ALLEMAGNE
L'Allemagne, où la réforme avait trouvé ses premiers défenseurs, fut si féconde en inimitiés et en divisions, que l'o:: compte maintenant trente-huit églises protestantes indépendante; les unes des autres. Aussi la décadence de toute religion positive est notoire, l'extinction de la foi chrétienne et de la piété est universelle, ce qui fait dire à un auteur allemand : « Nul de nous, sans rougir, n'oserait faire visiter à un paien l’intérieur de nos temples, la prière en est absente. » Un autre écrivain, faisant allusion aux phénomènes actuels, affirme à la face de ses coreligionnaires : « Les jours où nous vivons sont mûrs pour la grande apostasie*. »
En 1825, un théologien de ce pays voulant énumérer les professeurs qu'on pouvait regarder comme orthodoxes, c’est-à-dire ceux qui défendaient encore les doctrines de l'Évangile ou qui lui accordaient quelque autorité, arriva à en comp: ‘'x-sept dans toute l'Allemagne”.
Mais qu'est devenue, dans cette contrée, l'Église que le protestantisme voulait réformer ou supplanter, et dont il avait prédit la ruine, il y a trois siècles? Elle enseigne aujourd'hui les doctrines enseignées avant l’apparition des sectes ; elle a recouvré la majeure partie de la race allemande, en comprenant la moitié de la nation prussienne ; elle a reconquis l'hommage filial des Stolberg, des Schlegel et d’autres hommes aussi illustres. Enfin, ses adversaires
1Cité par Slarck, Thevdul's Gastmahl, p. 246; &d. Kentzinger, « Vides quo tendat petutantia multorum. » Thomæ Matthiæ Epist., p. 252.
2 Cité par Dôüllinger, The Chufch and the Churches, p. 5, 508, 330.
5 À Letter to the Archbishop of Canterbury, par le Dr Pusey, p. 193.
d32 LES MISSIONS CHRÉTIENNES.
avouent qu’elle seule peut éclairer les ténèbres dont ils sont enveloppés comme d’un linceul, ou les sauver dans ce déluge d’incrédulité « qui ronge et fait crouler nos digues protectrices : la famille, l'Etat et l'Église’. » |
De toutes parts s'élèvent les mèmes cris d'alarme. En contemplant les ruines qui les entourent, les partisans d'une religion autrefois si fière et si menaçante ne rougissent plus de reconnaitre que l’Église seuls peut sauver la société de la dissolution et du chaos. Le docteur Düllinger nous transmet le témoignage de deux hommes politiques, grands adversaires du catholicisme et champions ardents de la secte évangélique, religion officielle de Prusse. Le président de Gerlach, dont la vie publique a été une attaque continuelle contre l'autorité du vicaire äu Christ, fait cet aveu : « Nous voyons tous les jours combien l'influence de l'Eglise évangélique est faible, comparée à la puissance de Rome pour éclairer et sanctifier les populations, et maintenir sous son autorité la majeure partie de ses membres. » Le conseiller privé Eilers, fondateur de trois journaux organes de l'opposition à l'Église catholique ajoute : « Je me stis imposé d’étaidier la connexion qui existe entre la vie chrétienne des membres du catholicisme, ses institutions, ses pratiques; je dois reconnaitre la grande supériorité sur le nôtre du christianisme de l'Église romaine?. »
Pour avoir une idée exacte de la condition actuelle de l'Allemagne protestante , triste présage de l’Antechrist aux yeux de Rudelbach, on peut consulter le dernier ouvrage du docteur Düllinger. Dans l'impossibilié de citer ici tous les faits qu'il retrace, en voici un Caractéristique.
Parmi les promesses faites à leurs sectateurs par les chefs de la réforme, la plus attrayante était, sans contredit, la liberté de pensée et d'opinion, l’émancipation complète de tout contrôle ecclésiastique. Les protestants vont nous dire comment ils Pont tenue. « Tous les peuples protestants des contrées du Nord, assure lord Molesworth, ont perdu leurs libertés depuis le jour où ils échangèrent leur religion pour une meilleure. » « La Suède, le Dancmark, la Prusse, tous les États protestants de l'Allemagne, aflirme un écrivain presbytérien connu, sont aujourd'hui, en fait de liberté sociale, de liberté d'esprit et d'opinion, plus enlravés qu'ils ne l'étaient en plein moyen âge, » Telle est la des-
! Messner (1861), cité par Dôllinger, p. 204. 2 Düllinger, p. 334, 5 Luing, Notes oj' a Traveller, ch. vi, p. 171, 212.
