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V. Il serait inutile de retracer le contraste signalé par l'amiral de la Gravière et le capitaine Laplace entre les naturels des Philippines et ceux de Tahiti, de Wallis, de Rarotonga, de Futuna et de Hawaï ; entre des chrétiens heureux dans leur foi, voulant mourir pour sa défense, et des sauvages dépouillés même de leurs vertus naturelles, ayant en horreur une religion tout humaine imposée à prix d'or, rejetée avec dégoût quand on n’avait plus le pouvoir de les contrôler, Pourquoi comparer encore des hommes comme Medina, Sanvitores, Chevron, Bataillon, Chanel, Epalle, Grange et Bachelot, fous martyrs de fait ou de désir, avec des Cheever, des Bingham, des Henri, des Williams, des Lawry et des Bicknell, — commerçants et aventuriers, haïs par les barbares qu'ils oppressent comme par les marchands anglais et américains qui trouvent en eux des concurrents rusés? Qu’y a-t-il de commun entre les missionnaires dépeints par les mêmes autorités protestantes comme des « hommes instruits, de manières agréabies, exemplaires dans toutes leurs actions, » « qui étonnaient les naturels par leur ièle pour la cause du Christ, » et qui gagnaisnt une sympathie universelle au point d'amener un de leurs adversaires à nous faire cet aveu : « Je n’ai jamais rencontré un seul homme qui ne parlàt en termes respectueux des prêtres catholiques? » Qu'y a-t-il de commun, entre de tels hommes et ceux que nous dépeignent plus de vingt protestants, comme « des tyrans fanatiques, » « des fous intolérants, des hommes avilis par un intérêt sordide, » aveuglés « par une avide cupidité, » impudiques comme Lewis et ses compagnons, apostats comme Veeson et Broomhall, ou au moins n'ayant d'autre but que de « jouir de leurs fermes opulentes ? » Aussi « la moquerie, le sarcasme ou le blâme » étaient-ils inséparables de leurs noms dans toutes les sociétés protestantes. Leurs rivaux catholiques, au contraire, étaient tellement estimés, que « nulle comparaison n’était possible. »
Faut-il nous étonner si la différence dans les résultats obtenus par les missions catholiques et les missions protestantes aux îles de la mer Pacifique, correspond exactement à celle découverte par les auteurs protestants, entre ceux qui se disaient leurs guides ? Durant un quart de siècle, les îles de la Société furent exploitées par une armée de ministres. Tous les avantages temporels avec un énorme revenu, montant dès 1832 à cent mille livres (2,500,000 lr.), étaient de leur côté ; il n’y avait personne pour contester leur imfluence ou leur pouvoir.
Quels furent les fruits de leur long règne? Leurs associés et leurs défenseurs nous les ont fait connaître. En nous les montrant
enrichis aux dépens de leurs disciples, dont ils s’appropriaient les meilleures terres, et accaparaient l'humble commerce, — « tous étaient dans les affaires, » — les uns ont pris « le monopol: des bestiaux ; » d’autres trafiquent « en huile de noix de coco cu en arrarowrout. » D’autres, « grands spéculateurs en tabac, se livraient « avec lenrs peuples à des intrigues envieuses ct dégradantes, » au point d’exciter les plaintes de la Missionary Society de Londres. A leur départ, le seul héritage laissé à cette population autrefois heureuse consiste « en excès de débauche dignes des quartiers les plus perdus de Londres, » « les vices de la civilisation joints aux folies des sauvages. » Enfin ils furent chassés aux acclamations d’une population « dégradée et devenue maladive, » chez laquelle ils avaient » ajouté des plaies nouvelles aux maux qu'ils étaient venus guérir. « Les ministres étaient obligés de tenir leurs enfants loin de toui contact avec les naturels à cause de l'immoralité générale dont les plus affreux exemples avaient été donnés par des « missionnaires » protestants. Mais l’influence régénératrice de la France catholique fut si prompte, qu’en 1861, M. Tilley trouva parmi ,ces femmes autrelois éhontées de Tahiti des mères soigneuses et instruites, En 1863, M. Therry reconuaissait dans cette île, malgré tout cc qu'on avait fait pour la démoraliser et la dépeupler, « un peuple civilisé et prospère! »
