LA GRÈCE
Ce pays, renommé pour les grandes acti ns qu'il a depuis longtemps cessé de produire, et plus fertile en paroles qu’en œuvres, parait se soucier aussi peu, au dix-neuvième siècle qu’au quinzième, des maux qu'ont attirés ses erreurs et des grâces qu'il a perdues par ses crimes. S'il est un peuple dont l’histoire p1:' être comparée à celle des Juifs, et qui semble, par la s'-gularité de sa destinée, avoir êté frappé par la main de Dieu, à la face de toutes les nations, ce sont les Grecs. Depuis le jour où le schisme de Photius a été consommé, et que Michel Cerulaire maudit pour la première fois, en 4053, le vicaire de Jésus-Christ, ils ont subi des afflictions et des ignominses telles que jamais aucune autre nation chrétienne n'en a souffert”.
Vingt fois réunis à l’Église, vingt fois ils sont retombés dans le schisme. En vain étaient-ils avertis par des prélats de leur nation, qui affirmaient leur obéissance au Saint-Siège, et par des châtiments que leur orgueil refusait de comprendre. Déjà, comme Pachymère, Gregoras et d’autres historiens grecs le racontent, « à peine était-il une seule ville dans l'empire qui n’eût été deux ou trois fois au pouvoir d’un ennemi. » Déjà comme pour la race proscrite, chaque action nouvelle de félonie était promptement suivie de quelque jugement terrible’. L'Occident avait envoyé ses bandes vengeresses pour châtier les Juifs, et l'Orient rassemblait des
{The Fifth Annual Report of the Malta Protestant College, p. 13 !1853).
* Voices of Mang Waters, par le Rév. T. W. Aveling, ch. xvi, p. 98 (1850.
5 On a inséré ici quelques lignes extraites d’un article, écrit il y a quelques années, sur les Eglises russo-grecques et orientales, et publié par l'auteur dans le Dublin Review, décembre 1847.
# Leo Allatius, de Eccies. Occident. et Orient. Perpet. Consens.; — Maimbourg, ilistoire du Schisme des Grecs.
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armées plus formidables encore qui devaient écraser les Grecs. Le pouvoir envahisseur, destiné à les fouler aux pieds, devenait tous les jours plus fort. Les Ottomans frappaient à leurs portes, et comme des lions en fureur, « ils demandaient à Dieu leur proie. »
Alors, pleins d’épouvante, mobile le plus puissant de ces Grecs dégénérés, ils cherchèrent à se réconcilier avec la chaire de Pierre ; et au concile de Florence, en 1439, tous les prélats des Églises grecques et orientales confessèrent d'une seule voix que «le Pontife romain est le véritable vicaire de Jésus-Christ et le chef de toute l’Église. » Joseph, patriarche de Constantinople, à son lit de mort, laissa comme dernier legs, à sa nation et à son peupl:, cette célèbre exhortation à l'obéissance et à l'unité dont ïl avait donné un immortel exemple; et ce fut en la prononçant qu'il rendit son âme à Dieu‘.
Mais la perfidie grecque devait encore provoquer un jugement qui serait le dernier. Grégoire, successeur de Joseph, après avoir lutté inutilement contre le nouveau scliisme, sc retira à Rome en 1451, prédisant la chute prochaine de Constantinople. Isidore, métropolitain des Russes ct délégué du patriarche d’Antioche avec Bessarion, autrefois le plus habile champion des Grecs, suivirent son exemple. En vain le Pape Nicolas V avertit le dernier des Constantins et lui annonça, comme un prophète, que « si avant trois ans les Grecs ne se repentaient pas ct ne revenaient pas à l’unité, ils seraient traités comme le figuier de l'Évangile, déraciné parce qu'il était stérile*. Cette prophétie fut prononcée en 1451. Les musulmans environnèrent la cité maudite ; et en 1453, « frappée par la main de Dieu, » comme s’exprimait le patriarche de Constantinople, la schismatique métropole croula. Deux cent mille barbares, rappelant par leur fureur les légions de Titus, ne cessèrent de frapper que lorsque leurs bras fatigués ne purent tenir le glaive. Ainsi tomba le dernier empereur de Byzance. Le plus somptueux des temples chrétiens, souillé par un schisme incurable, devint le temple de l’Arabe imposteur, « Pleurez, dit un évêque grec, l'un des captifs de ce jour lamentable, pleurez sur vos Ma‘heurs, condamnez-vous vous-mêmes et non pas les autres ; semblables aux Juifs emmenés captifs à Babylone, vous avez méprisé le prophète Jérén ie, prédisant la destruction et la captivité de Jérusalem, »
1 Maimbourg, livre VE, année 1459.
, Gennadius, Adv. Græcos : Theolog. Curs. Complet., tome Y, p. #0, * Leonardi Echinensis, Epise, Mitylen, Lib. de Captivitate Constantinopolis.
