CHAPITRE XI RÉSUMÉ
Lorsque Notre-Scigneur voulut apprendre à ses disciples comment discerner, dans le cours des âges, les faux apôtres d’avec les vrais, il leur donna cette règle : À leurs fruits, vous les reconnaîtrez. Les missionnaires catholiques et les missionnaires protestants, sur tous les points du globe, les missionnaires moscovites pour l'Europe et l'Asie septentrionales ont été soumis à cette épreuve ; nous allons en réunir les conclusions,
Divers prétendants au titre d’ambassadeurs de Dieu chez les nations idolâtres ont comparn devant nous. Frères quant à l’extérieur, et alliés dans l'ordre de la nature, nous les avons vus différer sous d'autres rapports, au point de faire croire qu'ils appartiennent à des races complétement distinctes.
Tout en eux est contraste : foi el travaux, action et motif, vie et mort. Les uns, modèles de sainteté, de prudence, d'héroisme, ont parcouru la terre comme des langues de feu, communiquant la flamme aux branches desséchées, réveillant l’endormi, subjuguant le farouche et faisant plier le fort ; les autres, souvent immoraux et offrant tout au plus, dans leurs qualités les plus hautes, des modèles de vertus domestiques , ont amené les païens à douter s'ils professaient une religion. Ils sont pourtant les enfants d’un même Père, sujets aux mêmes infirmités, et doués, au début de la carrière, des mêmes dons naturels. Malgré cette communauté de nature et d'origine, les uns deviennent apôtres et martyrs, les autres touristes où marchands.
D'où vient ce contraste? Quel est ce don mystérieux départi ou refusé? Rien autre que l'élection de Celui dont tous se glorilient d’être les serviteurs, Aux premiers, il a dit: « Allez, enseignes
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RÉSUMÉ. 475 toutes les nations ; » des autres, il a déclaré : « Je ne les ai pas envoyés, cependant ils ont couru ; je ne leur ai pas park, cependant ils ont prophétisé‘, » Voilà l'explication du mystère, Considérons donc ce qu’est la vocation à l’apostolat, et quels en sont les fruits.
Au commencement du christianisme, il fut un homme, dont le titre d’apôtre ne fait doute pour personne, Au grand jour, au milieu de ses compagnons, la main de Dieu le frappa. Dès ce moment, aveuglé et terrassé, mais bientôt éclairé d'une lumière céleste, le persécuteur devint un apôtre. Quelles furent les marques de sa vocation ? Celui qui les connut le mieux, nous les a dites. « Bien que le dernier » dans l’ordre de l'élection, il pouvait fournir ces preuves : « Sont-ils ministres du Christ ? Je le suis plus qu'eux. J'ai enduré plus de travaux, plus d'emprisonnements, plus de tourments, plus de périls. Cinq fois,
J'ai reçu des Juifs trente-neuf coups de fouet. J'ai été trois fois
battu de verges; j'ai été lapidé une fois...; » et cet homme, — déjà huit fois flagellé jusqu'au sang; toujours emprisonné ; chassé d’Antioche; cruellement assailli à Iconium ; descendu la nuit dans une corbeille le long des murs de Damas, parce que les Juifs « gardaient les portes alin de le tuer ; » déchiré à coup de pierres à Lystre, et trainé hors de la ville par une populace en fureur, « pensant qu'il était mort ; » brutalement fouetté à Philippe où le geôlier lava ses reins ensanglantés ; échappant à peine vivant de Thessalonique ; torturé à Jérusalem ; de nouveau mis aux fers à Casarée ; toujours dans les périls, les veilles, les travaux, « la faim et la soif, les jeünes fréquents, le froid et la nudité; » et enfin, après de longues années de souffrances, devant avoir la tête tranchée par une épée païenne, — cet homme osait dire: « Que personne ne me trouble : je porte sur mon corps les marques du Seigneur Jésus. »
Tels sont, au jugement de Paul, les signes d’un apôtre. Travailler, souffrir, mourir ; « accomplir ce qui manque aux souffrances du Christ ; » se réjouir dans les peines et vaincre dans la mort: tels sont les fruits de sa vocation, Voilà pour quelle raison l’histoire de la prédication évangélique chez les idolàtres de tous les pays et de tous les siècles est un Martyrologe. Le chemin d’un véritable disciple, comme celui de son Maitre, est une voie sanglante. Partout, à ce signe, nous pouvons suivre la trace de ses pas. À Jérusalem comme à Rome, à Smyrne comme à Antioche, à Lyon, à Corinthe,
1 Jérémie, XXII, 21.
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476 LES MISSIONS CIRÉTIENNES.
