TYR, KAÏFFA, SAINT-JEAN-D'ACRE
En 1558, le révérend Père Cohen, de la Compagnie de Jésus, chargé de visiter les campagnes de ces parages, faisait à ses supérieurs un rapport où il se montrait inquiet du trouble causé par les émissaires anglais et américains.
Dans les diocèses de Tyr et de Saint-Jean-d’Acre, les catholiques ont une position pénible ; ils sont en but à la haine des Metualis (sectaires d'Ali) qui, étant huit fois plus nombreux et ayant le pouvoir en main, ne se font pas faute de le faire sentir. Les ministres protestants, comme à lordinaire, n'ont pas manqué
1 Badger, vol, [, p. 3.
2 Walpole, ch. xvi, p. 205.
3 Wortabet, vol, Il, ch. xiv, p. 86.
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d'offrir leurs services aux opprimés. Îls commencèrent par assurer aux familles dans l'embarras la protection de leurs consuls, mais à condition de se faire protestantes. La tentation était bien forte : se trouver du même coup exempt de tout tribut, de toute vexation, et l'éducation des enfants assurée par dessus le marché, sans parler des pensions et des vêtements. |
Quelques-unes se laissèrent séduire et conscntirent à se rendre aux instructions du ministre, sans y croire ni les comprendre.
Dans plusieurs villages, il suffit du passage d’un missionnaire catholique pour ouvrir les yeux à ces pauvres gens abusés. Après les réponses aux objections ordinaires contre le culte des saints, des images et le jeûne, ils se déclarent satisfaits et demandent à se réconcilier avec Dieu ; ils retirent leurs en‘ants de l'école protestante et laissent le ministre isolé.
Dans d’autres endroits où le protestantisme se montre plus tenace à cause du caractère plus intéressé des habitants, ils répondent au Père : « Nous sommes ébranlés, nous voyons que nous faisons fausse route, mais nous craignons d’être abandonnés par l’Angleterre et d’être exposés à la vengeance des Metualis. Par le fait, il faut à ces pauvres gens beaucoup de courage pour vivre sous l'oppression de pareils maîtres. Les Anglais et les Américains n'ont pas honte d'exploiter leur malheur pour en obtenir d’apparentes apostasies. Aussi dans ces contrées, « être protestant signifie : avoir le droit de ne pas payer tribut, devenir sujet américain ou anglais, se soustraire à toute vexation, ne ‘oint prier à l'Église, ne point jeûner, blasphémer les saints. On n'ose outrager la sainte Vierge ; on se contente de ne pas l’invoquer. On ignore d’ailleurs les dogmes du protestantisme, tels qu’ils se proposent en Europe. »
Les résultats de cette propagande sont de faire perdre à quelques âmes :- foi, les mœurs et tout sentiment de religion quelconque ; ne demandons pas d’autres succès à des émissaires pour qui l'argent est le seul moyen. En Orient, le protestantisme s’agite, mais pour augmenter le malheur de ces contrées si malheureuses: il apprend à ces peuples à ne pas avoir de religion, idée inconnue en Orient.
Cependant malgré tous leurs efforts, le révérend Père de Damas pouvait nous apprendre dès 4859, en parlant de Tyr, que « les biblistes ont abandonné cette +ille à la suite d’une mission du Père Monier. » Les rapports de 1863 sont plus décisifs. L'abbé Dequevauviller, vicaire général de Jérusalem, annonce les faits suivants : « Un ministre protégf@@ns, s'était fixé à Kaïffa pour exercer
son prosélytisme, mais la stérilité complète de ses efforts lui fit fermer l'établissement ainsi qu'à son coutrère de Saint-Jeand'Acre. »
De son côté M. Grüher, missionnaire anglican écrivait de Jaffa, en 1861 à la Société Church Missionary, qu’il possédait dans son école « six ou sept garçons. Nous pourrions avoir ici une bonne école. disait-il, si le maitre était aussi zélé qu’il est avare. » Les missionnaires reconnaissent les qualités de leurs agents.
A Chaff°-Amer, district du pachalif de Saint-Jean-d'Acre, comprenant vingt et un villages dan: sa circonscription. sur une population de deux mille cent trente habitants, dix-huit cents sont catholiques. L’abhé Dequevauviller rapporte que depuis deux ans, à la faveur des troubles, Chaff -Amer renferme quelques néo-protestants qui reviennent tous les jours à leur ancienne religiop.