Les îles Sandwich, depuis un demi-siècle environ, ont étéla proie des mêmes missionnaires, En vain, durant trente ans, ils s’efforcèrent de cacher leurs procédés et la condition réelle de leurs disciples, en décrivant, dans des rapports officiels adressés à des sociétés anglaises et américaines, « l’augmentation croissante de la piété parmi eux, » et « les triomphes signalés de la grâce divine. » Le voile fut enfin déchiré, et la fiction découverte, Plusieurs voyageurs révélèrent, l’un après l’autre, « une étonnante dépopulation, sans analogue dans l’histoire des peuples. » D'autres notèrent avec surprise la vie luxueuse et l’avidité des missionnaires, « cherchant avec ardeur les richesses, » malgré leurs amples salaires, « placés dans toutes espèces d'entreprises fructueuses, » « Leurs manigances financières » étaient devenues ‘1 {he ge ierale. « Ils abandonnent l’œuvre des missions, pour prendre des positions officielles, » et « réduisent les naturels à la pénurie la plus complète par leurs fraudes détestables. » S'il est juste d'admettre que de tels hommes soient un reproche et un scandale pour les pro astarts consciencieux, ils furent néanmoins, durant de longues années, les agents contidentiels de sociétés de missions, composées des principaux membres du clergé et de laïques influents. Ils
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Leurs employés, toutefois, n'ignoraient pas ces rapports ; nous l'avons vu par les récits multipliés de cette foule impartiale de voyageurs protestants, sympathiques aux missionnaires dont ils décrivatent la carrière. L'un, dès 1851, le capitaine Beechey, observa « le peu d'effet produit par leurs travaux. » En 1839, bien que le rapport officiel parlât seulement des « triomphes de la divine grâce, » nous apprenons du consul général anglais, que « l'anarchie morale régnait dans ce groupe. Les écoles étaient désertes, les ministres indigènes reniaient le christianisme, les monuments du culte étaient brûlés et les habitudes du paganisme en vigueur de nouveau. »
Peu après on entendit les naturels soi-disant protestants « chanter le soixante-quatrième psaume, pour apaiser la divinité païenne qui préside à leur volcan. » En 1840, ces chrétiens de nom sont reconnus « licencieux ne sachant pas même ce qu'est la vertu. » En 1843, « les plus grands excès se commettent dans le ressort des missionnaires, compris le roi etles chefs. » En 1851, la dégradation désespérante du peuple entier est attestée par un ministre protestant, « depuis la hutte de l’esclave jusqu’au palais du roi; » il cite les aveux particuliers de missionnaires ; « aucu naturel ne donne des preuves évidentes de christianisme. » En 1862, le consul anglais déclarait que le long règne du protestantisme n'avait produit « qu'une nation d'hypocrites. » « Il est impossible de conserver un peuple si complétement démoralisé, » ajoute un autre. L'habitué le plus assidu de l’église protestante le dimanche vendrait le lundi sa femme ou sa fille, déclare le journal officiel du gouvernement.
D'un autre côts, les disciples de ces missionnaires les abandonnent par milliers pour devenir catholiques, ils lavouent euxmêmes. Des autorités anglaises exprimaient leur admiration pour ces derniers et allaient jusqu’à reconnaître qu'ils étaient fortement prédisposés en leur faveur et racontaient comme un fait étonnant qu'ils résistaient jmsqu'à la mort à toute tentative pour les forcer d'apostasier. M Dana, commissionné par les sociétés protestantes pour visiter ét mur faire un rapport sur tous ces faits, décrit aussi les succès de. missionnaires catholiques, leurs églises remplies, et l'estime unierselle qu'ils » étaient nequise, auprès des protestants
