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LES PÈRES PÈLERINS

Les « Pères pèlerins » de la Nouvelle-Angleterre furent les héros de plus d'un roman accepté comme ‘parole d'Évangile. M. Bancroft, tout en soulevant le voile de leur véritable histoire, avoue la sympathie inspirée par l’amour de la liberté qu'on leur supposait, et par leur prétendue défense « des droits individucls jointe à l’indépendance des idées. » Cependant on ne rencontre pas, peut-être, dans les annales du genre humain, un exemple de tyrannie implacable, d’une part, et d’abjecte sujétion, de l’autre, comparable à ce que l’on trouve dans les actes, les lois et les écrits des puritains de la Nouvelle-Angleterre. Prétendant régler leur vie quotidienne sur les maximes du Nouveau Testament, on peut affirmer sans exagération qu'aucune race d'hommes, depuis la première prédication de l'Évangile, n'en a violé esprit avec une constance plus impitoyable. Is étaient, si l'on veut, hypocrites à à leur insu, car la plupart d’entis eux s'étaient trompés eux-mêmes avant de tromper les autres; mais si nous en jugeons par les récits de leurs propres historiens, ce serait le seul crime dont ces Arabes de la réformation ne soient pas coupables. I serait difficile de trouver en eux un seul trait du véritable esprit chrétien. Chaque parole et chaque acte de leur vie étaient une protestation contre l'humilité, la modestie, la douceur, la patience, la tolérance, la charité, l'obéissance et toutes les vertus analogues des disciples de la Croix. Ils n'étaient jamais moins chrétiens dans leurs pensées, leurs sentiments et leurs désirs que lorsqu'ils prèchaient ce qu’ils appelaient « l'Évangile ; » jamais leur arrogance n'était plus cruelle et plus hautaine, leurs menaces plus amères, leur esprit de domination personnelle plus incurable qu’en prenant Dieu à témoin qu'ils étaient ses véritables serviteurs. Ils avaient fui l'Angleterre pour jouir « de la liberté de conscience; » et pour prouver leur amour de la liberté, ils la relusaient à tous ceux qui se permettaient d'interpréter un texte autrement qu'euxmêmes.

« J'ai quitté l'Angleterre, dit Blackstone, ex-ministre anglican, parce que je n’aimais pas les lords évêques : je ne puis me joindre à vous de que je n'aimerais pas à me soumettre aux lords Frères'. » [ls punirent promptement sa témérité, @ Dire que

1 Checver, The Pétgrim Fathrrs, cn. xvu, p. 245,

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les hommes doivent jouir de leur liberté de conscience » est, selon un de leurs oracles, « une ignorance impie'. » Et aussitôt ils se hâtèrent de châtier ce que, dans leur jargon, ils appelaient « une polypiété profanatrice, » On croirait qu’ils avaient engagés leurs âmes, par un vœu, à abhorrer ct à outrager toutes les créatures, eux seuls exceptés. Parfois, ils se réjouissaient d’avoir mis l'Océan entre eux et le « joug de fer des rapaces évêques, » et parfois, d’avoir secoué « les chaînes des tyrans presbytériens. » Les baptistes étaient frappés de lourdes taxes et, s’ils s’avisaient de ne pas les payer, « on les fouettait sans merei. » « Les quakers étaient marqués avec un fer chaud, essorillés ou pendus haut et court. Les hommes, à la première condamnation, perdaient une oreille, et l’autre à la seconde; hommes et femmes, à la troisième, devaient avoir la langue percée avec un fer rouge*. » « Les sorciers,» nom qu'ils donnaient à tous ceux de leurs adversaires pour lesquels ils n’en trouvaient pas d’autre, et particulièrement aux ministres leurs rivaux, les sorciers étaient exécutés par troupes. « Voici huit tisons d’enfer, disait Noyes, ministre de Salem, en montrant du doigt les corps qui se balançaient au gibct5. » Tandis que l'on était en train de pendre Burroughs, prédicateur détesté, et que les spectateurs témoignaient un regret tardif, « Cotton Mather, à cheval au milieu de la foule, s 'adressant au peuple, coatestait l’ordination de Burroughs, comme s’il n'était pas un véritable ministre! pendant ce temps l'exécution suivait son cours. » « Au nom de quelle loi, disait le quaker Wenlock Christison, voulez-vous me mettre à mort? — Nous avons une loi, lui répondit-on, qui vous condamne à mourir. » « Ainsi les Juifs répondaient au Christ. Mais qui vous a donné le pourvoir de faire cette loi? — Nous avons des lettres patentes ct nous pouvons faire nos propres lois. » « Eh bien, dit leur victime, j'en appelle aux lois de PAngleterre. » C'était un appel malheureux, il provoqua cette prompte réplique : « Les Anglais bannissent les Jésuites sous peine de mort, et nous pouvons bannir les quakers avec la même justice. Le jury rendit un verdict de culpabilité ; On vota une seconde fois ; la majorité se prononça pour la peine de mort®. »

