RÉFLEXIONS DES PROTE:TANTS
Il'est prouvé, par les témoignages des protestants, que dans ces régions, l'Eglise reçoit constamment dans son sein des convertis de tous les rites. « On rencontre souvent, observe un savant écrivain anglais, très au fait des habitudes orientales, des hommes pieux et instruits qui passent de l'Église d'Orient à l'Église catholique romaine, tandis:qu’on peut à peine citer un seul exemple d’un homme connu pour sa piété et son savoir, qui passe à l'Église orientale?. »
Plusieurs écrivains protestants vont encore plus loin; et nous ne pouvons conclure cette partie de notre sujet, sans noter leur langage vraiment remarquable. « Il n’est pas une des anciennes Églises, dit le révérend George Williams autrefois chapelain à Jérusalem, que les missionnaires de la Propagande, ou les membres intrépides de la Société de Jésus n'aient visité... Quand on considère le zèle, l'habileté et la persévérance des plus instruits et des plus dévoués missionnaires que le monde ait jamais vus depuis les temps anciens, on n’est pas étonné de voir leurs travaux et leur abnégation couronnés de succès nombreux. »
«Il est difficile, atteste un autre protestant anglais familiarisé par lobservation et par une longue expérience avec l'Orient et ses différentes races, de rencontrer les zélés et savants missionnaires de la Propagande dans l'Orient et de converser avec eux, sans ressentir vivement tout ce qu'a de pénible leur situation. Leur patience est mise à une épreuve peu ordinaire. Élevés à Rome,
1 Œuvre des écoles d'Orient, n° XXI, 1865, p. 317. 3 Palmer, Dissertations on the Orthodox Communion. p. 13 5 The Holy City, vol. EL, ch. vi, p. 570.
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accoutuinés au bien-être et aux manières de l'Italie, puis envoyes sur un point éloigné moins par la distance, que par le milieu dans lequel ils sont jetés, destinés à passer leur vie avec des gens autant au-dessous d’eux en fait de culture intellectuelle que séparés d’eux par les habitudes ; on peut vraiment les appeler exilés dans le sens le plus rigoureux du mot. Cependant leur sort est plus à envier qu'à plaindre. On oublie de s’apitoyer, pour admirer le désintéressement et la persévérance qu'ils déploient dans l'accomplissement de leurs devoirs ; leur récompense est une bonne conscience, le ciel est leur guide. Pas de perspective d'avancement dans le lointain; aucun espoir de distinctions ne les encourage; pas un seul des motifs humains ne les pousse en avant. Pleins de courtoisie pour l'homme du monde, de condescendance pour le fellah, de bonté pour l’affligé , ils sont, comme l'a dit saint Paul de lui-même, tout à tous. Mettez ensemble toutes les générations depuis la conquête des Osmanlis, et vous verrez que des millions d'âmes ont été sauvées par ces sentinelles avancées du christianisme, toujours à leur poste pour soutenir la faiblesse et maintenir le courage !. »
Le révérend Durbin, ministre américain protestant, a visité les mêmes contrées et se contente d'admettre ce fait : « Il n'est pas possible, d'estimer les succès des missions romanistes parmi les Églises d'Orient; mais le résuitat général est clair, elles les ont toutes entamées ; de sorte qu’il y a en Asie une église papale grecque, une église papale arménienne, une église papale parmi les Nestoriens, une église papale parmi les Syriens ; beaucoup de Coptes en Egypte sont aussi catholiques?. »
D'autres écrivains protestants, profondément impressionnés, malgré leurs préjugés incurables, par les graves leçons rapportées de l'Orient, et surtout par l'influence démoralisatrice des missions protestantes, n’hésitent pas à condamner ouvertement leurs entreprises comme une œuvre de destruction.
« Javoue franchement mon opinion, dit le révérend M. Spencer, ministre épiscopalien d'Écosse ; les différentes associations établies po® contribuer à l’entretien des missionnaires en Syrie, ne pourront jamais produire de résultats durables. J'ai été étonné de voir combien peu avait été accompli. » Et plus loin : « Les protestants en Angleterre devraient sérieusement peser ce fait : aucune de leurs missions parmi les chrétiens d'Orient n’a produit de fruits en rapport quelconque avec les ressources, les
! Slade, Turkey, Greece, and Malta, vol. EE, ch. 20, p. 425. ? Vol. Il, p 287.
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hommes et le temps dépensés pour les convertir. Ne peut-on pas raisonnablement demander s’il est probable que nous réussissions jamais davantage! ? »
« e ne puis m'empêcher de le penser, avoue le docteur Wolff, la Société Church Missionary devrait envoyer ses missionnaires luthériens aux païens, mais jamais aux Églises orientales. C'est leur faire une grossière insulte?. » Il reconnait avec une grande franchise mélée de regrets que « les hommes les plus pervers parmi les natifs de l'Orient sont ceux qui savent la langue anglaise, et qui ont été convertis au protestantisme”, » Sans beaucoup d'espoir d’être écouté, M. Williams nous dit : « Il y a en Orient un champ assez vaste pour les missionnaires européens et américains; inutile d'empiéter sur les autres Églises. » Les Juifs, les Druses, les Mahométans, les Arabes, et d'autres sont, observe-t-il, les ennemis déclarés du christianisme; toutefois, les émissaires opulents du protestantisme essaient à peine de faire impression sur eux et échouent toujours dans leurs tentatives. « Ils jouent simplement aux missions, prétend M. Williams, en se bornant à une tâche qui n’entraîne aucun risque, et qui ne demande aucun sacrifice *. »
On ne peut manquer d’être impressionné par les paroles si inattendues d'écrivains protestants d'écoles opposées, venant prouver le contraste éternel entre les missionnaires catholiques et les missionnaires protestants. Personne ne refusera d’applaudir le courage de témoins, qui donnent leurs preuves sans s'inquiéter du ressentiment de leurs coreligionnaires ; mais on doit nous permettre de regretter que ces hommes, si véridiques et si généreux, aient également banni une autre crainte, plus noble et plus légitime, la crainte de celui qui a dit: « Je te jugerai d’après tes propres paroles. »