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IL. il y a longtemps que, dans l'Inde, le docteur Middleton déplorait les « doctrines discordantes des missionnaires. » D: nos jours, M. Russell notait encore « l'étonnement des Asiatiques, » devant les implacables divisions des différentes sectes « prétendant toutes être de la même religion. » « Ils auraient bien meilleure opinion du christianisme, s’il n’y en avait pas autant d'espèces différentes, » nous dit M. Le Bas, d'après leurs observations unanimes. Il est une réflexion répandue chez les brahmines témoins des différentes religions anglaises, allemandes et américaines dans les cités du Bengale et de Madras, après avoir observé avec un certain plaisir leurs jalousies acariâtres et leurs rivalités ardentes : « Leurs prédicants feraient heaucoup mieux de s’entendre sur ce qu'est le christianisme, avant de prétendre l’enseigner aux autres. » L'homme de classe inférieure trouve dans ce prodige un motif de tourner l'Évangile en ridicule : « Beaucoup d'Hindous connaissant les différences entre chrétiens, demandent : à quelle secte voulez-vous me faire adhérer !? »
[1 IT. À Ceylan, « la variété des sectes conduit aux derniers embarras. » « Le naturel est complétement effrayé par la variété du choix. » Pouvons-nous le blâmer, s’il conclut que le christianisme est une imposture indigne d’une attention sérieuse, jusqu’à ce qu'il se soit trouvé en contact avec son ancienne forme? Déjà pratiquée avec fidélité par beaucoup de ses concitoyens, cette religion, semblable à Dieu, «est la même hier, aujourd’hui et à jamais ; » aussi un auteur Anglo-Cyngalais a-t-il raison de dire, en énumérant « la multitude de sectes et de schismes » : « l'Église «protestante n ‘a pas de chance en concurrence avec l’É glise r'omaine. » Il ne paraît pas cependant s'être demandé, comme les paiens plus judicieux que lui, pourquoi l'une est le vrai symbole de la confusion et du désordre, tandis que l'autre rèste étcrnellement invariable ?
IV. Les fruits amers du protestantisme dans la Nouvelle-Zélande nous sont décrits par le principal évêque protestant de cette colonie. « L'esprit de controverse a produit dans bien des cas l’entière exclusion de toute simplicité dans la foi. » « L'esprit du christianisme, assure un autre, est perdu dans sa forme, et la forme elle-même est devenue le sujet de disputes incessantes. » « Nous avons le terrible spectacle, ajoute un troisième ministre, d’un père
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et d'un fils, d’une mère et d’une fille se haïssant mortellement les uns les autres. » La considération de ces phénomènes foreait un chef zélandais à dire, en réponse aux ouvertures d’un missionnaire : « Lorsque vous serez d'accord entre vous sur la route la plus droite, je pourrai peut-être me décider à la prendre, » Un indigène dont l’expérience du christianisme protestant avait causé un prompt retour vers l’idolàtrie, se permettait cette raillerie : « Une ruche est bonne, mais beaucoup sont incommodes. »
V. Dans les îles de l'océan Pacifique, où « toutes les variétés de dissidences existent parmi les prédicants qui infligent la damnation à tous ceux dont l'opinion diffère de la leur, » le pauvre sauvage fait ordinairement cette réflexion : « Une secte succède à une autre. » Mais comme il est parfaitement indifférent à toutes, et ne leur accorde d'estime que suivant la richesse respective des ministres, les variétés de leur foi de caméléon n’ajoutent rien au mépris qu’il ressent pour la mondanité, la cupidité, l'injustice qui leur est commune.