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tinée de ceux dont les droits de naissance sont vendus à ces hommes appelés par saintPierre : « Séducteurs, promettant une liberté de perdition. »
Le protestantisme a-t-il acquis la suprématie sur une nation ; on y voit la tyrannie devenir audacieuse, la rapacité du clergé arrogante et plus oppressive qu’elles ne furent jamais dans l’ Église catholique. En Allemagne, berceau du protestantisme, le pouvoir civil, jouissant de cette suprématie exercée autrefois par le vicaire du Christ, ne jugea pas nécéssaire d'accorder à ses sujets la moindre apparence de liberté. « Les princes protestants, observe Mohleer, se crurent obligés de résoudre, pour leurs sujets, toutes les difficultés religieuses, et de faire de leurs propres opinions le patrimoine de tous. » Frédéric IT, comte palatin du Rhin, ayant abandonné les doctrines de Luther, pour embrasser celles de Calvin en 1562, força ses sujets à l’imiter. Huit ans après, son fils Louis bannissait tous les ministres calvinistes, et les remplaçait par des luthériens. Six ans plus tard, Frédéric IV rétablit le calvinisme et traita les luthériens comme ses ancêtres avaient iraité leurs rivaux de Genève. Le peuple palatin ne fut pas même consulté ; il se fût étonné de l'être.
La ville d’' Oppenheim, donnée en gage au Palatinat, fut reconnue dans le congrès de Westphalie avoir changé dix fois de religion depuis la Réforme. Les landgraves d° Anhalt et de Hesse- Cassel interdisaient, déposaient ou réintégraient les prédicants selon leurs caprices. En Prusse, maintenant encore, le soi-disant Réforme est commentée de la même façon ridicule, « Les Prussiens, dit Laing, sont moralement esclaves, leur intelligence est esclave. » En 1834, un roi de Prusse, sans même faire semblant de consulter la nation, supprima d’un trait de plume les églises de Luther et de Calvin pour leur en imposer une nouvelle de son invention, Les Silésiens, ayant hésité à suivre l'édit royal ou à « se prosterner en adorant la statue d'or érigée par le monarque aux sons de la harpe, de la flûte et de toutes sortes d’instruments, » ne lardèrent pas à connaître la vraie nature de liberté dont la Réforme les avait dotés. « Pour contraindre les ministres et le peuple à admettre le nouveau culte, on eut recours à tous les moyens de coercition, à l'emprisonnement, à la force armée, » Le procédé ne manquait pas de caractère, et, «pour résister à une pareille tyrannie, à une pareille persécution, ajoute le même observateur protestant, 1ln°y avait pas de recours possible à Rome, au Vatican, au pape, au chef de l Église. Combien différente était alors, dans ce même royaume, la pression du pouvoir autocratique de ce despote prus-
sien sur ses sujets catholiques! Ils avaient une protection à Rome, et par conséquent dans le monde catholique tout entier, contre une violence aussi arbitraire. Il pouvait, ce monarque chef de l Église et de l'État, comme il le fit en effet, emprisonner et exiler les ministres protestants qui refusaient de recevoir le nouveau culte composé et promulgué par un édit royal; mais il ne pouvait pas même nommer à un office ecclésiastique parmi les catholiques sans la sanction de Rome! »
Peut-on plus franchement avouer qu'il est impossible de trouver la vraie liberté religieuse en dehors de l'Église catholique, et que le vicaire du Christ, depuis près de deux mille ans, est le défenseur du faible contre le puissant, et le seul rempart contre l’oppresion des âmes? « De fait, poursuit l'écrivain presbytérien, Rome est à présent, en Prusse, la seule barrière respectée par le despotisme général et avilissant exercé au nom de l’État sur les croyances et sur les actes?, » C'est reconnaître l'influence favorable, même sur les protestants, de cette autorité dont ils ont essayé la ruine; c’est appuyer encore la remarque de M. Guizot, disant «au peuple, qui äspire à la liberté, le danger où il est de se tromper lui-même sur la nature de la vraie tyrannie ; » c’est enlin Justilier le reproche du Père Faber accusant les hommes « de préférer l'esclavage que leur offre l'État à l'émancipation que leur offre l'Église, »