Soixante-dix-sept puritains de la Nouvelle-Angleterre, chose digne de remarque, «appartenaient à Église anglieane*, » «et

! Bancroft, 1, p. 56.

* Hüldreth, vol. F, eh. x, p. #0o.

% Bancroft, 1, p. 702,

% Ibid. À, p.52

» Lupp, Hist. Rel. Denominations, p 271.

Ms LES MISSIONS CHRÉTIENNES.

plusieurs de ceux qui avaient reçu l’ordination épiscopale, remarque Burke, se joignirent à eux. Cependant, il est vrai de dire qu'ils n'avaient pas la moindre idée de ce qu'était la liberté. La doctrine de la tolérance leur était si odieuse qu'une des premières perséculions fut dirigée contre un obscur parti formé parmi eux... la persécution qui chassa les puritains d'Angleterre paraîlrait, en compa- ‘aison, pleine de mansuétude et d’indulgence. » Il racont: ensuite quelques-unes de leurs implacables atrocités : « Des faits de cette nature remplissent, pendant longtemps, la plus grande partie de l'histoire de la Nouvelle -Angleterre. Bref, ces hommes qui en Angleterre ne pouvaient supporter d’être châliés avec des verges, n'eurent pas plutôt brisé leurs fers, qu'ils fouettaient leurs compagnons d'exil avec des scorpions, quoique l'absurdité et l'injustice de tels pro. cédés fussent évidentes. » Enfin, faisant allusion aux accusations de « sorcellerie » que ces ex-ministres anglicans portaient contre leurs rivaux, Burke s'exprime ainsi : « Une terreur et une consternation générales s'emparèrent de tout le mo’ide. Les prisons étaient pleines ; chaque jour amenait de nouvelles exécutions; toutefois la rage des aceusateurs ne perdait rien de son àpreté, » Un magistrat, qui venait de faire arrêter quarante personnes sous prévention de sorcellerie, et qui refusa ensuite de continuer sa déplorable tâche, « fut immédiatement accusé du même crime, et dut s'estimer heureux, en abandonnant famille et fortune, de sauver sa vie par un exil volontaire, » « Quelques-uns des ministres les plus populaires, après une vingtaine d'exécutions, adressèrent leurs remereiments à sir William Phips, » gouverneur anglican, « pour ce qu'il avait fait, Pexhortant à poursuivre une œuvre si digne de tant d'éloges!. »

L'exhortation était superflue. « La frénésie avait atteint un tel degré, assure un de ceux qui défendent franchement tous leurs actes, que, dans l’espace un seul mois, le grand jury poursuivit cinquante personnes pour crime de sorcellerie®, » Un enfant audessous de cinq ans fut emprisonné sur un pareil chef d'aceusation. Une femme indienne, «après être restée quelque temps en prison, en sortit, selon le docteur Dwight, sans autre punition, à cela près, qu’elle fut vendue pour payer les frais de son procès! » « À Andover, un chien fut accusé d’avoir ensorcelé plusieurs individus, et mis à mort. » Giles Corey « fut mis à la presse jusqu à ce que mort s’en suivit, pour avoir refusé de plaider, » « Ni l'âge,

1 An account of the European seltlements in America. p. 151, 159, 460 (1758 . # Dwight, Trevels in New-England, vol. 1, p. AT.