VI. En Afrique, un évêque protestant et ses compagnons le déplorent : « Les troubles de l’Église abondent. » « Les stations des missions sont des établissements pour les pauvres, observe le docteur Livingstone; ils ne ressemblent pas à ces anciens monaslères qui se soutenaient eux-mêmes, pionniers de la civilisation et de l’agriculture, dont nous recueillons encore les bienfaits, » Un des résultats d’une « pareille variété de sectes chrétiennes » entretenant chacune des asiles pour de pauvres disciples qu’elles n'attireraient jamais autrement, ost « de faire adopter avec ardeur les convertis des sectes les unes par les autres, » au grand détriment, insinue-t-il, de leur progrès spirituel. Le presbytérien hottentot, quelles que soient ses fragilités, sait que l'établissement rival wesleyen lui est toujours ouvert; le baptiste déréglé est certain d’une bonne réception de Ja part des anglicans ; l'anglican réfractaire est embrassé avec joie par les congrégatioualistes américains; les Frères-Unis se disputent l’honneur de l'entretenir aux dépens de la Société rhénane des missions, Le Hottentot ne s’inquiétant que de son repas, se réjouit de la mulliplicité d'institutions où une nouvelle profession de ïoi apaisera du moins les angoisses de sa faim, et lui assurera peut-être le luxe d'un changement de régime. Il use de ces avantages sans la moindre reconnaissance ; « le logement ou la nourriture “sont-ils suspendus, 1 ne se fait pas scrupule de traiter son bienfaiteur
avec ingratitnde, et de l'accabler d'outrages. » Le sauvage de Afrique du Sud, grossier et ignorant comme il est, juge ses relations avec les différentes sectes protestantes exactement comme le Chinois ou l’Hindou le plus sagace. Ces hôtes rivaux, incapables de guérir ce qu’ils appellent leurs « divisions maudites, » tâchent inutilement de les cacher; comme cet archidiacre anglican qui proposait de faire le service en commun avec le prédicant wesleyen, pour empêcher les barbares de découvrir la discorde qu’il essaya de voiler par cet ingénieux stratagème.
VIE. En Syrie, les missionnaires protestants, destinés à ane guerre éternelle, « en sont venus aux collisions les uns contre les autres au milieu de ces anciennes Églises; » car telle est la volonté du maître qu'ils servent sans le savoir; il leur fait pete sa bannière dans tous les pays. « En Turquie, ils ne sont occupés qu'à susciter « d’horribles schismes, » déclare un évèqne protestant. Cet homme n’a cependant pas de censure pour le schisme qu'il s'évertue à établir lui-même jusqu'à ce qu’une coûteuse défaite le force à revenir. En Arménie, les Américains proposèrent de voiler le fait malencontreux de « leurs rivalités de sectes et d'intérêt, » en tenant les anglicans loin du champ de bataille : précaution parfaitement inutile, ces derniers n'ayant jamais songé à
y pénétrer. Un de leurs ministres la consicérait « comme aussi présomptueuse que ridicule. »
VIIL. Nous avons vu en Russie, que malgré les prétentions à l'unité religieuse, il y avait déjà, avant les trente dernières années, « seize millions de sujets russes qui ne professaient pas la religion
officielle. » Les Starovèrey (vieux croyants), au nombre de neuf
millions, d'après le docteur Stanley, « regardent l'Église établie comme une Babylone, et l’empereur comme le dragon infernal, Leurs convertis de la croyance officielle sont solennellement rebaptisés par eux. » Comme la religion de l'État et les popes qui l’administrent, sont profondément méprisés dans tout l'empire, les populations se font un culte à leur compte, où les superstitions entrent pour une large part. Dans la grande Russie où Moscovie, il y aurait même, sous le manteau gréco-russe, des donneurs rendus à l'esprit du mal.
Selon le docteur Latham, les populations des bords de la Baltique, qu'il a visitées, seraient les plus païennes de toutes les nations de l'Europe civilisée. Leur luthéranisme couvrirait une foule de pratiques idolâtriques. M. Kohl, dans son voyage en
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Courlande et en Livonie, a vu les habitants « offrir des sacrifices aux esprits de leurs ancêtres en mettant à leur usage de la nourriture dans leurs jardins, au pied des vieux chênes, ou à l’intérieur de leurs maisons. »
Mais dans toute la Moscovie, comme parmi les races touraniennes, le savant professeur Duchinski, de Kiew, qui a longtemps habité la grande Russie, démontre sans peine que l'esprit mauvais reçoit de la part des populations un véritable culte.
