‹ Les missions catholiques françaises au XIXe siècleChapitre 33 sur 39 · MONSEIGNEUR JOLIVET · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR JOLIVET

La Mission du Natal était fondée : Mgr Allard y avait suffi, mais il était vieilli et usé, parfois timide et porté à s'occuper exclusivement des Noirs. Peut-être, en ce moment où il fallait donner aux œuvres un élan plus fort, avait-on besoin d'un homme aux conceptions plus vastes, aux idées plus larges et doué de cette audace apostolique qui fait les grands missionnaires. Mgr Allard le pensa et, ayant donné sa démission, il se retira à Rome où il vécut quelques années encore, regretté de ses anciens compagnons de labeur, mais édifiant par sa sainteté et son humilité admirables ses jeunes frères du scolasticat. Le Saint-Siège lui donna pour successeur le R. P. Jolivet.

Né sous le ciel de Bretagne, doué d'une foi ardente et des larges vues qui dénotent les grands esprits et les grands cœurs, le P. Jolivet était Thomme de la situation, et nul plus que lui ne laissera son empreinte dans la Mission des Oblats du Sud-Africain. Envoyé en Angleterre après son ordination, il avait passé près de vingt ans dans le quartier le plus pauvre deLiverpool. Appelé ensuite à faire partie du conseil général de la Congrégation, il s'était fait remarquer par la sagesse de ses conseils et l'ardeur de son zèle.

Son premier soin, même avant son départ, fut de réduire les limites de son vaste Vicariat. La Propagande confia aux Jésuites le Haut Zambèze et lui enleva les possessions portugaises. Il demanda et obtint un nouveau contingent de Sœurs de la Sainte-Famille, et il partit, plein de cette confiance en la Providence qui ne devait

NATAL, ORANGK ET ItASOl'TOI.AM), TRANSVAAL 5ÔJ

jamais lui faire défaut. Le 4 mars 1873, il débarquait à Durban où il laissa un premier groupe de Sœurs, pour la direction de l'École fondée par le P. Sabon.

Salué à Maritz-burg par deux des principaux magistrats de la ville, MM. Gallway et Bird, tous deux Catholiques, fêté par tous, invité par le Gouverneur, visité par de nombreux Protestants,

indiquée par un Cafre d

même par les deux évêques protestants, Mgr Jolivet se mit immédiatement à l'œuvre. Comprenant que l'éducation de la jeunesse est le fondement et le sur garant d'avenir pour la Mission, il donne aux Sœurs le terrain qui leur est destiné, leur cède sa maison épiscopalc, et trace le plan d'une école supérieure, que le dévouement des Religieuses sauva bientôt faire fleurir j\ l'égal de tous les autres établissements similaires. Il ordonna le premier prêtre que le Natal ait vu consacrer, le P. de Ijacy, et, le plus pressé étant acbcvé, commença, insoucieux des fatigues, la visite de son immense Vicariat. Il parcourut ainsi successivement l'Ktat libre d'Orange, Rimbcriey et le

Basoutoland, et il s'occupa activement d'organiser la Mission du Transvaal. Sa visite achevée, il retourne au Natal, afin de surveiller de là le mouvement imprimé partout par sa féconde initiative, le diriger et le mener à bonne fin. Et cela était d'autant plus nécessaire que le développement rapide de ces pays demandait des décisions promptes et une vigilance de tous les instants.

Son premier soin fut l'organisation de l'enseignement pour les Blancs. Dans ce but il fonda à Maritzburg trois écoles : une école paroissiale aidée par le gouvernement et soumise aux examens pré-

sidés par les envoyés du Département de l'Education; une école pour les petits enfants de famille aisée, appelée « Jardin d'Enfants »; enfin une école supérieure pour les jeunes gens, l'école Saint-Charles, confiée au P. de Lacy et qui fut bientôt en pleine prospérité : ces deux dernières, indépendantes du Gouvernement. Non seulement les Catholiques, à peu d'exceptions près, nous envoient leurs enfants, mais aussi nombre de Protestants. Des écoles similaires furent ensuite établies en d'autres points du Vicariat, recevant à la fois des internes et des externes. Partout elles réussissent, grâce surtout au dévouement des Sœurs.

Mais voici que la guerre éclate entre les Anglais et les Zoulous. Les Anglais subirent de sanglantes défaites, mais enfin ils triomphèrent, et les Zoulous furent définitivement soumis. C'est à cette époque (1879) qu'arriva à Natal le jeune prince, fils de Napoléon III. Il s'arrêta à Durban, se montra simple et bon avec les Pères, assista à la messe et promit un secours pour l'église qu'on était en train de bâtir. Hélas ! il devait y être ramené bientôt, cadavre mutilé par la lance des Zoulous. Tombé dans une embuscade, abandonné par un officier anglais qui ne songea qu'à son propre salut, il succomba du moins en Français, face à l'ennemi. Son corps fut rapporté à Maritzburg, puis à Durban, où on fit le service funèbre; il fut de là envoyé en Angleterre, où l'attendait dans les larmes sa mère, l'Impératrice Eugénie.

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Celle-ci voulut après la guerre visiter les lieux témoins de son

deuil; elle aussi se montra chrétienne et laissa durant ce douloureux

pèlerinage des marques durables de sa générosité à l'égard des

œuvres catholiques.

L'année 1881 vit éclater une guerre plus lerrihle encore entre les Anglais et les Boers du Transvaal, et les noms de Lang's Neck et de Majouha resteront inscrits en lettres sanglantes dans les annales de l'Angleterre. Dans ces deux guerres, le Vicariat du Natal fournit aux

troupes anglaises des aumôniers dont tous admirèrent le courage, l'entrain et !c ilévouement. Monseigneur lui-même paya de sa personne, fut fait prisonnier, mais hientôt remis en liberté.

Cependant les œuvres de la Mission n'eurent pas trop à souffrir de ces épreuves. L'église de Durban, qui est sûrement la j)lus belle du Vicariat, fut inaugurée celle même année 1881, et celle de Maritzburg fut également élargie et embellie.

Une autre œuvre s'imposait à Durban :des Cafres venus des possessions portugaises s'étaient installés sur la falaise qui domine la ville, vivant de pêche et de petite culture. L'un d'eux, Saturnino, se mit à prêcher la religion catholique dont il avait été instruit, et

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quand il eut formé un petit noyau de catéchumènes, il vint demander un missionnaire à Monseigneur. Sa demande fut accueillie avec bonheur. On acheta un vaste terrain où les Cafres catholiques purent vivre et s'instruire, et le P. Baudry fut chargé de construire la chapelle de Saint-François-Xavier, autour de laquelle se développa bientôt, grâce au dévouement de Saturnino, une Mission florissante.

En 1886, Mgr Jolîvet put enfin réaliser un projet conçu depuis longtemps et que la guerre du Transvaal de 1881 Tavait empêché de faire aboutir plus tôt : la division de son vaste Vicariat. Un décret de la Propagande du i5 mars, confirmé par un bref du 4 juin, laissa au Vicariat apostolique du Natal, le territoire compris entre l'Océan à TEst, les Possessions portugaises et le Transvaal au Nord, le fleuve Greats-Keî au Sud, les monts Drakensberg à l'Ouest, c'est-à-dire le Natal proprement dit, le Zoulouland et le Griqualand Est ou Cafrerie, et créa le Vicariat apostolique de l'État libre d'Orange et la Préfecture du Transvaal.

Ainsi déchargé d'un surcroît de travail écrasant, Mgr Jolivet se consacra tout entier à son nouveau Vicariat du Natal.