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MISSIONS D'ANÉRIQUE. my

ni le sexe n'offraient la moindre sécurité. Des multitudes de gens accusaient les autres dans le seul but de se sauver eux-mêmes. » Cependant cet écrivain, deux cents ans après ces événements, ne craint pas de défendreles puritains sous le prétexte que «l'existence et le pouvoir des sorciers était la croyance générale; » il ose avouer que leur esprit demeure encore parmi leurs descendants, en faisant allusion à leurs actes les plus arbitraires envers les « quakers, les méthodistes et autres hérétiques d'égale notoriété, » et en déclarant «qu'il ne peut trouver de justification ni pour les anabaplistes ni pour les quakers!, » Trompé par cette philosophie bâtarde qui met les mots à la place des choses, M. Bancroft ne craignit pas de louer, dans un style ampoulé, l'attachement à la liberté, à la force intellectuelle, aux grands principes du progrès et des lumières dont les puritains de la Nouvelle-Angleterre fa saient étalase !

Ge n'est pas ici le lieu d'examiner en détail l'histoire des «Pères pèlerins ; » elle peut néanmoins nous apprendre d’une manière accessoire quelque chose sur le sort des malheureuses tribus indiennes qui se trouvaient à leur portée. Ces fanatiques, dont la cruelle vanité n'épargnait ni hommes ni femmes, « et qui ne saaient, remarque M. Bancroft, ni s’incliner au nom de Jésus, ni plier le genou devant le roi des rois, » ces fanatiques ne pouvaient pas exercer la pitié dans leurs relations avec les Indiens et encore moins se sacrifier en travaillant à leur salut. « L'idée ne serait même pas venue à un seul d’ertre eux, assure le docteur Wilberforce, de porter aux malheureuses tribus qui les entouraient, le message héni du salut?, » Tant il est facile au fanalisme de coexister avee une complète irréligion ; tant est profsrd l'abime qui sépare le zèle des sectes de la charité chrétienae, « I ue fant pas oublier de rappeler que les puritains, iout en brûlant d'un zèle religieux ardent, faisaient fort peu de chose pour la conversion des Indiens d’Amérique®. » Mais, çils détruisirent entièrement une mission établie par les Jésuites dans l'État du Maine*, » D'un autre côté, ils firent plus qu'aucun de leurs contemporains, plus que tous réunis peut-être, pour allumer le feu de cette haine inextinguible qui noya dans le sang les États de l'Est et que l'a-

Dwight, vo! IV, on, 22.

# A history of 1h: Protestant Episcopal Church in America, par Samuel Wilberbre, eh. TE, p. 82

© De Thompson, Nw-Zealand, vol. Y, part. If, ch. in, p. 305.

: 'orty years of American Life, par le Dr. Nichols (auteur protestant de la Nouvelle-Angloterre), vol. IE, ch. vi, p. 82 "1864.

néantissement complet de leurs premiers habitants put seule aparser. « Les puritains finirent par donner jusqu'à mille livres par chaque chevelure d’Indien qu'on leur livrait', » Les premiers « pèlerins » qui arrivèrent, pillèrent les tombeaux des Indiens, volèrent leur blé — la nécessité pouvait leur servir d'excuse, — et lorsque ceux-ci se montrèrent sensibles aux outrages, ils les massacrèrent ; puis, les mains encore rouges de sang, ils consignèrent gravement dans leur journal « que Dieu leur avait accordé la grâce de vaincre leurs ennemis®. » « Combien il eût été heureux, si, avant de les tuer, vous en aviez converti quelques-uns! » dit Robinson en faisant allusion à cette boucherie. Avant le départ des victimes, indique le docteur Cheever, il leur avait fait lui-même un sermon sur ce texte de circonstance : « Je remettrailes Philistins entre tes mains°. » «Ils s'emparèrent sans serupule, remarque l'évêque protestant d'Oxford, des terres que possédaient les Indiens de temps immémorial ; et l’on évalue à plus de cent quatre-vingt mille le nombre des Indiens aborigènes égorgés par eux dans la baie de Massachusetts et le Connecticut seuls*; » manière à eux de convertir les gens. Ces hommes n'etaient pas des soldats espagnols ni des Portugais faisant la traite, mais « des ministres de l'Évangile; » c'étaient les champions de la Réforme! c’étaient les Vieyras, les Claver et les Las Casas du protestantisme. « Tant que l'esclavage fut avantageux, affirme de nos jours un écrivain américain, non-seulement les puritains réduisirent en servitude les Indiens et les nègres, les considérant comme une propriété soumise à la taxe, mais ils trafiquaient activement de leur chair, en les vendant sur les meilleurs marchés au plus fort enchérisseur®. » Il y avait encore, en 1810, plus de quinze mille esclaves dans l’état de New-York°.

