‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 43 sur 226 · RUSSIE D'EUROPE · texte numérisé non relu

RUSSIE D'EUROPE

À ‘a faveur d'un savant concours, nous pourrons donner plusieurs extraits de publications russes ; nous aurons donc les aveux des premiers intéressés.

La Livonie appartient à la Russie depuis Pierre le Grand, et la Courlande depuis le second partage de la Pologne ; la population de ces deux provinces se compose d’Esthoniens et de Lettes, en majorité luthériens avec un reste de paganisme. Malgré les influences politiques, il n’y avait, au commencement de ce siècle, qu'un très-petit nombre d' adhérents : à l'Église oflicielle : dans le diocèse de Riga, 16,290 ; en Livonie, 8,443, et dans toute la Courlande, 556 ; en tout, 25,469 gréco- Tu euruns population totale de un million quatre cent mille âmes'. Dans l'espace de vingt ans, depuis l’année 4800, ce petit nombre de fidèles de l'Église russe éprouva une notable diminution de 11,524 âmes. De sorte que, dans ces deux provinces réunies, il ne restait olus, en 1820, que 45,945 orthodoxes, tons russes ou enfants de colons russes®. On voit donc, d'après ces chiffres, dans quel sens l’Église soi-disant orthodoxe faisait des progrès. Elle était alors réduite à ses propres forces; le gouvernement civil se refusait à exercer aucune pression, ce qui s'observa surtout pendant le règne d'Alexandre [*.

Mais lorsque l'empereur Nicolas monta sur le trône, la main de la polis. ne cessa plus de prêter au clergé russe le concours efficace que le Ciel lui refusait. L'organe du synode de Saint-Pétersbourg va nous l'apprendre. Voici les chiffres qu'il indique. En 1844, on comptait en Livonie, diocèse de Riga, 20,586 orthodoxes et vingtcinq églises. Quatre ans plus tard, à la fin de l’année 1848, Esthoniens et Lettes, au nombre de cent dix-sept mille sept cents, entraient dans le giron de l'Église officielle, sans que personne dans le clergé parût s'inquiéter de l'énormité des profanations qui devaient s’ensuivre.

Les Esthoniens et les Lettes ignoraient profondément la religion de l'empire, qu'ils appelaient simplement la foi russe’, comme ils le font encore aujourd'hui. Tout à coup le bruit se répand parmi le peuple que ceux qui embrasseraient la foi russe recevraient

1 Entretiens spirituels, journal du synode de Saint-Pétersbourg, n° 57, 1863. 2 Jbid., n° A1.

3 Jbid., u° #41, p. 259.

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L'auteur de l’article que nous citons, témoin oculaire de ces événements, tâche de justifier son cleigé de complicité dans cette indigne manœuvre, en disant qu’il n’y était pour rien. Nous voulons bien le croire; mais si l’impulsior ne vint pas de leur part, c'est à eux qu’elle devait aboutir. Ils n'oat pas craint de dispenser les sacrements à des gens qui les recevaient par des motifs purement humains, avoués et connus de tout le monde; par leur coupable faiblesse en face du pouvoir civil ils n'ont pas craint de profaner les plus augustes mystères de la religion. Ce clergé esclave, qui a perdu tout sentiment du devoir, en est justement puni par la stérilité de son ministère, et la servitude où le tient l'autorité civile.

Ces guides aveugles jettent les perles sous les pieds des pourceaux, et tombent eux-mêmes dans la dégradation inséparable du schisme. Peu leur importent les moyens, pourvu qu'ils montrent chaque année un certain nombre de baptêmes inscrits sur leurs registres. [ls ne reculent même pas devant le sacrilége pour retenir dans les limites de l'Église officielle les âmes qu'ils abusent.

