du pays somali jusqu'au pays zoulou, avec, pour centres principaux, Lamou, Mombassa, Zanzibar, Kiloa, Lindi et les Comores. De là, ils ont envoyé leurs caravanes, pourvoyeuses d'esclaves et d'ivoire, à Tobora, dans l'Ouganda, à Oudjidji, à Nyangoué, etc. La substitution des gouvernements allemand et anglais à l'autorité du sultan de Zanzibar, a contrarié à peine un moment cet essor, car trop souvent, en Afrique, les puissances européennes propagent l'Islam, avec autant d'ardeur et plus d'efficacité peut-être que ne le ferait, la Turquie elle-même.

Au-dessus des pays qu'occupent les Bantous, dans les vallées du Sénégal, de la Gambie, du Niger, du Tchad, du Haut-Nil, s'étendent de nombreuses et fortes populations d'un type nègre plus caractérisé, avec taille élevée, dolichocéplialie prononcée, peau noire, cheveux crépus, nez large et aplati, front bombé, lèvres épaisses, prognathisme fréquent. Ces peuples, assez différents d'ailleurs d'aspect, de langues, de moeurs, sont réunis sous le nom général de Nigritiens. On les divise en quatre grandessscctions : les nègres nilotiques, comme les Mittous, les Bongos, les Sandès, les Baris, etc. ; les nègres du Soudan central, comme les indigènes du Baguirmi et du Wadaï, les Ilaoussas, les Saras, etc. ; les nègres du Soudan occidental, comme les Volofs, les Sérères, les Mandinké, Malinké, Soninké et Hassonké {nké signifie : peuple), les Bambaras, les Soussous, les Timénès, les Mossis, etc. ; enfin les nègres littoraux ou guinéens, comme les Akous, les Ashautis, les Fantis, les Dahoméens, les Egbas, les Yoroubas, les Minas, les Ibos, etc.

Ces tribus sont, en général, plus fortes que les Bantous, plus laborieuses, plus industrieuses, mieux organisées pour la lutte, pour la résistance et pour la conquête. La notion de Dieu y est claire, celle

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