CHAPITRE 1j
AMÉRIQUE DU NORD. — LES MISSIONS FRANÇAISES DE L'AMÉRIQUE DU Y?RD SONT AU CANADA ET AUX ÉTATS-UNIS.
ARTICLE 1
Amérique anglaise ou Canada.
L'Amérique anglaise du nord s'étend sur uné superficie de 900 millions d'hectares entre les 35° et 149 de longitude ouest ; 42° et 780 de latitude nord. Elle est donc plus grande que l'Europe et comprend toutes les contrées baignées par le Saint-Laurent, les îles du Cap Breton, du prince Édouard et de Terre-Neuve, le Labrador, le Nouveau-Brunswick, le bas et le haut Canada ; les territoires de la rivière rouge (Manitoba), de la baie d'Hudson et du nord-ouest, la Colombie anglaise et li].
de Vancouver. Ces États forment une fédération appelée Dominion (état, puissance).
Le Canada se divise en bas l'embouchure de Saint-Lauren l'ouest du précédent :
85,000,000 d'hectares.
Le Canada est arrosé par le fleuve Saint-Laurent qui sort du lac Nipigon et ya se jeter dans l'Atlantique.
Le bas Canada ou ancien Canada français est partagé en 58 comtés et le haut Canada en 41. Au recensement
190,505 habitants dont le second 1,620,842 : sur ce
Canada qui se trouve à t et en haut Canada, à leur superficie totale est de
de 1874 le premier comptait 4
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669,528 Franco-Canadiens :
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nombre il n’y avait que 26,417 Franco-Canadiens. Il y a encore à peu près 15,000 indiens et 11,090 nègres échappés des États-Unis. En 1872 la population du Canada était de 2,850,001 âmes. Elle augmenterait dans des proportions beaucoup plus considérables sans une émigration annuelle importante qui se dirige vers les États-Unis.
L'hiver est très-rigoureux dans le bas Canada, il dure de quatre à cinq mois; dans le haut Canada, protégé au nord par la chaîne des Laurentides, il n’est que de deux mois.
Le Breton Jacques Cartier de Saint-Malo découvrit le Canada, l’Ochelaga des sauvages, en 1534. Il fut suivi par les frères Cabot : ce n’est toutefois. qu'au commencement d'1 xvu° siècle que la France y fonda des établissements
sérieux, Notre premièrs colonie fut Port-Royal (Annapolis) en Acadie, créée en 1604 par le chevalier des Monts. À cette époque une compagnie française obtint le privi: lége du commsrce canadien, à charge pour elle de fondér des colonies. Elle tenta un premier essai malheureux à Fadoussac près l'embouchure du Saint-Laurent En 1708 Champlain réussit à établir Québec qui devint le chef: lieu de la Nouvelle-France,
L’Acadie ou Nouvelle-Écosse est la presqu'île qui s tale longe au sud du cap Breton et de l’île de Terre-Neuvé. Peuplée d’abord par une petite population de pêcheurs et d'aventuriers français, elle fut le rempart du Canada contre les premières incursions des Anglais. Presque toujours victorieux, les Acadiens abandonnés à eux-mêmes succombèrent sous le poids du nombre et de leurs vietoires, Pour se venger de cette héroïque population, L's Anglais en déportèrent une partie : l’autre dépouillée: ! chassér * fonder sur les bords du Mississipi les villages qui onte. la souche de plusieurs grandes villes indus-
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Il en fut, de même plus tard pour le Canada; mais ses commencemsents heureux attirèrent l’attention de Richelieu et de Coibert. Ces deux grands hoinmes d’État virent de suite l'avantage que la ”: :nce pouvait retirer de la possession de territoires aussi vastes que les solitudes de l'Amérique. Ils lui donnèrent le nom de Nouvelle-France et constituèrent une compagnie agricole et commerciale pour l'exploitation du Canada. Les guerres sans cesse renaissantes entre la France et l'Angleterre paralysèrent le développement de ces grands projets. En 1635 tout était à recommencer : le fort de Québec, quelques baraques dans l'Île de Montréal, à Tadoussac, à trois rivières et sur quelques autres points du Saint-Laurent, étaient. nos seuls établissements canadiens. Notre colonie ne prit son essor que lors du partage de son territoire en seigneuries. Les donataires y attirèrent des émigrants de différentes provinces de la France. En même temps la Société de Saint-Sulpice, concessionnaire de l’île de Montréal, donnait un tel essor à la colonisation, qu'au moment où les Compagnies commerciales. agonisaient, les établissements
