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CHAPITRE PREMIER

NOTIONS GÉNÉRALES

Colomb est-il le premier qui sit découvert l'Amérique ? Il est à croire qu'avant lui des navigateurs européens commerçaient avec certaines parties de ce pays. En effet, il n’est pas prouvé que les Phéniciens et les Carthaginois ne l’aient pas connue. Quoi qu'il en soit, il est certain que le Groënland et une partie du Labrador ont été colonisés au x° siècle par les Islandais, les Scandinaves et les Irlandais. À cette époque, ii y avait donc des relations suivies entre ces peuples et l’Amérique du Nord. D’un autre côté, Muratori nous apprend que le bois du . ésil était un des articles payant des droits d’entrée en 1306, à l'octroi de Modène ; et la bibliothèque de Saint-Marc de Venise nous montre sur une carte d’Andrea Brianco, datée de 1436, au milieu de l’Atlantique, une grande île portant le nom de Brasile. Le monopole commercia! suffit pour expliquer le silence gardé sur ces relations. Mais bientôt les voyagés s'étant multipliés, il fut impossible de garder le secret, l'existence de nouveaux pays éloignés ne tarda pas à être divuiguée. C'ést d'après ces

bruits vagues sur le commerce maritime des républiques italiennes et ses propres Calculs que Colomb dut exposer

ses projets au roi et à la reine d'Espagne. Ferdinand et Isabelle en furent les seuls appréciateurs, ils lui confièrent une escadre ; et, le 42 octobre 1492, Christophe Colomb, croyant atterrir aux Indes, abordait successivement aux îles Lucayes, à Haïti, à Cuba, aux autres Antilles ; les années suivantes il découvrait les côtes voisines de l'Amérique. Quelque temps après, un autre ltalien, le Florentin Amerigo Vespucci (Amérique Vespuce), explorait les mêmes rivages et leur donnait son nom. C'était le moment où les colonies scandinaves du Nord disparaissaient totalement,

L'Amérique, appelée encoré nouveau continent ou nouveau monde, forme deux vastes triangles réunis par l'isthme dé l'Amérique centrale : leurs pointes sont tournées vers le midi : l'Amérique du Nord qui a 2,060 millions d’hectares, soit trente-huit fois environ la superficie de la France : l'Amérique du Sud cui en mesure 1,800 millions. Total 3,860 millions d'hectares ou 73 fois l’étendue de la France. La première s’allonge vers le pôle boréal jusqu’au 78 de latitude nord ; la seconde ne descend que jusqu’au 55° de latitude australe. Ces deux parties ont ensemble 14,000 kilomètres de longueur ; celle du nord en a 6,000 de largeur : soit 1,000 de plus que celle du sud qui en a 5,000.

Au nord, | Amérique n’est séparée de l’Asie que par le détroit de Behring; il n'a que 50 kilomètres de largeur. Leur distance moyenne est de 120 degrés, soit le tiers du globe terrestre. De Brest à New-York elle est de 5,000 kilomètres, mais du Cap Vert à celui de Saint-Roch au Brésil, elle n’en atteint que 2,800, tandis que de l’embouchure du Me-Cong en Cochinchine, on en compte de 15 à 46,000,

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déroulent des archipels considérables ; le principal est celui des Antilles qui par son climat et par sa végétation semble appartenir à l'Amérique du Sud.

Du détroit de Magellan aux plaines glacées de l'Alaska, ancienne Amérique russe, elle est traversée par une immense chaîne. de montagnes. Ce sont les Andes ou Cordillières qui prennent le nom de chaque État où elles s'élèvent, Elles ne sont qu'à une distance moyenne de 40 lieues de l'océan Pacifique et atteignent les plus grandes altitudes de la terre. Ces Cordillières renferment de nombreux volcans dont les éruptions bouleversent les contrées et détruisent fréquemment les villes voisines de leurs cratères.

La distance qui sépare les Cordillières de l'Atlantique permet à de vastes plateaux en étages de dérouler leurs prairies, pampas, Ilanos ou certoes vers l’orient, Leurs ondulations légèrement inclinées laissent les sources descendre de cascades en cascades jusque dans les grandes vallées où elles forment les plus grands fleuves 1e l’univers avec leurs innombrables affluents. Qu'il nous

suffise de citer : le Mississipi et le Saint-Laurent pour l’A-

mérique du Nord ; l'Amazone, l'Orénoque et le Paraguay pour l'Amérique du Sud.

