‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 101 sur 226 · MISSIONS DE L'ÉGLISE ANGLICANE · texte numérisé non relu

MISSIONS DE L'ÉGLISE ANGLICANE

L'histoire des missions anglicanes dans les colonies américaines aété écrite par le Révérend Ernest Hawkins, ministre très-respectable de l’Église établie. Elle offre peu d'incidents et ne nous arrètera pas longtemps. « L'Église d'Angleterre, d’après cet auteur, n’est pas riche en annales sur les missions. » Ses rapports ne nous permettent pas de croire que le changement de rlimat ait diminué sa stérilité, ou qu’elle ait rempli dans le nouveau monde une carrière plus féconde que dans l'ancien,

Les missionnaires cités plus particulièrement par M. Hawkins ont de commun, d’avoir tous abandonné l'Amérique après y être venu, En lisant son récit, deux conclusions se présentent : d’après la première, le clergé anglican aurait tort de condamner leur collègue d’avoir osé faire, par exemple, cette observation à « mylord de Londres : » « Quel est l’homme ayant une douzaine de chemises qui voudrait venir ici? » D'après la seconde, si M. Hawkins n'a pas réussi à faire une histoire, c’est qu’il manquait de matériaux. Il aurait pu toutefois augmenter indéfiniment le catalogue des ministres déserteurs, s’il n’avait cru le sien suffisamment rempli.

Un autre écrivain anglican, très-estimé pour son caractère et son talent, M. Anderson, s’est appliqué à produire un ouvrage beaucoup plus considérable sur le même sujet. Il conclut de ses recherches, qu'au dix-septième siècle « l'énergie vitale de tout le corps de l’Église anglicane diminuait rapidement dans toute la colonie sous les influences morbides qui l'oppressaient. » Il raconte aussi, d’après des Mémoires originaux, que la pire influence de toutes était celle du clergé, qu'il dépeint ainsi : @ Il y avait beaucoup de gens portant des habits noirs qui pouvaient bavarder dans une chaire, hurler dans une taverne, tirer de l'argent de leurs paroissiens, et par leurs mœurs dissolues détruire leur troupeau plutôt que le nourrir', »

Il est certaines régions décrites par les auteurs américains, prairies interminables qui s'étendent pendant bien des lieues le long des frontières du Mexique, et dans lesquelles l'œil ne découvre ni arbre, ni buisson, ni monticule pouvant servir de guides ou de points de repère, Cette immense plaine a le ciel pour limite, et tout

4 Historyof the colonial Church, par le rév. S, M. Anderson, vol. HE, ch. xiv, p. 452. — Au veste, le troupeau était digne des pasteurs : « écume de l'ancien comme du nou-

veau monde, ayant autant d'opinions que de têtes, cans religion ni vertus, et pou susceplibles d'en acquérir. » Hawkins, vol, HE, p, 247.

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être vivant, füt-il la moindre des créatures de Dieu, y serait aperçu avec transport. Là le malheureux voyageur erre sans but et presque sans espoir, repasse aujourd'hui dans le sentier qu'il a vainement suivi hier, et se rcirouve toujours au lieu d’où il est parti. Il se meut dans un cercle fatal qui va se rétrécissant toujours à mesure que ses forces s’épuisent et que le courage l'abandonne, jusqu’à cé qu’il tombe de désespoir sur cette terre, où il ne trouve aucun secours pour le conduire vers les demeures des hommes. En lisant les interminables volumes de M. Anderson, il semble que nous allions avoir le sort du malaeu‘eux voyageur. Mais il ne faut qu’un instant pour rompre le charme; en fermant son livre nous avons quitté le désert dans lequel il nous avait attiré, et que par les droits reconnus de priorité dans la découverte, il avait appelé « l'histoire de l’Église coloniale. »