Il y avait aux environs de Grahamstown une colonie de Trappistes autrichiens qui s'y étaient fixés pour travailler aux Missions, mais dont le zèle avait été jusque-là paralysé par la sécheresse du pays et aussi par le manque d'entente avec leur Vicaire apostolique. Ils écrivirent à Mgr Jolivet, et s'offrirent à lui pour la conversion des Noirs. Monseigneur accepta avec empressement. Ils vinrent donc, achetèrent d'immenses terrains et, sous l'habile conduite du P. Franz, fondèrent parmi les Cafres des œuvres qui font l'admiration et l'envie des Protestants. Les Cafres, si rebelles il y a quelques années, commencèrent à se convertir, et les Trappistes, riches en sujets et en ressources, multiplièrent leurs Stations. Eglises, écoles, couvents, écoles industrielles, fermes-écoles, ils ne négligèrent rien, et aujourd'hui, aidés par des Sœurs qui leur sont affiliées, ils ont une magni-

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fique abbatiale. i8 Stations en dépendent, et c'est par milliers qu'ils comptent les Cafres chrétiens.

A un autre point de vue, les médecins de la colonie protestante étaient souvent venus demander à Mgr Jolivet de leur fournir des Sœurs catholiques et des hôpitaux pour leurs malades. Monseigneur s'assura le secours des Sœurs Augustines de la Miséricorde de Jésus, et bientôt sur le Berea, colline qui domine le port de Durban, s'éleva un sanatorium. Estcourt, puis Ladysmith, eurent aussi le leur, et enfin Maritzburg.

Monseigneur avait placé les anges de la Miséricorde près des malades, il voulut placer des anges tutélaires près des nombreux orphelins de son troupeau. Les Sœurs de la Sainte-Famille se dévouèrent là comme partout, et fondèrent deux orphelinats, l'un pour garçons en bas âge, et l'autre pour jeunes filles. Cela ne suffisait pas, car on tïpk dasouto

n'avait pas seulementdes orphelins dont

les parents étaient morts, mais d'autres encore que leurs parents avaient abandonnés. Il était urgent de trouver des ouvrières nouvelles. Les Sœurs de Nazareth, qui sont en Angleterre ce que les Petites Sœurs des Pauvres sont en France, accoururent et recueillirent, avec les enfants abandonnés, les pauvres vieillards. Aidées par les Catholiques et les Protestants, elles créèrent une œuvre florissante, dont Durban s'enorgueillit à bon droit. Une autre famille vient d'apporter son appoint au travail commun, les Filles de Jésus de Kermaria, établies à Umzinto.

Cependanlle développement des œuvres nouvelles n'arrêtait pas le progrès des œuvres anciennes, et Mgr Jolivet pensait à tout et surveillait tout. Le nord du Natal vit fonder 4 nouvelles Missions, Est-

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court, Ladysmith, Newcastle et Dundee, ces deux dernières confiées aux Sœurs Dominicaines. Les mêmes Sœurs, dirigées par l'infatigable P. Mathieu, créèrent à Oakford, à 20 milles de Durban, sur la côte, un établissement qui compte 4 excellentes écoles pour garçons et pour filles blanches, pour mulâtres et pour les Cafres à Genazzano. Parmi les cinq Missions dépendant d'Oakford, signalons au moins celle de Vcrulam, créée pour les créoles français de Maurice. Dans le Griqualand Est, des Oblats aidés par les Sœurs de Sainte-Croix, fondèrent trois nouveaux centres de Missions, Umtata, Cala, Kokstad, qui maintenant rivalisent de succès avec leurs aînées. Deux Missions étaient enfin fondées pour les Noirs au Zoulouland et se développaient rapidement. Auparavant, à Maritzburg, une Mission indienne avait été ajoutée aux Missions blanches.

Ainsi donc, TEglise de Natal est vraiment drapée d'un vêtement aux riches couleurs : ses prêtres et ses Sœurs, Oblats et Trappistes, Sœurs de la Sainte-Famille, Sœurs Dominicaines, Sœurs Trappistines, Sa»urs de Sainte-Croix, Sœurs Augustines; ses fidèles, blancs, noirs ou bruns de toutes nuances, la placent au rang des plus belles Missions. De nouvelles a»uvres se préparent encore qui seront l'histoire de demain.

Il y a deux ans, Mgr Jolivet célébrait un triple jubilé, le jubilé d'or de sa profession religieuse et de son ordination et le jubilé d'argent de son épiscopat. De toutes les parties de son ancien Vicariat, du Transvaal, de l'Etat libre, du Basoutoland, etc., arrivèrent des messages, des félicitations, des délégués pour s'associer à sa joie. Ce furent de grandes fêtes qui occupèrent l'attention de la colonie tout entière, et auxquelles prirent part les Protestants comme les Catholiques. On y célébra le grand missionnaire, l'éducateur, l'évêque et l'homme en même temps. Les chiffres parlèrent éloquemment, et ce fut un cri d'admiration quand on rappela comment, en 20 ans, la face du Vicariat avait changé ; comment toutes les provinces, jadis sous la commune juridiction de Mgr Jolivet, avaient répondu à l'élan qu'il

.NATAL, OnANGK ET lïASOLTOLAND, TRANSVAAL

leur avait imprimé. Là où il avait trouvé G prêtres, on en compte 1 1/| ; le nombre des Frères convcrs .s'est élevé de 3 à 284 ; celui des Religieuses de 8 à 8G7 ; celui des églises de S à 81 ; celui des couvents de I à I -'1 ; celui des chapelles à 92 ; 4G internats et 2G externats se sont ouverts à la jeunesse. Kt pour nous borner aux seules œuvres de son Vicariat apostolique du Natal, il comptait à ce moment 1 1 3oo Catholiques, 65 Prêtres dont un indigène, 3f) églises ou chapelles, 53 écoles, 3 orphelinats, 5 sanatoria et asiles pour vieillards, avec environ 3jo conversions dans le courant de l'année.

AlllAT APOSTOLlytE DE I. ETAT

I» OHASOE.

L'État Libre d'Orange est compris entre le Transvaal au Nord et au Nord-Est, la colonie du Cap à l'Ouest et au Sud, le Basoutoland et le Natal à l'Est. Sa superlicie est de 48 33G milles carrés et sa population était en i8go de 2075o3 habitants, dont 7771G Blancs et 1 29 787 indigènes. Il constitue, à l'ouest des monts Drakensberg, un plateau d'une hauteur moyenne de i3oo à i^oo mètres, montagneux à l'Est et au Sud, se développant en larges plaines vers le Nord et vers l'Ouest. Il est arrosé par l'Orange et ses affluents, le Vaal et le Calédon, qui l'entourent et l'enserrent en quelque sorte au lieu de le traverser.

Son climat est très sec, les vents humides de TEst étant arrêtés par le Drakensberg et ceux du Sud par le Stornsberg, tandis que rOuest et le Nord-Ouest sont ouverts aux vents desséchés du Kalahari. Il est également très salubre, moins chaud que celui du Cap, avec des hivers parfois froids et rigoureux.

Le pays, encore insuffisamment connu, est surtout un pays de pâturages et d'élevage. De nombreux troupeaux d'antilopes, de congyas et de buffles parcourent ses immenses régions herbeuses. Dans les parties montagneuses de TEst, qui sont mieux arrosées, le blé, le maïs, d'autres céréales, nos fruits et nos légumes réussissent très bien. Il y a de l'or et des diamants vers l'Ouest.

Le commerce n'est pas encore très développé et il se fait exclusivement par les deux ports de Natal et de Port-Elisabeth. La capitale est Bloemfontein. Avant la dernière guerre, son gouvernement était une république, avec un président élu pour 5 ans, et une assemblée législative composée des représentants des divers districts. Au commencement de ce siècle, le territoire actuel de l'État d'Orange était occupé par quelques tribus de Bushmen, de Koranas et de Bechouanas, toujours en guerre les unes avec les autres. Au milieu d'elles s'étaient établis quelques Griquas. Dès i8i5, des colons hollandais du Cap, en haine de la domination anglaise, s'enfuirent vers l'intérieur et se fixèrent sur les bords du fleuve Orange. D'autres vinrent lors du grand treck de 1837 et se fixèrent dans les plaines au nord de TOrange où les Anglais ne les inquiétèrent pas. En 1848, l'Angleterre, en proclamant sa souveraineté sur le territoire compris entre le Vaal et l'Orange, provoqua de nouvelles luttes et de nouveaux exodes, vers le Nord, de la population hollandaise. Mais en i852, fatiguée par une longue lutte contre les Basoutos, elle retira ses troupes et signa avec les Boers la convention du 23 février, qui reconnaissait Tindépendance de « TEtat Libre de la rivière Orange ». En 1859, le jeune Pretorius, qui avait*remplacé son père comme président du Transvaal, fut élu également comme président de TEtat d'Orange, ce qui entrai-

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nait la réunion des deux pays; mais sur l'opposition de l'Angleterre qui se réclamait des traités de i8j2 et de i854, il se désista et resta au Transvaal. En 1867, la découverte des mines de diamant dans le Griqualand-Ouest, amena de nouvelles difficultés entre l'Orange, le Transvaal et la Colonie du Cap. L'Orange se contenta d'une indemnité pécuniaire et l'Angleterre garda les mines de diamant.

