‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 102 sur 226 · ER · texte numérisé non relu

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avec laquelle les Indiens recevaient d'abord les colons anglais, relate le fait suivant : Un pauvre naturel avait dérobé une coupe en argent, dont, sans doute, il ignorait la valeur; « pour ce crime énorme, les Anglais mirent le feu à la ville, et détruisirent les moissons encore sur terre. L'infortuné sauvage eût-il enlevé le fils unique du plus fier colon, la vengeance aurait-elle été plus furieuse? Une parcilie conduite devait produire la haine profonde des aborigènes à l'égard des envahisseurs de leur sol, et combler la mesure d’infamie qu'ils porteraient aux pieds de l’éternelle justice‘. » Toute cette histoire, dit-il, « est un sombre souvenir d’injustices souffertes et d'insultes non vengées*?. »

Aucune espèce d’infortune ne pouvait toucher l'insatiable avarice ou la cruelle bigoterie des colons anglais. L'houoraire, par exemple, de leur clergé pour un sermon de funérailles était « de quatre cents livres de tabac, » nous apprend M. Hildreth. Pour une autorisation de mariage, deux cents livres de ce même produit. Il était naturel que de pareils hommes en vinsent aux coups, pour obtenir ce que M. Hawkins appelle « le payement de leurs honoraires. » En 1643, «il fui défendu aux ministres de prêcher ou d'enseigner publiquement ou en particulier, à moins de se conformer aux constitutions de l’Église d'Angleterre ; les non-conformistes furent bannis de la colonie. » « Le gouvernement de Virginie! avait une plus grande peur des dissidents que des Espagnols5. »

Cependant l’Église anglicane, avec « ses hommes mal élevés et licencieux, » était tellement incapable d’accomplir des fonctions violemment usurpées, qu’il y avait très-peu de ministres sensibles à la prime d'engagement pour leur importation. Saint Paul avait dit: « La charité de Jésus-Christ me presse, » le clergé anglican est seulement sensible « à la prime d'engagement. » « L'Église épiscopale d'Angleterre devint la religion de l'Etat; et quoiqu'il n’y eût pas de ministres dans la cinquième partie des paroisses, la loi demanda une stricte conlormité, et exigea de chacun une contribution pour l'Église anglicane.. Le non-conformistes ne purent enseigner, même en particulier, sous peine de bannissement ;

aucun lecteur ne put exposer le catéchisme ou les Ecritures. L'in-

1 History of Virginia, eh. 1, p. 57.

2 Ibid., ch. v, p. 260. —En 1763, «une compagnie de presbytériens » massaera une bande d’Indiens de Conestoga, bien qu'ils fussent descendants de ceux qui avaient recu Penn avec tant d’hospitalité, et cela, sans la moin :re provocation, Events in Indian History, ch, xxr, p. 492 (18%2), Cf. Heckewelder's Norrative,

8 Barcroft, I, p. 1028,

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traitable sévérité des lois de la reine Élisabeth était remise en vigueur contre les quakers. L'absence de l’église était passible de vingt livres sterling!. » « Pas plus tard qu’en 1748, le révérend docteur Rogers, de New-York, fut chassé de Virginie par les tribunaux de cette province, pour avoir prêché à quelques presbytériens qui l'avaient invité à se rendre à la campagne dans cette intention?. » D'après M. Howison, « la Virginie est le terrain spécial pour ceux qui désirent étudier l'intolérance américaine 5. »

Les gouverneurs de la Virginie étaient dignes de son clergé; M. Bancroft et Howison nous les font connaître. Ces deux autoriiés continuèrent à représenter avec une égale dignité la couronne ct l'Église d'Angleterre, jusqu’à ce que les colons, fatigués de la cruauté des uns et de l’immoralité des autres, eussent donné le signal de cetie révolution d’où sortit l’Union américaine. Comme répresailles, il convenait à la Virginie, connue pour son royalisme, de secouer la première le joug devenu intolérable de la bigoterie, de l'injustice, de la cupidité anglaise. L'historien national peut trèsbien s'écrier avec une honnête exaltation : « Virginie, fais résonner la cloche d'alarme, — Virginie, donne le signal à notre continent‘! »

IL est à noter que la seule oppositio:s faite à la révolution américaine vint du clerzé épiscopalien, dans la crainte de perdre ses revenus etses privilèges ; il combattit jusqu’à la fin contre les libertés de ses ouailles. « La rébellion actuelle, disait en 1776, le docteur Inglis de New-York, est certainement une des moins justifiées, des moins provoquées et des moins naturelles qui aient jamais déshonoré aucune contrée. » Puis il s'aventurait à prédire : « Je ne doute nullement, avec les bénédictions de la Providence, du succès des armes de Sa Majesté pour arrêter cette rébellion si peu naturelle”. »

Au milieu des sombres annales de l'Amérique anglaise, un nom ou deux se distinguent de ces aventuriers dont les méfaits ont empêché la conversion de mille tribus et perdu la moitié d’un continent pour la couronne d'Angleterre. Eliot et Brainerd ont protesté contre l'oppression anglaise ; ils paraissent avoir été animés d’un

4 Bancroft, 1, p. 497.

? Dwight, Travels in New England, vol. IX, p. 241.