On a remarqué que l’Église d'Angleterre, durant le dix-septième et le dix-huitième siècle, envoya, faute d’en trouver de meilleurs qui voulussent traverser la mer, des missionnaires malheureusement très-peu propres, par leur science et leur : "lité, à remplir leur office. Berkley, évêque protestant animé « *. généreuses mais impuissantes pour le bien-être des colon... .inéricaines, semble avoir compris que la conduite des missionnaires catholiques avait jusqu'alors donné à l'Église de Rome de grands avantages sur les Églises réformées. Il ne déplore pas seulement le fait, mais il indique ses résultats probables. « En Europe, dit-il, la religion protestante a, dans ces dernières années, perdu considérablement de terrain. » Et alors, regardant au delà des mers, il prévoit des événements encore plus tristes. « Les missionnaires espagnols dans l'Amérique du Sud, et les missionnaires français dans l'Amérique du Nord, font de tels progrès, que la religion romaine pourra, un jour, se répandre chez toutes les nations sauvages de ce continent!. » Nous avons vu que, dans l'Amérique du Sud, l'œuvre qu'il redoutait est accomplie, et si, dans l'Amérique du Nord, toutes les races sauvages ne furent pas converties, c’est grâce à l'Angleterre qui massacra les missionnaires et leur troupeau jusqu’à ce qu'elle ne leur laissàt personne à convertir.

Le principal théâtre des exploits de l’Église anglicane en Amérique s'étendit entre l'embouchure de l’Hudson et du Potomac. Les soldats et les marchands anglais déposèrent leurs armes et leurs liqueurs fortes au pied des Alléghanies et sur les bords des

lacs Érié et Michigan; mais les missionnaires anglais préférérent

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dépenser leurs salaires dans les villes maritimes, laissant le désert au sauvage et aux missionnaires venus de France. Le Massachusetts, le Maryland et la Virginie furent les champs principaux des entreprises anglaises. Avec quelques mots sur Boston, Baltimore et Richemond, nous aurons une idée de leurs opérations et de leurs effets sur les tribus aborigènes,

Il n’est pas un État del l’Union qui n'ait au moins un historien ; aucun d’eux ne diffère dans son apprécietion sur les procédés anglais. Leurs travaux ont été groupés en un seul ouvrage, dans la volumineuse histoire de M. Bancroft: sans négliger d’autres témoins anglais, il nous fournira lés faits que nous devons indiquer.

En commençant par le nord, et prenant l'époque la moins déshonorante de l’influence anglaise, lorsqu'Éliot, exilé d’ Angleterre, échappé de l'Église nationale, eut rassemblé un certain nombre d’ « Indiens suppliants » bientôt dispersés et anéantis, nous trouvons ce récit : « Le christianisme s'étend à peine parmi les Indiens du cap Cod, de Nantucket, et dans sept petits villages autour de Boston. Les Naragansetts, tribu puissante contenant au moins mille guerriers, conservent leur ancienne croyance ; et Philippe de Pokanoket à la tête de sept cents d’entre eux, se montre fier de professer la foi de ses ancètres!, » Tandis que quelques villages épars, faibles en nombre, sans vigueur, ayant accepté en apparence la religion de leurs maîtres, sont dépeints de cette façon par le même historien : « Les clans, dans les limites de l'établissement des Anglais, en particulier les villages indiens autour de Boston étaient énervés par les Anglais, qui les tenaient sous le joug. Dans leur grossier mélange des nouvelles institutions avec leurs superstitions anciennes, — dans leurs pâles imitations des manières civilisées, — dans leurs appels à la charité des Européens, ils ont éteint toute la dignité de lindépendance sauvage. Ils aspirent aux miettes qui tombent de la table des biauics. »

La position de ces convertis « forcés, » tristes dépendants d'une bonté avare, était si bien comprise en Angleterre, qu'un écrivain distingué de ce pays ne se fit pus scrupule d'en parler

sans oublier leurs pasteurs : « Les missionnaires se querellaient toujours avec leur troupeau, faisaient peu de convertis, et ne produisaient parmi eux aucun progrès réel. L’instruction des Indiens dans les écoles, au milieu des Européens établis dans les grandes villes, ne réussissait pas mieux... Ces élèves devenaient,

