‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 44 sur 226 · XX, P. ANT · texte numérisé non relu

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Au1.

sionnaires écossais par les Tartares, relate Henderson, fut loin d'être encourageante.. Quelquelois ils recevaient leurs paroles avec moquerie ; ils les ont hués avec la plus extrême rudesse, et ils les ont chassés!, » C’est aussi un curieux spécimen de la prétendue unité religieuse en Russie, qu’en 1835, Astrakhan conteuait déjà, outre les églises gréco-russes, quinze mosquées, deux églises arméniennes, une ég'ise et un couvent catholiques, un temple protestant et une pagode hindoue?!.

Nous sommes maintenant arrivés à l’embouchure du Volga, mais il faut retourner à Kazan, ancienne capitale d’une nation puissante, avant de continuer notre voyage à l’est. Kazan, comme l’observe le docteur Latham, est « la grand: pépinière de missionnaires et d’agitateurs en faveur des desseins religieux et politiques de la Russie dans la direction de l'est. » Toutelois, dans ce gouvernement et sur tout le cours du Volga, l:s projets des missions russes ont été au moins aussi infructueux que dans aucine autre région de l'empire. M. Turnerelli confirme les assertions de Latham, de Scott et d'Oliphant sur le pazanisme des Tsherimis, des Tschuvashs et d'autres prétendus convertis®; la grasse majorité de ces tribus n'affecte même pas de professer la rel'gion de leurs maitres, malgré les motifs puissants qui leur sont présentés. Dans la ville mème de Kazan, il y a près de vingt mille mahométans, et l'immense population tartare de tout le pays, aussi loin qu'Astrakhan, reste tout à fait en dehors de l'influence de l’euseignement russe où adopte, comme l'ont fait les Tartares fschulim, au nombre de quinze mille, et quelques Nogays, un horrible mélange de christianisme, d'islamisme et de chamanisme*. Mais la grande majorité, comme s'accordent à le dire tous les témoins, est juste ce que leurs ancètres étaient avant l'annexion du Khanat de Kazan à l'empire moscovite.

L'incapacité radicale de la part du cl::7" russe de toucher les cœurs est attestée par des faits innombrables. Il y a une vingtaine d'années, la province de Kazan souffrit beaucoup d’une sécheresse prolongée, Une peuplade assez nombreuse du nom de Mordva, qui depuis longtemps s'était russifiée, c’est-à-dire qui faisait profession de christianisme, envoya une députation à son curé, prêtre russe, pour lui demander la permission d'offrir un sacrifice selon

! Biblical Researches, ch. xvi, p. 451.

* Schuitzler, {4 Russie, ee. livre LE, ch, m1, p. 699.

% Kazan, the ancient Capital of the Tartar Khaus, par G. T. Turncrelli, vol, IE, ch iv, p. 155.

# Latham, ch, xx, p. 258.

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l’ancien rite, afin d’obtenir de la pluie. Le pope eut toutes les peines du monde à les détourner de leur dessein, et il ne put y parvenir qu’en employant l’ultima ratio, la police".

Au mois de février 1864, le pope d'une grande paroisse de cette même province de Kazan arriva dans un village tartare pour communiquer à ses habitants chrétiens et mahométans un réglement de l'administration concernant l'emploi du blé qui, l'année précédente : yant été de mauvaise qualité, avait engendré des maladies dangereuses. Il fit rassembler une quarantaine de Tartares des deux religions, et après leur avoir donné lecture du réglement, il proposa au prêtre mahométan, que les Tartares appellent Moulla, une conférence sur la religion. La conférence fut acceptée et Île pope développa les preuves de la divinité de la religion chrétienne. Le Moulla écouta sans interruption, et lorsque le pope eut fini, prié de donner à son tour ses arguments en faveur du mahométisme, il lui adressa ces paroles : « Non, mon père, je n’en ferai rien ; vous vous êtes trop hâté de nous instruire et de prétendre nous prouver que notre foi est mauvaise. Vous devriez d’abord enseigner votre religion à vos paroissiens. le ne parle pas de ceux-ci, continua-t-il en montrant les Tartares baptisés qui se trouvaient là, ils nous ont quitté, cependant ils ne sont point avec vous. Je parle de vos paroissiens russes; ils ne connaissent pas leur religion, et ne savent même pas prononcer comme il faut le nom de Jésus. Ne voudriezvous pas plutôt désigner un de vos Russes pour le comparer avec un des miens, et vous assurer par là qui saura le mieux sa religion. » Le prêtre russe n’accepta pas la proposition et la conférence n'eut pas lieu ?.