La condamnation prononcée était enfin accomplie. Dès ce moment, la misère, le mépris et l’oppression furent le partage des com munions orientales livrées à l'erreur. « Confondues avec les barbares, observe un éminent philosophe, elles portent le châtiment de leur schisme, et demeurent le seul peuple chrétien soumis à des maitres qui ne le sont pas'. » La destruction de Constantinople par Mahomet Il et les destinées du peuple grec présentent, comme le remarque Montesquieu, tous les signes d’un jugement divin®. Jusqu'à ce jour, à l’exception de ceux qui sont revenus à l'unité, et qui ont recouvré, par une noble soumission, la liberté qu'ils avaient perdue, les sectaires de Photius sont au nombre des plus dégradés parmi les races chrétiennes. « Depuis qu'ils se sont séparés du centre de l'unité, affirme un auteur qui les connaît, ils sont restés en dehors du mouvement de civilisation et de science qui porte en avant les autres peuples de l’Europe. Toute activité intellectuelle a cessé parmi eux... En perdant le sens élevé du christianisme, ils l'ont transformé en un culte de pratiques pharisaiques. Les simples prêtres n’ont plus eu la vertu du célibat ; et tous les évêchés, jusqu'au patriarcat de Constanlinople, sont devenus le but et le prix d'une basse intrigue, sur laquelle le pouvoir temporel se plut à spéculer, en mettant à l'enchère ces dignités sacrées. La simonie s’étendit comme une lèpre sur toute la hiérarchie, et l'on trafiqua des choses saintes”, »
« Ils se font un jeu des misérables dignités de l'Église grecque, dit Édouard Burke, illustre homme d'État, les petites factions du harem qu'ils emploient pour les obtenir, les ventes continuclles auxquelles ils livrent sans cesse la même dignité... sont aussi dégradantes que toutes les autres oppressions mises ensemble, dont les musulmans écrasent les malheureux membres de l'Église orientale. Le clergé séculier est tellement méprisé, parce qu’il se marie, qu’on ne lui permet jamais d’aspirer aux dignités de sa propre Église*. »
L'abaissement des Grecs et des autres communions schismatiques de l'Orient est bien connu. « Notre plume se refuse, atteste un écrivain qui a raconté leurs origines, à retracer des tableaux trop humiliants pour notre triste condition humaine”. »
M. de Bonald, Législation primitive, tome IV, sect. v, p. 17à.
? Grandeur et décadence des Romains, ch. xxn,
5 M. Eugène Doré, Correspondance et Mémoires d'un Voyageur en Orient, tome 1. pe. 102.
* On the Penal Laws against trish Catholics, Œuvres, vol. VT, p. 285-290 8 Gréce, par M, Pouqueville, membre de l'Institut, p, 447,
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Les Tures, reconi. :sant l'extrême différence entre les chréliens latins et les chrétiens byzantins, indiquent habituellement par des expressions énergiques leur respect pour les uns et leur mépris pour les autres ; ils appelaient, il y a deux siècles, les catholiques Beysadez, « les nobles, » et les Grecs Tuïf, « la populace ; » ils nomment encore les seconds Francs, terme de respect et d'honneur, et les derniers Kafirs, « hommes sans religion aucune. »
«Le musulman est étonné de voir classer les Grecs dans la grande famille des chrétiens d'Occident, observe un voyageur moderne. Ils n’ont gardé du christianisme que le nom. Le clergé ne comprend même pas la langue de sa liturgie. Nous les avons vus vendre des prières aux femmes turques, qui venaient en secret boire les eaux de quelque fontaine miraculeuse. Nous les avons vus vendre de l’eau-de-vie à la porte de leur église, et changer, pour ainsi dire, le sanctuaire en taverne, sous les yeux des mahométans justement dégoûtés d'une telle profanation. » La femme, qui doit toute sa dignité et toute son influence à la religion chrétienne, est retombée, au milieu des communions schismatiques d* l'Orient, dans une espèce de barbarie. « Les Grecs et les Arméniens schismatiques ont fait redescendre leur système social et la famille, pour ainsi dire, au niveau musulman !, »
L'exactitude de ces appréciations n’est pas contestable; cependant il faut reconnaître que les Grecs, malgré leur schisme entretenu par l’ignorance, malgré l'entourage et l'oppression des Tures, ont conservé les principaux éléments du christianisme, et qu’ils ont encore eu la force, dans les temps modernes, de résister aux séductions protestantes.
