LEN MISSIONS
séculière, ils apprirent la tenue des livres, et donnèrent des conseils médicaux et autres faveurs inoffensives. Quand ils crurent leur position assurée, ils montrèrent leur véritable esprit et commencèrent à se livrer aux opérations interdites.
Ils prélendirent même au droit d'avoir pour eux seuls le champ libre, et ressentirent vivement l'instruction donnée par d'autres sectes proteslantes; celle des anglicans, en particulier, leur fut très-pénible, Le rapport du bureau américain, pour l'année 18M, proteste énergiquement contre les Anglais entrés en communication avec les Nestoriens. Une telle démarche « tend à faire naître à leur clergé la pensée d'intérêts protestants rivaux, sur lesquels il pourrait spéculer pour salisfaire des désirs eupides, » Comme précaution financière, afin de tenir à un taux assez bas le prix des convertis avec un seul enchérisseur, c'était très-sage ; mais les anglicans répondirent, par la bouche de M. Badger, ministre épiscopalien, que cette idée prudente était « aussi présomplueuse que visible, » M. Badger observa même que ses rivaux américains «semblaient prétendre à l'inspiration, et décidaient de la vérité et de l'erreur avec l'assurahee d'apôtres. » En attendant, les Nestoriens laissaient faire, et entretenaient « leurs désirs cupides. »
M. Badger n'était pas moins indigné contre les missionnaires catholiques, pour leurs efforts à tirer les Nestoriens de l’abime d'hérésie, d'ignorance et de corruption que nous ont décrit des écrivains protestants de l'école la plus avancée, Ce ministre anglican, attiré par leurs titres sonores, et joyeux de les voir séparés de l'Unité, les mit beaucoup au-dessus des catholiques, et mème des protestants ordinaires. Is nient l'Incarnation, mais ils sont hors de l'Église; ils étaient done des alliés bien accueillis par M. Badger. D'après lui, « l'Église nestorienne abonde en nobles dons et en titres légitimes! ! »
A une certaine époque, lorsque les traditions catholiques se lrainaient encore faiblement parmi les protestants, les plus hardis d'entre eux faisaient profession de respecter le concile d’ Éphèse, et d’anathématiser l'hérésie nestoricnne, Maintenant ils n'anathématisent rien, paraît-il; et dans ce nouveau pyrrhonisme, ils voient un signe de leurs progrès et de leur perfectionnement. Uenève apprenait à dire à ses adeptes : « J'abhorre toutes les hérésies condamnées par le premier concile de Nicée, Le premier concile d'Éphèse, et celui de Chalcédoine*. » « Nous détestons
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loutes les sectes et toutes les hérésies condamnées par les mèmes conciles, » proclamaient les communions protestantes françaises à leur « synode de Paris » en 1559". Aujourd'hui, des ministres anglicans, ceux même de la Haute-Église, célèbrent « les nobles dons et les titres légitimes » du nestorianismel Le révérend Webb Le Bas appelle le mot Osorix2ç un « blasphème*, » La Croze, cependant, avait honte de dire moins que ceci : « Ce titre n’a rien de contraire à la saine théologie” ; » et le célèbre calviniste Baldæus affirme nettement qne les Nestoriens « enseignent des points contraires au salut". » Mais lorsqu'un ministre anglican commence à parler contre la foi catholique, il surpasse les calvinistes et les luthériens. Le révérend docteur Kerr appelait les monophysites du Malabar « un reste précieux d’une nation pure et d’un peuple vaillant, » Le docteur Southgate, évêque protestant, a soin de dire : « L’hérésie nestorienne, s'il faut la compter pour telle®, vinsinuant que les Pères d'Éphèse étaient les vrais. hérétiques. Le révérend Henri Townley considère le dogme principal du nestorianisme comme «un point d'orthodoxie sur lequel nous sommes tous d'accord”, » M. Layard dit des Nestoriens chaldéens : « Il n’y a pas de sectes en Orient, il y en a peu en Occident, qui puissent se vanter d’une pur eté pareille dans la loi ; » et M. Walpole, en parlant de cette même secte : « Ils sont purs et sans souillures, professant à peu près ce que nous professons°, » Enfin, M. Ainsworth, après avoir énuméré les dogmes anathématisés par le concile d'Éphèse, demande avec confiance : « YŸ avait-il en tout ceci aucune hérésie °? » Évidemment M. Badger n’est pas seul dans son admiration pour les Nestoriens. Il aurait peut-être dissimulé cette impression s’il avait lu Evagrius. Cet historien raconte que le fondateur de leur religion ne fut pas seulement anathématisé par un concile œcuménique, mais que, par un jugement de Dieu, il mourut comme Hérode : la langue rongée par les vers !!,
Laissons M. Badger pour accompagner en Arménie M, Perkins et ses collègues américains, Le docteur Asahel Grant va nous décrire
*Quick's History of the Reformed Churches in France, vol. 1, p. 7 (1692). * Life of Bishop Middleton, vol. 1, ch. x1, p. 319, * Histoire du Christianisme des Indes, tome E, livre I, p. 16. # Ap. Churchill, vol HE, p. 576.