La Finlande avec ses deux millions d'habitants est soumise, depuis un demi-siècle, à la domination des czars. Malgré les caresses ou les menaces de la Russie, très-peu de Finlandais professent la religion nationale russe ; la grande majorité est luthérienne, à cause de leur union présédente à la Suède. Le journal russe le Jour nous apprend que, dans cette province, les Finlandais

orthodoxes sont distingués de leurs compatriotes par le nom de Russes, quoique la plupart ne sachent pas un mot de cette langue et n'aient d'autre affinité avec ce peuple que celle de la religion. Ils savent, comme tout le monde, que, malgré ses prétentions à l'orthodoxie et à l'universalité qui ne lui appartiennent pas, cette religion est simplement Île drape: au de la nationalité Russe,

Aussi, tous ceux qui embrassent l'orthodoxie russe, qu’ils soient Finlandais, Kinois, Tartares où Mongols, deviennent russes aux yeux de leurs concitoyens, s'appellent de ce nom et perdent leur première nationalité. La conscience des Finlandais s’est particulièrement signalée dans cette appréciation, Un Finlandais ortho: doxe n'est pas estimé par ses compatriotes. lei, comme partout ailleurs, la dégradation morale et une profonde ignorance sont l'apanage des orthodoxes dont le nombre est de quarante-huit mille environ. Ce qu'ils savent de la religion chrétienne leur vient de pasteurs luthériens qui jouissent auprès d'eux du crédit refusé à leurs propres prêtres. L’incapacité radicale de l'Eglise russe pour former des apôtres et pour donner à ses enfants la nourriture spirituelle, se montre ici dans tout son jour. Dans l'espace de dix siècles cette Église n'a rien fait pour la Finlande; elle ne s’est pas même donné la peine de traduire son catéchisme en langue finnoise!,

Pour la Laponie russe, nous avons une description de la religion professée par les habitants : «Ils sont indifférents au christianisme qu'ils ont affecté d'embrasser il y a quelques années. Instruits par des prètres ivrognes, et cédant à la crainte, où par faiblesse, ils mêlent les supersutions de l'Eglise russe aux vieux enchantements de la sorcellerie*. »

Les habitants de la province de Perm et les Ziraniens de Vologda « conservent beaucoup de leur ancien paganisme, » et au Sud, où ils ont été en contact avec les Bashkirs, ils sont, dans certaines parties, devenus mahométans®; les Votiaks de Viatka, que l'on peut à peine distinguer des païens, les Tsherimis, les Tschuvashs et autres tribus, qui sont chrétiens de nom et paiens de croyance, tous rendent témoignage à l'indifférence ou à l'incapacilé de l'Église russe. Les Tsherimis, qui sont au nombre de près de cent soixante-dix mille, et qui abondent spécialement dans les gouvernements de Kazan et de Viatka, sont ainsi dépeints : « Quelques-uns d'entre eux sont de purs païens ou des chrétiens

! Le Jour, 23 novembre 1865, n° 47.

? Revelations of Russie, vol. E, ch. x, p. 500. $ Latham, vol. 1, ch. xx p. 216.

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ébauchés, conservant, sous la surface de leur présente croyance, la plupart des éléments essentiels de leur paganisme originaire !. » Les Tschuvashs, au nombre de quatre cent trente mille à peu près, adorent le démon, malgré leur profession extérieuse de la religion grecque. € Leur christianisme est nominal, et mêlé d'éléments paiens et mahométans”. » Les Bisermans de Viatka sont ouvertement mahométans, et le docteur Latham pense qu'ils ne sont « ni plus ni moins que des convertis Votiaks d'un certain rang*. » Cependant les Votiaks sont supposés disciples de l Église russe!

Mais il n'y a rien de surprenant dans ce fait. Les Russes, comme nous pourrons nous en convaincre, adoptent souvent les plus mauvaises superstitions païennes, et les pratiquent avec un zèle proportionné au sérieux de leurs idées religieuses. M. Pietrowski raconte — et c'est un exemple entre mille — que durant un voyage sur la Dvina, en traversant les gouvernements de Vologda et d'Archangel, ses compagnons étant tous pélerins de l'Église nationale auprés des lieux saints; « chaque personne à hord, depuis le capilaine jusqu'au plus pauvre des bohomolets, jeta une piéce de monuaie de cuivre dans l’eau, pour rendre la Dvina propice à leur voyage durant tout son cours, »