religieux prospéraient. Entre ses mains Montréal deve-
nait Je poste avancé de la civilisation parmi les Iroquois (1640). Plus tard, sous l'intelligente administration de l'intendant Talon, des colonies furent fondées avec les soldats licenciés de la garnison. Afin de les fixer dans le pays par les liens de la famille, le gouvernement de France y envoya des jeunes filles sages, dotées par le roi: elles s’y marièrent avec eux et trouvèrent ainsi des établissements avantageux. Un grand soin fut apporté dans le choix des nouveaux colons : on voulait éviter les mal heurs, occasionnés par l'émigration de certains aventu . riers, Sur la recommandation des évêques et d’après les instructions de Colbert, les curés choisissaient parmi les Cultivateurs pauvres de leurs paroisses ceux qui consentaient à aller s'établir au Canada. Telle fut la souche de
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le population laborieuse et chrétienne du bas Canada qui parle encore correctement la langue fraucaise et raconte pendant les longues veillées d'hiver ls vieilles traditions de la Bretagne, de la Normandie, de la Saintonge et des autres provinces françaises. Ces courageux colons, une main appuyée sur leur charrue, l'autre armée du fusil, triomphèrent et des difficultés d’un c'imat sévère, et des hostilités des sauvages. Pendant de lungues années, malgré leur petit nombre, ils surent battre les Anglais et maintenir intact l'honneur du drapeau français. Enfin, M. de Vaudreuil cerné par trois armées anglaises, manquant de vivres et de munitions, signait le 8septembre 1760 la capitulation qui cédait à l'Angleterre l’un des plus beaux fleurons de la couronne de France. Deux ans après nous abandonnions la Louisiane à l'Espagne ; c'en était fait dela puissance française dans l’Amérique du Nord.
Les récollets, les jésuites et les su'piciens furent les premiers missionnaires du Canada. Les récollets ne tardèrent pas à quitter la mission, les jésuites vinrent les remplacer en 4625. Ils fondèrent les réductions de Saint- Joseph au milieu des Aurons, des Trois-Rivières avec les Aigonquins et les Montagnais et celle de Silery à une lieue de Québec. D'un autre côté, ils ne négligeaient pas les besoins de la population française ; ils ouvraient dans cette ville un collége pour les jeunes gens, un hôpital à à la tête duquel ils plaçaient les sœurs de la Croix, et un pensionnat de jeunes filles dirigé par les Ursulines. Pendant ce temps la société de Saint-Sulpice jetait les fondements üe la ville populeuse et chrétienne de Montréal. à
Grâce à l’intelligent concours de l'administration frantaise, les missions florissaient. Les Anglais et les Hollandais eurent soin d’en arrêter le développement. Ceux-ci firent alliance avec la puissante tribu des /roquois adorateurs du feu, et ia déchainèrent contre iés
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Hurons catholiques. Au milieu de ces guerres, plusieurs missionnaires subirent le martyre ; ce sont : les pères Jogues, Daniel, Lallemant, Garnier, But'eux et Garreau, jésuites français; en 1671 c'était le lo. : dus sulpiciens Le Maître et Vignot. Les lroquois détruisireuc plusieurs réductions. Cependant en 1646 les Abenakis, indiens du littoral, der..ndèrent des missionnaires; on leur donna le père Dreuillettes qui ies baptisa tous. Mais leurs voisins de la Nouvelle-Angleterre ne les laissèrent pas longtemps tranquilles ; en 17924 ilsfirent irruption chez les Abenakis, brulèrent la réduction de Nantrantsoak et massacrèrent le père Rasles,
Pendant que ces événer, : ts se passaient : 1 Canada, les missionnaires, jésuites pénétrsient dans l'intérieur de l'Amérique. Ils découvraient le Mississipi et partageaient avec les capucins les labeurs de l’apostolat dans ces nouvelles contrées. Alors les Iroquois vinrent demander le baptême : la tribu des Agniès se groupa autour des Capucins pendant que les Unnontaguès formèrent des réductions sous Ja direction des Jésuites.