* Report on the State of the Christians of Cochin and Travancore, p. 8. % Narrative, vol. M, eh xix, p. 224.
® Answer Lo the abbé Dubois, p.250.
* Nineveh and its Remaëns, vol. 1, p. 268.
The Ansayrii, vol. LL, ch. 1, p. 10.
‘0 Travels in Asia Minor, vol. M, ch. x, p. 272. list. Ecelesiast.. lib. V, cap, vn.
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le lieu choisi pour leur résidence. « Une plaine d’une exubérante fertilité, comprise entre un lac et des montagnes, présente un amphithéâtre d'environ cinq cents milles carrés, et contient dans son enceinte trois cents hameaux ou villages. Cette plaine, arrosée par de larges courants d’eau pure qui descendent des montagnes voisines, est couverte d’une abondante verdure, de champs fertiles, de jardins et de vignes. Cette vallée est une des plus délicieuses de l'Orient. » Quelques écrivains ont suppasé qu’elle était le site du Paradis terrestre.
Aussitôt leur demeure bien établie, les Américains commencèrent les opérations décrites par M. Perkins. Quelques extraits de son récit, complétés par d’autres témoignages, feront connaître la nature des exploits ct la manière de vivre des missionnaires.
Îls apprennent que le patriarche nestorien de Julamerk est sur le point d'embrasser la foi catholique. Aussitôt un messager traverse la plaine, porteur d’une vive remontrance dans laquelle, entre autres questions, ils lui font celle-ci : « Paul, ou Pierre, ou le pape de Rome ont-ils, été cruciliés pour nous‘? » On ne nous dit pas l'impression produite par cette demande.
M. Perkins ne professe pas une très-haute estime pour ses amis les Nestoriens. « [ls sont très-dégradés, assure-t-il, et leur religion est une forme révoltante de christianisme. » Cependant ces mêmes Nestoriens festoient avec lui, plaisantent avec lui. Par ses conseils ils prenaient femme et avaient des enfants ; mais surtout ils acceptaient ses Bibles et ses traités, ce qui « nous ouvre un champ d'action magnifique, » observe M. Perkins.
Voici quelques-uns de ses procédés à l'égard des évêques nestoriens devenus ses hôtes. De l’un, il parle en ces termes : « Sous l'influence de la mission, il s'éleva si bien au-dessus des scrupules canoniques touchant la vertu du célibat épiscopal, qu'il prit une jeune femme et qu'il élève une famille. » M. Perkins fut encouragé par ce facile triomphe, et ses compagnons résolurent de rivaliser avec lui.
D’après le docteur Wolff, « messieurs Goodell et Bird, missionnaires américains, parvinrent à convertir deux évêques arméniens, des symboles de l'ancienne lithurgie de l'Eglise arménienne, à la croyance vague et incertaine des congrégationalistes d'Amérique; de leur attachement à leur patriarche d'Etchmiadzn, aux écrits semi-néologiques du professeur Moïse Stuart d'Andover?. » Ils se
! Kesidence in Persia, p. 167 ? Journal, p. VAS.