490 LES MISSIONS CIHRÉTIENNES.
de toutes conditions. Les chefs, moins intègres que leur agent, supprimèrent ces passages de ce malencontreux rapport, comme « devant mal impressionner les protecteurs de la mission! »
VI. Que trouve-t-on dans l’histoire des missions africaines, sinon un contraste depuis la première page jusqu’à la dernière? Il faut être aveugle pour ne pas voir, d’un côté, Dieu avec ses dons; et de l’autre, l’homme seul, occupé à une œuvre qui échoue toujours et repandant la semence pour ne jamais récolter. Au Nord de l'Afrique les fils de saint François et de saint Dominique meurent avec joie par centaines, afin que, par leur sacrifice, la justice de Dieu se laisse un jour fléchir; depuis la mer jusqu’au pied de l'Atlas, une nation chrétienne domine, et la lumière commence à reparaître sur cette terre où ens ignât saint Augustin. A l’Orient, les ouvriers apostoliques affrontent les dangers et endurent les souffrances en Égypte, en Nubie, dans les montagnes de l'Abyssinie et sur les bords du Nile-Blanc. — Ils traversent Gondar et Kennar, Enarea et Saffa, ils osent pénétrer jusqu’à Darfour et jusqu'au Soudan lointain. Patients au milieu des épreuves, ils retournent aujourd’ hui au point d'où ils étaient chassés hier, livrant bataille au païen, au musulman, au monophysite. Ils croient les travaux de toute une vie amplement compensés s’ils peuvent gagner ici quelques centaines d'âmes, là quelques miiliers, prémices d’une plus riche moisson, et présage de plus grandes victoires.
Dans cette lutte de héros, trop souvent « victimes de l'austérité excessive de leur vie, » nous dit un auteur anglais, « ils laissent une mémoire vénérée même par les païens. » Voyons ce que deviennent des hommes appelés de Dieu à la dignité d apôtres, et dont le chant funèbre est chanté par le Nègre et par le Nubien, pénétrés d’admiration pour des vertus qu'ils jugent avec raison surhumaines et pour des sacrifices assez précieux pour attirer des bénédictions sur la race de Cham.
Parmi les missionnaires modernes, de Jacobis n’approche:t-il pas bien près de l'ancien type? Consacré sur le roc de Dhalac par un prélat proserit, il a conquis les hommages des savants et des touristes anglais, comme aussi des rois de Tigré et de Choa; il pénétra enfin jusqu’à Gondar en qualité de grand prétre et de délégué du vicaire du Christ. Pendant quinze ans, Massaja erra entre le golfe Arabique et les montagnes de l'Ethiopie, insensible à la douleur et à la privation, « affligé et cependant se réjouis-
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et possédant toutes choses, » voulant, d'après ses paroles, vivre ainsi jusqu’à la fin « pour planter la croix et allumer le feu évangélique » dans cette rude nation Gallas, dont les farouches tribus ont déjà donné cinq prêtres au service de Dieu et trois fois autant d'aspirants à l’état ecclésiastique. Maintenant, cette terre d'Afrique est pour ainsi dire prise d'assaut de tous les côtés à la fois par des Congrégatious religieuses qui se dévouent jusqu’à la mort à son évangélisation. ‘ Comparez cette histoire qui commence par saint François d'Assise, se poursuit par Massaja et Jacobis, et qui se continue par les Pères du Saint-Esprit, les Oblats de Marie Immaculée, les Missionnaires du Dahomey, avec ces annales de faiblesse et de honte, de dispute et d'impureté, qui caractérisent les récits des missions protestantes en Afrique. Nous avons appris, par les historiens protestants, la valeur personnelle de leurs coreligionnaires et leurs actions dans ces contrées, Au Maroc vous entendez parler non de martyrs ou de défenseurs, mais d’un ministre, distributeur de Bibles jetées au feu, et fugitif au milieu des huées populaires ; en Algérie, d'un autre dont les opérations étaient de même uature; à Tunis, de la mission Écossaise, « abandonnée depuis, » et de certains prétendus convertis, brièvement dépeints par le consul anglais comme « des misérables. » En Égypte, vous trouverez les Anglais livrés à leur œuvre ordinaire et se vengeant de leurs mésaventures religieuses par des intrigues pour empêcher la réconciliation de la nation Copte avec Ê Église catholique, contents de gâter dans tous les pays ce qu’ils n’imitent dans aucuns. is instruisent, au Caire, quelques Égyptiens et quelques Arabes, qui « reprennent en quittant l’école, » les