A partir de 1657, l'église canadienne entra dans la phase de l'organisation hiérarchique. L'abbé Gabriel de Caylus venait fonder à Montréal un séminaire avec trois prêtres séculiers, et Mgr de Laval-Montigni, l'un des membres de la nouvelle société des missions, étrangères de Paris. était nommé évèque de Pétrée, vicaire apostolique du Canada, Jusque-là cette mission était restée placée sous la juridiction de l'archevêque de Rouen. Le nouvel évêque arriva en 1639 avec un certain nombre d'ecclésiastiques qu’il plaça dans des paroisses ; les jésuites n’eurent plus à s'occuper que des sauvages. Sous son impulsion la religionprit de grands développements; il fonda en 1662 un séminaire qu'il unit à celui des missions étrangères; en 4666, il avait créé trois paroisses dans la
ville de Québec. Trois ans plus t.rd il rappelait les récol-
lets qui fondaient des établissements dans cette ville, à
Montréal et aux Trois-Rivières, et enfin il pourvoyait à ni : l'instruction des jeunes filles par la fondation de la con- lo % grégation des Sœurs de Notre-Dame. Bientôt les Sulpi- | ciens devenus uniques propriétaires de l'île de Montréal an ‘ ÿ formaient de nouvelles paroisses. Nommé évêque titu- du laire de Québec en 1670, Mgr de Laval fonda encore un de petit séminaire et une école d’arts et métiers sur la côte Te de Beaup: #. Après tant de travaux apostoliques, ce pré- et lat accablé de fatigues et de contradictions se démit de Ce son siége en 1668 ; il eut pour successeur Mgr Jean-Bap- Ca tiste La Croix de Chevrières de Saint-Vallier. I mourut un après avoir vu l’incendie de sun petit séminaire. Le nou- va vel :vèaue revenant de France en 1704 fut fait prison- Du nier par les Anglais qui le retinrent pendant trois ans. an Cependant les sauvages se civilisaient ; les Agniès pri convertis formèrent les paroisses du Saut Saint-Louis le et de la Montagne, les Hurons étaient réunis à Lorette et Fr les Algonquins au Saut Sainte-Marie. Le père Albanel ] poursuivant cette œuvre apostolique remontait au nord mi. le cours de 11 Saguenay, découvraitles lacs Saint-Jean et à t des Mistassins et prenait possession de la baie d’/udson ‘ant au nom de la France. D'un autre côté, en 1673 le père pla Marquetieet M. Joliet descendaient, lespremiers, la route tév naturelle tracée par le lac Michigan et la rivière des Illi- cb! nois et découvraient le Mississipi. Ils donnaient ainsi à la ) France la plus belle colonie qu'un gouvernement puisse . chi désirer : le magnifique bassin du Mississipi ajouté à celui | rite du Saint-Laurent. C’étaient des régions admirablement ral fertiles, des forêts aux essences variées, des cours d’eau ten parfaitement navigables et le bassin des grands lacs assu- pri rant des voies de communications sûres et rapides pour fav, 11 le transport des richesses inépuisables de ces contrées. lait Pendant ce temps de nouveaux ouvriers évangéiiques
venaient remplacer la société des missions étrangères qui
ette ville, à Jurvoyait à de la conles Sulpile Montréal vèque titu- | encore un sur la côte es, ce prée démit de Jean-Bap- . I mourut e. Le noufait prison- TOÏS ans.
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vangéiiques angères qui
concentrait ses forces en Asie. C’étaient les prêtres de la nouvelle société du Saint-Esprit qui fut chargée des colonies françaises.
Enfin le sulpicien François Picquet, pendant trente années anâtre dévoué des sauvages, fondait les réductions du lac des deux Montagnes, où il achevait la conversion des Algonquins, des Nipissing et des indiens du lac Temiscaming. En 1748 il découvrit les chutes du Niagara, et formait celle de /a Présentation sur le lac Ontario. Cette réduction, très-considérable, devint la clef du Canada où le P, Picquet avait pris sur les Indiens un tel ascendant que sa présence dans l’armée française valait mieux que dix régiments, au témoignage de Du Quesne. Elleimprimaii une terreur inouïe aux troupes anglaises : aussi les généraux anglais mirent-ils sa tête à prix. Mais après la capitulation, le 2. Picquet descendit le Mississipi jusqu’à la Nouvelle-Orléans et revint en France, où il mourut en 1781.
La conquête anglaise arrêta le développement des missions canadiennes. Le nouveau gouvernement interdit
à tout prêtre français d'y séjourner. Insensiblement les
anciens missionnaires moururent et ne furent point remplacés. Il ne se relâcha de ses rigueurs qu'à la fin de la révolution. Alors une trentaine de prêtres français vinrent combler les vides du clergé canadien.