convertirent, ce qu'ils fire conscience tr « la premiè prétation sug Abaïsser c sous le joug d d'hommes en l'autre de ces vestige de foi honte avec des sante de Dieu pareils, parce le fermez aux la terre et les fait, vous le re M. Perkins évèque nestori conduits en An le réclamèrent disaient-ils dar l’inconvenance tériens, les an tiraient eux-mé ricains, ce pau «Je n'aime pa ne Suis pas ven Et il leur exp épiscopaliens, | landais, les mét différence, »
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Abaïsser ces malheureux à leur ni © s sous le joug du roi de Sion. » re ae co d'hommes en excitant chez eux la luxure, ie “ pe l'autre de ces passions ; après avosr détruit äans leur cœ de vestige de foi et de religion et leur avoir appris à céléb se Fe honte avec des Lextes de l'Écriture, ils les nomment « l'É ie sa sante de Dieu‘. » « Malheur à vous, disait Notre-Sei Fer lu pareils, parce que, n'entraat pas dans le royaume des cieux das le fermez aux hommes. Malhéur à vous, parce que vous arc es la terre et les mers pour faire un prosélyte, et lorsque à ne fait, vous le rendez enfant de l'enfer? ! » . Cr | M: Perkins emmena en Amérique Mar-Yohannan, ci-de évèque nestorien, comme les Africains Tzatzoe et Afrivaner et Ho conduits en Angleterre. À son arrivée, les protestants é )ise x es le réclamèrent comme un des leurs. « Vous nous aies . disaient-ils dans une adresse officielle; et ils protestaient on w l'inconvenance de ses rapports avec les méthodistes, les bv. tériens, les anabaptisles et autres enfants de la réforme ut ä tiraient eux-mêmes leur origine. Sous la garde de ses nee ricains, ce pauvre homme, jadis évêque, fit la réponse ne «Je n'aime pas vous entendre dire : Vous nous soperenes à ne suis pas venu pour faire des distinctions entre les chrétiens : Et il leur exposa ses nouvelles idées religieuses : « J’aim î . RE congrégationalistes, les presbytériens, les “Hot. andais, les mé ste S istes ’ a | Es He thodistes et kes baptistes.… Il n’y a pour moi aucune Tel fut le résultat général des travaux de M. Perkins. Nous p
vons juger par les faits suivants la nature de sa théologie Quant à Xestorius et à sa négation du Oscréxos, il s'exprime ainsi h Les chrétiens protestants n'en auraient jamais pensé de mal P . oubliant la peinture faite ailleurs par lui de la « forme révolt te de christianisme » professée par les Nestoriens, il s’écrie ÿ Fe croyance est orthodoxe et seripturale ! » Par rapport au sac , . de baptême, il se moque des chrétiens orientaux : ils « more
| Christianity in Turkey, eh. v, p. 130.
# Matth., xxin, 15.
* Residence in Persia. p. 367
croire que ce rite possède un charme mystérieux qui implique l'action du Saint-Esprit!. » Voilà les agents envoyés par l'Amérique pour propager le protestantisme en Orient.
M. Perkins serait peut-être resté jusqu'à présent en Arménie : mais, comme de coutume, le soin de sa femme et de ses enfants mit fin à ses labeurs. L’Arménie était une agréable résidence, mais elle n'offrait aucun avenir à sa famille.
« Les enfants des missionnaires, dit-il, devraient être, pour les Églises, l'objet d'un intérêt profond aussi bien que d'une tendre sympathie ; » par la raison, que la promesse de Notre-Seigneur à tous ceux qui abandonneraient pour lui « leur père ou leur mère, leur femme ou leurs enfants, » s’applique d’une manière spéciale « aux enfants de ses serviteurs missionnaires ?. »
La promesse divine d’une bénédiction particulière, pour ceux qui abandonneront tous ces liens terrestres, signifie, dans l'opinion de M. Perkins, que ceux qui les garderont auront une bénédiction double. Enfin la santé de mistress Perkins motiva son retour en Amérique; et comme il semble avoir soupçonné que son départ de l'Arménie pourrait inspirer de malveillantes interprétations, il se plaint, comme excuse et par précaution, « de la susceptibilité des Églises chrétiennes au sujet du retour des missionnaires. » Il est. probable que, malgré la protestation de M. Perkins, cette susceptibilité continuera.
Nous commençons à connaître le genre de vie des missionnaires américains; voici un trait pour compléter le tableau. Dans une série de volumes portant un titre sérieux et recommandés à l'attention publique par une des Sociétés américaines, le lecteur rencontre le passage suivant : « K. monte un fringant poney; mistress T. un cheval de montagne à la poitrine étroite mais profonde; M. T. montait Säda le rucur, moi je trône sur Mabjub dévorant l'espace. » Ce n’est pas, comme on pourrait le supposer, le récit d'une partie de plaisir adressé à une amie par quelque Aspasie syrienne, mais le récit officiel « d'une tournée apostolique » extrait de « notes sur un voyage au mont Liban par un missionnaire de la Société américaine de Syrie, » et lu solennellement devant la Société orientale d'Amérique”.