! Bancroft, I, p. 421.

au milieu de leurs frères nus et vivant de chasse les plus scélérats et les plus paresseux de la tribu indienne". »

Mais leur fin était proche. Peu après, Pokanaket, qui demandait seulement la permission de vivre, et « qui, dit-on, pleura en apprenant que le sang des hommes blancs avait été répandu, » se décida à une guerre qui ne pouvait augmenter les souffrances des Indiens. Enfin les derniers restes des tribus appartenant à la Nouvelle-Angleterre allaient trouver leur perte. « Bientôt les ca-

banes indiennes furent la proie des flammes. Ainsi s’évanouirent les humbles gloires des Naragansetts : les provisions d'hiver de la tribu, leurs paniers habilement tressés, remplis de grains, leurs célèbres filets de wampum, leurs wigwams tapissés de nattes U Le) ?

— tout le léger confort de la vie sauvage fut consumé. De

8 8 plus, — leurs vieillards, leurs femmes, leurs jeunes enfants, périrent brülés par centaines*. » « Leurs rapports avec la ciilisation, ajoute l'historien, furent pour eux ur. malheur. Le > A] ; P premier navire qui toucha leurs rivages vint enlever les hommes de leur race, enfants devenus sans défense. » Le fils unique de Philippe, « chéri comme le futur sachem de leurs tribus, le dernier de la famille Massasoit, fut vendu pour travailler comme esclave sous le soleil des Bermudes5! » Voilà les hauts faits des Anglais en Amérique.

Nous n'avons pas encore une idée exacte de la cruauté pa- Ï tiente avec laquelle l'Angleterre déracina le christianisme dans toutes les parties de ce continent où s'étendait son pouvoir. Dans la Floride, comme l’observe un écrivain français, « le zèle ardent de plusieurs générations de martyrs, » Jésuites, Dominicains 5 JT Ù ' Franciscains, « avait reçu sa récompense, et les indigènes embrassèrent le christianisme Des villages et des néophytes se groupaient autour des postes espagnols. » A la fin, les Anglais arrivèrent de la Caroline. En 1705, la vallée de l'Appolachicola fut ravagée par un corps d'armée composé de lâches fanatiques, les villes indiennes furent détruites, les missionnaires massacrés, et les enfants des ? ,

forêts vendus et envoyés comme esclaves dans les Indes occidentales anglaises *. Mais l’œuvre de destruction n’était pas encore complète. Soixante ans plus tard, par le traité de Paris de 1763, ia loride fut cédée par l'Espagne à l'Angleterre. « Ce fut le coup t Floride fut cédée par l'Espag l'Angleterre. « Ce fut le coup de

! Edinburgh Review, vol. NU, p. 444.

3 Bancroft, I, p. 427.

3 Jbid., p. 450.

%The Catholic Church in the United States, par ch. 1, p. 15,

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grâce des missions. Les Indiens furent chassés des terres qu’ils cultivaient depuis des années, et privés de l’église qu’ils avaient élevée de leurs mains. Tout fut donné par le gouverneur à l'Église anglicane nouvellement établie. Au bout de dix ans il ne restait pas un Indien près de la ville. »

À partir de ce moment, les indigènes de la Floride prirent le nom de Séminoles ou de Nomades ; étant privés de guides et d’instruction, ils perdirent graduellement leur foi, et conservèrent une haine implacable contre la race qu’ leur avait enlevé leurs biens et leur religion. Quand le général Jackson essaya de les déporter au delà du Mississipi, « les Séminoles, si doux sous le régime paternel des Franuiscains, étaient devenus ingouvernables. » « La guerre de Floride, » coûta aux États-Unis vingt mille hommes et quarante millions de dollars, dura sept ans et « ne produisit aucun résultat. » « Les Séminoles présentent un contrast frappant entre les fruits obtenus par le gouvernement catliolique d’Espagne et le gouvernement protestant d'Angleterre. L’un fit des sauvages une race chrétienne, tranquille, rangée ct industrieuse, vivant en paix auprès des Espagnols ; l’autre replongea les mêmes races dans la barbarie et le paganisme, et en fit un fléau redoutable pour ses propres colonies‘. »