Aujourd’hui la situation de l’Église du Canada est bien changée : le clergé y est traité avec égards par les autorités britanniques qui lui laissent toute la liberté désirable pour faire le bien. Mais jusque dans ces derniers temps elles s’opposaient à ce que les évèques de Québec prissent le titre d'archevêques. Cette mesure était prise en faveur de l’évêque anglican de cette ville. De plus, il ne voulait pas admettre la création d’autres siéges épiscopaux, de telle sorte que celui de Montréal était administré séparément par l’évêque de Québec. Enfin arriva pour l'Église 24,
le jour de la plein: et entière liberté de faire ses affaires sans entrave aucune. Le Saint-Siége y créa plusieurs évêchés : en 1878 il y en avait quatre et trois vicariats apostoliques: Or, en 1853 on y compte vingt évêchés répartis en quatre provinces ecclésiastiques, celles de Québec, d’Aalifax, d'Orégon City, et de Saint-Boniface. Presque toutes les congrégations de frères et de sœurs pour l’enseignement et le soin des hôpitaux ainsi que pour le soulagement de toutes les misères humaines y sont venues fonder des établissements.
Aujourd’hui les missions françaises de l'Amérique anglaise du nord se composent : 4° de celles de la Société des Oblats de Marie; 2° de celle de Sainte-Croix du Mans; 3° des établissements sulpiciens et des basiliens. Outre ces
sociétés religieuses, on trouve un grand nombre de prêtres
séculiers français en Acadie ou Nouvelle-Écosse, au cap Breton, dans la baie Sainte-Marie, dans File Térre-Néuve et dans le bas Canada.
ARTICLE II Oblats de Marie,
.En- 1841, Mgr Bourget, évêque de Montréal, s'étant rendu en France, obtint de Mgr Mazenod, évêque de Marseille, fondateur de la Société des Oblats de Marie, l’envoi d’un certain nombre de missionnaires au Canada. Cette congrégation y eut bientôt trois établissements :
1° Longueil, pour les catholiques disséminés sur les frontières des États-Unis ; 2 Saguenay, au nord-est du diocèse de Québec, pour les paroisses répandues sur les bords de cette rivière, pour les missions des papinachoiïs, des Mismaks ou Gaspésiens et des Esquimaux ; 3° Bytown, dans le diocèse de Kingston (haut-Canada), pour les miiliers de bûcherons occupés pendant six mois de i année dans les forêts de l’Ottawa à couper les arbres et à en
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sieurs évêriats aposss répartis le Québec, e., Presque pour l’enur le sount venues
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conduire les troncs par la voie des rivières jusqu’à Québec. Elle est appelée mission des choztiers. C'est de Bytown que sont partis les premiers missionnaires fond: teurs des missions de la baie d'Hudson. Celles-ci ont pris un tel développement, qu'en ce moment elles forment l'archidiocèse de Saint-Boniface, qui a donné naissance à ses trois vicariats apostoliques suffragants : Saint-Albert, Attabaskaw et la Colombie anglaise. Or, en 1846, il n'y avait que cinq missionnaires sur ce territoire aussi vaste que l’Europe, comr”is entre le Labrador et l’océan L'aci-
fique, le lac Supéræeur, la frontière des États-Unis et l'océan Glacial arctique.
$ I. Archidiocése de Saint-Boniface.
Le diocèse de Saint-Boniface comprenait d'abord tous les territoires qui environnent les grands lacs, depuis la frontière des États-Unis jusqu’à l’océan Glacial arctique. Ces vastes contrées appartiennent à l’Angleterre et dépendent du gouvernement canadien.
La baie d'Hudson s'étend entre 50° et 73° de latitude nord. Pendant une grande partie de l’année elle est couverte de glaces qui en rendent la navigation difficile et périlleuse, Les territoires environnants sont marécageux, couverts de glaces épaisses, composés de terres mouvantes, incultes et stériles, et arrosés par de nombreuses rivières, aux bords infestés de gros moustiques, appelés maringoins,
De distance en distance, la compagnie anglaise de la baie d'Hudson a échelonné des forts, gouvernés par des agents chargés de ses intérêts politiques et commerciaux. Autour de ces établissements, une ou deux fois l'an, se réunissent les tribus voisines; elles viennent troquer leurs fourrures contre de la poudre, des armes, de l'eaude-vie, etc. L'habileté de ces trafiquants consiste à endetter le sauvage afin de s’assurer la livraison de ses fourrures
à vil prix pendant plusieurs années. Quelques-uns de ces forts sont devenus des villes importantes.