Nous aurions pu terminer ici nos indications sur les missions protestantes d'Arménie, si la Providence ne nous avait ménagé
1 Residence in Persia, p. 2#1.
3 Ibid., P. 544 5 Journal of the American Oriental Society, vol. IE, p. 237
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MISSIONS DU LEVANT. An
un témoin de leur vrai caractère et de leurs résultats, dont il ne faut pas négliger la remarquable déposition.
Le docteur Moritz Wagner, qui semble professer une forme ou une modification quelconque de l’anglicanisme, fut l'ami intime, l'hôte constant de M. Perkins et de ses collègues. Il montre une estime et une amitié très-vives pour ses hôtes, et considère leur piété comme méritant les plus grands éloges. Il a donc, à notre usage, toutes les qualités désirables.
Cet intelligent naturaliste nous parle d’abord de la manière de vivre de ses “hôtes : « L'institution d'Urmia coûte à la Société des missionnaires de l'Amérique du Nord environ cinquante mille dollars par an. » Il dira l'emploi de cet abondant revenu. Un autre écrivain du même pays, hôte aussi d'Urmia, avait déjà fait connaître la maison des missionnaires « fournie de tant de choses commodes et confortables, que je crois être non pas sous le toit de simples disciples du Christ et d’apôtres de l'Évangile, mais sous celui d’un opulent gentleman. Il y .vait quatre ladys ct toute une troupe d'enfants‘. » Le docteur Wagner se plaint de ne pouvoir « peindre les charmes et l'aspect de cette résidence des missionnaires, » et il assure avec émotion que cette « riante idylle » ne s’effacera jamais de sa mémoire. Ce n'était là qu’une partie des délices de la mission. À quatre milles d'Urinia il y avait à Seir «une résidence d’été, entourée d’un mur flanqué de quatre tours, et couvrant le plateau supérieur d’une colline d’où l'œil embrasse l’admirable aspect qu'offre la vaste ct florissante plaine d'Urmia, avec ses trois cent soixante villages. » Ces habitations princières, accompagnées d’un revenu proportionné, de plus de dix mille livres sterling par an, étaient les demeures choisies de cing missionnaires, et de celles que le docteur Wagner appelle, avec justesse sans doute. « leurs aimables ménagères. » Nous ne sommes pas surpris d'apprendre de leur hôte privilégié, que ces missionnaires vivaient non-seulement dans une riche aisance, mais même avec luxe, « comme le prouvaient leurs écuries remplies de chevaux de presque toutes les races orientales. » Toutefois le docteur Wagner observe, sans la moindre intention d'ironie, que ses amis avaient quitté généreusement, « pour la propagation de l'É vangile, » l'Amérique, où leurs demeures, aussi bien que leurs écuries, étaient peut-être sur une échelle plus modeste.
Dans un de ces confortables palais, M. Justin Perkins tenait sa cour, « Tous ces messieurs étaient parfaitement montés ; » M. Per-
1 Foyage round the World, par Ya Ploifter, p. 224
kins se distinguait parmi ses collègues. « Je n’ai jamais vu rien de plus beau en Orient que la jument, blanche comme la neige, de M. Perkins. Chaque mouvement du superbe animal, qui avait “coûté un grand prix, était plein de grâce. Cette jument paraissait dans toute sa beauté lorsqu'elle s’agenouillait pour boire. »
Mais au milieu de ces fabuleuses jouissances, M. Perkins et ses amis eurent une épreuve à supporter ; ils furent obligés de partager leur richesse avec d'indigents amis, les arméniens. Ceux-ci n’acceptèrent qu’à cette condition l'alliance proposée, le patriarche en tête. « Il avait de bonnes raisons, fait observer notre docteur allemand, pour se montrer poli envers M. Perkins et pour lui permettre de prècher l Évangile suivant les doctrines presbytériennes ; il recevait de la mission un subside considérable dépassant deux fois le revenu qu il retirait de ses ouailles. On peut attribuer le mème motif aux membres inférieurs du clergé, dont la politesse rampante à l’égard des missionnaires s'expliquait assez pas leur pauvreté, leur amour du gain et leurs salaires mensuels,