habitudes et les principes que leur infructucuse éducation prétendait corriger. En Abyssinie, vous rencontrerez le docteur Gobat et le docteur Krapf se reposant aujourd’hui sur un autre théâtre. Le premier ne réussit pas à s’attirer la sympathie des Abyssins; ils refusaient de croire qu’il ne fut pas « musulman. » Le second a laissé comme souvenir ce prodigieux axiome qui eût étonné les disciples de saint Paul : « Un missionnaire non marié ne saurait prospérer. » Chacun d'eux fit un unique converti, dont lun « devint mahométan au Caire, » et l'autre fut « l’obstiné et l'incorrigible Wolda Gabriel. » Dans l'Ouest, où les fils de saint Ignace, avant d'être bannis, avaient gagné des nations entières qui aspirent encore, après trois quarts de siècle, à répéter des leçons qui ne sont pas encore ent‘èrement oubliées, M. Murray nous parie de « la mauvaise conduite flagrante » des premiers émissaires protestants, et de M. Horneman qui devint « marabout ou saint musulman hautement
respectable. » M. Moister dépeint le célèbre chapelain anglais qui ne fit pas un converti en cinquante ans, et qui, oublieux de la théologie d'Oxford, adora un fétiche en mourant. Un autre signale ses prosélytes comme «adhérents obstinés à leurs usages superstiticux tout en communiant dans l’Église anglicane; » « les | convertis montrent une uniformité de faiblesse vraiment déplorable. » « Leurs écoliers, » à l’aide de l'éducation « se perfectionnent dans la scélératesse, »
Les protégés des missionnaires élevés sous leurs yeux sont « invariablement menteurs, fourbes et vils. » « Les Cafres ont refusé l'Évangile » à l'exception d’un très-petit nombre « qui sont reconnus les plus pervers de leur tribu. » Les protestants Hottentots sont « notoirement les plus paresseux et les pires de leur nalion; » leurs prédicants adonnés à l’agriculture et au commerce de préférence aux ennuis des missions encourent en ces termes les reproches de M. Merriman : « J'en rencontre de cette sorte partout où je vais. » Des protestants, ne l'oublions pas, nous apprennent ces faits, difficiles à prouver sans leurs témoignages.
VIT. Dans le Levant, « où la protection Britannique se fait ouvertement sentir, » nous avons constaté la dépense énorme, parfaitement infructueuse, de ces agents dont « l’inutilité absolue ne peut être assez flétrie, » reconnaît l'amiral Slade, Nous avons été témoins de cette distribution intarissable de livres que personne ne lisait, et dont les distributeurs s'aperçurent un peu tard qu'il n’était permis à personne de les lire. Nous avons vu les missionnaires Américains faire la cour à leurs hôtes d'Athènes avec des paroles mielleuses, jusqu'à ce qu’ils cussent été chassés, « comme des hérésiarques sortis de l'enfer; » puis vengeant leur affront inattendu, ils représentent les Grecs qui les méprisent, comme « ne valant pas les romanistes, » Nous avons visité le collège de Malte muni d'ardents professeurs et d’ingénieux pensionnaires, spéculant avec succès sur les qualités connues de leurs bienfaiteurs Anglais, et recommençant toujours avec une entière assurance des artifices bien des fois pratiqués, mais jamais inutilement tentés, N'oublions pas ces hôtes les plus choisis, un Achilli, fascinant les crédules Anglais en leur faisant croire qu’il se « joindrait à notre Église, » et choisissant à la fin la secte de Swedenborg, lorsque la bienveillance des Anglais vint à décroître. Un Naudi instruisait une congrégation imaginaire de convertis prétendus, et reconnaissait la libéralité de la société Church Missionary par « des rapports annuels. » Bien des années après, mais trop tard, le docteur Wolff
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En Turquie, les missionnaires de l'autre côté de l'Atlantique, attirés en foule par « le confort et les agréments de la vie orientale, » célèbrent « la sublimité morale » des noces de missionnaires, mais n’essayent même pas « la moindre conversion sur d'autres que sur des chrétiens, » Nous avons été introduits auprès de quelques « convertis, » Arméniens rusés, « infidèles et radicaux, qui ne méritent pas la sympathie du public chrétien, » mais qui ne la demandent jamais en vain à des hommes manquant trop de disciples pour ne pas juger avec indulgence jcurs fragilités notoires, au point de mériter ce reproche du docteur Wolff : « Les