Au Maryland, il ÿ avait une colonie catholique, sous un chef catholique. « En six mois, relate M. Bancroft, cette colonie avait gagné plus que la Virginie en autant d'années... Mais les institutions du Maryland étaient remarquables. Tous les autres pays dans le monde ont des lois pour persécuter ; — moi, je ne tourmenterai personne pour cause de religion, ni par moi-même, ni par les autres, directement ou indirectement, faisant profession de croire en Jésus-Christ. » Tel avait été le serment du gouverneur du Maryland. Sous les douces institutions et la munilicence de lord Baltimore, l’aride désert s’anima bientôt de toute la vie active d'établissements prospères. Les catholiques opprimés par l'Angleterre étaient sûrs de trouver un asile dans les ports tranquilles de Chesapeake; ” 4ssi, les protestants étaient protégés contre l’intolérance protestante. Tels étaient les heureux auspices sous lesquels vivait la province du Maryland... Son histoire est celle de la bienveillance, de la gratitude et de la tolérance?. »

Fenimore Cooper et une multitude d’écrivains américains ont

! Catholic Missions among the Indian Tribes of the United States, par Jolin Guilmary Shea, ch, nt, p. 75, Une multitud: de traits semblables seront trouvés dns ect ouvrage,

? Bancroit, F, p. 188.

remarqué les relations établies promptement entre les catholiques du Maryland c! les tribus indiennes. « Ils payent largement les naturels pour leurs terres, observe un protestant anglais, et leur générosité gagne les cœurs des Indiens, leurs nouveaux amis, »

«Le bonheur de la colonie était enviable; le persécuté et le malheureux accouraient sur les domaines de ce prince bienveillant. Si lord Baltimore était, dans un sens, un monarque, sa monarchie était supportable pour l'exilé qui cherchait la liberté et le repos, De nombreux vaisseaux trouvaient de l'emploi dans ses ports, des émigrés arrivaient de tous pays, et la législature coloniale étendait ses sympathies à toutes les nations comme à toutes les sectes. De la France vinrent les Huguenots ; de l'Allemagne, de la Hollande, de la Suède, de la Finlande, les enfants du malheur cherchaient une protection sous le sceptre tolérant du catholique romain. La Bohème elle-même, ce pays de Jerôme et de Iluss, y envoya ses fils qui furent immédiatement faits citoyens du Maryland? .D

Tel fut le Maryland catholique. Lord Baltimore mourut, et «immédiatement, l'influence puissante de l'archevêque de Cantorbéry fut invoquée hour assurer l'établissement de l'Église angliane. Les prélats demandèrent non la liberté, mais le privilège, Ils voulurent un établissement entretenu aux frais communs de la province. Le ministère anglais ordonna qu'au Maryland, les emplois publics ne fussent confiés qu'aux protestants. Les catholiques romains perdirent leurs franchises dans la province qu'ils avaient créée ®. »

« IL ost curieux, remarque le professeur Walters de Philadelphie, de voir à cet époque les puritains persécuter leurs frères protestants dans la Nouvelle-Angleterre, les Épiscopaux exercer la même sevérité envers les puritains en Virgi ie, et les catholiques contre lesquels tous étaient liguës, former au Maryland un sanctuaire où tout le monde pouvait pratiquer son culte, où personne n'était opprimé, où même les protestants pouvaient trouver un refuge contre l'intolérance protestante. Cependant ces mêmes hommes, avec une ingratitude plus odieuse encore que leur injustice, concurent le projet d’abroger le culte catholique et le système de tolérance qui leur avait permis de tramer sa ruine *. »

M. Baird, ministre américain, fait la peinture des membres du

! Buckingham, Americe, vol, EL, eh, xx, p. 588. # Bancroft, L, p. 25.