à travers les fleuves de la Germanie, comme dans les plaines de la Pologne, dans les forèts de l’Hindostan, dans les villes de la Chine, sur les montagnes du Brésil et du Pérou, sur les bords glacés des lacs du Canada, — partout du sang. Xavier, de Britto, Sanz, Dufresse, Ortega, Baraza, Brebeuf, Lallemand et mille autres, que sont-ils sinon les héritiers de saint Paul, montrant la même vocation, acceptant les mêmes lourments et capables d'affirmer avec lui : « Sont-ils ministres du Ehrist? Je le suis plus qu'eux. »
Par la vertu de cette vocation, ces hommes et leurs semblables ont pratiqué « la justice, » et « conquis des royaumss. » Qui peut nous dire tout ce que cette destinée comprend ? Evidemment, si nous voulions essayer de décrire, ou seulement de concevoir un état si au-dessus du nôtre, -— être élevé à la sublime dignité de l’apostolat, -— nous devrions interroger les hommes de cette illustre Compagnie à laquelle ce sort glorieux esc échu. Ils nous apprennent comment le ministre de Jésus-Christ a recu, souvent dès sa première jeunesse, quelquefois même dès son enfance, la vocation au service immédiat du Roi des rois. Ce pre.‘er appel, nous disent-ils, n’est que le commencement de cette cusière surnaturelle réservée à l'élu. Le don de Dieu n'est pas stérile, :l est une source de force et de vie. Avec la vocation se confère, en son temps, tout ce qu’elle implique et suppose : mort à soi-même ct au monde, charité sans bornes, courage invincible. Ensuite arrive, dans un ordre harmonieux, l'esprit de sagesse, de conseil et de force, jusqu'à ce qu’enfin le messager choisi, docile aux inspirations de la grâce, et revêtu de l’armure complète des dons apostoliques, commence son œuvre. Dès ce moment il ne connait plus qu’en Dieu son père, sa mère, sa famille ; il peut dire avec saint Paul : « Désormais nous ne connaissons plus les hommes selon la chair ; » et avec le premier apôtre de la Chine: « Nous avons Dieu pour Père, tous les hommes pour frères, et le monde pour demeure, » Chargé d'offrir le Sacrifice d’expiation, la souffrance n’est pas l'objet de sa crainte, mais de son ardent désir ; et la mort, n'importe sous quelle forme, pourvu qu'elle soit le martyre, voilà le prix convoité, voilà la couronne à tous ses travaux, «J'ai sollicité cette grâce, toutes les fois que j'élevais le précieux sang au sacrilice de la Messe, » dit un de ceux dont nous avons cité le témoignage. « Mourir tous les jours, » est désormais la condition de sa vie ; il y consent, par la vertu de cette grâce intérieure, sans laquelle l'existence du missionnaire catholique serait impossible à la nature humaine.
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RÉSUMÉ. 477 mortel puisse atteindre ; en comparaison, celle des rois et des empereurs est sans dignité comme sans éclat. À Dicu seul appartient de choisir ses élus pour une carrière aussi surhumaine, parce que lui seul peut donner la sagesse et la force capables de la rendre possible à la nature déchue. « Malheur au prêtre qui viendrait dans ce pays sans être appelé de Dieu, s’écrie un des missionnaires de l'Inde. Il serait le plus infortuné des hommes, il causerait sa perte et celle de beaucoup d’autres!, » Mais s’il est vraiment appelé, il peut s'exposer au voyage, car la main de Dicu est sur lui; il peut aller n'importe où, elle le conduira. Ses pas doivent-ils être empreints sur les sables brülants de l'Inde ou sur les bords glacés des climats du Nord, ou sur les îles lointaines de la grande mer, sa mission est assurée, [lp eut réussir, ou paraître échoucr ; mais s’il triomphe, la gloire appartient à son Maître ; s'il succombe, sa mort lui acquerra une éternelle couronne. Voilà la vocation et la destinée d’un envoyé du Christ.
Si nous recherchons de qui les faux apôtres reçoivent leurs missions et sous quels auspices ils partent, un étrange constraste se révèle, Si nous interrogeuns ces hommes, ou si nous les considérons à l'œuvre, nous devons quitter le paradis des saintes pensées et des purs désirs, pour descendre dans les afieuses régions de la vanité, de la convoitise et du caprice. Ne leur parlez pas de la redoutable vocation apostolique qui dans leur esprit est une fiction. Les missionnaires protestants sont tellement loin de la reconnaître qu'ils seraient les premiers à la rejeter, les uns avec torreur, les autres avec un aveugle dédain. « La notion même d'un appel au ministère semble avoir disparu de la socièté anglaise ; » ses défenseurs l'admettent aujourd’hui?, « Notre clergé, reconnait un autre des leurs, « cessé d'exister comnie rang où comme ordre sacré 5, » Ne leur demandez pas qui les appelle ou qui les envoie? S'ils portent sur leurs membres, «les marques du Seigneur Jésus? » S'ils « restent vicrges en vue du royaume des cieux? » Avec une plaisanterie facile, où un sarcasme empreint de colère, ils se moqueront de vous; peut-être même décrieront-ils les dons que leurs pareils n’ont jamais possédés.
En sepiembre 1864, un pieux ministre anglican, afin d'expliquer le manque de candidats dont se plaint son Église, apprenait au monde qu'il fallait PatC'ibuer à l'insuffisance du salaire :
Annals.
? Saturday Review, À janvier 1860, 5 Laing, Notes of a Traveler, che xt, pe 455.