Les Taïtares de cette province sont au nombre de sept cent mille, zélés musulmans.

Voici l'appréciation du clergé russe de cette contrée par un intrépide voyageur anglais, en 4863 : « Un Moulla, du pays des Kalmuks, m'assurait que tous les popes sont des imposteurs ; ils font tout pour de l'argent et rien pour l'amour de Dieu *; » « l'ivrognerie du clergé russe se fait particulièrement remarquer chez les dignitaires de cette Église’. »

Les Cosaques du Don, chez qui de Hell a trouvé des marques d'un profond sentiment religieux, se regardent comme « vrais

! La Revue orthodoxe, mars 1865, p. 197, Moscou.

3 Le Jour, A avril 1864, n° 15, Moscou.

3 The Races of the Old World, par Ch. Brace, ch. niv, p. 132 (1863). 4 Tartar Steppes and their Inhabitants, par M. Atkinson, ch. 1v, p. 131. 5 Jbid., ch. xiv, p. 295.

croyants, ; qu'une lés une très-g} parlant de « Des miss du dernier la force n°4 Quelques-u tendus chr redoutables bortsy et le abandonné environ. V gouvernem tenant les « cette classe M. de Custi sions religie Les Osset quante mille de christiani de Géorgie, ont en parti certains avai ont été nom rentes®, » da peints par | chrétiens en thausen, sont ment, Is off dans des bosc russe ia fait Klaproth, ent BDodenstedt ainsi des Géor l'influence ru usages et les (

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croyants, » en opposition aux membres de l’Église officielle, « parce qu'une légère différence dans le texte de leur Bible en a occasionné une très-grande dans leurs sentiments religieux. » Le même auteur, parlant des Kalmouks sur les rives du Kouma, s'exprime ainsi : « Des missionnaires russes ont essayé de les convertir vers la fin du dernier siècle ; mais ces tentatives de prosélytisme basées sur la force n'ont pas eu de résultats et n'ont créé que des rebelles. » Quelques-uns consentirent à se laisser baptiser, mais « ces prétendus chrétiens sont, avec les Turcomans, les habitants les plus redoutables des steppes'. » Suivant le même auteur, les Douckobortsy et les Molokani, ces derniers au nombre d'un million, n'ont abandonné la religion de leurs ancêtres que depuis soixante ans environ. Violemment transportés dans la nouvelle Russie par le gouvernement « alarmé de leurs doctrines, » ils professent maintenant les dogmes fanatiques des Mennonites, et appartiennent à ectte classe dangereuse dont l'accroissement rapide a suggéré à M. de Custine cette pensée : « L'empire russe périra par les divisions religieuses. »

Les Ossets, au versant oriental du Caucase, au nombre de cinquante mille environ, «ont pour religion un mélange de judaïsme, de christianisme, de mahométisme et de paganisme?. » Les Ossets de Géorgie, « devenus sujets de la Russie depuis leür annexion, ont en partie adopté une espèce de christianisme nominal, Pour certains avantages attachés à la conversion, les mêmes prosélytes ont été nombre de fois enregistrés sous des appellations différentes®, » dans le genre des baptèmes anglicans de Ceylan, dépeints par le révérend M, Percival, « La majorité des Ossels, chrétiens en apparence et appartenant à l'Eglise grecque, dit Haxthausen, sont par le fait à demi-paiens; plusieurs le sont ouvertement, [ls offrent des sacrifices de pain et de viande sur des autels dans des bosquets sacrés!. » Ces Ossets, dont l'entrée dans l'Eglise russe n'a fait qu'aggraver les malheurs, étaient autrefois, d'après Klaproth, entièrement chrétiens.

Bodenstedt, dans un ouvrage recommandé par Humboldt, parle ainsi des Géorgiens eu général : « On ne saurait croire combien l'influence russe est ruineuse, et combien elle démoralise, Les usages et les coutumes particulières, qui ont tenu depuis des stècles dans ce pays la place de lois, s'évanouissent devant ces étran-

18 Steppes, ele. tome E, ch, un, p.26; eh. Avr, pe 9493 tome FE eh pe 45 ? Latham, eh xxx, p. 501.

"Life and Manners in Persia, par lady Shiel, pot

lrans-Caucasia. p. 90.