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clergé anglican envoyés au Maryland pour supplanter les missionpaires catholiques. Beaucoup d’entre eux étaient signalés « comme coupables de crimes infamants*, » « Un grand nombre, de l’aveu de l’évêque protestant de Londres au célèbre docteur Doddridge, ne peuvent obtenir d'ernploi chez eux et ne servent que par nécessité. D'autres veulent parir pour refaire leur fortune ou leur réputation*. » « Les bandits échappés à la justice, ajoute M. Ban-. croft, des hommes épuisés par l'intempérance et par la luxure (j'épargne au lecteur l'énumération des crimes dont j'ai le détail sous les yeux), s’imposèrent aux paroisses du Maryland’. » Pour procurer un « établissement » sur le modèle anglican à de pareils hommes ainsi dépeints par ceux qui les connaissaient le mieux, ei qui les envoyèrent malgré leur notoriété, la liberté religieuse fut supprimée et les catholiques furent asservis dans la colonie anglaise du Maryland. « Dans un pays ouvert par les catholiques aux protestants, les catholiques furent les seules victimes de l'intolérance anglicane*. »

Ce fait n’est pas une exception dans l'histoire de l’anglicanisme, les historiens l'ont observé, il s’est reproduit en Irlande, Là, selon les expressions d’Edmond Spenser, les ministres anglicans qui supplantèrent les pasteurs de la foi ancienne « étaient géntralement mauvais, licencieux et adonnés au désordre ; » « des hommes de rien, aussi immoraux qu'ils étaient illettrés, ajoute M. Bancroft5, » Enfa, d'après M. Buckingham qui visita, il y a vingt ans, l'Amérique et qui rend les mêmes témoignages, « lorsque l'Église anglicane eut été constituée au Maryland, on interdit aux atholiques sous les peines les plus sévères tout acte extérieur de leur culte et même la profession d’enseigner®. »

ILest glorieux d'apprendre du même témoin, le résultat de cette lutte entre la cruelle bigoterie, jalouse de son pouvoir, ayant à son service des scélérats pour agents, et cette intarissable vie de foi, défiant l'injustice avec la barbarie, accomplissant dans la fai. blesse ce que ses ennemis conjurés ne peuvent obtenir dans leur orgneil et dans leur force. Nous avons vu, avec M. Bancroft, que « la persécution ne put déraciner la foi du cœur des colons. » Parmi toutes les communi ns religieuses qui se trouvent jusqu'à ce

{ Paird, Religion in the United-States of America, liv, KE, ch. xx, p. 210. ? Jbid , ch. xx, p. 211.

5 Jbid., ch. sn, p. 98.

+ lit, eh, p. DAT.

Lancroft, eh. 1v, p. 49.

ü Amerira, eh, xx, p. 9N7.

jour à Baltimore, « les catholiques romains viennent les premiers et surpassent de beaucoup en nombre et en zèle les autres sectes séparées, assure M. Buckingham... L'archevèque catholique avec ses prêtres, — qui desservent maintenant dix-ne … églises dans l'intérieur de la ville — sont instruits pieux et gens de mérite ; les sœurs de charité comptent parmi elles des femmes intelligentes et dévouées ; elles ont un pensionnat pour l'éducation de la jeunesse catholique — il y en a aujourd’hui sept et six cotléges. — Les catholiques conserveut non-seulement la supériorité par leur nombre et par leur influence, mais leur position progresse et s'affermit!. »

Il nous reste à parler de la Virginie, domaine spécial de l’anglicanisme, aussi longtemps que la Virsinie fut anglaise. Son histoire offre peut-être matière à plus de reproches pour ses premiers maîtres que celle de tout autre État de l’Union.

La conduite du clergé anglican dans la Virginie, même jusque dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, paraît surpasser tout ce que nous offrent les annales des missions de l’Église anglicane, et lsisserait là Nouvelle-Zélande dans l'ombre. Sir William Berkley, gouverneur de la Virginie, avait coutume de demander avec une curiosité assez légitime : « Pourquoi nous envoie-t-on ce qu'il ya de pire?»