Tout le monde sait l'origine, les péripéties et la fin de la guerre

entre l'Orange et le Transvaal d'un côté et l'Empire britannique de l'autre, et tout le monde a admiré la fidélité de l'Orange à la parole donnée et à ses frères du Transvaal. Nous n'en dirons donc rien ici.

Mgr Devereux avait envoyéjadis, avant l'arrivée des Pères Oblats, un Religieux à Bloemfontein, pour y prendre soin d'une centaine de Catholiques qui s'y étaient établis. Ce fut le premier missionnaire dans l'Orange. Lors de la création du Vicariat apostolique du Natal , il y resta provisoirement et se mit sous la juridiction de Mgr Allard.

En 1859, le Père chargé de Bloemfontein pouvait enfin ouvrir

une école dans une maison donnée par le gouvernement anglais, qui y possédait encore quelques propriétés. Mais, en 1873, il n'avait d'autre église qu'une chambre de sa maison. Les 3oo Catholiques de l'Etat libre étaient disséminés dans les fermes à de très grandes distances, et son ministère consistait à parcourir ces fermes à cheval, en voiture légère ou en wagon, c'est-à-dire dans une lourde charrette traînée par un attelage de 10, 12, i3 paires de bœufs. Deux localités seulement, Smithfield et Fauresmith, où il y avait 20 et 5o Catholiques, possédaient une chapelle.

Quelques années s'écoulèrent après le premier établissement de Bloemfontcin, et voici que des diamants furent découverts dans la région nord de la colonie du Cap. Au mois de mars 1867, ^^ Irlandais, John O'Heilly, revenant de la chasse, rencontra sur les bords du Vaal et près de la ferme « De Kalk » des enfants qui jouaient avec une pierre étincelante. Frappé de l'éclat de cette pierre, il la compara avec le diamant enchâssé dans son anneau et il commença à en soupçonner la valeur. Il l'essaya sur du verre qu'elle coupa, la montra à un lapidaire qui lui assura que c'était un diamant et la vendit au gouverneur du Cap pour 5oo livres sterling. Ce diamant pesait 24 carats 1/4. Quelque temps après, des chercheurs en éveil firent d'autres découvertes au confluent du Vaal et de l'Orange. Puis, on ne trouva plus rien et on commença à douter. Deux ans après, un fermier. Van Niekcrk, aperçut une pierre brillante entre les mains d'un Cafre. Il l'acheta 4oo livres et la vendit 11 000 à deux Juifs. C'était un diamant de 83 carats 1/2, « l'Étoile de l'Afrique du Sud », un des plus beaux qui aient été trouvés, et qui fut revendu dans la suite jusqu'à 23 000 livres.

On vit accourir de toutes parts une foule de chercheurs, qui bientôt atteignirent le chiffre de 10 000. Il y eut un certain désappointement au début : les mines nouvellement ouvertes de Dutoitspan, de Bultfontein, de Kimberley, semblaient ne point devoir donner ce que l'on en espérait. D'autre part, la vie était pénible. Au

NATAL, ORANGE ET RASOUTOLAND, TRANSVAAL T,ib

milieu d'une lande à perte de vue, d'où émergent de distance en distance quelques roches arides, une ville de tentes avait surgi, sans eau potable suffisante, sans communications aisées, à 65o milles du Cap et à 5oo de Port-Elisabeth. Mais enfin une nouvelle découverte, non loin de Dutoitspan, près de la ferme Voornitzigt appartenant à De Beers, bientôt suivie de deux autres, fut le commencement de la prospérité. En 18741 'e gouvernement reconnut comme mines Du-

toitspan, De Beers, Kimberley et Bultfontein en 1882. Des compagnies se formèrent, absorbant les premiers possesseurs de claims^ et, la pratique aidant, on parvint à une organisation prospère. Les fouilles amenant de nouvelles découvertes, Priel, Hebron-Gouzon, Waldeksplant, amenaient aussi la création de nouvelles compagnies. Dans l'intervalle une voie ferrée a été construite vers le Cap; des agglomérations des différentes mines une ville s'est constituée tout à fait sur le pied des villes européennes, et enfin, sous l'accroissement de l'influence de De Beers et l'impulsion de Cécil Rhodes, les noms des anciennes compagnies ont disparu pour s'amalgamer en un seul. De sorte qu'on peut dire aujourd'hui qu'il n'y a plus, dans

le pays du diamant qu'une compagnie, la De Beers, et une ville, Kimberley. Jagersfonteîn seule, avec la peu importante mine de Koffyfontein, dans l'Etat libre d'Orange, se trouve séparée du groupe; ses diamants sont en général de plus belle eau que les autres.

Dès la première nouvelle de l'affluence humaine vers le Griqualand-Ouest, on s'occupa de lui fournir des missionnaires. Deux Pères y furent envoyés vers 1869 dont le P. Idien, missionnaire de grande valeur. La foule des mineurs s'élevait alors à 40000 dont 10 000 Blancs, parmi lesquels 3ooo entrepreneurs ou patrons, et 1000 Catholiques. Pour qui a compris la fascination et la fièvre qui saisissent ceux qui viennent ainsi chercher la richesse, il est facile de se rendre compte des difficultés que rencontrait le missionnaire pour arracher quelques instants à leur travail acharné des centaines de Catholiques et les faire songer à leur âme. Le P. Idien fonda une société catholique, il commença un hôpital, il prépara la construction d'une église et la création d'écoles. Il avait travaillé jour et nuit, ne s'accordant nul repos. La fièvre vint, il ne voulut point cesser son travail. C'en était trop, il tomba vaincu par la maladie et il mourut dans les bras du P. Bompart, consolé et fortifié par les derniers sacrements. Il avait pris pour devise : « Beaucoup aimer pour bien souffrir. Beaucoup souffrir pour bien aimer. » II avait beaucoup aimé, ses Noirs d'abord, puis les enfants blancs, et il souffrit beaucoup. Un, puis deux Pères, prirent sa place et continuèrent son œuvre.

Un des premiers soins de Mgr Jolivet fut, après son arrivée au Natal, de visiter la Mission d'Orange. Reçu triomphalement à Bloemfontein, il y réorganisa l'éducation, obtint un terrain du gouvernement pour un pensionnat de filles, se fit architecte et quêteur. A Rimberley, où Tattendaient de nouveaux triomphes, il imprima un nouvel élan aux œuvres de zèle et aux œuvres scolaires.