Les faits indiqués sont confirmés, de nos jours, avec de longs détails, par des protestants anglais et américains qui en furent témoins. « On ne peut s'empêcher, dit le docteur Carne, de reconnaître l'extrême abaissement des malheureux Grecs *. » « L'ignorance grossière du clergé inférieur, non-seulement de tout ce qui concerne la théologie, remarque M. Spencer, mais même des premiers éléments de l'éducation; les habitudes dissolues d'un grand nombre de dignitaires du haut clergé et les infamies pratiquées dans les monastères sont devenues proverbiales dans toute la Grèce. Ceci s'applique à la Grèce propre, dont les habilants sont plus démoralisés qu'ils ne l'étaient sous l'empire des
UM, Boré, CF. Ubicini, Letters on Turkey, vol. UE, lettre IE. * Letters from Lie East, vol. 1, p. 77.
Tures', » « C'est aux Grecs, atteste M. Warrington-Smyth, en 1854, qu'il faut attribuer une large proportion des crimes du pays, » mème dans les possessions ottomanes?. « Le patriarcat, rapporte un auteur américain, en 1861, est le centre d'une corruption sans honte. Les neuf dixièmes du clergé grec sont ignorants, vulgaires, ivrognes, débauchés…. Ils sont, en conséquence, détestés par la grande majorité des membres de cette religion. » « Le divorce s'obtient aussi aisément, dit sir Adolphe Slade, dans la religion grecque que dans la musulmane, » et aussi facilement qu'aujourd'hui dans l'Église anglicane ou prussienne ; « on abuse beaucoup de la dispense, et les évêques, qui ont chacun le pouvoir de la donner, l'accordent sous le plus futile prétexte. » Comme contraste, au sujet des catholiques, il ajoute : « Le divorce ne leur est pas permis*. »
Il ya cependant bien des personnes en Angleterre qui, par esprit de parti, se sont donné le mot pour exalter les Grecs et en faire les utiles alliés des protestants contre l'Église. Toutcfois les Grecs et les communions de l'Orient ont vingt fois anathématisé la religion anglicane, et refusé avec énergie, malgré leurs propres misères, la moindre apparence de rapprochements avec ceux qui la professent. IL y a peu de temps, comme le disait avec tristesse un écrivain anglais en 185%, le patriarche grec schismatique, dans un document officiel adressé à ses coreligionnaires, représentait les émissaires de l'Église anglicane dans le Levant comme « des hérésiarques sataniques sortis des cavernes de l'enfer’. » Mais ceci n'empêche pas les écrivains anglais, à la recherche d'une reconnaissance qui leur est toujours refusée, d'affecter de la sympathie à l'égard des communions qui déploient pour la leur une telle répugnance, et dont les chefs, après avoir rapporté dans une occasion solennelle, lors de la déposition de Cyrille Lucas, les dogmes de l'anglicanisme tels qu'ils se trouvent dans « les trente-neuf articles, » déclaraient que ceux qui les admettent sont « des hérétiques blasphémateurs contre Dieu. » Les évèques promulguèrent ensuite leur décret, par les mains de Jérémie de Constantinople, comme « une réponse aux habitants de la Grande-Bretagne, » auxquels ces anathèmes étaient particulièrement adressés".
! Travels in European Turkey, vol. I, ch. xv, p. 280, 289.
: À Year with the Turks, ch. x, p. 295.
* Correspondance de Constantinople du New York Herald, 16 avril 1861.
+ Records of Travel, ete., ch. xx, p. #44 (1854).