pires, parmi les indigènes orientaux, sont les convertis au protestantisme. » En Syrie, « ils en sont venus aux mains les uns contre les autres, » se querellant en face des Turcs et des Grecs sur « la validité de leurs ministères respectifs. » Mais, « par suite des vnalheurs arrivés aux États-Unis, les écoles des missionnaires amériains en Syrie éprouvent un besoin urgent d’être secourues, écrit au Times un zélé protestant. Les contributions annuelles sont tellement diminuées que si on ne parvient à recueillir en Angleterre la somme de deux cents livres (5,000 fr.), ces écoles devront être entièrement abandonnées !, » A Jérusalem, les protestants de tout pays habitent des palais « pavés de marbre » ct enchérissent les uns sur les autres pour les catéchumènes hébreux qui ont appris à considérer le baptème chrétien comme « la seule bonne affaire en leur pouvoir. » Ils prennent la fuite au premier bruit de peste, et laissent les missionnaires catholiques mourir au milieu des malades qu'ils ont abandonnés. En Arménie, où les ministres américains alors opulents disposaient d’un revenu deux lois plus considérable que celui alloué par la grande république à son président, et montaient « des chevaux de race » dont un monarque eût envié la possession, « leurs dispendieux établissements ont pas fait un converti, » bien que la moitié de la hiérarchie arménienne ait accepté leurs pensions. Telle est l’histoire des missions protestantes dans le Levant, en Syrie, en Arménie. — Leurs plus chauds partisans les appellent « les missions inutiles de l'Orient. »
Les missionnaires catholiques, plus désireux d’endurer la pauvreté que leurs émules de s'assurer le luxe et l'aisance, travaillent depuis des siècles sur le même terrain; ils meurent sur les ga-
The Times, 20 août 18684 .
lères de Constantinople, ou frappés de la peste dans les villes de Syrie. — Répandant de tous côtés les bienfaits de l'éducation, depuis les bords du Bosphore jusqu’à l'embouchure de l'Euphrate, et depuis les côtes de la Palestine jusque sur les bords de la mer Caspienne, attirant des élèves « de Beyrouth, de Damas, de Perse et d’ Égypte, même de la Nubie et de l’Abyssinie, » « ils sauvent des milliors d’âmes, » nous apprend un auteur anglais. « Ils répandent des bienfaits en abondance, sans bruit et sans ostentation » partout où règnent les musulmans et souffrent les chrétiens; ils ont fait triompher la Croix et gagnent encore tous les jours une multitude de disciples dont « la libéralité et l'intelligence, la supériorité reconnue » et « l'élévation dans les rangs de la civilisation » sont attribuées à regret par les témoins les plus hostiles à leur réconciliation avec l'Église romaine, Déjà, « presque toute la Syrie, » toute la Chaldée, et la plus grande partie de l'Arménie ont accepté leurs messages ou annoncé leurs tendances à les accueillir, Les tribus orientales distinguent facilement entre les prophètes bavards et chicaniers des sectes, et les ambassadeurs de l’Église dont ils sc rapprochent chaque année davantage, Les Tures eux-mêmes, touchés par s'extrême bonté de ces anges secourables qui travaillent au milieu d’eux, condamnent par leurs instincts plus purs l’insatiable malice qui ose insulter les Sœurs de charité, en demandant « si elles ne sont pas descendues du ciel? »
VIIL. Au sujet des missions russes, à l'aide d’autorités moscovites et protestantes, nous savons ce qu’il faut penser de l'unité slave rêvée par les czars. Nous connaissons les popes par les révélations de l’un d’entre eux‘. Ces révélations s'appliquent également aux sommilés du clergé moscovite formées au couvent de Saint- Alexandre Newsky à Saint- Pétersbourg. Pendant le séjour qu'v fit Spéranski élève et professeur, avant de devenir le ministre tout-puissant d'Alexandre ["°, « parmi les professeurs, il y en avait un qui était souvent ivre, et, quand il ne l'était pas, il enseignait les doctrines de Voltaire et de Diderot ; les GENE passaient la nuit à jouer aux cartes, à boire, dans des orgies *
Établissement modèle, d'où sortent les hommes destinés à arte r
1 L'auteur du mémoire cité est le pope Belustin connu en fussie, Il est vrai que
l'empereur lui propose la place d'aumônier à Nice; mais il ne erut pas devoir l'a
cepter, il est resté en Russie, (Complément de la note 2, t. I, p. 197 des Missions
Chrétiennes.