Ainsi, par exemple, la veille du jour où l’on doit habiter une maison neuve, la famille s’y réunit le soir en habits de fête, pour attendre l’arrivée du Petit Oncle (Diaduschka), nom qui désigne le diable, introduit par une vieille femme, prêtresse de la localité. Au milieu de Pattente impatiente et mystérieuse, la sorcière frappe à la porte; on lui demande : qui est là? Elle répond Diaduschka. — Diadusehka vous fait la gracieuseté de venir. — Alors on s’embrasse, on se félicite, Cette femme l’apportait sous forme de charbon allumé provenant de la vieille maison. À son défaut, on prépare au dehors le feu nouveau avec une foule de conjurations et de cérémonies particulières. Enfin la porte s'ouvre; mais la sorcière ue franchit pas le seuil avant qu'on ait offert au Petit Oncle le sacrilice du sang. Une jeune fille vierge coupe la gorge à une poule noire et arrose dé son sang le seuil de la porte ; alors la vieille pénètre dans la maison, et tous ses habitants sont certains que le Petit Oncle est satisfait. Au milieu du plus grand silence, elle secoue son tablier aux quatre coins de la chambre principale et jette le charbon dans le fourneau ; elle met le vase qui le contenait à l'envers, dans un endroit situé entre le poële et le mur; ce vase est percé d'un trou qui joue un grand rôle; il sert de passage au diable pour garantir la maison des fâcheux effets de la bénédiction du pope, qui est attendu le lendemain matin avec une aversion marquée, mais qu'il faut recevoir sou peine de dénonciation".
I n'est pas inutile de mentionner la secte des Biegouny coureurs, qui fuient le monde parce que l'Antechrist y règne. Îls se cachent dans les forêts des environs de Moscou, dans des trous au bord desquels les paysans mettent du pain et de l'eau à l’usage des coureurs. Îs fuient tout le monde et, d’après leurs doctrines, on ne peut être sauvé que par le martyre. Si l’occasion se présente de tuer un homme, il sera sauvé ; il y a aussi des femmes coureuses. Ces sectes représentent le génie moscovite*.
1 Principes d'histoire de la Pologne et de la Moscovie, par Duchinski de Kiew, t. 11 * Les habitants de la Petite Russie ou Ruthénie, séparés de la Pologne depuis deux
IX. De nos jours l'Amérique, sur de plus vastes proportions et avec des résultats aussi funestes que dans tous les autres pays, montre les phénomènes particuliers de la présence du protestantisme. « S'il n’y a qu'une religion, pourquoi les hommes blanes diffèrent-ils tant à son sujet? » disait un chef indien. Un autre, avec un sentiment de fierté qu’il n'essaye pas de cacher : « Si j'avais l’intention de me faire chrétien, je ne saurais quelle religion choisir. » Un troisième trouve une ironie plus mordante, en rétorquant à un missionnaire protestant une leçon trop bien apprise, et en déclinant l'honneur de se faire protestant, par des arguments protestants : « Chaque homme doit guider sa pirogue à sa manière. » Enfin un quatrième, le chef de la nation Cree, après avoir connu les doctrines variées proposées à sa tribu par les ministres, disait dernièrement : « Comme ils ne connaissent pas ce qui est vrai, je pense qu’ils doivent se réunir en conseil ; jusqu'à ce qu’ils se soient entendus, j'attendrai!. »
Cependant, nous avons vu des Indiens catholiques de beaucoup de nations et de climats divers adhérer avec fermeté depuis plusieurs générations, malgré les tentations et les difficultés, à une doctrine invariable, et rejeter avec une répugnance profonde les présents intéressés et les séductions de l’erreur. Nous avons trouvé des Chérokees catholiques, convertissant des Têtes-Plates sans l'assistance d'un missionnaire, et les chrétiens hurons captifs rendant le même service à leurs maîtres mohawk. Bien plus, nous avons vu l'Indien, dans le feu de la bataille, embrasser comme un frère l'ennemi tombé qui venait de menacer sa vie, parce qu'au signe de la croix il avait reconnu que cet ennemi était, comme lui, catholique.