Accompagnons M. Laurence Oliphant dans son voyage à Kazan ; nous descendrons avee lui le Volga jusqu’à la mer Caspienne, Les Kalmouks qu'il rencontra, étaient tous bouddhistes, « La population tartare, dit-il, est précisément la même qu'elle à jamais été. » Près de Pembouchure du Volga, 1! visite «un grand et populeux village dans un état complet de paganisme, et selon toute apparence, destiné à y rester, » parce que l'Église russe ne sait comment le convertir, et ne permet pas à d’autres de l'essayer. A Sarepla, près d'Astrakhan, où, sur une population de onze cents individus, huit cents sont luthériens ou Moraves, il observa un fait nouveau, Les Moraves avaient commencé à convertir, à leur manière, quelques paiens du voisinage, dont l'Église nationale ne prenait pas soin, «€ Le clergé grec intervint, et soutint que les converlis devaient être admis dans leur Église. » On en appela au gouvernement qui soutint les prêtres, et les Moraves abandonnèrent la lutte, @ On ne fait rien, dit M. Oliphant, pour contrebalancer cette bigoterie capricieuse, par Sr de missions de l'Église grecque au milieu des tribus errantes,

! Latham, p. 218.

4 Story of a Siberian eæile, par M. Rufin Pietrowski, ch. vin, p. 160 (1865).

* liussian Shores of the Blask Sea, ch. mm, p. 523 ch. v, p. 703 ch. vin, p. 19;

M. Scott lit en partie le même voyage, et il conlirme, en 1854, seque M. Oliphaut avait rapporté en 1855. IL dit d'une tribu :

aiens de religion, ils prétendent adhérer à l'Église gréen-russe ; » autre : CAS sont sectateurs du grand Lama; » d'une troisième : È «Ils sont tous mahométans. » Ceux-ci ne donnent ancun embarras à l'Etat; par conséquent on ne gagnerait rien, dans les idées russes, à les faire chrétiens. À Sarepta, M. Scott fit une visite à M. Louser, ministre morave. « L'empereur a arrêté tout d'un coup, écrit-il après son entrevue, ces nobles shoes pour sauver une nation de l'influence mortelle du paganisme .»

ILest évidemment impossible d’excuser l'empereur ou ses agents ecclésiastiques, dont le devoir était au moins d'essayer œuvre qu’ils ne permettaient pas à d'autres; mais en défendant les missions protestantes parmi les Tartares, nous avons la satisfaction d’apprendre qu'il ne leur à pas fait tort. Les missionnaires protestants en Russie, comine tant de leurs confrères dans d’autres pays, sont tout simplement des commerçants, Ilenderson avoue que « la mission de Sarepta était la plus improductive de toutes celles qu’ils avaient établies ; » il découvrit qu'à Karas également «€ peu de progrès réel avait été fait par la mission, » et fut choqué de trouver les membres principalement occupés « des affaires temporelles de la colonie*, » Leur histoire récente est assez instructive. @ [est à craindre, dit Julius Klaproth qui les avait aussi visités, que ce ne soit bientôt qu'une manufacture de toiles, car il est connu que tous les établissements des Freres moraves en Russie n'ont d'autre motif que l'amour du gain.» Enfin, la dernière phase de leur carrière est décrite par Hommaire de Hell, qui trouva € qu'aujourd'hui, on se souvient à peine du but premier de leur établissement, et que la colonie de Karas, essentiellement agricole, ne pense plus à autre chose qu'à s'enrichir aux dépens des étrangers attirés au Caucase par les eaux minérales. » Si les Russes n'ont mème pas l’idée d'un missionnaire apôtre, les protestants, leurs dignes émules, ne peuvent le leur reprocher.

[est vrai que dans les environs d’Astrakhan, le protestantisme a essayé ce que le panslavisme n’avait pu elfectuer, mais sans autre résultat que de montrer qu'une forme de religion humaine est aussi impuissante qu'une autre. « La réception faite aux mis-

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ch. XX, p. Cf. Oriental and Western Siberia, par 3. W. Atkinson, ch. xx, p. 289. {The Baitie, ete., eh. vin, p. 11%; eh x, p. 158; eh. xu, p. 194.

* Biblical Researches in lussie, par E. Henderson, ch. xvu, p. #12; ch xx, p. #47. $ Voyage au mont Caucase el en Géorgie, par M, Jules Klaproth, eh. x, p. 261.

4 Les Steppes de la mer Caspienne, tome I, ch. vu, p. 206,

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5 Kazan, the a ch. 1v, p. 155.

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xx, p. 289.

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