Ils n'étaient pas les seuls à dilapider les cinquante mille dollars versés annuellement dans le trésor de la mission par des souscripteurs enthousiastes d'outre-mer, mal informés peut-être, de leur emploi. « Les missionnaires semaient leur or d’une main libérale, dit leur hôte favorisé. Ils instruisaient gratuitement les enfants et leur donnaient une gratification hebdomadaire... Chaque évêque reçoit des Américains un secours mensuel de trois cents piastres turques, et les ecclésiastiques cent cinquante à deux cents. À la condition de continuer ce secours, le clergé nestorien permet aux missionnaires de précher dans leurs villages, de tenir des écoles, etc. » Sans cette rétribution, ou plutôt sans cet achat des prêtres, pour un motif louable, les missionnaires ne pourraient se maintenir dans cette contrée. Le paysan lui-même, en envoyant son enfant à l'école, poursuit une spéculation. Chaque écolier reçoit par semaine un sahefgeran et quoique ce don soit petit, les écoles seraient immédiatement désertes s’il venait à manquer. »
Enlin, si nous demandons au docteu: 5 ayner de nous dire franchement combien de convertis ont été réellement gagnés par cette énorme dépense, s’élevani en trente ans à un million et demi de dollars, ou plus de sept millions cinq cent mille francs, il est prèt à satisfaire notre curiosité et nous répondra consciencieusement g:' : tout cela n'a converti personne. Les Nestoriens, très-disposés à recevoir l’argent américain, ne cessent pas de mépriser la doctrine américaine, Au nombre des domestiques qui servaient dans
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le palais de M. Perkins, il y en avait deux, l'un juif, l’autre arménien, qui se prétendaient disciples. Le docteur Wagner, homme d'une nature aimable, était tout disposé à avoir bonne opinion de l’Arménien, qui exprimait constamment le plus vif désir de visiter l'Europe et l'Amérique. Mais « l'autre serviteur de la mission, Juif converti qui avait été mon guide à Seir, me fit entendre avec malice que d’égoistes et ambitieuses aspirations n'étaient pas étrangères au pieux attrait d’un pèlerinage en Europe, et au désir de son ami John de visiter la chrétienté. D'après lui, le rusé Nestorien, sachant iieux la langue anglaise, s’imaginait pouvoir jouer le rôle de MM, Perkins et Starking parmi ses compatriotes. » Évidemment ces intelligents convertis s’appréciaient l'un l’autre, et le clairvoyant docteur Wagner semble les avoir enfin jugés tous les deux : « Comme serviteur de la mission, John était un personnage de peu d' importance dans le pays; mais comme missionnaire et vivant aux frais de la mission, le haut clergé lui eût fait la cour, ce qui suffisait pour exciter l'ambition du jeune Nestorien. » Ensuite viennent ces aveux produits par le même témoin, ami éclairé : « Si nous exceptons un petit nombre de Juifs gagnés par des motifs d'intérêts, ces coûteux établissements n'ont fait aucun converti. »
Voilà ce qui a été accompli par les apôtres évangéliques de l'Amérique, si splendidement rétribués par les membres des Sociélés qui, jamais encore, n'ont élevé la voix contre l'esclavage des noirs et la chasse des Peaux-Rouges avec des carabines et des limiers ; mais ils payent force dollars pour entretenir leurs inutiles missionnaires en Orient. « Les missions américaines, selon notre témoin, ne peuvent pas se vanter d'un brillant résultat quant à l'amélioration des mœurs, à la prédication de la vertu par l'exemple ou au progrès de la culture intellectuelle; M. Perkins luimême en convient. » Toutelois, dans ses rapports officiels, ce missionnaire parle de ses continuels triomphes, et inscrit dans ses livres des contes de ce genre: « Le révérend William Goodell laissa tomber un exemplaire du traité intitulé la Fille du Fermier à Nicomédie, » et cet exemplaire, assure-t-il, connaissant ce qu’on peut faire croire à des souscripteurs d'outre-mer, produisit, sans l'aide d'aueun missionnaire, Ç un nombre considérable de chréliens éclairés et fervents ! »
L'homme qui se moquait ainsi des zélés fournisseurs de son luxe faisait cette confidence au docteur Wagner, qui heureusement en pri œute : « Selon moi, toute espérance devait être perdue pour li gémeation actuelle !, »
! Travels, ete. vol. HE, ch. vu p. 294-298.