Les sectaires ayant réussi à exciter des divisions hostiles, leurs ministres expédièrent un courrier à Beyrouth, et le consul général envoya le vaisseau de guerre le Murs à Kaïffa. Le commandant se rendit à Saint-Jean- d Acre pour exiger la punition de ceux qu'on accusail d’avoir maüdit la religion de la reine d'Angleterre; puis il vint sur les lieux avec plusieurs officiers de son bord pour donner un appui moral aux néo-protestants. « Il sallut à Mgr Gregorio, évêque grec-uni de Saint-Jean-d’Acre, de longs et patients efforts pour ramener le calme au sein d’une population jadis si paisible. Dieu a béni sa sollicitude pastorale et présentement le protestantisme expire à Chaff”-Armer comme sur d’autres points de la Galilée. »
Quelquelois les protestants, par leurs intrigues, deviennent la cause bien involontaire du retour des seliismatiques à l'unité. En voici des exemples :
«€ À Adana en Cilicie, un diacre nommé Jean, était venu de Constantinople, pour faire l’école aux Arméniens schismatiques. Un parti se forma en sa faveur, et l’évêque de Sis le favorisant, le diacre devint prêtre et évêque d'Adana. Grande rumeur dans le parti contraire. Des disputes commencèrent ; la discorde se répandit. Sur ces entrefaites, arrivèrent les protestants qui venaient offrir leur médiation, afin de s'introduire à la faveur du trouble. On les accueillit d'abord ; mais lorsqu'on les entendit parler contre la Vierge et les saints, le peuple ne put les souffrir, et les chassa. Cependant les protestants avaient appris à ces pauvres gens à douter de la légitimité du schisme, On se demanda si réellement il n'y avait point une véritable Église ; on songea à consulter le patriarche catholigr# @Madressa une requête à M. de
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Lesseps, alors consul général de France à Beyrouth ; celui-ci se hâta de la transmettr * Bezommar, résidence du patriarche, qui envoya aussitôt un é.que et deux prêtres. Ils furent écoutés avec faveur et les conversions se firent en masse.
A Hessab, un schismatique arménien donna le premier exemple d'un changement de religion en passant au protestantisme. Comme les consuls anglais d’Alep et d’Antioche promettaient leur protection et de l'argent aux transfuges, dix familles imitèrent le mauvais exeriple. De là des angoisses et une grande perplexité dans le reste de la population. D'un côté, elle maudissait les blasphémateurs qui rejetaient la sainte Vierge et le culte des saints; d'autre part, elle ne savait comment répondre aux arguments des astucieux ministres du culte réformé. On demanda la lumière au catholicisme. Des prêtres de Bezommar accoururent; ils eurent, avec les protestants, des disputes publiques; et, s'ils ne ramenèrent pas ceux qu’avaient séduits l’or et la protection anglaise, ils éclairèrent du moins les schismatiques et les ramenèrent à l'Unité.
On doit aussi aux troubles suscités par les prédicants anglais la conversion au catholicisme de treize cents familles de Mara 'e, et à la France la protection qui permit à ces pauvres gens de se soustraire aux vexations de leurs opposants". »
Les Religieux du Mont-Carmel entretiennen à Kaïffa une école pour les enfants de tous les rites; une soixantaine de garçons la fréquentent. Les dames de Nazareth ont ouvert à Kaïffa une maison qui donne les meilleures espérances ; elles ont dans leurs écoles quatre-vingt-dix jeunes filles environ.
Les mêmesReligieuses se rendirent récemment à Chaff-Amer pour y installer deux Sœurs de la Congrégation du Sacré-Cœur, formée dans le Liban jar le Père Riccadona. Les scheiks et la population les reçurent avec un enthousiasme qui donna lieu à une manifestation publique, telle qu'on n’en avait vu de semblable depuis longtemps. Le même jour les habitants du pays firent aux dames de Nazareth pour s’y établir plus tard, cession gratuite de ruines qui avaient appartenu à une église bâtie par les Croisés. « Au mois de juin dernier, dit M. Dequevauviller, j'ai visité les religieuses et l'école de Chaff”-Amer; bien que ce füt le temps de la moisson, j'y ai compté quatre-vingt-dix enfants de six à dix-huit ans. Les religieuses arabes sont parvenues à réunir chaque dimanche la plupart des femmes mariées qui au-
! Rapport du Rév. Père de Damas, Écoles d'Oricnt, n° XIE, p. 17.
jourd’hui, pour la doctrine chrétienne, ont pour maîtresses leurs propres filles, »
Saint-Jean-d’Acre, ancienne Ptolemais, si riche de souvenirs, possède un couvent des Franciscains et des écoles dirigées par les dames de Nazareth.
A Jaffa, un très-beau couvent de Franciscains sert d’hospice aux pèlerins, de paroisse pour les Latins et d'école. Les Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition tiennent des classes nombreuses, un hospice et un dispensaire.