En 1886, le Vicariat apostolique de Natal fut fractionné. La partie détachée, qui prit le nom de « Vicariat apostolique de l'Etat Libre d'Orange », était limitée au Sud par le fleuve Orange, à l'Ouest par

NATAL. OliANGE ET BASOLTOI.AND, TRANSVAAL 3*7

le Gross Namaqualand, au Nord par la rivière Molopo(Protectorat du Bechouanaland) et le Transvaal, à t'Est par la chaîne du Drakensbcrg. Le nouveau Vicariat comprenait ainsi le Basoutoland, l'Etat libre d'Orange, le Griqualand-Oucst ou pays des mines de diamant et le « Britisli Bechuanaland ». Cette division fut maintenue pendant six ans. En mai 1892, la Propagande ajoutait à ces territoires la partie du « Bechuanaland Protectorate » qui s'étend du a British Bechuanaland » au tropique du Capricorne et qui jusque-là avait appartenu aux Pères du Saint-Esprit; et, en mai 1894.

elle lui enlevait le Basoutoland pour en former une Préfecture apostolique distincte. Le Vicariat d'Orange comprend donc actuellement l'Etat Libre,

le Griqualand-Ouest, le « British Bechuanaland a Bechuanaland Protectorate »•

C'est Mgr Anthony Gaughren qui, en 1886, prit la charge de cette immense Mission. Kimberley étant le centre le plus favorable à tous points de vue, il y établit sa résidence. Nous avons vu les œuvres catholiques prendre naissance à Blocmfonteîn, puis à Kimberley, par la venue des missionnaires, Térection de chapelles et la fondation de petites écoles. En 1881 un établissement avait été fondé à Jagersfontein. La tâche de Mgr Gaughren fut de développer ces embryons, de faire éclore les projets dont ils n'étaient que l'ébauche et d'étendre plus loin son champ d'action.

et une partie du

Bloemfonteîn possède aujourd'hui deux églises et cinq écoles, dirigées par les Sœurs de la Sainte Famille de Bordeaux, et dont Tune est un pensionnat. Jagersfontein a aussi son église, et près de Téglise une école avec un couvent de Sœurs. A l'opposé de Jagersfontein, dans la partie est de l'État et au pied de la crête du Drakensberg, à Harrismith, il y a une autre Mission d'abord très prospère, qui l'est moins aujourd'hui, beaucoup de ses habitants se portant vers le pays de l'or.

Mgr Gaughren concentra un certain temps ses efforts sur Clocolan, dont il fit une Résidence, et où il bâtit le magnifique collège Saint-Léon pour l'éducation des jeunes Boers et des jeunes Européens. Ce collège a été brûlé pendant le cours de la dernière guerre sud-africaine.

Une autre œuvre de l'État Libre, c'est la visite périodique des petits centres, situés souvent à proximité de la voie ferrée, et où passe de temps à autre un missionnaire venu de Bloemfontein. Tels sont Brandfort et Ladybrand qui ont des chapelles, Kroonstad qui aurait aujourd'hui son église sans la guerre, Heilbron et Hoopstad, Rouxville, Smithfield.

Tout cet ensemble d'établissements ou de postes forme comme un réseau qui permet d'atteindre, autant que faire se peut, les Catholiques disséminés, par petits groupes, dans les diverses parties de l'Etat Libre d'Orange.

La région des mines fait partie de la colonie du Cap, dont elle forme à peine le vingtième. Encore la population se masse-t-elle toute vers l'Est, dans l'angle formé par le fleuve Orange et le Vaal, son affluent. On pourrait dire qu'il n'y a là que Kimberley et ses dépendances. Les œuvres catholiques y ont été amenées à une pleine prospérité. On a développé surtout les écoles. Ici comme à Bloemfontein, les Sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux se sont faites les admirables auxiliaires du prêtre. Dans Kimberley même, elles tiennent trois écoles : une école primaire pour les enfants européens

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pauvres, une autre pour les Indiens, et enfin un pensionnat pour les enfants de familles plus aisées désirant une instruction plus étendue. Les vieillards trouvent un refuge au couvent des Sœurs de Nazareth, et les enfants, qui seraient à charge à certains parents ouvriers, des mères et des institutrices. Toutes les écoles primaires reçoivent des subventions du Gouvernement. Les Frères des Écoles chrétiennes

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(Irlandais) ont été également appelés à Kimberley, où ils ont un établissement pour l'éducation des garçons. A Beaconsfield, un faubourg de Kimberley, Mgr Gaugbren a fait construire une église et une école primaire que dirigent aussi les Sœurs de la Sainte-Famille.

Restait le territoire du Bechouanaland. Le premiersoin du Vicaire apostolique, après être allé lui-même à Vryburg et à Mafeking, fut de le faire explorer. Il chargea de ce soin un des vétérans de la Mission des Basoutos, le P. Porte, qui, pendant 3 mois, avec deux serviteurs indigènes a dont l'un était le modèle de tous les vices, et l'autre le

modèle de toutes les vertus », sur un chariot traîné par i4 bœufs dont 12 furent tués par la foudre, parcourut, à travers un pays rempli de forêts inextricables, de prairies naturelles où Therbc « atteint des proportions étonnantes », et de déserts où Teau manque pendant plusieurs jours, 710 milles, examinant tout, se rendant compte de tout, s'efforçant de tout décrire exactement.

a La nouvelle addition qui a été faite à votre Vicariat, écrit-il dans son rapport à Mgr Gaughren, comprend, du fleuve Molopo jusqu'au tropique du Capricorne, 36o milles, et du levant au couchant, de la frontière du Transvaal jusqu'aux montagnes du Damaraland et du Namaqualand, 5oo milles, soit une superficie de 449680 kilomètres carrés, presque celle de la France. En général le Bechouana-

land est un pays plat, sablonneux, sec et manquant d'eau Plus on

avance vers le Nord, plus le sol devient noirâtre, argileux, fertile et pourvu d'eau de source. » Et il prévoit un immense avenir, surtout pour Télevage et la culture, dans ces vastes étendues « qui valent infiniment mieux que leur réputation ».

Le climat y est de plus en plus chaud à mesure que Ton approche du tropique, mais il y est parfaitement tolérable, et les nuits y sont délicieuses. Le pays, plat dans le Sud, sillonné de vallons, de montagnes et de collines dans le Nord, dépasse souvent 1 100 mètres d'altitude. Les forêts, jadis peuplées de lions et d'autres grands mammifères, les ont vus devenir chaque jour plus rares; mais le gibier abonde : cerfs, biches, chevaux, faisans, perdrix, cailles, lièvres, lapins, et aussi les serpents, pour la plupart extrêmement dangereux.

Le Bechouanaland se divisait en trois parties : le « British Bechuanaland » au Sud : iG,8oo milles carrés, 120000 Bechouanas confinés dans des réserves et de 3oo à 4oo fermes (sur 700 à 800 qu'il y avait autrefois) dont 200 tenues par des Boers, et les autres par des Anglais, des Irlandais ou des Bechouanas. Le « Bechuanaland Protectorate », au nord du précédent, depuis le Molopo jusqu'au Tro-

pique : 16200 milles carrés. « C'est le pays des Bechouanas, qui en sont les maîtres et les seuls habitants. » A l'Ouest, le Désert de Kalahari qui a environ doooo milles carrés, où se trouvent de belles prairies et qui est le refuge des Bushmen et des Balala (esclaves). Etres nomades et dégradés, ces Balala ou Bakalahari, qui appartiennent aux Bechouanas, et sont périodiquement dépouillés par eux, sont sales, déguenillés, sauvages, paresseux; ils n'ont ni gouvernement, ni impôt, ni contrôle; de larges concessions de leur pays sont accordées à des compagnies qui le transformeront rapidement.

«c Depuis un temps immémorial, le Bechouanaland était la terre exclusive de diverses tribus noires qui s'y succédaient et y disparaissaient suivant le caprice des guerres et des vainqueurs. » En 1882, un parti de Bechouanas appela à son secours les Boers du Transvaal, et un autre, des jeunes gens de Kimberley ou du Cap. Ces Free- Booters (braconniers) s'unirent un jour et se constituèrent en république du Stellaland, dont la politique consista à tuer le plus de Bechouanas possible. En 1884, des soldats anglais intervinrent, pour sauver ces malheureux et surtout pour s'emparer de leur pays. Leur seule présence à Mafeking suffit pour rétablir l'ordre. Toute la contrée devint anglaise jusqu'au Molopo, et le protectorat anglais fut décrété au nord de ce fleuve.