Cotton Mather, qui régna au milieu d'eux en qualité de prophète et de pontife, et qui était toujours prêt à approuver ou désapprouver, par un torrent de textes sacrés, ce que tout antre pouvait nier ou affirmer, Cotton Mather làchait sur eux ses féroces sectaires pour les désaliérer de leur sang, et offrait publiquement des actions de grâces au Dieu du ciel lorsque ce sang couvrait le pays comme d'une inondation. Dans un livre qu'il

" Howitt, Colonisation and Christianity, ch. xx, p. 917. - lhe Pügirm Fathers, p'r George B. Checver, DD, p.93, 51. “lbud., ch. vu, p. 140.

4 Uhi supra.

” New-York Herald, 20 janvier 1861.

" Dwght, Pravels in New-England. pref. p. 17.

ut seule apat- Île livres par Les premiers des Indiens, d'excuse, — rages, ils les ng, ils consiavait accordé eût été heuelques-uns! »

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intitula Efficacité de la prière, semblable à un de ces hiérophantes mexicains qui, les yeux étincelants de joie et les mains dégoùtantes de sang, conte les cœurs fumants qu'il a empilés autour de lui, le chef puritain s'écrie, sans pitié comme sans remords : « Que Dieu traite ainsi tous les implacables ennemis du Christ et de son peuple de la Nouvelle-Angleterre'. » « L'efficacité de la prière pour la destruction des Indiens, » nous apprend le docteur Thacher, était aussi le thème favori du docteur Increase Mather ; « il disait à ses auditeurs de ne cesser d'invoquer le Seigneur contre Philippe, » chef des Indiens de la Nouvelle-Angleterre, « jusqu’à ce que leur prière eût fait entrer la balle dans son cœur. » Cependant, de l’aveu même de Thacher, « ce Philippe avait des vertus qui auraient dû inspirer le respect à ses ennemis?. » Rien ne put le sauver. Pendant dix-huit siècles, des apôtres ont versé leur sang pour acheter, par leur mort, la vie de leurs ennemis; mais il était réservé à des ministres protestants de verser le sang des païens, en demandant l'approbation du ciel.

Il serait facile de multiplier les exemples de l'esprit infernal des ministres de la Nouvelle-Angleterre. Ils ne pensaient aux idolâtres que pour les égorger. « Un grand nombre de païens ont été tués, » reconnait l’un de ces ministres; puis avec un air de triomphe : « Une autre expédition s'apprête à partir! » La lettre, adressée à des collègues sympathiques, annonçant ce genre de relation des puritains avec les nations indiennes, conclut en ces termes : « Puissions-nous, un jour, nous revoir dans la chambre de notre fiancée, abrités derrière les rideaux bleus des cieux, dans le troisième ciel du sein d’Abraham*. »

Des hommes, faisant profession de christianisme, étaient mille fois plus cruels et implacables que les malheureux sauvages qu'ils massacraient, en particulier la nombreuse tribu des Péquods. Dans une seule bataille contre ces Indiens nus et à moitié armés, qu'il eût été facile de gagner à la religion et à la civilisation, comme l'avaient été les Chiquitos et les Omaguas du Sud plus farouches encore, il y en eut huit à neuf cents tués ou pris, tandis que les colons ne perdaient que deux hommes. Les épargnés furent immédiatement vendus comme esclaves. Lorsque UÜnderhill, un des chefs de cette expédition, se vit accuser de cruauté, il répondit : « Nous étions éclairés par la parole de Dieu pour agir ainsi‘. » D'autres se comparaient à David et deman-

! History of'the Indians of North-America, par Samuel Drake, vol. IE ek, vir.

# Thacher, Hist. of Plymouth, p. 391.

$ Documentary history of New-York, vol. I, p. 964. + Iildreth, vol 1, ch. ax, p. 252.

fud

daient l'approbation du Très-Haut dans des termes qui feraient rougir pour le christianisme, s’il était possible d'admettre que de tels hommes fussent chrétiens!.