gers intrus, sans être remplacés par rien de meilleur... Les Russes ne peuvent que multiplier les maux et les charges du peuple, sans lui donner un contrepoids moral. Les seules choses qu'ils apportent avec eux dans les pays conquis sont de nouvelles mesures coéreitives, de nouvelles formes de tromperies, de fausseté, et d'abus de religion pour des raisons de police. » En Gircassie, remarque le mème écrivain, « les Russes ont rendu le christianisme odieux. »

Selon M. Spencer, « les Russes ont commencé leurs premiers apports avec le Caucase sous le masque d'offres de protection, d'un commerce d'amitié, et du désir d'apprendre au peuple les vérités du christianisme ; » le seul résultat de leur présence a été de « réduire en déserts leurs prairies autrefois si fertiles, et d’exciter en eux une haine mortelle » contre la religion que la Russie leur apprend à mépriser et à haïr*. Les fatals effets de l'influence russe sur toutes les tribus caucasiennes qui lui sons soumises, sont attestés avee une unanimité saisissante par divers témoins. Les Inquthes reconnaissent le pouvoir de la Russie, mais la détestent, « Tous les efforts du gôuvernement russe pour les attirer à embrasser les dogmes de TÉ glise grec que, ont échoué, » dit M. Spencer, « Les Cirenssiens Kabardan, jusqu'ici chrétiens (de l’Église russe), ont abandonné leur religion pour échapper à son contrôle, et se sont faits mahométans®, » Klaproth croit ces hommes descendants des colonies grecques du bas-empire ; et Latham remarque que « les ruines d'églises et de monastères chrétiens, même dans les parties non-chrétiennes du Caucase, sont nombreuses; » cependant les traditions chrétiennes sont tellement éteintes parmi eux, que lorsque le colonel Poulett Cameron leur demandait la signitication des croix que lon trouve encore le long de leurs routes, « leur seule réponse était un insouciant Allah billeer (Dieu le sait)". »

Quand «on denne à quelques Lesgiens le nom de chrétiens, ce terme équivaut à peu près à dire qu'ils sont des mahométans indifféreuts. » Les Abazes, au rapport de Klaproth, professaient aussi autrefois la religion grecque ; mais ils se firent musulmans en ISO, Les Karatchai avaient déjà abandonné Photius pour Ma-

! Life in the Caucasus and the East, par Friedrich Bodenstedt, vol, 4, p.57; vol. I, p.169, 179. Ed, Waddington.

?Travels in the Western Caucasus. par Edmond Spencer, esq., vol, FE, ch. vin, p. 1055 eh, xaix, pe où,

The Progress and present condition of Russia in the East, chu, p. 20; 5° édition

4 Personal Adventures, vle., vol. EL eh, vt, p. 992.

3 Loyage au mont Cancase, choix, p. 202, 225,

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homet en 1782. Enfin, Henderson résume ainsi les résultats de l'influence des missions russes dans toutes les provinces caucasiennes : « Les Tcherkesses, la plupart des Lesgiens. les principales tribus Abkhasiennes, les Tehelchenzi, les Nogais, les Kamaks, et les Karatchais, » comptant plus d'un demi-million, « sont mahométans ; » « le reste des tribus caucasiennes, excepté les Géorgiens, les Arméniens et les Juifs, sont dans le payanisme”*. »

L'Église russe, peu satisfaite de pousser des races entières à l'apostasie, en ie leur montrant qu'immoralité, cruauté et perfidie, a chassé les seuls missionnaires qui auraient pu les gagner à la religion et à la civilisation. Dès 16192, le Père Szgoda, de la Compagnie de Jésus, s'était laissé prendre par les Tartares, et conduire captif en Crimée, dans l'espoir d’y trouver « l'occasion de leur prêcher l'Évangile5. » Près de deux siècles après, Klaproth trouva une communauté de Jésuites à Mozdok, exerçant leur zèle comme dans les autres pays, et occupés à évangéliser les tribus du Caucase, L'un d'eux, le Père Henri, s'attira l'admiration du grand linguiste par son ardeur et par son talent, dont il donna la preuve en prèchant couramment en Arménien, quoiqu'il ne fût dans le pays que depuis neuf mois. « Le gouvernement, observe Klaproth, aurait dû donner toutes les facilités possibles à ces religieux ; il se serait ainsi épargné une lâche pénible et coûteuse. » Mais les autorités à Saint-Pétersbourg, qui désiraient seulement faire des Russes et non des chrétiens, s'en Uünrent à leur politique habituelle ; ils y ont gagné le résultat ordinaire : la religion déshonorée, le sang versé, des trésors dépensés, la désolation de provinces entières qui auraient pu devenir la résidence fertile d’une population paisible et chrétienne ; sa ruineuse impiété porta ses fruits. La Russie, en restant catholique, serait arrivée, depuis longtemps peut-être, à cette unité religieuse et politique qu’elle a jusqu'à présent cherchée; elle aurait peut-être vu son étendard Potter aujourd'hui sur les cimes du Bosphore; elle aurait été saluée par toutes les nations chrétiennes comme la bienfaitrice de T'Europe, et non pas comme la conspiratrice impuissante dont les intrigues ont fait une ennemie pour tout le genre humain.

