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paturages froids de l’/ndazta. Dansle lointain se groupent,en deçà d’Axum, les montagnes d’Addi-Abouna (terre ou, fief de l’évêque); et, si le temps est clair, l'œil se repose enfin sur le Buæhit et le Dajan, qui se dressent dans le Samen à 4800 m. au dessus de la mer. Un air des plus secs, un soleil rouge et vaporeux,baignent cet immense tableau.
« Voilà l'Abyssinie. Elle est encadrée dans des mon-
tagnes bizarres, souvent couronnées par de petites
plaines entourées de précipices, sans forêts et presque sans bois sur les hautes terres, et composée de plateaux rarement unis, mais sillonnés çà et là par des fissures étroites et très-profondes. Les pentes raides de ces fisures sont revêtues d'arbres au feuillé sec; dans le fond on voit serpenter des rivières peu abondantes, remplies de crocodiles et qui épuisent le pays sans jamais l’arroser. Il est pénible de cheminer dans une pareille contrée. On y voit rarement le tapis vert des prairies ; l'étroit sentier, large d’un pied au plus et si peu battu qu’on le perd souvent, longe surtout des rochers et plus rarement des champs d'orge, de blé et de {te/. Si l'on aperçoit de loin un bouquet d'arbres, c’est une église plus petite souvent que les chapelles de nos pècheurs, et dont le bosquet sacré sourit au pèlerin sur cette terre aride comme un séjour de foiet de paix. J'ai souvent trouvé le repos du soir près de ces églises. Hélas ! elles ne sont pas toujours entourées de huttes au toit plat et couvert en terre dans le Tigray, ou élevé en cône et revêtu de chaume à mesure qu’on s’avance dans l’intérieur.
« Le sécheresse est ce qui frappe le plus en Abyssinie, bien qu’elle diminue un peu à chaque nouvel étage du plateau qu’on gravit. Après avoir consacré
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une journée entière à franchir la fissure où coule le Tacazze, on monie péniblement le Lamaimo et l’on se trouve enfin sur le revers opposé de cette monlagne qui s’abaisse doucement en une longue prairie jusque tout près de Gondar. Non loin de cette Capitale aujourd’hui bien déchue, est le lac Tsana, paisible au milieu de ces vastes prairies, trop élevé et trop froid pour les crocodiles, mais rempli d'hippopotames et de jolies îles où plus d’un monastère lutte encore contre l’atonie générale dela foi. :
(Au sud du Tsana est le Godjam, pays le plus intéressant de l’Abyssinie. C’est une sorte d’ile au milieu des terres, car son plateau si fertile est entouré par la profonde spirale où coule à une grande profondeur la rivière Abbay : qu’on appelle quelquefois le fleuve Bleu. Les bords du Godjam sont bas et chauds : la majeure partie de cette contrée est un plateau aussi élevé que la plus haute sommité des monts Apennins (1500 à 1800 m.). Il est plein de prairies, de troupeaux et de modestes églises, toujours voilées de leurs arbres sacrés que le soldat le plus hardi n’ose émonder. Au milieu du Godjam la chaîne du Cogé altsint ces régions élevées où lés vents soufflent, où l'orge ne germe plus, et où le voyageur attardé périt de froid. |
« La province du Bagemidir, que la valeur de ses habitants fait peser beaucoup dans les destinées de l’Abyssinie,occupe la région comprise entre le l'acazzé et le Tsana. Près ce dernier, le terrain s’épanouit en prairies humides où paissent d'immenses troupeaux. Non loin de ces paturages, et sur un promotoire baigné par les eaux du lac, s'élève le sanctuaire de Querata, où les chaumières coniques sont si nombreuses,
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l’Abyssinie, car elle renfermait plus de 12,000 habitants. À mesure qu’on s'éloigne de Tsana on trouve, en Bagemidir, de riches cultures et de jolis ruisseaux : Aringo, l'antique demeure des rois; Debra-TAbor, et Madhar«-Mariam, ville qui couronne un rocher de basalte. Madhara-Mariam, signifie. séjour de Marie, et atteste la piété de ceux qui ont fondé ce joli sanctuaire. Comme nos enceintes sacrées du moyen âge, c’est un lieu de refuge pour les criminels, et, de même qu'à Quarata, le nlus fier cavalier doit mettre le pied à terre en yentrant. La température du Bagemidir est d’une chaleur terrible dans les fentes où coulent l'Abbay et le Basilo, chaude dans le Fegara, tempérée dans la plus grande partie de la province, et froide au mont Gung, où la neige ne fond pas toujours en tombant. ,
«A-t-on franchi ce pays peuplé de Gallas musul-
mans qui sépare le Bagemidir du Sowa ? on s'arrête alors dans cette dernière contrée sur un plateau large et haut qui se relie au grand Daniot vers l’ouest, qui envoie ses eaux aussi bien au Nil qu’à l’océan Indien, et dont l'étendue vers le sud est encore un mystère pour la science de l’Europe.
« Le nom d’Abyssinie dérive du mot arabe Habes. C'est un terme de mépris chez les enfants de Sem, et désigne une réunion de gens qui appartiennent à des tribus différentes ou qui ont oublié et confondu leur filiation. C’est, en effet, ce qui est arrivé chez presque tous les chrétiens de ce pays. Ils désignent eux-mêmes leur patrie par le nom d’/tiosia, et dans leur pensée l'Éthiopie comprend non- seulement l’Abyssinie chrétienne, mais encore la plupart des peuplades que j’ai énumérées plus haut, ainsi que le Mara ou tribu des
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occupent au sud et à l’est des Sgho, l'espace compris entre les hauts plateaux et la mer Rouge.
« D'après les traditions de l'Éthiopie, c'est de l’est que sont venues les diverses races qui l'ont successivement occupée. La plus antique est celle des Agaw. Quand on s’est familiarisé avec les cheveux crépus, les lèvres épaisses et le teint si nuancé des Éthiopiens, on raconnaît le plus souvent l’Agaw à ses dents tachées et à l’obliquité de ses paupières, qui donnent une expression de ruse à ses traits. Les premiers rois d’Ethiopie ont appartenu à cette race qui a fait le commerce avec l'Inde et avec Méroé. C’est elle qui battait monnaie à Azum, et qui élevait dans cette antique capitale ces obélisques qui prouvent le néant des grandeurs b''aines; car l’histoire de ces souverains a péri avec eux, et quelques-uns de leurs noms surnagent à peine sur le vaste abîme de l'oubli.
«Après les Agaw, mais dans une antiquité bien plus reculée, l'Arabie a envoyé deux grandes émigrations vers les plateaux éthiopiens. Selon la tradition, le détroit de Bab-el-Handeb était alors un isthme et a livré passage aux Agaez ou Tigray, qui se sont établis dans la partie septentrionale, et aux Amara, qui ont marché droit à l’ouest. Les Agaw, refoulés par Ces nouveaux conquérants, auront alors disparu du centre de l’Abyssinie pour fermer les petites nations des Bélen, des Awawa, des Huarasa, des Kampta. Ces derniers occupent aussi la province du Wag, et plusieurs dés habitants du Dembea et du
Semen conservent encore les traits et la langue des Agaws.
(C.... C'est au sein du judaïsme que l'Abyssinie,
comme Jérusalem, a vu naître ses premiers Chrétiens. L'histoire de cette
conversion montre combien les
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