Les Bechouanas sont parents des Basoutos. Leur langue, leurs mœurs, leurs usages les en rapprochent de plus en plus, à mesure que l'on s'éloigne du Sud pour remonter vers le Nord. Moins actifs, moins robustes et moins bien faits qu'eux, ils sont d'une saleté repoussante. Comme eux ils pratiquent la circoncision, les danses païennes et toutes les sorcelleries, les prophéties exceptées. Ils portent des pendants d'oreille en acier, des colliers de verre, des sandales aux pieds, et ce sont d'admirables chasseurs.

« Il y a environ 100 000 indigènes dans la partie du Protectorat qui a été ajoutée à votre Vicariat, continuait le P. Porte.... En Bechouanaland, il y a aussi, disséminés dans les différentes réserves,

environ laSooo Bechouanas, lesquels, avec ceux de Kalahari et du Protectorat, forment un total de 25oooo âmes; ajoutez 2000 ou 3ooo Blancs, Boers ou Européens. Dans chaque grande réserve, il y a un ministre européen protestant, de même dans chaque ville importante du Protectorat. Dans les petits villages, il y a partout un catéchiste noir appartenant aux diverses sectes établies. La première et la plus puissante est la Société de Londres, qui est à Kuruman, à Taungs, à Motito, à Genesay, à Kanye, à Molepolole. Les Luthériens de Berlin sont à Leinchur, à Mayence, à Ra-Moutsa ; les Wesleyens à Mafeking seulement ; les Anglicans à Phokwani, tout à fait dans le Sud, ainsi qu'à Wryburg et à Mafeking. » Et il paraît qu'aucun de ces établissements, dont certains auraient eu jadis une ère de prospérité, n'avait une influence sérieuse.

(( Si notre Société veut avoir ici des Missions florissantes qui fassent honneur à TEglise et impression sur l'esprit des sauvages, concluait le P. Porte, il conviendrait de fonder un établissement important et solide, avec des Frères et des Sœurs et un personnel suffisant pour enseigner par la parole et par l'exemple. »

Et il conseillait l'établissement d'un poste semblable à Sethlagoli, à i5o milles au nord de Kimberley, dans le « British Bechuanaland » et à Ra-Moutsa, à 3oo milles dans le Protectorat. Un des Pères de Sethlagoli visiterait Mafeking et Vryburg. — Il n'y eut pas de difficultés dans le ce British Bechuanaland », mais il en fut autrement dans le Protectorat. En elTet, envoyé l'année suivante pour fonder une Mission à Gaberoncs, à 5oo kilomètres au nord de Kimberley, le P. Porte y échoua complètement, le chef indigène ne voulant à aucun prix le lui permettre. Ces chefs, en efîet, conservent encore une certaine autorité, et comme les ministres protestants les ont comblés de prévenances, par exemple dans un voyage à Londres où tout le monde les accabla d'honneurs, ils en ont subi l'influence jusqu'à ne pas vouloir de la présence des prêtres catholiques sur leur territoire.

NATAL. OHANGI-: lîT BASOUTOI.ANn. TnANSVAAL 5J5

Le P. Porte s'établit un peu plus bas, avec l'espoir de revenir, lui ou un confrère. Il fonda la Mission Saint-Paul à Taungs, au Sud- Est du « British Bechuanaland », à 85 milles au nord de Kimberlcy. Son activité intelligente et féconde y sut faire surgir successivement du sol une belle église en pierre, puis deux écoles, Tune pour les Blancs, l'autre pour les \oirs, dirigées par les Sœurs de Saint-Jacut. Aujourd'hui Saint-Paul de Taungs est devenu un charmant séjour.

De Taungs, le missionnaire va jusqu'à Vryburg, qui a été érigé en Station. On établit en i8gO un autre poste à Mafeking, sur le territoire du « British Bechuanaland », mais prés de la frontière du « Bechuanaland Protectorate », d'où l'on pourra faire des excursions dans ce dernier pays et, sans y posséder encore de résidence fixe, y faire sentir peu à peu l'influence catholique.

Quelque temps après la délivrance de Kimberley par les Anglais, Mgr Anthony Gaughren, fatigué par les rigueurs du siège, tomba malade et mourut. La Congrégation de la Propagande vient de lui choisir pour successeur son propre frère, Mgr Mathews Gaughren.

5ôi LES MISSIONS CATHOLIQUES

LE BASOUTOLAMD

Le Basoutoland, complètement enserré entre la colonie du Cap, rÉtat Libre d'Orange et le Natal, s'étend du 3o" [\o' parallèle Sud au 28^45', et du 27° long. Est au 29° 3o', méridien de Greenwich. Il a une superficie d'environ 10 298 milles carrés, — dont 8000 à l'Ouest sont occupés parles Malouto, un rameau du Drakensberg, — et une population qui était en 1901 de 263 5oo indigènes et de 647 Européens, missionnaires, administrateurs ou marchands (aucun autre n'ayant le droit de s'y établir, sans une autorisation spéciale). La capitale, Maseru, est un village de 763 habitants, dont 99 Blancs. L'altitude moyenne du pays est de plus de 5 000 pieds, ce qui en rend la température fraîche et pure. Les Malouti atteignent 10 000 pieds et même 12000, se couronnant de neige pendant tout l'hiver. Le pays, très bien arrosé par des milliers de cours d'eau descendant de ces montagnes et par des pluies abondantes, produit en quantité, en dehors des Malouti, le sorgho, le maïs, le froment, la canne à sucre, les pommes de terre, les pastèques, les citrouilles. « Le Basoutoland, écrit un missionnaire, est le grenier de l'Afrique du Sud, le parc où toutes les boucheries viennent prendre du bétail. Tous les voyageurs l'ont appelé la Suisse de l'Afrique du Sud^ et personne n'a menti. »

Très braves, intelligents, soumis à leurs chefs, fidèles à leurs traditions nationales, fanatiques de leur indépendance, capables de corriger leurs défauts les plus invétérés, susceptibles de progrès et de civilisation, parfaitement aptes à devenir d'excellents Chrétiens, dont la foi et la ferveur rappellent celles des fidèles de la primitive Église, se multipliant très rapidement et assez amis du travail pour aller, pendant l'hiver, aux mines d'or ou de diamant de Johannesburg ou de Kimberley, tandis qu'ils passent l'été dans les montagnes, à la garde des troupeaux, les Basoutos sont sûrement destinés à jouer un rôle, peut-être prépondérant, dans le développement de l'Afrique du Sud.

NATAL, ORANGE ET BASOL'TOLAND, TBANSVAAL :.55

Ce n'est pas qu'ils manquent de vices ou de défauts. Ils en ont au contraire de très considérables. D'une grande saleté et sans aucun souci de l'hygiène, se faisant un plaisir de dévorer n'importe quelle bête, morte de n'importe quelle manière, ils sont par suite sujets à une foule de maladies : fièvres typhoïdes, fluxions de poitrine, dysenterie, gale, syphilis, charbon, petite vérole, etc.; très rusés, voleurs, orgueilleux, ambitieux, ils s'enivrent avec la liqueur de sorgho fermentée et fument le chanvre ; leur morale est très relâchée et la polygamie s'est profondément établie chez eux avec tous les inconvénients qu'elle entraîne après elle; ils n'ont que des idées confuses sur la divinité, ils s'adonnent à une foule de pratiques superstitieuses, croient aux sorciers et aux devins, et on ne voit partout qu'amulettes, sortilèges ou sacrifices; soumis à leurs chefs comme s'ils étaient leurs esclaves, il est impossible de rien faire ou de rien obtenir d'eux excepté par ces chefs. « Au commencement de ce siècle, raconte encore le P. Porte, le Basoutoland était habité par une foule de petits peuples tout occupés à se dévorer les uns les autres, lorsqu'un jeune berger de descendance zoulou, forcé de fuir de Batalathé dans le Nord, vint se réfugier à Tbaha-Iîosigo (Montagne de la Nuit). Le jeune berger devint guerrier; il eut la bonne fortune d'être toujours vainqueur, se ralliant les vaincus et les incorporant à sa tribu. Ainsi grandit Moshueshue ou Moshesh qui, de son temps, devint le chef le plus redoutable du Sud de l'Afrique ; les Noirs l'appelaient « Mokuena » (le Crocodile), et les Blancs le « Lion de la Montagne e. Sa diplomatie adoucit et corrigea le cannibalisme, dont le Basoutoland était infesté.

