RUSSIE D'ASIE
L'amiral Wrangell, savant voyageur, cite un fait qui apprend la manière dont les Russes font des prosélytes dans la Sibérie s eplentrionale. s'agissait du baptême d’un jeune Tchouktehy, qui avait exprimé le désir d'embrasser la foi chrétienne pour quelques livres de tabac à fumer. La scène se passe au village d’Ostrovnoïé, où se tenait alors une grande foire, Cet endroit se trouve au 196° de longitude et au 168" de latitude du méridien de Greenwich, Au jour fixé, le peuple se presse dans la petite église de Saint-Nicolas pour voir la cérémonie du baptême. Le néophyte était calme et son maintien très-convenable ; mais, lorsque le moment arriva de se plonger trois fois dans Îles fonts. baptismaux® pleins d'eau froide (e‘était au mois de mars), ï! branle légèrement la tête et avance une foule de propositions pour prouver que cette cérémonie n'était nullement nécessaire. Après de longues altercations avec l'interprète, car le prêtre ne connaissait pas assez la langue du Tehouklehy pour : s'exprimer directement, notre néophyte céda, et s’approchant des fonts avec une répugnance marquée, il s’y élance d'un bond ; mais il en sort aussitôt, et se met à courir dans l église pour se réchauffer, en ertant : « Donne-moi le tabac, donne-moi le lahac! » Rien ne put le décider à continuer la cérémonie, et toujours grelottant et courant, il ne cessait de répéter : « Non, assez, assez, je n’en veux pas davantage ! donne-moi mon tabac"! »
{Les Steppes, ete. tome LE, eh, xu, p, 377.
2 Travels and Adventures of Dr. Wolff, ch. xu, p. 228.
* On sait que les Russes et les Grecs administrent le baptéme pur immersion. # Wrangell, tome D. p 343 et suiv. Edit. russe.
> Touolsk Les Voguls, dans les deux gouvernements de de et de | tin es Voguis, : s Ourals, invoqu $ : onts Uurais, qui habitent le long de “ Lies ulptées de bêtes sauvages!, Les iditi s images : «
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Ostiak et païens, ai l'Amour presque c ostensihle leurs habi Tungus ru manistes ] Les Goldi :
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Ostiak et Samoïède. Les Olutoriens sont encore plus ouvertement païens, au rapport de Ravenstein en 1861. « Les Oronchons de l'Amour supérieur sont chrétiens de nom, mais ils s’adonnent presque chaque nuit aux pratiques du chamanisme, et, quoique ostensiblement membres de l’Église gréco-russe, ils conservent dans leurs habitations « des idoles faites de bois et de fourrures !. » Les Tungus russes, composés de diverses tribus, « sont en général chamanistes plutôt que bouddhistes, » comme les Tungus rhinois*. Les Goldi sont chamanistes, ainsi que les Giliaks qui ont dernièrement martyrisé l'abbé de la Brunière venu évangéliser la région de l'Amour. L'Église russe n’a pas de martyrs, et ses soi- on missionnaires entreprennent l'œuvre dont nous venons de vei: le résultat, sans autre mobile que les soldats qui les accompagnent, et par obéissance à la même autorité.
Cependant les vrais missionnaires, « sans argent, sans rétribulion, » prècheraient volontiers à ces malheureuses tribus la pure et sainte doctrine que des millions d'hommes, aussi dégradés qu'elles, ont autrefois reçue. Nous pouvons le conclure du dévouement des quatre prêtres polonais, qui, avec un consentement arraché au czar, portent à leurs frères exilés en Sibérie les consolations de la religion, Un homme qui a ressenti les effets de leur charité, s’exprime en ces termes : « Un chrétien ne peut manquer d'apprécier le dévouement de ces pauvres prêtres. On ne saurait trop l’admirer; il les accompagne dans leurs voyages incessants, et les soutient quand, dans leurs traîneaux, ils affrontent le froid intense de la Sibérie, de Toholsk à Kamshatka, et de Mertchinsk à la mer Polaire®. »
L'amiral Wrangell dit des Tschuktshi qui avaient tous reçu le baptême, et qui étaient réputés convertis par l’Église russe, comme les adorateurs du démon le sont à Ceylan par les anglicans : : QI laut admettre qu'ils sont aussi complétement païens que jamais, et qu'ils n’ont pas la plus légère idée des doctrines et de l'esprit du christianisme *, » Enfin, les Aleutiens, peuple « beaucoup plus puissant, corporellement et mentalement, » que ceux de leur race dans le Labrador et le Groënland, et dont « le sang est largement mêlé à celui des Russes, ont été convertis à un christianisme qui diflère à peine du paganisme”®. »
! The Russians on the Amur, ch. xx, p. 501.