La population de cette contrée se compose d'un petit nombre d'émigrants européens et canadiens, de métis et d'indièns, établis sur les bords de la rivière rouge. On distingue ces derniers en quatre grandes familles sortant d'une souche commune. Chacune d’elles habite une longue zone inclinée du nord-ouest au sud-est. 4° Entre les 50e et 56° degré de latitude nord, les Sioux et les Pieds nors ; 2° les Cris (Crecks), les Sauieux et les Algonquins K 3° du 59e au 74e latitude nord, les Esquimaux ; 4° dans le triangle formé par les montagnes rocheuses, les Mangeurs de ciribous (rennes), les Castors, les Sarcis, les Côtes de chiens, les Couteaux jaunes, les Esclaves, les Peaux de lièvre, les Loucheux ou Querelleurs, qui appartiennent au rameau Mmontagnais appelé denés (hommes).
Ces tribus vivent de chasse, elles suivent les troupeaux de buffles, de rennes et de bisons : par conséquent elles sont semi-nomades. Deux fois par an le missionnaire les accompagne à travers ces plaines immenses où la neige atteint quelquefois 6 mètres d'épaisseur. Alors il campe avec eux sous le vighwam (tente), partage leurs dangers au milieu des surprises et des combats : il est exposé à la faim, au froid et à la mort. Voyez-le, allant visiter les stations catholiques ; il fait 30 degrés centigrades de froid, il a 400 lieues, 200 lieues à parcourir. Il part, accompagné de quelques indiens, ses pieds sont armés de raquettes, grandes claies légères qui l’empèchent d'enfoncer dans la neige : comme ses ouailles il est revêtu de peaux d'ours ; des chiens remorquent le traîneau qui porte ses effets et ses approvisionnements, Bientôt le vent siffle avec violence, des nuages de neige fine voilent le soleil ou obscurcissent la lumière du jour. C’est la poudrerie, ouragan de glace qui soulève des trombes de neige comme le simoun du Sahara emporte les dunes de
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sable. Ainsi qu’à l’Arabe surpris par la tempête de feu, il n’a d’autre ressource que de se coucher derrière son traîneau ou son cheval en attendant soas une couche épaisse de neige que la tourmente soit passée. Heureux s’il peut se relever sans douleurs! Après un mois de voyage, il arrive auprès de ses indiens, les évangélise en partageant leurs jeûnes forcés et leur nourriture insuffisante. Lorsque son œuvre est finie, il repart pour une autre station. Telle est la vie des missionnaires de l’Amérique anglaise du nord.
Depuis longtemps des Canadiens français, séduits par la vie aventureuse du trappeur ou chasseur du désert, avaient été s'établir au milieu des sauvages de la rivière rouge qui se jette dans le lac Winipeg par 31° de latitude nord environ. C’est de leur union avec les indiennes qu'est issue cette race de métis intrépides que l’un rencontre dans tout le territoire du nord-ouest. Alors quelques missionnaires français coururent à la recherche de ces brebis perdues dans le désert. L’un d'eux, M. l'abbé de Zaverenderic, s'avança jusqu’au delà du 100° de longitude ouest, en 1728. Mais l'établissement de la Compa-
gnie de la baie d'Hudson vint faciliter beaucoup leurs
excursions apostoliques.
En 1811 lord Sekirk fondait sur les bords de la rivière rouge, où habitent les Assiniboines, une colonie d'Écossais. Ayant été à même de constater les désordres engendrés par l'absence de religion, il rapporta à Québec une pétition signée d’un certain nombre de colons pour obtenir des missionnaires. Elle fut remise en 4818 par le gouverneur anglais à Mgr Plessis alors archevêque de Québec. Ce prélat y envoya son coadjuteur Mgr Provencher, évèque de Juliopolis, qui vint s’y établir avec deux missionnaires canadiens. Alors le gouvernement anglais interdisait le Canada aux prêtres catholiques. 11 abolit cette loi inique en 1840, Mgr Plessis profita de cet heu-
reux revirement pour faire ériger le territoire de la baie d'Hudson en viceriat apostolique et y envoya les Oblats de Marie établis au Canada dès 4841. Mgr Provencher en fut le premier vicaire apostolique: en 1830 il prenait pour Coadjuteur le père Tdché. Successivement, les missionnaires pénétrèrent dans les territoires du nord-ouest jusqu'à l’Aftabaskaw. En 1863, Mgr Grandin atteignait l’Alaska, ancienne Amérique russe, pendant que d’autres oblats remontaient jusqu'au 69 de latitude nord, chez les Esquimaux du Labrador.