Il est inutile de nous étendre davantage sur les procédés des puritains envers les naturels, et nous ne suivrons pas l’histoire des dissensions qui sévirent parmi eux. Malgré l'exil, les tortures et la mort, malgré des lois qui n'avaient d'égales que dans le code pénal de la Grande-Bretagne, de nouvelles sectes impérieuses se formaient sans cesse; elles finirent par étouffer et anéantir la constitution religieuse exclusive de la Nouvellc-Angleterre; ce fut merveille qu'elle püût durer aussi longtemps. Toute joie innocente, fruit et fleur de la vraie religion, avait été supprimée par les fondateurs de Salem, « parce que leurs sectateurs regardaient la gaieté comme un péché?. » D'après un règlement judicieux à l'usage de leurs victimes indiennes, « tous ceux qui portent les cheveux longs, payeront cinq shillings*, »

Cette hideuse parodie de christianisme qui substituait à la grâce et à la vertu une farouche excitation animale ou des 1llusions hystériques, cette arrogance blasphématoire à laquelle le roi de Prusse faisait allusion lorsqu'il disait « les calvinistes traitent le Sauveur comme leur inférieur, » cette misérable parodie périt enfin, dévorée, comme un cadavre en putréfaction, par les vers qu’elle avait nourris. «Si le rapport fait par le docteur Mather sur la colonie de Rhode Island est exact, remarque M. Halkett, ses aborigènes rouges doivent avoir été quelque peu effarés par le nombre des diverses sectes protestantes établies parmi eux. » Singulière exhibition de christianisme, d'après le récit même de Mather. « C'était, selon son aveu lorsque son règne fut terminé, un colluvies d’antinomiens, de familistes, d'anabaptistes, d'antisabbatariens, d’arminiens, de sociniens, de quakers, d’énergumènes — il n'y manquait que des catholiques romains et de vrais chrétiens. » Par cette dernière phrase, il faisait allusion à lui-même et à son troupeau réduit, « en sorte que si quelqu'un avait perdu sa religion,

1 Ilest bon de noter, comme exemple du désordre mental aussi bien que moral de ces hommes, qu'en 1712, lorsqu'on lrouva dans la Nouvelle -Angleterre des os fossiles, sans doute de mastodonts, le docteur Increase Mather raconta à la Société royale de Londres que ces os appartenaient à des races de géants disparus, € particulièrement une dent pesant cinq livres 3/%, et un fémur de dix-sept pieds de long, Mettre en doute les ce nelusions du savant de la Nouvelle-Angleterre eut été alors plus dangereux que d'y croire aujourd'hui. » D Wilson, Prehistorie Man, vol. I, ch. iv, p.115.

Chalmers, History of the Revolt of the American colonies, vol. I, p. 40.

5 The Day-Breaking of the Gospel with the Indians in New-Englavd, Mass.-hist. coll., 5° série, vel, IV, p. 20 cf. Hutchison Papers, vol, I.

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ad, Mass.-hist.

il était sûr dela trouver dans cette revue générale d’opinionistes!. » Il était bien permis à Ninigret, célèbre sachem indien, de repousser avec celte réplique méprisante l'offre que lui faisait Mayhew de prêcher à sa tribu : « Si mes sujets songeaient à se faire chrétiens, Ils ne pourraient dire quelle religion ils devraient prendre.? » Ce Mather, après une longue carrière d’orgueil et de cruauté, «exemple bien fait, d'après M. Bancroft, pour prouver combien l’égoïsme, sous forme de vanité et d’ambition, peut aveugler le

jugement et égarer la conscience, » ce Mather trahit à la fin la

fausseté de cette croyance humaine qu’il avait autrefois imposée avec de si terribles pénalités, il se jeta tête baissée dans cet abîme réservé à ceux qui prennent une aveugle confiance en euxmêmes pour la foi chrétienne : « il fut tenté de se faire athée et d'abandonner toute religion comme déception pure. »

Tels furent le commencement et la fin d’une des sectes les plus odieuses auxquelles l'Église anglicane, berceau de presque toutes les hérésies modernes, donna Jamais naissance, Ses fruits sont avoués par les cruels sectaires qui en ont suivi le développement. À l’ardente excitation prise pour de la sainteté, succéda un abandon général de tous les sentiments religieux, iusqu’à ce que Cotton Mather, répétant ce qu'on entendait partout en Angleterre, püt dire, en 1706 : « Il suffit d’être un peu au courant des choses, pour avouer qu’il y a une décadence générale et déplorable du christianisme parmi ses prédicateurs*?. » La monstrueuse illusion se découvritenfin. La première église anglicane de Boston, devint le premier teraple socinien * ; signes précurseurs de ce qui ‘allait arriver. «Le latitudinarisme continuait à à s'étendre, rapporte un historien des États-Unis; quelques-uns même penchaient vers le socinianisne, se cachant soigneusement à eux-mêmes qu’ils approchaient de l'abimef, » Il était depuis longtemps inutile de se faire illusion. « L’universilé de Boston est frt‘juentée par cinq cents étudiants environ chaque année. C’est un établissement unitairien, appartenant à l'Église de cette secte”, » « L'incrédulité a fait de rapides progrès dans la Nouvelle-Angleterre; et maintenant il n’y a pas la moitié de la population adulte qui pratique un culte religieux quelconque ou appartienne à une secte chrétienue*. » Le docteur Nichols re-