5 Journal of a Deputation to the East, vol. 1, p. 816 (1854 . $ Theiner, Pièces justificatives. 1. 565.
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Il est à remarquer que les églises de l'Orient méprisent les erreurs modernes, qu'elles n’ont jamais acceptées, aussi obstinément qu’elles rejètent les anciennes vérités qu'elles ont professées autrefois. Lorsque les avocats du protestantisme, plutôt vexés ques convaincus par la masse formidable de témoignages among QUE dans le célèbre ouvrage de Nicole, la Perpétuité de la fq Ka appelèrent aux sectaires de l'Orient, pour soutenir leur n la on
du Sacrement de l'Autel, ils gagnèrent peu à cet appel. Onbg
ambassadeurs et consuls d'Orient; et « l’on reçut les prof À. de foi des patriarches, archevêques et évêques des différé Églises, affirmant dans les termes les plus positifs la doctrine de la présence réelle, et se plaignant amèrement d'avoir été calomniés !. » Voyons comment ils ont répondu de nos jours à des ouvertures semblables.
En retraçant les efforts récents des sectaires pour introduire leurs opinions dans le Levant, nous puiserons, comme toujours, nos renseignements à des sources protestantes. Pendant plus d’un quart de siècle ils ont travaillé, en distribuant de tous côtés, selon leur habitude, des Bibles et de l'or, des brochures et des dollars, Les Américains se vantent « d’avoir dépensé à eux seuls depuis longtemps la somme annuelle de quinze mille livres sterling ?. » Les Anglais, comme de coutume, ont été plus prodigues encore’, Ils n’ont le plus souvent ni églises, ni fidèles, landis que Rome compte ses convertis par milliers. J1 y a trente ans, les actifs émissaires des Etats-Unis distribuaient avec des Bibles et des brochures que personne ne regardait, « des trai'és de géographie, d’arithmétique, et des abrégés d’histoire, » que l'on accueillait beaucoup plus volontiers *. De fait, pendant plusieurs années, l’éducation des schismatiques de ces contrées était principalement entre leurs mains. On peut supposer sans exagération que les missionnaires protestants dans le Levant ont déjà répandu plus d'un million de livres sterling. Si nous leur demandons quel à été le résultat positif de leurs efforts persévérants, ils vont nous répondre.
Commençons par Athènes. Les Anglais, selon leurs habitudes, ont employé des agents que personne ne voulait écouter. « Un émissaire de la Société anglaise et étrangère pour les écoles, raconte le
! Un Missionnaire russe, par le prince Augustin Galitzin, p, 85. > Journal of a Deputation, ete., p. 826.
+ Landes of the Bible, par John Wilson, D. D., F,R.S., vol, 11, p. 509,
* Excursions to Caire, cte., par le Rév, George Jones, ch. xxr, p. 321 1876.
docteur Wolff, fut envoyé pour en établir, mais il renonça bientôt à ce projet, et prononça des discours sur l'économie politique‘. » Les Américains ont eu plus de succès. « Notre pays, dit un Américain zélé, peut être fier ici de ses missionnaires*. » L'année suivante, ‘un autre citoyen des États-Unis écrit d’Athènes: « La cause de l'éducation et du christianisme fait de rapides progrès *. » (Cette appréciation était exagérée, nous allons le voir; on comptait un peu trop sur l'avenir. « En Grèce, assure un troisième auteur transatlantique avec autant de satisfaction , les seules écoles sont entre les mains des missionnaires américains, et entretenues par la libéralité des citoyens d'Amérique‘. » Près de vingt ans auparavant, un écrivain anglais avait remarqué que cinq cents enfants grecs suivaient déjà les écoles américaines d’Athènes , et que dans celles de madame Hill, femme d’un missionnaire, « les filles des premières familles grecques de Constantinople aussi bien que des plus distinguées de la Grèce propre, » y recevaient leur éducation. Le docteur King eut aussi autant d'influence et d'élèves que M. et madame Hill.