Lorsque le nombre des catholiques de ces contrées fut assez nombreux, en 1847, le Saint-Siége changea le vicariat apostolique en évêché titulaire du nord-ouest, il prit le nom de Saint-Boniface, patron de l’église de la rivière rouge, en 1851. Deux ans après Mgr Téché succéda à Mgr Provencher et en 1859 il prenait le père Grandin pour Coadjuteur. En 1863, Rome détachait les bassins des rivières Atlabaskaw et Mackensie dc l'immense diocèse de Saint-Boniface et les érigeait en vicariat apostolique. En 1871 Mgr Grandin devenait évêque du nouveau vicariat de la Seaskatchewan ou de Saint-Albert. La mème année Saint-Boniface était érigé en archevêché avec les précédents vicariats pour suffragants. Le Saint-Siége y ajouta le vicariat de la Colombie anglaise distrait de l'archevèché de Vancouver et confié aux oblats français
depuis 1863.
L'archidiocèse de Saint-Boniface se compose de deux parties distinctes: 4° le territoire de la rivière rouge peuplé d’émigrants ; 2 celui des sauvages de l'ouest et du nord-est; tels que les Sioux, les Sauteux ou Odjibwas, les Montagnais, les Creeks et les Makégons des bords marécageux de la baie d'Hudson.
1° Saint-Boniface, mission de la rivière rouge. Cette rivière et son lac doivent leur nom aux combats sanglants que les Sioux et les Sauteux se livrèrent sur ses rives : il
de la baie les Oblats vencher en il prenait 1t, les misnord-ouest , atteignait 1e d’autres nord, chez
ontrées fut ea le vicaest, il prit 8 la rivière succéda à e Grandin bassins des se diocèse ostolique.
veau vica- La même lé avec les nt-Siége y listrait de ts français
se de deux ère rouge l'ouest et Odjibwas, des bords
uge. Gette sangiants s rives : il
ÿ eut tant de sang répandu que leurs eaux en furent rougies, de là le nom de Miskouagami ansiping (eau ensanglantée), dont on afait rivière rouge. C’est à Saint- Boniface que résident l’archevèque et les autorités anglaises. Cette paroisse contient 2000 catholiques d’origine canadienne: elle a un collége et des écoles dirigés par les pères et les frères oblats ; des écoles de filles et un orphelinat tenues par les Sœurs grises venues du Canada en 1844. Cette ville fut fondée en 1811 ; quatre ans plus tard, à la suite de conflits sanglants entre les colons des deux compagnies du nord-ouest et de la baie d'Hudson, la population se divisa. Une partie se retira à Pembina, localité située à 20 lieues au sud, l’autre resta à Saint- Boniface. C’est dans ces deux endroits que commença la mission, Elle fut d’abord traversée par de grandes épreuves, de 1819 à 1826, les sauterelles dévorèrent los moissons, l’ensemencement des terres fut impossible, ét il y eut une famine effroyable ; la fonte précoce des neiges fit monter la rivière à 10 mètres au dessus de son niveau habituel ; les inondations furent considérables ; en 1860 un incendie dévora la plupart des établissements de la mission, le reste fut consumé par un second incendie l’année suivante. Quelques mois après une inondation terrible achevait de la ruiner ; 2° Saint-François- Xavier ou prairie du cheval blanc, à cinq licues de Saint- Boniface, sur l’Assiniboine. Cette mission a été ‘ondée en 1824 avec les catholiques revenus de Pembina cédée aux États-Unis. Sa population est de 1400 âmes. Résidence et écoles dirigées par les sœurs canadiennes ; 30 Saint- Norbert, sur la rivière Sale, non loin de la rivière rouge ; bourg de 700 habitants avec des écoles de garçons et de filles ; 4° Saint-Charles, sur la rivière Esturgeon ; station
de 300 catholiques avec chapelle et écoles, visitée par un
missionnaire de Saint-Boniface ; 5° Manitoba, sur le lac et
près le fort de ce nom; résidence de deux missionnaires.