Les controversistes protestants osent néanmoins nous dire que cette merveilleuse unité, qui enchaîne dans une même fraternité les sauvages de cent tribus malgré la corruption jointe à la souffrance, si semblab,e à la mystérieuse unité des disciples de saint Jean et de saint Paul, — n'est qu'une ruse et une manigance des prêtres, le résultat d’une organisation savante jointe aux artifices de la politique aumaine. Mais, pourquoi ceux qui se vantent de posséder la raison comme un privilège, n'ont-ils jamais pu les imiter ? Comment un art purement humain pourrait-il dé-
siècles, et par suite des intrigues de leurs chefs kosaques, louraniens d’origine, unis politiquement à l'empire russe, sont par leurs idées et par leurs dispositions religieuses plus rapprochés des peuples latins que des Moscovites; iis pr'ciquent la religion chrétienne sans former de sectes. — Principes d'histoire de la Poligne et de la Moscovie, par Duchinski.
1 Wanderings etc., par Paul Kane, ch. xx, p. 395.
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concerler ainsi les analyses les plus subtiles? Comment l'Église peut-elle si facilement unir tous les cœurs, libres ou esclaves, sauvages ou civilisés, en Chine, au Pérou, aussi bien qu’en France et en Irlande, en une immense harmonie de foi, d’amour et d’adoration, tandis que les sectes, présage sinistre à leurs propres yeux, objets de dérision aux yeux des païens, ne peuvent pas même arriver à persuader aux membres de la même famille d'être du méme avis?
Les protestants ont devancé cette question, elle ne leur donne pas le moindre embarras. L'unité, disent-ils, est une chimère, la vérité est changeante, progressive. « Les rivalités, les querelles, les dissensions, les sectes, » classées par saint Paul parmi les « œuvres de la chair, » les protestants les recommandent comme également bonnes et utiles. — Ils admettent, pourtant, qu’elles entravent un peu la diffusion de l'Évangile parmi les païens. — « La diversité de nos sectes, proclame M. Coquerel, ministre français, est notre distinetion la plus honorable‘? » « Loin de nous faire rougir, prétend un autre, ces variétés de croyances font la gloire des protestauts’. » Les Allemands «s’en vantent comme de leur plus beau privilège; la véritable essence a protestantisme est le changement constant de ses opiuions.5 » « L'Église protestante, M. de Sismondi l admet, peut se tromper; elle revendique seulement la liberté de pensées à laquelle renonce l'Église catholique*. » D'après un protestant anglais trèsimbu des avantages de la désunion : « L'Écosse et l'Angleterre sans ses membres séparés el ses dissidents eussent été des pays de sommeil pour l'esprit humain®, » Récemment, la Suisse, parlant par la bouche de son organe ecclésiastique le plus élevé, reconnaît que « le droit d’examen est le seul élément de fixité appartenant à la religion protestante®. » Est-il possible d'admettre avec plus de candeur que le protestantisme est la négation de l'œuvre du Christ, et que le monde pain a raison de demander à ses représentants : « Professez-vous une religion quelconque? »
* L'ami de la religion, tome XXII, p. 208.
* Mélanges de la Religion, tome I, p. 84.
5 Voir The State of protestantism in Germany, par le rév. H. J. Rose.
* Progress of Religious Opinion during the Nineteenth Century, p. 19; édition anglaise, 5 Laing, Residence in Norway.
6 Défense de la vénérable compagnie des pasteurs de Genève, à l’occasion d’un écrit imtitulé : « Véritable histoire des momiers. »