Il défît Tune après Tautre toutes les tribus qui renvironnaient, et quand il se vit près de tomber, avec armes et bagages, entre les mains des Boers, il eut le talent d'appeler les Anglais qui sauvèrent la nation sur le point de disparaître. »

Un agent anglais fut nommé qui, avec quelques magistrats et une petite force de police, gardait, plutôt qu'il ne gouvernait, cette tribu. Moshesh mourut peu de temps après et fut remplacé par son fils, Letsie, dont les deux frères, Masupha et Molapso, obtinrent le gouvernement de vastes territoires. En 1871, le Basoutoland fut rattaché à la Colonie du Cap. Les Anglais croyaient chaque jour acquérir de Tinfluence; les Basoutos au contraire prétendaient ne rien céder de leur indépendance. En 1877, on sentit quelque flottement parmi les tribus Bantou. Pour les prévenir, le gouvernement ordonna leur désarmement. Mais, quand on voulut le faire exécuter chez eux, les Basoutos se révoltèrent. La Colonie ne put les réduire et les transféra au gouvernement impérial, à qui les Basoutos obéissent quand cela leur plaît. Letsie mourut il y a peu de temps et fut remplacé par son fils Lerotholi. Ce sont du reste les descendants de Moshesh qui détiennent partout Tautorité.

Les Missions évangéliques de Paris ont, les premières, évangélisé le Basoutoland. Arrivées dans ce pays en i833, et bien reçues par Moshesh qui les seconda de tout son pouvoir, elles y ont travaillé beaucoup, y ont dépensé beaucoup et y ont obtenu d'importants résultats. Sur les 177 écoles du Basoutoland et leurs 11 i34 élèves, les neuf dixièmes sont élevés par elles, et partout, dans leurs rapports, le Basoutoland est cité comme la meilleure de leurs Missions.

Les Pères Oblats, quand ils voulurent s'y établir à leur tour, en 1862, trouvèrent donc le pays solidement occupé par de puissants concurrents. Français comme eux, et qui avaient donné leur religion comme la religion de la France.

Nous avons vu plus haut, en parlant de la Mission du Natal,

NATAN, CHANGE ET IIASOL'TOLAND, TRANSVAAL r.57

comment Mgr Allard, malgré tout son zèle et tous ses efforts, avait échoué dans ses diverses tentatives pour établir une Mission chez les indigènes de ce pays. Ce fut alors qu'avec quelques-uns de ses missionnaires, il traversa le Drakensberg, passa des torrents sans ponts, gonflés par les pluies d'orage et qui, plus d'une fois, mirent sa vie en danger, et arriva enfin au Basoutoland. Là, les apôtres se trouvèrent en présence de Moshesh. Celui-ci, dans l'espoir d'augmenter et d'assurer son pouvoir en l'appuyant sur l'autorité des nouveaux venus, se montra, contre toute attente, parfaitement bon et affable. Il les autorisa à s'établir chez lui ; il leur désigna même un excellent emplacement à proximité de sa résidence, afin de juger par luî-méme de leur doctrine, ajoutant que. plus tard, quand ils auraient ,^ ubséeil mh-is both»

reconnu le pays , ils

pourraient choisir d'autres postes. C'est là que le P. Gérard allait enfin trouver sa voie et donner la mesure de ses talents et de son zèle. Connaissant parfaitement le zoulou, il put en peu de mois, parler le sesouto, qui vient de la même souche. Habitué aux subterfuges, aux détours et aux mensonges des Zoulous, il fut agréablement surpris de trouver dans les Basoutos un peuple accessible, incliné vers la religion, et bientôt les indigènes surent distinguer les prêtres des ministres.

Pour développer cette nouvelle création si pleine d'avenir, Mgr .Vllard demanda de nouveaux missionnaires, des Frères convers et aussi des Religieuses. Son appel fut entendu et bientôt une cara-

vane partie de France prît la route du Sud- Africain. Avec elle se trouvaient des Sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux, qui s'établirent au village de la Mère de Jésus, Motsi-ma-Jésu, appelé Roma par les indigènes. Leur courage, leur dévouement, leur bonté dissipèrent rapidement les calomnies que les Protestants avaient répandu sur leur compte. Les femmes surtout prirent confiance en elles, sentant d'instinct qu'elles trouveraient là un aide puissant et un secours. Bientôt le catéchisme fut organisé, et en dépit d'une guerre cruelle survenue entre les Boers de l'État libre d'Orange et les Basoutos, la Mission fut officiellement ouverte le i" novembre i863, par la dédicace de la première église, en présence du roi Moshesh, de plusieurs de ses fils, de ses capitaines et d'une foule de Basoutos. Le premier baptême solennel d'adultes eut lieu le 23 décembre i865. Ce fut une grande et consolante cérémonie, à laquelle le roi Moshesh assista revêtu d'un uniforme d'amiral français que lui avaient donné les Sœurs, à laquelle en particulier furent admises plusieurs de ses parentes.

Il ne faudrait pas cependant croire qu'il fut aisé aux premiers Basoutos d'embrasser la religion catholique : ils eurent au contraire à subir les railleries, les insultes, voire les mauvais traitements de leurs parents païens ou protestants. Avec un courage admirable, ils supportèrent tout et persévérèrent. Les missionnaires avaient à travailler au-dessus de leurs forces, et encore plus à souffrir, mais la souffrance perd de son acuité quand on voit les fruits de la grâce qu'elle produit, et le travail devient extrêmement facile.

En 1873 on avait déjà compté 3oo baptêmes et 25 mariages.

« La piété de ces nouveaux fidèles est extrêmement édifiante, écrivait un missionnaire, le spectacle de leurs exercices religieux vraiment plein de consolations. »

La Mission se composait de Mgr Allard, de 3 Pères, de 4 Frères convers et de 11 Sœurs de la Sainte-Famille, distribuées en 3 Stations : la Station centrale de Motsi-ma-Jésu (village de la Mère de

NATAL, OHANGE ET BASOUTOLAND, TliANSVAAL 5.'.9

Jésus), avec ses deux écoles, son église, un moulin, un four et 4oo acres de terrain pour fruits, légumes, céréales, élevage; celle de Saint-Michel, avec son église et son école, «. un grand village païen en train de devenir chrétien », à deux lieues environ de Motsi-ma- Jésu; et celle de Saint-Joseph de Korokoro, sur le même modèle et avec les mêmes œuvres, dans un des quartiers les plus peuplés et les mieux connus du Basoutoland.

Ces deux dernières étaient confiées exclusivement aux Reli-

gieuses. Leur réputation était telle que les Burghers de l'État Libre d'Orange voulurent à tout prix leur confier leurs filles, et c'est ainsi que l'internat de Motsi-ma-Jésu comptait, en 1873, 10 jeunes filles blanches. Une large part était faite dans les écoles à l'enseignement agricole industriel, et on gardait les enfants jusqu'à ce qu'on pût les marier convenablement, et constituer avec ces nouveaux ménages un village chrétien.

En 1876, un nouveau centre de Mission était fondé dans le Nord- Est, dans les Etats et avec le concours de Molopo, celui de Sainte- Monique.

Puis, c'est la venue de Mgr Jolivet qui, après l'Orange, va visiter

:m LES MISSIONS CATHOLHJUES

sa Mission du Basoutoland et là comme partout ailleurs faire sentir sa féconde initiative. Les fêtes recommencent plus simples, mais plus touchantes, et le cœur du prélat est vivement touché du dévouement et de Tamour de ces pauvres Noirs. 87 baptêmes d'adultes, 7 baptêmes d'enfants, i5 premières communions, tel fut le bouquet de fête offert à Sa Grandeur. Une mesure fut prise par Mgr Jolivet qui devait avoir d'heureux résultats. Jusque-là les Missionnaires avaient tout fait, tout bâti de leurs mains. Il fît comprendre aux Basoutos la nécessité de venir en aide à leurs prêtres, et ces pauvres néophytes se mirent aussitôt à l'œuvre, à Saint-Michel et à Saint-Joseph de Korokoro, pour bâtir une maison au Père.