Si, toutefois, nous voulons conclure que ces messieurs et leurs associés faisaient des progrès comme missionnaires*, but réel de leurs efforts, les événements dissiperont cette illusion. Ainsi que leurs frères, dans toutes les parties du monde, ils furent tolérés en vue des avantages que l’on pouvait retirer d’eux ; mais, dès l’instant qu'ils s'aventurèrent à parler religion, des incidents graves les avertirent de leur erreur, Malgré l’influence qu'ils avaient gagnée par leurs rapports avec les hautes classes, malgré les services qu’ils avaient certainement rendus comme professeurs séculiers, et la puissante sympathie de la reine de Grèce, à peine essayèrent-ils de s'élever de l'humble fonction de maitre d'école à celle de missionnaire, qu'un murmure menaçant, devenu bientôt clameur universelle, leur révéla leur situation. Pendant vingtans, M. et madame Hill avaient librement tenu leurs écoles, et pouvaient se croire assurés de leur position; mais à la première tentative ils comprirent ce qui allait arriver, « et crurent prudent de fermer
1 Journal, etc, p. 07.
* Wanderings in Europe and the Orient, par Samuel C. Cox, ch. xav, p. 197 (18592,
5 Yusef, par J. Ross Browne, ch. x1, p. 100.
® Incidents of Travel, par 3. L. Stephens, esq., ch. xxvun, p, 212.
5 Greece revisited, par Edgar Garston, vol. E, ch. v, p. 101,
6 Un voyageur anglais parle de l’un d'eux qui € avait nommé ses quatre fils Léonidas, Miltiade, Thémistocle ct Épaminondast » (Narrative of « Yacht Voyage in the Mediterranean. vol. 1, ch, vu, p. 160 1842).
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leur classe de garcons'. » Le docteur King essaya de braver la tempète, « en dépit des anathèmes d'évêques et patriarches ; » mais sa résistance fut plus énergique qu’efficace. Les Grecs, quoique affaiblis par le schisme, étaient au moins décidés à ne pas tomber plus bas : et ils furent si indignés des tentatives pour introduire parmi eux le protestantisme, qu’au rapport de M. Irénée Prime, « il y eut des complots sérieux et fortement organisés pour assassiner le docteur King *?. » [lne dut la vie qu’au drapeau consulaire transféré à sa résidence, « drapeau, observe un de ses compatriotes, qui contient beaucoup de bandes, et plus d'étoiles’. » Enfin, un voyageur anglais nous apprend, en 1854, que « l’an dernier, à Athènes, un missionnaire américain, le révérend docteur King, fut jugé par les cours civiles, et condamné à quinze jours de prison, puis au bannissement, pour avoir prêché l'Évangile aux habitants dans sa propre maison, et pour avoir publié une brochure contenant des doctrines opposées à celles de l’Église grecque. » Il paraît que dans cette brochure il parlait contre la dévotion à la sainte Vierge, crime que les Grecs ne peuvent tolérer, ni voir commettre de sang-froid.
En même temps, un M. Buell, aussi missionnaire, qui ne voulut pas permettre qu’on suspendit un Crucifix dans son école au Pirée, fut cité devant les tribunaux ; son école fut fermée par ordre du gouvernement, et une amende de cinquante drachmes imposée au profane maître d'école.
Telle a été la fin de tous ces travaux d'éducation continués pendant un quart de siècle. La conscience grecque, à laquelle on ne saurait reprocher trop de délicatesse, fut choquée par les premiers accents du protestantisme ; et pendant que ses agents étaient flétris par le patriarche comme « des hérésiarques sortis des cavernes de l'enfer, » le peuple répondit à ses invitations par un cri « d'anathème » et de « bannissement, » parti du cœur de la nation.
I n'est pas sans intérêt de remarquer l'effet produit par cette manifestation populaire sur les missionnaires protestants ct leurs patrons. Jusqu'alors, ils avaient parlé toujours avec respect, souvent avec une espèce de révérence, de cette « ancienne et vénérable » Église, dans l'espoir qu'on pourrait l’amener à reconnaitre leurs institutions plus récentes. Maintenant, adieu les louanges.
* Notes of Travel in the East, par Benjamin Dorr, D. D., eh, xv, p. 503 1856 © Travels in Europe and the East, vol. H, ch. xv, p. 188 ‘1805,
3 Cox, ch. x1v,
4 Journal of a Deputation, ete., p: ,90.
® Joural d'un Voyage au Levant, p. 281, 511,
Nous avons vu, dans l’Inde, les Nestoriens, inondés d'abord de tant de courtoisie, voués ensuite à l’ignominie par les prélats protestants, après avoir résisté aux ouvertures respectueuses faites par les dignitaires anglais, dont ces hérétiques dédaigneux avaient refusé de reconnaître «l’ordination » douteuse, et stigmatisés enfin comme étant « pires que les romanisies. » La même chose arriva en Grèce. « L'Église grecque, dit le docteur Wilson, rappelant la déroute de ses coreligionnaires, est d'accord avec l’Église de Rome dans la plupart des matières les plus importantes. Elle a les caractères essentiels de l’Antechrist'. »
C’est ainsi que ces messieurs se vengèrent des Grecs , autrefois objets d’éloges. « Je dirai, ajoute le docteur Wilson, avouant l'inutilité des efforts, qu’il semble à présent très-difficile de pénétrer l'Église grecque de la vérité et de l'influence évangélique ; sa position est beaucorip moins encourageante que celle des autres Églises orientales. » De sorte qu'ils sont allés cultiver, nous verrons avec quels fruits, des champs qui promettaient davantage.