« En Virginie, quelques missionnaires, faibles d’esprit et de morale douteuse, fanatiques prodigieux, envoyés par l'Angleterre, songèrent, par pure cupidité, à accaparer le monopole des gains ecclésiastiques. La couronne favorisait la Société Évangélique pour les pays étrangers *. » Sous le patronage de cette société, « les bénélices furent occupés par des m'nistres ordonnés en Angleterre, anglais de naissance pour la plupart, trop souvent mal élevés et licencieux. A la tête de leurs églises, leur inconduite ne tarda pas à se faire jour’. » Le peuple de Virginie les aurait endurés, si les crimes de ce clergé n'avaient pas outrepassé certaines mesures ; mais leur énormité eut pour effet d'ensevelir sous le mépris la secte épiscopalienne. « L'Église épiscopale en Virginie, assure le docteur Reed, devint paresseuse et impure, au delà de ses privilèges excessifs, de manière à se faire mépriser du peuple*. » « Faute de ministres convenables, les réformés deviennent tellement grossiers, qu’ils paraissaient tourner au paganisme plutôt que de con-

America, ch. xx, p. 581.

# Bancroft, II, p. 769.

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HI, p. 100.

vertir les autres à la foi chrétienne‘. » Cet état de choses dura environ deux siècles. Entre 1722 et le commencement du dixneuvième siècle, fait observer le docteur Samuel Wilberforce, « au lieu de se multiplier sur une étendue de cent milles de long sur cinquante de large, toutes les églises et chapelles de cette contrée furent délaissées, — triste effet de l'influence mortelle qui avait pesé sur cette Église. » « L'absence de dotation, ajoute-t-il avec une naïveté remarquable, porte atteinte à son caractère et à son importance morale?, »

Cependant, à ce moment même, des hommes animés d’autres pensées, apôtres et bientôt martyrs, accompagnés de la faim et de a pauvreté, s'inquiétant peu de « l’absence de dotation, » parcouraient les rivages du Lac Supérieur, les rives du Mohawk et les vallées du Mississipi, montraient aux sauvages étonnés ce qu'était la religion de saint Paul, et comment un homme élevé à son école savait vivre et mourir.

Les missionnaires anglicans en Amérique paraissent avoir reçu des leçons différentes en suivant une méthode particulière à leur usage. Le 18 mai 1725, rapporte un annaliste américain, un officier anglais tuait un pauvre Indien inoffensif que le chapelain militaire, le‘réverend Jonathan Frye, était en train de scalper. Le iverend M, Frye fut à son tour tué, le jour même, par la tribu de l'homme assassiné, apres une bataille qui fut le grand évènement de l'époque et qui était rappelé dans un chant populaire « très en usage dans la Nouvelle-Angleterre. »

« Les Anglais, pour acquérir les terres des indigènes, les chassèrent le plus loin qu'ils purent, au dehors de leurs établissements, sans plus y songer; tandis que les Français usaient de tous les moyens en leur pouvoir pour faire alliance avec eux, conserver leur affection, les engager à vivre avec eux et à construire leurs villes aussi près qu'ils pourraient des établissements français®. »

M. Howison, historien de la Virginie, après avoir rapporté plusieurs exemples de généreuse confiance et d’hospitalité touchante

A Petition e ahibited to the High Court of Parliament, par William Castell,

è à: Qh vin, p. 276, ch. x, p. 456. — Le docteur Wilberforce sympathise sans doute avec ce présage très-autorisé : « L'Église d'Angleterre privée de ses revenus deviendrait simplement une secte épiscopale; il n’est pas impossible qu’elle ne devienne avec le temps tout à fait is Alone » The Times, 51 octobre 1862. « L'Église épiscopalienne, remarque un Américain en 1864, n’est nulle part l'Église des pauvres; elle n'a pas de prie sur la classe ouvrière. » Docteur Nichols, Forty years of American Life, vol, L, ch, xxvir, p. 570,

ÿ An Taquir y into the causes of the alienation of the Daewere and Shawanese ludians, éevite en Pennsylvanie, p. 48 (1759).

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