‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 123 sur 226 · SUISSE · texte numérisé non relu

SUISSE

Depuis plus d’un siècle, la Suisse, cette seconde conquête de la Réforme, a complétement rejeté l'Évangile et, grâce à ses prédicateurs apostats, le saint nom est devenu l'objet de la dérision populaire. «0 Bossuet, s'écrie l'impie d'Alembert triomphant de voir Genève devenue, par sa corruption, la Sodome de la chrétienté, où êtes-vous? Quatre- vingts ans ont passé depuis le jour où vous annonciez que les principes des protestants les conduiraient au socinianisme ; quelle reconnaissance ne devez-vous pas à l'auteur

{ Seul, le Pontife suprême, à l'occasion des dernières persécutions et des atrocités des Moscovites en Pologne, ose avertir l'oppresseur et signaler ses crimes, I enjoint aux fidèles « de ne pas obtempérer à des preseriptions contraires aux lois de Dieu et de son Eglise, » Voir l'Encyclique du Souverain Pontife Pie IX aux archevéques "# éveques de Pologne, 50 juillet 1864

? Laing, Notes of a Traveler, eh, vr, p. 171, 212.

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L'Université de Genève fait du Rédempteur un simple mortel; les maîtres et les professeurs disent aux jeunes étudiants qui se préparent à être un jour les docteurs de la population protestante : « Faites tout ce que vous voudrez de Jésus-Christ, pourvu que vous n'en fassiez pas Dieu ?. » L'apostasie est universelle. Le synode de Berne reconnaissait récemment que, sur dix chefs de maison, à peine en était-il un qui crût en Dieu et au Christ, ou reconnût quelque autorité aux Écritures. « Il n'y a plus dans la Rome du protestantisme, je ne dis pas aucune foi chrétienne, mais une foi quelconque’. » « La source terrestre, la Rome de notre doctrine et de notre morale presbytériennes est tombée plus bas dans sa propre doctrine et sa morale que jamais Rome ne tomba. Rome a encore la superstition, Genève n’a pas même ce simulacre‘! »

Les Suisses protestants, malgré l'abandon de l'Évangile, conservent peut-être encore cette « liberté » pour laquelle leurs pères désertèrent l'Église catholique? Sous l’empire de cette illusion, quelques ministres protestants du canton de Vaud se hasardèrent, il y a trente ans, à critiquer cette conclusion de la vénérable compagnie des pasteurs : « Nos principes nous forcent à rejeter la doctrine de la Trinité. » Ils furent mis en prison’,

Peut-être le clergé dont l orgueilleuse et implacable intolérance ne trouva jamais d’émule, sinon en Écosse et dans la hiérarchie puritaine de la Nouvelle-Angleterre, y conserve-t-1l son autorité et son influence d'autrefois? La dégradation de cette classe, naguère insolente, est devenue telle, que les journaux ont récemment mis en question de savoir s'il était convenable d'annoncer dans leurs colonnes les filles de ministres comme servantes à placer*.

Peut-être, au moins, ont-ils la consolation de voir la foi ancienne complétement déracinée, et leur victoire sur l’Église catholique devenue entière et irrévocable? En 1860 la population protestante de la Suisse l'emportait d'un cinquième seulement sur la population catholique! Dans la ville de Genève, cette métropole du calvinisme,

1 Œuvres de d'Alembert, tome V, p. 272.

2 Sketch of the Religions discussions which have lately taken place at Geneva, pp. 4-d. Voir aussi : Considérations sur la divinité de Jésus-Christ, par M. L. Empaytaz,

5 Histoire des Momiers, p. 591.

4 Laing, Notes of a Traveller, eh. x, p. 325.

* Défense de la vénérable Crmpagnie des Pasteurs, ete, Voir aussi : Feuille d'Avis de Genève, T octobre INIS8; Mélanges de Religion, tome IX, p. 342; Genére religieuse, pur M, À Bost, p. 12; Œuvres de M. de Lamennais, tome VI, p. 392; Haldane’s Letter to M, J, 4 Chenerivre.

5 Düllinger, p, 219.

où le catholique était autrefois pourchassé comme une bête fauve, saint François de Sales, dans la personne de Mgr. Mermillod, a trouvé un digne dépositaire de son bâton pastoral. On compte aujourd'hui à Genève quarante-deux mille deux cent soixante-six infidèles ou ariens, et quarante-deux mille trois cent cinquante-cinq catholiques’. Leur nombre s'est augmenté de treize mille en dix ans, de 1850 à 1369; dans cette seule ville, ils forment enfin la majorité! Un cunisire protestant, tout en raillant l'Église, fait encore profession de croire à l'Évangile. Cette doctrine, dont la négation valut à Servet d’être brûlé vif, compte à peine cent cinquante sectateurs |

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