TT: Meuse du comte Spéranshi, par M. le baron Modeste de Kortf, LH, p. 20 sp) 1
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se oc Korif, L, 1, p. 20
à la tête du clergé russe, à gouverner l'Église, à siéger au synode.
Plus tard on voit figurer à ce séminaire, réorganisé en partie par Spéranski, des Grecs-Unis qui avaient abjuré le catholicisme, un Allemand, nommé Fessler, d’abord capucin ; puis, ayant quitté le froc, il avait embrassé le protestantisme, s’était marié et avait été admis dans la secte des illuminés. Ce Fessler, qui est mort surintendant protestant à Saratof, fut pendant quelque temps professeur au séminaire de Saint-Alexandre Newsky. Avec de pareils éléments préparés de la sorte, la stérilité des missions russes auprès des païens, des bouddhistes et des mahométans de cet empire n’a rien d'invraisemblable. L'Église gréco-moscovite, comme son aînée l'Eglise de Byzance et ses émules, depuis leur séparation de Rome, ont cessé d’être apostoliques, leurs publicistes s’en plaignent. Si les popes obtiennent des convertis de parade, la mort, les mines de l’Ourale, la Sibérie ou le knout sont les meilleurs arguments. — Quatre-vingt-dix mille Polonais au moins, d’après les relevés officiels, ont été exilés en Sibérie pendant l’insurrection dernière ; quatre cents ont été pendus ou fusillés ; six cenis religieux viennent d'être arrachés pendant la même nuit à leurs monastères, et déportés.
Que penser de cette orthodoxie dérisoire qui aboutit au caprice d’un empereur! Le collège ecclésiastique le plus élevé, sous le nom de saint synode, où des Allemands ex-luthériens-renégats exercent la plus grande influence, lui « jure fidélité et obéissance, en reconnaissant qu’il est son juge suprême, » Le pope, privé de chef dans l'ordre spirituel, dépouillé de tout prestige, est devenu ce que son maître a voulu qu'il fût: « le plus humble des esclaves de l’aulocratie, un des agents inférieurs de la basse police. » Cet empire moscovite, cet épouvantail des nations timides, a beau répéter, depuis cent ans, qu'il est dans le monde « le représentant de l'ordre, » après avoir perdu tout sentiment d'honneur el de devoir, est à nos portes l'expression la plus complète de l'extrême Asie. On peut, en toute confiance, appliquer au culte gréco-russe cette réflexion du docteur Stanley : « La moralité et la religion se tiennent à dislance du christianisme oriental, »
IX. Dans l'Amérique du Sud, l'Église agissant d'abord sans en traves a montré son pouvoir; ces immenses contrées en ont tellement conservé l'empreinte, que les gouvernants jaloux, malgré une politique odieuse, ne sauraient l'effacer. Dans le Nord, les sectes, avec tous les appuis humains, ont dépeuplé des régions plus vastes que les empires de l'ancien monde. Mais pourquoi
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496 LES M'SSIONS CHRÉTIENNES.
comparer encore le ministère divin amenant des millions de sauvages au bercail du Christ, avec ces hommes qui ne savent qu’outrager les Indiens ou les Nègres, parce qu’ils sont d’une couleur différente. Comme souvenir et comme monument de leur passage, ils ont laissé un misérable reste de vie, jusqu’à ce qu’ils aient eu le temps de le détruire sur tout le continent où règne la race anglosaxonne!