Des milliers d'Arméniens, comme nous l'avons vu, ont été converlis de nos jours par les missionnaires catholiques, mais c'est en Russie qu'ils ont trouvé l'adversaire le plus implacable, Suivant

! Voyage au mont Caucase, ch. 1, p. 284

* Biblical Researches, app, p.158.

* Histoire du royaume de la Chersonése Taurique, pur Mgr de Bohuse, archevèque de Mohilew, livre NV, p. 577.

partout une politique aussi désastreuse qu’elle est criminelle, et aussi fatale aux vrais intérêts de l'empire qu’elle l'est à ceux de la religion, la Russie, assure M. Eugène Boré, « défend aux prêtres catholiques d’instruire les Arméniens qui ont passé sur son territoire, et interdit l'accès de tout prêtre étranger! » « Ilest strictement défr:du aux prètres catholiques de faire des prosélytes dans la Trans-Cancasie, affirme le docteur Moritz Wagner. Un des Pères Capucine pprit que, s'ils avaient les coudées franches, ils pourraient convertir des centaines de moutagnards paiens et mahome ans... Des multitudes de Suanetiens et d'Abkhasiens, dont la plupart étaient de vrais paiens, avaient manifesté leur désir de rece-

voir le baptême au couvent de Kutais, mais on leur avait dunné

l'ordre de partir ; car tout prétre qui cherche à convertir un idolâtre au catholicisme romain est menacé de la transportation en Sibérie, système d’oppression et de contrainte , tel que jamais encore, autant que je puis savoir, un souverain n'en à inventé de pareil?, »

Arrivés aux rives de la mer Noire, après être partis de celles de la Baltique, nous eutendrons, dans la province la plus méridionale de l'empire, les mêmes recits que dans toutes les autres. Même «les Tartares de Crimée, dit M. Milner, quoique élevés, comme l'observe M. de Demidoff, par leurs dominateurs*, ont souffert dans leurs manières et dans leurs mœurs de leurs lréquentations avec les fripons de paysans russes, si notoirement abrutis par livrognerie?. » Leur contact avec le clergé russe ne peut leur avoir été plus avantageux. M. Milner confirme pleinement les appréciations de M, de Hell sur « son ignorance jointe à la dégradalion morale, et il mentionne, comme preuve de son abjeete servilité, que les aumoôniers de la flotte de Nébastopol reçoivent une direction spéciale sur les points à traiter, dans leurs instruclions aux matelots et aux marins: un officier assiste aux oflices pour S'assurer si les ordres du commandant sont suivis! » Mais, comme le remarque de Hell, la religion n'a pas d'influence sur eux; » IS acceptent leur dégradation sans même en avoir conscience, « La paresse, l'ivrognerie et le fanatisme remplacent chez

Correspondance ct Mémoires d'un Voyageur en Orient, tome FE, p. 404,

Travels ür Persia, ete. vol HE ch, p 204.

Eu IS le gonverneur de Fifi, relate M de Montalembert envoya des agents de li police pour chasser de force les missonmarres Fraineiseuins, qui, de fut, furent em pot dans une charrette The Monks of the West, vol, pe 9 (édit, anglari

" Pravels in Se Russia, par M. Anatole de Demidoli, vol. p. 4

PT Crimen, ete, choux. p 209: ch. p. 07.

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eux la for, la bonté et la charité‘, » En attendant, les habitants de la Crimée restent attachés à la religion de leurs ancêtres; seulement ils ont cessé, à l’écoie des Russes, d'en imiter les vertus qu’ils ont oubliées.

Un fait encore terminera l’histoire de l'influence russe en Crimée. Le docteur Wolff, qui prêcha inutilement aux Juifs Caraïtes à Jufut-Kaleh, fait en 1861 cette observation : « Il est très-remarquable que, malgré la défense du prosélytisme en Russie, ces Caraites aient converti, non par la prédication, mais par l'intégrité, la droiture, et l'honnêteté de leur conduite, beaucoup de Russes à la religion juive*. »

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