(( Notre-Seigneur s'est plu à répandre sur nos pauvres Missions ses meilleures bénédictions, écrit le P. Deltour, le 4 mars 1889; nos Chrétiens se sont fortifiés dans la foi et les païens sont entrés au catéchuménat en bien plus grand nombre. Nous avons pu offrir au Rév. Père Visiteur 128 adultes à baptiser et 24 enfants... et il nous en reste aujourd'hui, dans la seule circonscription de Roma, i23 autres, plus un certain nombre qui se préparent à devenir Chrétiens —

« L'empressement des païens, à venir écouter la parole de Dieu est surprenant;... le prêtre paraissant dans un village est tout un événement et attire toutes les sympathies.... Il n'est pas rare d'entendre de simples païens dans les villages ou dans les champs, fredonner quelques couplets du cantique bien-aimé de Lourdes : (( Ave Maria ». Nos chers catéchistes sont fervents, zélés, et en même temps respectueux et obéissants. C'est par eux que le travail d'évangélisation va de l'avant. Presque tous les dimanches nous faisons un pas de plus, en pénétrant dans un nouveau village qui nous était fermé jusque-là. »

Il n'y avait pas jusqu'aux Protestants qui ne se convertissent. Parmi les 128 adultes baptisés par le Rév. Père Visiteur, 18 avaient été Calvinistes. Et plusieurs des parents de Moshesh avaient également reçu le baptême.

En 1886, dans la nouvelle répartition des Vicariats, le Basoutoland avait été attribué au Vicariat apostolique de l'État d'Orange. Mgr Gaughren étendit sa sollicitude sur le Basoutoland tout aussi bien que sur les autres parties de son immense Vicariat. Il s'occupa à compléter l'école industrielle de Roma. Il fonda la Résidence de Gethsemani, celle de Massabielle et le poste de Sion chez le chef Pette. Dès sa première visite, la piété des fidèles accourus, lui

procura « une de ses plus vives et consolantes émotions », et il voulut consacrer officiellement la Mission au Sacré-Cœur. Plus tard, cette consécration fut renouvelée avec une solennité extraordinaire; i5 à 20000 Hasoutos accoururent de toutes parts à Roma, les païens coudoyant les Catholiques, et c'est avec une ferveur entraînante qu'ils répétaient avec le prêtre les paroles de la consécration. La reine de la tribu principale, fille du grand chef défunt Masupa, fît à pied, avec sa suite, les jo kilomètres qui la séparaient de Roma, pour venir se faire recevoir néophyte et se donner au Sacré- Cœur, elle et ses gens.

En 1894, le Basoutoland fut détaché du Vicariat de l'État libre d'Orange, pour former une Préfecture apostolique distincte, sous la direction du R. P. Monginoux. Cette mesure donna une nouvelle impulsion à ses œuvres. De nouveaux postes furent fondés à Nazareth, à Montolivet; de nouveaux missionnaires envoyés, toujours en trop petit nombre, hélas! de nouvelles Sœurs également; des indigènes furent admises à se joindre à elles, et elles donnèrent pleine satisfaction. La ferveur s'est accrue parmi les néophytes, chez qui existe Tusage des pénitences publiques, parfois très longues et très pénibles, et qui sont très instruits : ce Tous, écrivait d'eux le P. Porte en 1896, savent par cœur la prière du matin et du soir, les commandements de Dieu et de l'Eglise, les chants religieux en langue vulgaire ou en latin pour la Bénédiction ; ils connaissent plusieurs messes en plain-cliant, les vêpres de la Sainte-Vierge, et, en outre, ils sont tous à même de donner une explication raisonnée de leur foi. Tous les dimanches, le catéchisme est enseigné publiquement dans toutes les Missions, en présence de tous les fidèles, qui sont susceptibles de temps en temps d'être interrogés eux aussi. Ils font honneur aux Missionnaires par leur tact à saisir l'erreur, et par leur lucidité quand ils catéchisent les païens, leurs frères. »

Le P. Baudry a passé quelque temps en Basoutoland, comme remplaçant du P. Porte, puis a été appelé à Johannesburg dans le Transvaal. Depuis lors, c'est le P. Cénez qui a pris la direction de la Préfecture apostolique. La foudre avait incendié l'église de Roma, il l'a relevée de ses ruines et rebâtie en pierre. Deux Missions nouvelles se sont ajoutées aux anciennes : à Quthîng et à Maseru, et aussi deux Stations : une entre Sion et Sainte-Monique, une autre à environ 20 milles de la Mission de Korokoro. Dans ces dernières années un réel mouvement de conversions s'est dessiné. En 1899, le Rév. Père Visiteur pouvait baptiser 200 néophytes au milieu d'une foule immense et d'un enthousiasme indescriptible.

NATAL. ORANGE ET BASOUTOLAND, THANSVAAL .165

LE ϫA->SVAAL

Nous avons vu plus haut comment un certain nombre de Bocrs, après la conquête du Natal par les soldats anglais (i84i), quittèrent ce pays, s'établirent plus loin au delà du Vaal et fondèrent la République du Transvaal ou République Sud-Africaine. En i852, par la convention de Sand River, TAngleterre reconnut leur indépendance, et le Transvaal progressa rapidement, surtout après la découverte, en i856, des mines d'or, qui y attirèrent une immense afflucnce d'immigrants et de capitaux.

En 187G, une guerre éclata avec un chef cafre, établi sur les confins du Transvaal. Les Boers n'étaient pas en nombre pour résister, et le Président Burgers manquait d'argent pour faire face à ses multiples obligations. L'Angleterre profita de ces circonstances, et, le 12 avril 1877, envoya à Pretoria sir Theophilus Shepstone, avec mission d'annexer le Transvaal à la Colonie du Cap. Les Boers protestèrent. Les rapports se tendirent de plus en plus jusqu'à ce qu'enfin sir Carnet Wolseley déclara que jamais, sous aucun prétexte l'indépendance boer ne serait reconnue. Après une dernière démarche auprès de Gladstone, revenu au pouvoir en 1880, la guerre fut décidée par les Boers avec la résolution, s'ils étaient battus, de brûler leurs fermes et de se retirer au nord du Lîmpopo, chez les Matabélés. Ils furent constamment vainqueurs et, le 28 février 1881, le général, sir George Colley, fut tué et son petit corps d'armée anéanti à Majuba Hill. Le 23 mars, un traité de paix garantit aux Boers leur indépendance, que confirma une nouvelle convention conclue en 1884.

Tel qu'il se trouve constitué à cette époque, y compris le Zwazilandqui est devenu son tributaire, le Transvaal a une superficie globale de 120000 milles carrés. Au commencement de la dernière guerre, il avait une population totale de près d'un million d'habi-

tants, dont 700000 Cafres et 25oooo Blancs. La capitale est Pretoria, maïs la ville de beaucoup la plus importante est Johannesburg, la ville des mines d'or, qui a surgi comme par enchantement d'un pays naguère complètement désert, qui est dotée de tout le confort moderne et qui comptait, en 1898, une population totale de io3ooo habitants, dont 5 1000 Blancs et 52 000 Noirs. C'est en fait la plus grande ville de l'Afrique du Sud, quoiqu'elle n'ait guère que 16 ou 17 ans d'existence. Le gouvernement était une république avec un président élu pour cinq ans, un conseil exécutif, un ministère, un général en chef choisi pour 10 ans, et deux Chambres (Volksraad), chacune de 24 membres nommés pour 4 ans, mais dont la première, élue par les Burghers de sang européen, a presque tout le pouvoir, tandis que la seconde, élue par tout Européen ayant deux ans de résidence, ne s'occupe que des questions minières.