Outre des richesses végétales sans pareilles ; outre des forêts immenses et la variété de sa faune, l'Amérique recèle dans son sol des sources intarissables de pétrole, des gisements considérables de houille, des pierres précieuses, des diamants, des mines d'or, d'argent, de platine, de fer, etc., qui lui permettent de se suffire à elle-même. Inutile d'insister sur les placers de la Californie, sur les mines d'argent du Mexique, du Pérou et du Chili, les mines d’or et les terrains diamantifères du Brésil, la mieux dotée des contrées de l'Amérique.

La population de l'Amérique se compose d'éléments divers : 4° Les Français-Canadiens et Acadiens dont

150,000exilés ou transportés par l'Angleterre (1713 et1781), se sont répndus dans la Louisiane, la Nouvelle-Augleterre, la Guyane et à Haïti. A notre époque ün grand nombre de Canadiens français émigrent chaqueannée aux États-Unis. | Dans les principales villes des deux Amériques, on ren-

contre un noyau de Français. A Montevideo et à Buenos- Ayres, il y a plus de 50,000 Basques émigrés ; 2% les Anglais et les Irlandais : ce sont des industriels ou des cultivateurs : les s:conds entrent pour la moitié dans la population totale de l’Union américaine; 3° les Allemands, cültivateurs ; les Bavarois émigrent au Minesota, ceux de Trèves au Wisconsin, et les Luxembourgeois se groupent dans le Michigan, Les deux Amériques re- Goivent thaque année beaucoup d’Allemands ; l'Allemagne jetie une moyenne de 100,000 colons dans l’ouest des États-Unis. Le sang allemand entre pour un tiers dans la population de cette république ; 4 les Espagnols, descendants des colons anciens et modernes, venus d’Espagne et des Canaries, habitants des provinces mexicaines annexées aux États-Unis, du Mexique et de toute l’Amérique du sud, le Brésil excepté. Ce sont des populations

agricoles très-fécondes; 3 les colons portugais du Brésil,

peu nombreux. Un certain nombre d’entr'eux est venu des Açores ; 6’ les Danois, les Suisses, les Suédois, les Belges, les Hollandais, disséminés en petit nombre dans les deux Amériques. Les trois premiers peuples forment

avec quelques Polynésiens la majorité des Mormons.

Quart aux Russes, il n’en est resté que quelques-uns dans l'Alaska; T° les noirs importés d'Afrique par la traite. À l'époque où l'esclavage était licite, il se faisait dans les deux Carolines, la Virginie et la Georgie des spéculations hideuses. Les marchands d'esclaves se livraient sur ieurs nègres aux mêmes expériences et aux mêmes perfection-

nements que les éleveurs sur leurs troupeaux.

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D'après le recensement de 1870, il y avait aux Etats- Unis 4,889,000 noirs, formant la douzième de la population : fes mulâtres y entraient pour 300,000. Jusqu’en 1808 la traite en importait 400,000 -nnuellement, Il y en a de trois à quatre millions au Brésil.

Le progrès de la colonisation nrend des proportions colossales; ainsi : le territoire colonisé des États-Unis n'avait que 262,000 habitants en 1704, cinq millions en 1800, il doit y en avoir 40 millions au moins. La salubrité de son climat, la fertilits de son sol, la richesse de ses productions variées, favorisent l’établissement des émigrants. Aussi il en arrive en moyenne de 200,000 à 400,004 par an; en 4869, il en vint 369.000.

Ge peuple, sorti d'éléments si divers, ne peut former une race pure, que l’on a appelée Yankee ou race aglosaxonné. Sous ce nom il faut donc comprendre cet amalgame de tous les peuples qui chaque jour viennent compliquer davantage le chaos anthropologique de l'Amérique. |