4 Ialkett, ch. xu, p. 281.

? Drake, vol. IE, ch. 1v, p. 82.

5 Bancroft, I, p. 766.

4 Gillies, Aist. collection, vol. UE, ch. u, p. 19. ® Wilberforce, ch. xn, p. #40.

6 Iildreth, vol, LE, ch. xx, p. 309.

TE. Bremer, Homes of the New World, vol, T, ch vu, p. 148, S New-York Churchman, vol. IX, n. 25.

connaît que l’incrédulité, presque universelle aujourd'hui dans cette partie de l'Amérique, est la suite nécessaire du puritanisme, « On se révolte contre une religion aussi sombre, aussi fanatique, et aussi repoussante, pour devenir universalisies, déistes ou athées... Les populations du Nord, en grande majorité, sont rationalistes', » Ceux même qui professent un reste de christianisme tout terrestre, ne s'élevent vers le ciel que pour en voiler l'éclat ; ils sont pour la plupart des unitairiens avoués ou cachés, blasphémant le Dieu incarné et ennemis de la croix du Christ. «Ils s’introduisent dans tous les villages, » nous assure-t-on*?. Un bien petit nombre de ministres (vingt-cinq peut-être) dans la Nouvelle. Angleterre, croient, de nos jours, aux doctrines de Nicéc! « Boston, dit un témoin très-capable d'en juger, est le quartier général de la cafarderie.. 1 y a de nombreux exemples d’une dissolution et d’une incrédulité de la pire espèce, alliées de la façon la plus pernicieuse avec de sévères pratiques religieuses et les dehors d’une remarquable bienséance®. » Un autre témoin reconnait en 1858, que « l’incrédulité de la jeune Amérique est le fruit du puritanisme de son enfance*. »

Il y a cependant des gens qui croient que la théologie de la Nouvelle-Angleterre fut un des produits les plus henreux de l'anglicanisme, et que « les Pères pèlerins » furent les bienfaiteurs de l'humanité,

Rien d'étonnant que les puritains aient exterminé les tribus indiennes du nord-est au lieu de les convertir. Le sauvage comprit et sut exprimer que des maîtres de religion, formant de pareils disciples et produisant de pareils fruits, devaient être également haïssables aux yeux du Grand-Esprit, comme aux leurs. Il apprit aussi, à ses dépens, que, malgré un désintéressement et un mépris affecté pour les biens terrestres, personne n’était plus avide et plus insatiable que les ministres’.

! Nichols, vol, I, ch. vi, p, 73.

2 First Annual Report of the Executive Committee of the American Unitarian Association, 1827 ; NV, aussi Church Advocate, vol. 1, p. 90; Colton’s Church and State in America, p. 59, Remarks on the moral and religious Character of the U -S., p. 51.

3 11. Martineau, Society in America, vol. I, ch. 1, p. 51.

4 The Life and Times of Aaron Burr, par S. Parton, ch. 1v, p, 63.

5 Ilest hon de remarquer que l'Amérique doit à la Grande-Bretagne le mormonisme aussi bien que le puritanisme : « C’est dans le protestantisme que nous devons chercher l'origine de la nouvelle foi, dit M, Burton, car son origine est anglaise, protestante et anti-catholique. » « La Grande-Bretagne fournit cinq fois plus d'adeptes à cette nouvelle forme de protestantisme que le reste du monde entier, le Danemark exceptf, » The City of the Saints, par Richard F, Burton, ch. 11, p. 5593 ch. 1x, p. 440 (1801).

8 Voir pour les preuves : Drake, lv. TT, ch, vi, p. 108; Div. EE, ch. v, p. 70. — Doc. Hist. New-York, vol AV, p. 398 et vol. HE, j. 1024,

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ch, v,p. 70. —

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