5 Ch, vu, p. #31. — A l'heure actuelle, partout l'Angleterre poursuit la même politique, lorsqu'elle le peut en liberté. « Dans l’île du Prince-Edouard, la religion établie est l’anglicane, quoique ses partisans soient le très-pelit nombre. » Bouchette, British Dominions, vol. EE, ch. 1x, p 178.

4 Bancroft, IV, p 196.

$ Doc. hist. of New-York, vol. II, p. 1059, 1064.

désir sincère pour le changement des idolàtres, et avoir fait des efforts pour le procurer. En supposant leurs bonnes intentions sincères, ils méritent notre sympathie et notre respect. Malgré tous leurs efforts, il est très-douteux qu’ils aient fait la moindre impression sur les consciences païennes.

Les résultats des missions protestantes furent ici les mêmes que partout ; si bien qu’un écrivain américain avoua, en 1792, « qu'on ne vit jamais un exemple d’un Indien abandonnant ses habitudes et ses mœurs sauvages sous l'influence du protestantisme. » Puis il citait le cas du révérend Samuel Kirkland, « qui se donna autant de peine qu’il est possible ; mais tout son troupeau est encore indien!! » M. Kirkland lui-même déclarait à sir William Johnson : « En général, ils ne me traitent pas avec plus de respect qu’ils n’en montrent pour un chien?. »

Ces mêmes Indiens cependant s’attachèrent à d’autres missionnaires avec tant d'amour et de respect, qu'ils exposaient volontairement leur vie pour les sauver, et ils déployaient une telle délicatesse à leur égard, comme ils le font encore aujourd'hui, que selon le récit de l'un d’entre eux, « quand un Père s’agenouillait dans leurs tentes pour réciter son office, non-seulement ils suspendaient toute occupation, mais ils osaient à peine se mouvoir ou respirer, de peur de l'interrompre®. »

Plus récemment, les quakers, malgré leur tempérance et leur humanité, réussirent aussi peu que les autres ; M. Bancroft nous l'assure en parlant des efforts tentés sur la tribu des Delawares. En 1822, M. Morse, parlant de la même tribu, qui paraissait digne d’un meilleur sort, nous dit : « Ils sont plus opposés à l Évangile et aux blancs qu'aucun autre Indien avec qui j'ai eu des rapports. » Mème histoire qu'en Chine, à Ceylan, en Afrique et partout ailleurs; plus les naturels se familiarisent avec les ministres protestants, plus leur haine pour le christianisme devient profonde. «Je ne puis nier, assure le docteur Timothy Dwight en 1825, que les essais opérés dans les temps modernes pour répandre l'influence de l'Évangile parmi les Indiens ont été, en grande partie, infructueux*, » Longtemps après, lorsqu'on demanda, dans une commission du parlement, à M. Elisha Bates les résultats obtenus sur les païens par la Société des amis, il fit cet aveu : « Je n'oscrais affirmer que nous leur ayons donné l'habitude de la prière; Je

1 Doc. hist.of New-York, vol. W, p. 1110.

* Joid.. vol. IV, p. 558.

3 Annales, tome HI, p. 508.

4 Travels in New-England, vol. HT, p. 51.

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En 1861, un voyageur anglais relatait encore : « Faire des Européens avec les Indiens ne paraît pas plus à espérer que de christianiser les Hindous. Les missionnaires protestants vivent ordinairement à l'ombre de différentes agences... Je ne crois pas qu'un seul Indien de la plaine devienne jamais chrétien*. » Enfin, une société anglaise, qui a peut-être contribué plus qu'aucune autre pour faire du christianisme un objet de dérision, en le privant de toute vérité et en lui ôtant toute dignité, confesse que son insuccès s'applique également à toutes les tribus : « Cherokees, Choctaws, Pawnees, Orégons, Sioux et autres. » Ensuitc elle explique, pour l'instruction de ses souscripteurs, la cause de sa mésaventure. Le directeur leur déclare avec une assurance imperturbable : « L’opposition des papisti:3% » a seule entravé les succès des missions protestantes, — les ‘ouscript:irs ne se permettent pas d’en douter.

PROCÉDÉS A%ŸËRICAINS.

Quand l'union d’États nombreux se fut formé par la patiente valeur d’une génération qui refusa d'accepter la destinée du Canada ou de l’Irlande, mais qui ne laissa aucun héritier de son génie ou de son patriotisme, deux races d'hommes infortunés demandaient aux enfants de ja nouvelle république la part la plus humble que la misère consente à implorer ou que la charité ne refuse jamais : le droit de travailler et de vivre; elles le demandèrent en vain. On refusa dès le commencement, et l’on refuse encore partout où les principes protestants dominent, aux Indiens et aux nègres victimes de la cupidité et de la violence anglo-saxonne, la plus petite poriici: des droits que leurs dominateurs ont conquis pour euxmêmes. Suivons leur destinée dans ce paradis de liberté et d’indépendance, et voyons ce que l'Amérique chrétienne a fait pour améliorer leur sort. Un mot d'abord sur les Indiens.

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