8’ Les Indiens. Les sauvages de l’Amérique ont été

ainsi nommés par les premiers découvreurs qui se

croyaient dans l’Inde. C'est pourquoi ils ont donné le nom de Grandes-Indes au nouveau continent. Évalués approximativement à cent millions d’âmes par Christophe Colomb, tous ces sauvages furent appelés peaux-rouges ; par contre, ils désignèrent les blancs par le nom de visages pâlés.Ges dénominations n’ont pas de fondement : en effet, on rencontre des tribus indiennes de toutes les couleurs, depuis le brun olivâtre des Charruas de la Plata, le teint cuivré des sauvages brésiliens et le visage noir aux cheveux plats des Californiens, jusqu’au teint blanc aux yeux bleus et aux cheveux blonds des Sioux-Mandanes, on peut constater parmi eux la gamme de toutes les nuances aussi bien que parmi les Asiatiques et les Afri- Cains, Lors de l’arrivée des conquérants espagnols, ces

peuples pouvaient être divisés en deux catégories. Les uns, cha tels que les Péruviens et les aztèques du Mexique, for- des maient des sociétés policées avec leurs arts, leurs gouver- tian nements et leurs cultes officiels, les autres; associés en ville confédérations de tribus, révélaient par la richesse de des leur langue unique, par leurs institutions, un état de civi- La lisation antérieur dont ils étaient déchus. Tels sont les cons Tupis du Brésil, ou Guaranis; ils parlent encore une au langue comprise par toutes les tribus de leur race, la D €nrn langue générale (lingoa geral). D'autres plus dégradés enr vivaient et vivent encore en petites tribus isolées au CES milieu des Tupis ; elles parlent des langues étrangères résu les unes aux autres : ce sont les Tapuyas. Il en est de par même aux États-Unis, où l’on trouve encore les restes de r'évo la grande confédération des Sioux. Les vicissitudes de la qers guerre peuvent seules expliquer cet état de choses. Quoi US qu’il en soit, toutes les tribus américaines ont un culte; À Le elles adorent un Dieu, soleil, ou fétiche ; elles lui offrent pair des sacrifices et même quelquefois des sacrifices humains, lœu Geux-ci étaient entrés dans les institutions des peuples du A Mexique et du Pérou. Les tribus du nord, plus rappro- | Den chées de la loi naturelle, reconnaissent un manitou, émig grand esprit créateur et souverain maître de toutes indie choses. D cr Tels sont les peuples que rencontrèrent les décou- PEP.A vreurs de l'Amérique. Les aventuriers, les déportés qui C'est composaient les premières expéditions compromirent plus SUpP. d’une fois les progrès de la civilisation. Leurs injustices, dans leur cupidité et leurs violences soulevèrent les indiens dure fe et donnèrent lieu à des guerres terribles, à des massacres ricait effroyables. RE à Maïs pendant que les conquérants indignes dunom chré- M labb tien abusaient de la simplicité des Sauvages, les mission- | Mes , naires Changeaient cette situation, en ramenant les uns à p

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charité chrétienne unit les ennemis. La masse des indiens des colonies espagnoles et portugaises embrassa le christianisme et forme encore la base de la population des villes et des bourgades qui s'élèvent aujourd’hui au milieu des anciennes solitudes de l'Amérique; en effet, l’élément européen est entré pour une très-faible part dans la constitution de ces sociétés. Les sauvages ont donc été, en grande partie, civilisés par le christianisme ; et, s’il en reste encore, c’est que l’œuvre de l'évangélisation a été entravée, arrêtée et détruite par des gouvernements sans croyances. Au moment où elles donnaient les plus beaux résultats, les missions ont été presque anéanties au Canada par les guerres entre ‘:s Frangais et les Anglais ; par notre révolution et pa: ie: onvulsions politiques qui préludèrent ou accorn nas rent l'émancipation des colonies espagnoles et poruaises.

Depuis cette époque, elles ont été reprises, les missionpaires sont retournés au milieu des sauvages Continuer l’œuvre de leurs devanciers. Mais ils ont à lutter contre des obstacles de tout genre. Les indiens chassés insensiblement de leurs territoires, victimes des injustices des

émigrants trop encouragés par le gouvernement, les

indiens, disons-nous n'auront bientôt plus une lieue carrée pour vivre. Les tribus chrétiennes ne trouvent même pas grâce devant l’inexorable envahissement des blancs. C'estce qui arriva aux Potowatomies en 1837. Malgré leurs Supplications le congrès américain les força à se retirer dans les contrées à l’ouest du Missouri et de l'Arkansas. Ils durent fuir précipitamment devant les baïonnettes américaines : un grand nombre de vieillards et de malades moururent dans cette exode. C’est un prêtre français, l'abbé Petit, qui les consola dans leur malheur ; il les ac- Compagna, les préserva du désespoir et les remit entre les mains des missionnaires de la compagnie de Jésus, apôtres des montagnes Rocheuses,

Ason retour, l'abbé Pefit mourut d'épuisement et de douleur. On estime à 40 kilomètres par an l’envahissement de l’émigration sur les territoires de l’ouest ; par conséquent les jours de ces malheureux peuples sont comptés. Si le gouvernement américain ne leur envoie pas de missionnaires il les fera exterminer jusqu’au dernier par ses soldats. La religion peut donc seule les sauver en formant Puzisne trait-d’union durable qui peut ünir des éléments aus: lostiles.