AT
Les missionnaires de Saint Boniface vont en oùtre visiter des stations moins importantes dépendantes de leurs résidences. Ils accompagnent leurs paroissiens à la chasse au bison dans les plaines du sud et de l’ouest.
Le personnel de l’archidiocèse de Saint-Boniface se compose d’un archevêque, de trente missionnaires et frères oblats et de quinze sœurs grises canadiennes. En 1831 le vicaire apostolique n'avait qu’un seul prêtre. Il possède onze chapelles, églises ou stations.
$ IL. Vicariat apostolique d'Athabaskaw et de Mackensie.
Ce vicariat apostolique comprend les bassins des lacs et rivières Athabaskaw et Mackensie. Il est borné au nord par l'océan Arctique, à l’ouest par la baie d'Hudson, à l'est par le détroit de Bebring, au sud par les montagnes Rocheusès, et s’étend entre les 57° et 75° de latitude nord. Sa population est composée de différents peuples : les Esquimaux qui ne descendent pas au dessous de 60% de latitude nord, ils sout appelés Ayaskimé, au. pluriel Ayaskemewolk par les Crecks et les Al, nqüuins. Ce mot vient d’Aski, chair, poisson cru, et de #1owew, il mange; il veut donc dire, hommes qui mangent de la viande où du poisson cru. Entre eux les Esquimaux se nomment Innoît, hommes per excellence. Ceux de cette région habitent entre la rivière Churchill et le fleuve Mackensie, leur nombre est évalué à 5,000. Ils sont remuants, tracassiers et pillards, ils prétendent être venus de l’ouest par les îles Aléoutines; en Asie ils porteraient le nom de Mainollos. Ils adorent le soleil et quelques fétiches. La tribu des Tchisareni a pour dieu Satan qu’elle appelle Torn-Rark ; elle vivait sur les bords de la rivière Anderson près le fort de ce nom, mais depuis quelques années, elle a émigré vers les baies de Liverpool et de Francklin.
En 1865, les oblats essayèrent d’évangéliser les 7chi-
n oùtre vies de leurs à la chasse
oniface se nnaires et iennes. En 1 prêtre. Il
lackensie.
ns des lacs né au nord Hudson, à montagnes itude nord.
euples : les s de 60° de au. pluriel ns. Ce mot , il mange; a viande où > nomment région ha- Mackensie, nts, tracasl’ouest par le nom de étiches. La elle appelle ère Anderues années, Francklin.
er les 7chi-
saréni, ils durent concentrer leurs efforts sur la station du fort Good-hope, sis à 80 lieues à l’ouest de l'Océan. Ce poste est le plus septentrional de ceux de la compagnie de la baie d'Hudson.
Les autres tribus de ce vicariat apostolique sont : à l’ouest, les Loucreux, les Peaux de lièvre, les Flancs de chien, les Kravanis à l'embouchure du Mackensie, les Montagnais, les Creeks et les Sauteux; à l'est, les Kravanis se livrent, paraît-il, à des cruautés horribles sur leurs ennemis : on les dit anthropophages.
Le vicariat apostolique d’Attrabaskaw et de Mackensie a été érigé en 1863, il a pour évêque Mgr Faraud, évêque d’Anémour, et contient six résidences.
1° Aivrabaskarw, sur le lac de cenom, résidence de trois missionnaires et de deux frères. La population est formée par 1,200 Montagnais ; ces indiens sont doux et dociles. Les missionnaires ont retrouvé parmi eux les grandes traditions du senre humain sur la création, la chute de l’homme, le déluge, l’idée du sacrifice, etc. La contrée qui entoure cette résidence est inculte et stérile ;
20 Saint-Joseph du grand lac des Esclaves avec deux
missionnaires et un frère ;
30 Notre-Dame de Bonne-Espérance, près le fort Goodhope, qui compte également deux missionnaires et un frère ;
4 La Providence, point central où réside le vicaire apostolique avec trois prêtres et un frère :
5 Saint-Michel, à 150 lieues au nord de Saint-Joseph, mission des sauvages Takwel-ottines et des Flancs de chien. Les missionnaires ont tenté d’évangéliser la première de ces tribus en 1864, mais elle a émigré sur les bords du lac Tarakatié. Cette région est plate et stérile,
sa végétation rabougrie est composée de sapins épinette
qui ont 3 mètres de hauteur, de quelques bouleaux et de
trembles bien maigres. Le sol est tapissé, en certains en-
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