«Quant aux Grecs, reconnaît le docteur Hawes, ministre profestant uméricain, le succès des efforts tentés en leur faveur a
‘té moindre qu’on n'avait raison d'espérer; » et puis, comme s’il eût reconnuque cet aveu était insuffisant : « Les missionnaires, en grande partie, se sont crus obligés, pour le moment, de se retirer ?, »
MM. Eli Smith et Dwight, dans leur ressentiment plus accentué, confondent les catholiques avec les Grecs, et semblent attribuer leurs mésaventures à l’influence des premiers. « Un missionnaire, disent-ils, peut à peine poser le pied sur une partie de ce champ, que baigne la Méditerranée, sans rencontrer quelque sentinelle de la mère des prostituées, prêt à lui porter un défi, et à faire entendre le cri d'alarme. » Cependant les Grecs ne paraissent pas avoir eu besoin de stimulants venus de ce côté; ils les auraient certainement reçus avec surprise, s'ils leur avaient été offerts.
En dernier lieu, un représentant du protestantisme anglais assombrit encore le tableau, et découvre, vingt-cinq ans trop lard, que « l'Église grecque est opposée à une circulation générale de Bibles ; » et que «ses prêtres se sont toujours élevés fortement contre la distribution de la Bible en grec moderne‘. » Cependant la Société biblique assurait toujours ses souscripteurs, comme nous
1 Lands of the Bible, vol. IE, p. 166.
? Travels in the Eust par S, Hawes, D. D., p.168.
5 Missionary Rescurches in Armenia, lettre XI, p. 210. 4 Journal of a Deputation, p. 59%.
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l'avons vu, qu’ils n'avaient point de sphère d’action plus encouraueante, et que même les soldats grecs allaient puiser force et courage dans la version protestante durant les intervalles du combat, « dans les camps, et en attendant l’ennemi. » C’est, sans doute, pour soutenir cette pieuse habitude que les missionnaires anglais envoyèrent de leur forteresse maltaise, en une seule année, « quatre millions sept cent soixante mille pages, toutes en grec moderne ; » et que les Américaus avaient déjà répandu, il ya trente ans, «environ trois cent cinquante mille volumes contenani vingt et un millions de pages. » Les frais d’un distribution si abondante, mais si inutile, augmentée de beaucoup par la suite, ont été supportés avec plaisir, mais non avec sagesse, par les protestants de ces deux nations éclairées.
Nous devons admettre, néanmoins, avant de passer de Grèce en Turquie, que l’enseignement protestant n’a pas élé entièrement sans effet dans le premier royaume. Voici un exemple de son influence. Une dame grecque accomplie, d’une intelligence rare et pleine de connaissances, avocate éloquente de sa race et de sa nation, ayant eu le malheur de perdre ses parents, fut élevée par un ministre protestant. Le fruit de son éducation, s’il faut en juger par les écrits de cette dame, a été de remplacer la foi par un scepticisme glacial et arrogant, de lui communiquer une haine furieuse contre la religion catholique, qu’elle appelle « un mahométisme chrétien, » et de lui donner le courage d'affirmer que le divorce, devenu une espèce d'institution nationale dans les pays grecs et protestants, n’est pas un mal, mais un instrument de moralité! ! On trouve dans les écrits de cette dame beaucoup d'autres choses du même genre, qu'il serait pénible et inutile de noter, mais qui peuvent au moius nous convaincre que la Grèce a bien fait de crier à « l’anathème » contre les missionnaires protestants.
Nous verrons un peu plus tard ce que, de l'aveu des Grecs ct des Russes, les prêtres catholiques ont fait; mais nous suivrons d'abord leurs rivaux en Turquie, afin de compléter l’histoire de leurs opérations dans le Levant,