C'est ce qu’elle a opéré dans les colonies des puissances catholiques. Sous son influence, les haïnes se sont calmées ‘et les indiens ont consenti à s'unir aux blancs. Nous devons le dire à l'honneur du nom français, ce résultat a été obtenu au Canada comme dans les colonies espagnoles et portugaises. Jamais nos administrateurs n’ont employé la violence comme moyen de convaincre les sauvages. Aussi furent-ils les seuls auxiliaires qui permirent à Montcalm de s’ensevelir dans la victoire en attendant inutilement les secours de la mère-patrie. De ces mariages est sortie une grande quantité de métis ; ce sont les véritables Américains, qui dominent dans les Amériques centrale et méridionale.

Il est des tribus qui ont des demeures fixes et s’adonnent à la culture ; d’autres vivent de chasse et de pêche. ‘Les premières ont des mœurs plus douces, et sont plus accessibles à l’évangélisation ; les secondes, errantes, nomades dans les solitudes, sont féroceset cruelles, il est plus difficile de les aborder. La guerre, la famine, l’eaude-vie, la petite vérole et l'épuisement constitutionnel apportés par les Européens les déciment insensiblement. Ainsi, en 1860, il y avait 294,500 indiens aux États- Unis ; en 1853 ils n'étaient plus que 260,000, sans compter ceux de l’Alaska : en ce moment il n’y en a que 97,000. La nation la plus considérable est celle des Sioux: ses

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sous les armes, Les Apaches, les Comancheset les Navajos du Texas et du Mexique sont les plus dangereux,

Ï y en aurait encore 2,500,000 au Texas et au Mexique: 1,400,000 dans les colonies anglaises et dans l’Alaska. Ceux qui sont campés dans les montagnes Rocheuses ont pour missionnaires les jésuites, qui ont formé de nombreux villages chrétiens avec les membres des différentes tribus dont ils upèrent la fusion par le christianisme. L'Amérique du Sud en renferme plusieurs millions: on, comprend qu’il est impossible d’en préciser le nombre. Entre la Plata et la Terre de Feu, dans la Patagonie, il y a beaucoup de tribus qui n'ont point encore vu de missionnaires.

On retrouve dans certaines tribus des deux Amériques des usages semblables. Ainsi les botocudos, les urikenas et autres tribus du Brésil ornent leur lèvre inférieure et le lobe de leurs oreilles d’une rondelle de Lois tendre appelée botoque: les babines de la Colombie anglaise se servent d'ornements analogues. Les tétes plates des États- Unis et les Omaguas de l’Équateur et du Pérou

* applatissent la tête de leurs enfants avec des morceaux

de bois. Les missionnaires interdisent ces mutilations superstitieuses prohibées par la religion. D'autres tribus, telles que les pieds noirs, se peignent les parties du corps à peu près de la même manière,

On a voulu trouver chez tous ies peuples Au.:cricains, depuis les Fuégiens habitantsde la Terre de Feu jusqu'aux Esquimaux, des caractères physiques communs. Mais cette variété immense de tribus présente de telles différences dans la conformation de la tête, de la taille et des autres parties du -orps qu'il faut y renoncer. La compé-

nétration et la fusion des tribus par les unions des con- :

quérants avec leurs prisonnières, ont dû et doivent soumettre incessamment les types à des modifications profondes.

Ce qu’il y a de certain, c’est que l'Amérique & ü être peuplée à une époque rapprochée du grand événement de la tour de Babel par des émigrations successives venues, soit de l’Asie par le détroit de Behring, soit de l'Europe par l'Islande et le Groënland et peut-être par la Polynésie. De plus, les Esquimaux venus de l'Asie semblent être la souche première des tribus américaines, mais ils sont restés longtemps isolés et séparés des autres peuples de la terre.

Nous suivrons pour l'Amérique les trois grandes divisions adoptées par les géographes. Nous la diviserons en

Amérique du Nord, Amérique centrale et Amérique du Sud.

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