ÉTATS-UNIS
Dans la célèbre république, nous trouvons le dernier et le plus triste exemple du contraste qui partout a frappé nos yeux. Aussi remarquable par son schisme social que par son schisme religieux, sa prospérité sans égale est menacée par une corruption politique et morale plus rare encore. Dépassant en énergie toutes les autres aces, lorsqu'il s'agit de la recherche des biens matériels, on trouve ses peuples aveugles et impuissants dans les choses spirituelles. Le don de la foi divine, sans lequel l'homme n’est qu’un animal intelligent, ils l’ont perdu ou ne l'ont jamais possédé. De là, la faiblesse de l'élément surnaturel parmi les Américains ; leur religion oscille entre une incrédulité prétentieuse et un fanatisme sensuel, — entre l'impiété des masses, pour qui la religion n’est qu'un mot, et le dégradant individualisme de ceux qui, en petit nombre, ont repoussé la liberté chrétienne pour subir la servitude de prédicants à la parole mielleuse ou de fanatiques mercenaires. « Aux Etats- Unis, assure un évêque protestant, en septembre 1862, devant une assemblée générale de ses coreligionnaires à New-York, il y a moins de religion, avec plus de prétention, que dans aucune autre contrée faisant profession de christianisme". »
L'histoire des missions protestantes aux États-Unis est résumée dans ce mot d'un écrivain américain : « Le paganisme est presque éteint, parce que les païens sont presque anéantis. » Voilà pour les indigènes. Mais une pareille responsabilité doit remonter plus haut, Les causes qui produisirent ce désastre, agissaient déjà un sicele avant l'établissement de l'Union. La destruction de l’homme rouge, l'institution de l'esclavage, sont un legs de l'Angleterre. Des colons et des officiers anglais, les premiers, ont poussé les Indiens à des actes sanguinaires. Victimes de ces excitations, ils
Dr, M'Oroskey, cité dans le Times, octohre 16, 14x62
les ont poursuivis et détruits comme des bêtes fauves. I eût été cependant facile de s’en faire des amis ; lord Baltimore l'a prouvé dans le Maryland, Penn en Virginie et les Français partout.
Mais l'amitié du crédule sauvage eût “té fort importune à des hommes qui convoitaient ses terres et non pas son alliance. L'Indien comprit bientôt qu'il était condamné, et résolut, puisqu'on le traquait comme une bête sauvage, de mourir comme elle. I tomba, en déchirant avec les dents et les ongles le chasseur qui l'avait réduit aux abois. Aussi, racontait-il souvent avec une rare énergie de langage, les atrocités que le blane lui avait apprises à commettre. « Lorsque vous avez mis le pied pour la première fois « sur nos rivages, disaitun sachem indien de Long-island aux autocrités de New-York, vous n'aviez pas d'aliments, nous vous avons « donné nos fèves et notre blé, nous vous avons nourris avec des € poissons et des coquillages ; pour nous récompenser, aujourd'hui « vous nous égorgez, Les marchands que vos premiers navires ont « laissés sur nos côtes pour y trafiquer jusqu'à leur retour, nous les € aimions comme la prunelle de nos yeux : nous leur avions donné € nos filles pour épouses ; parmi ceux que vous avez massacrés, il y € avait des enfants de votre propre sang". » Le plus grand écrivain des Etats-Unis justifie l'argument de l'Indien, en montrant que puritains , calvinistes hollandais, épiscopaliens anglais, leur firent subir le mème sort. «La Nouvelle-Angleterre soutint ane guerre désastreuse d'extermination; les Hollandais étaient perpétuellement en guerre avec les Algonquins ; les lois du Maryland ont trait anx hostilités et aux massacres des Indiens qui s'étendaient jusqu'à Richmond. Penn vint sans armes et fit connaitre son intention d'éviter toute violence ; 11 était un messager de paix, et pas une goutte du sang des quakers ne [ut versée par les Indiens. » Ailleurs, le mème écrivain rapporte que les autorités françaises, qui avaient traité l'indigène en frère, « reçurent, pendant leur dernier voyage à travers le Canada e° sur les bords du Mississipi, des témoignages d’attachement passionné de la part des nombreuses tribus de peaux-rouges. »
Telle était l'influence des colons catholiques, à comme dans les autres pays. « Jusqu'à ce jour, fait observer le général Cass, l'époque de la domination française est la seule ère de bonheur dont se souviennent les Indiens. » Un chef chippewa, s'adressant, en 1826, à l'agent américain au Saut Sainte-Marie, s'exprimail en ces termes : € Lorsque les Français arrivèrent au pied de ces
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chutes, ils s'approchèrent et nous embrassèrent. Îls nous appelèrent leurs enfants et nous trouvämes en eux de véritables pères. Nous vivions en frères sous le même toit. Ils ne se moquaient
jamais de nos cérémonies et respectaient toujours les tombes de
nos morts. Sept générations d'hommes ont passé, et nous ne Pavons point oublié, [ls étaient justes, très-justes envers nous', » « Le Français, remarque M. Bancroft, avait gagné l'affection des sauvages.. et la conservait par l'influence religieuse; ce n’étaient plus des maîtres, mais bien plutôt des compagnons et des &mis. Mais des ennemis redeutables parurent, arrogants dans leurs prétentions, raillant ceux qu’ils supplantaient, chassant leurs prêtres catholiques, et introdu'sant le commerce du rhum, efficacement prohibé jusqu'alors*’. » Nous avions donc raison de le dire ; si les Français avaient conservé l'Amérique, ses tribus aborigènes auraient vécu pour adorer le Dieu des chrétiens; de même, s'ils n'avaient pas perdu l’Inde, le bouddhisme eût été vaineu par l'Évangile ; Ranke cet quelques autres font plus que l'insinuer.
La condition actuelle des Indiens de l'Amérique septentrionale est done le résultat inévitable et direct des procédés inaugurés il y a près de deux siècles, et constamment renouvelés par les prolestants anglais et hollandais, 11 y avait plus d'avantage pour les Anglais à les faire mourir qu'à les laisser vivre ; c'est pourquoi ils ont péri, ne laissant pas la moindre trace. « Toutes les tribus imdiennes qui habitaient autrefois le territoire de la Nouvelle-Anuleterre, affirme M. de Tocqueville, les Naragansets, les Mohicans, les Pequods, n'existent plus qu'à l'état de souvenir. Le Lenape, qui reçut Penn, il y a cent cinquante ans, sur les bords du Delaware, a disparu aujourd’hui. J'ai vu moi-même les derniers des lroquois; ils demandaient laumône!... Ces sauvages ne se sont pas simplement retirés ; ils ont été anéantis, » Faisant allusion à de tels faits, un ministre protestant déjà cité, qui avait demeuré chez les Delawares, fui amené à s'écrier : « Hélas! quel comple la nation anglaise n'aura-t-elle pas à rendre à la barre de la justice divine! »
Ce furent, nous l'avons dit, les Hollandais, les puritains de la Nouvelle-Angleterre et les royalistes anglais qui firent la guerre aux Indiens. est inutile de nous arrêter ax opérations des preiniers, mais nous dirons quelques mots des autres.
? Jameson, partie FE p. DER, ? Hancroft, IV, 79, 1 da Démocratie en Amérique, tome UE eh 40 pe Ho,