Quoique le pays puisse produire toutes sortes de fruits et de céréales, quoiqu'il soit particulièrement propre à l'élevage et renferme des mines de fer et de charbon, les Boers au début, paralysés par leurs divisions intestines et le défaut d'autorité centrale, manquaient d'argent toujours et pour tout. Les administrateurs étaient mal payés, le crédit était nul, les travaux publics complètement négligés, les affaires publiques en souffrance. Mais voici que vers i885, des mines d'or d'une richesse inouïe furent découvertes dans le district de Lydemburg d'abord, et un peu plus tard dans les montagnes qui partagent le bassin du Vaal de celui du Limpopo. Longtemps auparavant on avait exploité des mines à. divers endroits du territoire ; mais l'or extrait était en trop petite quantité pour attirer l'attention du dehors. Dès lors les immigrants se précipitaient du Sud de l'Afrique d'abord, et ensuite de l'Europe. Bientôt la ville de Barberton s'éleva comme par enchantement; puis celle de Johannesburg.

Le gouvernement du Transvaal imposa lourdement, et de toutes manières, les mines d'or. L'argent afflua dans ses caisses, et des tra-

NATAL, ORANGE ET BASOUTOLAND, TDANSVAAL 565

vaux publics furent entrepris auquels personne n'aurait osé songer auparavant : des écoles, des lignes télégraphiques, des ponts sur les rivières, des routes carrossables, des lignes de chemin de fer, vers Delagoa Bay, vers le Natal et l'Etat d'Orange.

Et cependant, ce sont ces mines d'or, source en apparence inépuisable d'une prospérité si inopinée, qui ont amené la crise dans laquelle a sombré l'indépendance du Transvaal.

Depuis longtemps le Transvaal, quoique sans prêtre, renfermait

quelques Ciilliolitpifs <]is]H"rsoh cù et là. Peu de temps après son arrivée au Natal, Mgr Allard envoya un de ses missionnaires à Pretoria pour les visiter. Le Gouvernement boer lui interdit tout exercice de son ministère. Le Père n'en accomplit pas moins sa mission. Le temps fit son œuvre, et, quand il y retourna, quelques années plus tard, il ne fut plus inquiété. Bientôt même le Président se montra favorable. « Dans le Transvaal, nous n'avons ni chapelle ni Bésidence, lisons-nous en effet dans un rapport officiel sur la Mission du Natal en 18^3, mais le Président de la République a fait don à lévêque d'une propriété privée, afin d'y fonder un établissement religieux. »

On n'avait cependant encore rien de fixe à Pretoria, où quelques Catholiques, bien rares, hélas! et bîen négligents, refusaient de faire le moindre sacrifice pour l'entretien d'un missionnaire. Il fallait se hâter, car les Protestants avaient nommé un évèque de Pretoria, et ils allaient arriver avec un fort contingent d'ouvriers.

Sur ces entrefaites, en 1877, le Transvaal avait été annexé à l'Angleterre, et la domination anglaise, ici comme ailleurs, avait amené la liberté religieuse. Grâce à sir Theophilus Shepstone, Mgr Jolivet peut s'établir à Pretoria où il obtient une concession de terrain, s'assure le concours d'une nouvelle congrégation de Religieuses, bâtit un couvent et une école. Les enfants se présentent en nombre, Catholiques et Protestants, et, à son arrivée, l'évêque protestant trouve la Mission catholique fondée, et en pleine prospérité. Avant de se retirer, l'Angleterre fit inscrire la garantie de la liberté religieuse dans le traité de rétrocession, et les œuvres purent continuer. En 1886, fut créée la Préfecture apostolique du Transvaal, dont le P. Monginoux fut nommé le premier Préfet apostolique. A ce moment, le Transvaal ne comptait encore qu'une seule Mission, celle de Pretoria avec deux prêtres, le P. de Lacy, aujourd'hui vice Préfet, et le P. Trabaud. Le R. P. Monginoux, nommé Préfet apostolique, se rendit aussitôt en Europe, et Mgr Jolivet visitait une dernière fois le Transvaal, comme pour lui donner une marque suprême de Tintérôt qu'il lui portait et de l'espoir qu'il avait en son avenir. Le résultat de cette visite fut la création de la Mission de Barberton (I'-' décembre 1886).

En février 1886, un Père de Pretoria visita la ville naissante de Johannesburg. C'était encore un camp minier. Il y trouva 35 Catholiques, y fit trois baptêmes, dit la messe dans une paillotte et coucha sous une charrette. La ville se forma, se reforma, se transforma, et, quelques années après, l'Eglise catholique y comptait de nombreux établissements : une fort belle église avec presbytère, plusieurs succursales avec couvent et écoles des Sœurs de la Sainte-Famille,

NATAL. OnANCi; RT B ASOUTOI.AND. TIÏANSVAAL r>fl7

une école de Frères Maristes, supérieurement tenue et qui, compte 5oo élèves, un établissement très bien aménagé où les Sœurs de Nazareth recueillent les vieillards et les orphelins.

L'école des Frères Maristes, fondée en i88g, eut à passer par beaucoup de difficultés. Avant la guerre, elle comptait 700 élèves ; le nombre en tomba d'abord à 200, puis remonta à 5oo. Il aura bientôt atteint et dépassé le chiffre primitif de 700. Pendant la guerre, une ambulance fut établie dans l'école. Los Frères Maristes possèdent encore, depuis 18G7, une école paroissiale avec 23o élèves, et une Academy ou école supérieure avec iGo enfants A Capetown; deux autres écoles semblables comptant ensemble 420 enfants à Port-Élisabeth, depuis !H7<),etenfin une quatrième, datant de 1884, à Uitenage. C'est le plus important de leurs établissements. Il compte 23 Frères et 3oo élèves, dont 170 internes. 11 prépare aux différents examens universitaires.

Dès la première heure, les Sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux avaient reçu de la municipalité le soin de se dévouer aux malades, dans un établissement provisoire d'abord, puis dans le superbe hôpital qui fait l'orgueil de cette ville merveilleuse.

De nombreuses Missions s'établirent partout où le réclamaient les agglomérations importantes, avec une église, plus ou moins provisoire, et des écoles généralement confiées à des Religieuses. A Klerksdorp, c'étaient les Dominicaines, et les Ursulines à Barberton.

En 1892, le P. Monginoux fut remplacé dans la Préfecture du Transvaal par le P. Schoch, Les œuvres continuèrent à se dévelop-

per, et, en 1891, le nouveau Préfet reçut des mains des Pères Jésuites du Zambèze, la Mission cafre que le P. Monginoux leur avait confiée plusieurs années auparavant, à Vleeschfontein, à Touest du Transvaal, et qui est actuellement dans un état prospère. Le P. Schocli, encore dans toute la force de Tàge, mourut inopinément en mer, en mai 1898, lorsqu'il se rendait au chapitre général de son Ordre, et les graves événements qui suivirent ne permirent pas de lui donner un successeur. C'est le P. de Lacy qui a continué, au milieu de la tourmente, à soutenir les œuvres avec le titre de vice Préfet. Partout les autorités anglaises, toujours si libérales, favorisent les œuvres, que les Boers respectaient également avec soin. La Mission n'a donc pas eu à souffrir trop gravement de la guerre, grâce aussi, et surtout, à notre consul, M. Aubert, qui dès le commencement des hostilités la prit sous sa haute protection.

Ouvrages à consulter. — G. M'Call Tueal, History of South Africa, 3 vol. in-8; History ofthe Boers, in-8, London. — Jules Leclercq, A travers l'Afrique austraie, in-iS, Paris, 1893; Du Cap au Zambèze, iii-i8, 1895. — Mamieimer, Le Ao«-

veau-Monde Sud-Africain. La Vie au Transvaal, in- 18, Paris, 1896. — G. M'Call Thkal, South Africa,\n-\^, London, 1900. — Alb. Bordeaux, Rhodésia et Transvaaly in-8, Paris, 1900. — Karl Strecker,0. M. J., Aufden Diamanten-und-Gold Feldern Sud-Africas, in-8, Friburg in Br., 1901. — Officiai handbook ofthe Cape and South- Africa, publication annuelle, London. — Blue Books.

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