2 Latham, ch. xxu, p. 2433; ch. xxv, p. 268.
5 Pietrowski, ch. v, p.102,
4 Expeditüon to the Polar Sen, par l'amiral Wreangell, eh, 1, p.121 ®Latham, eh, xxvi, p. 290.
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D'après cet auteur, 8 rent d'une manière régulière tre ln Russie et la Chine comméneèren A TR Re
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7 ii ibli nt un article, reproduit par la Revue at pe rie) pt re n , deut voir e | te de juillet 1863, p. 19%, par lequel on pet QU ‘
33 96, 197. Moscou, .
: », mars I863, p. 156, | a ee.
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quoi consiste et à quoi se réduit le zèle apostolique de la mission russe dans le Céleste-Empire. Le voici en abrégé :
On vient de prendre la résolution, nous raconte l'article, de bâtir une petite église orthodoxe dans le village de Doun-Dinn, à cinquante kilomètres de Pékin, où il y a une dizaine de familles chrétiennes nouvellement converties. Ce sont des descendants d'un certain Chinois baptisé à la fin du dernier siècle sous le nom de Daniel. Il servait en qualité de domestique à la maison que la mission russe occupait dans la capitale. Il se maria et retourna dans son village. Ses enfants mâles furent tous baptisés à Pékin, où il les amenait dans ce but; mais ce « fervent chrétien » laissa toutes ses filles rester idolâtres. Son intention, dit naïvement notre journal, était de procurer à ses fils des places de serviteur près la mission russe. Ce motif intéressé explique parfaitement sa propre conversion, et la raison pour laquelle il ne crut pas devoir faire partager son bonheur à ses filles ; elles n'avaient rien à faire à la mission russe de Pékin. |
En 1861, Ravenstein nous avait assuré, que «les membres de la mission russe à Pékin ne se sont jamais livrés à une œuvre de propagande!. » Une fois, il est vrai, les agents ont converti une tribu, non pas en Chine, mais sur leur chemin en s’y rendant. Voici leur récit de cet événement : Laurent Lange, envoyé en 1715 à Pékin, rapporte que la tribu en question avait été baptisée par l'ordre du prince Gagarin, et il ajoute franchement : « Mais ils n'ont pas la plus légère idée de la différence entre le christianisme et le paganisme?. »
Entin si nous voulons savoir ce que font les moines grecs entretenus par la Russie au sommet du mont Sinaï, le docteur Stanly va nous l'apprendre : « Le couvent du mont Sinaï est une colonie de pasteurs chrétiens établie au milieu des païens; à peine, cependant, une étincelle de civilisation ou de christianisme a-t-elle été communiquée, au dire de l’histoire, à une seule tribu ou famille dans cet immense désert. C’est une colonie de Grecs, d’'Européens, de moines dans un des lieux les plus intéressants et les plus sacrés de la terre ; à peine, depuis l’époque de leur fondation jusqu'à ce
jour, ont-ils enrichi d'un seul fait la géogre hie, la géologie ou
l’histoire d’un pays qui a été soumis à leur investisation sous tous les aspects depuis treize siècles 5, »
1 The Russians on the Amur, par T. G. Ravenstein, ch. 1x, p. 72.
? Journal d'un Voyageur en Chine, par Laurent Lange, p. 93. Voir aussi Nouveanx Mémoires de la Moscovie, tome 1, p. 195.
3 Sinai and Palestine, par Arthur Penchyn Stanley, p. 56.
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Nous connaissons maintenant, par des témoins nombreux et impartiaux, l'influence de l'Église russe sur les pays qu'elle domine. Du golfe de Finlande au détroit de Behring, du cercle polaire à la mer Caspienne, partout cette Église est également stérile. Loin de chercher à répandre la lumière de l'Évangile dans les terres lointaines, elle regarde avec indifférence les nations païennes qui périssent dans ses propres limites. Si parfois elle leur impose le baptême, c'est dans un but tout politique.
A la faveur de la paix générale, au commencement du christianisme, la vérité se répandit avec une rapidité prodigieuse. Dans l'empire russe, plus étendu que le monde romain, ordinairement aussi paisible que du temps d’Auguste; dans cet empire qui comprend toutes les religions du globe, avec une partie de la nation déjà chrétienne, le christianisme reste stationnaire. Nous ne sommes pas les seuls à faire cette remarque. Les journaux et les publicistes russes nous la suggèrent; nous serons moins sévère que la plupart d’entre eux. Nous trouvons au moins en Russie un missionnaire : l'Empereur.
Dans les meilleures intentions, sans doute, il fait de grands sacrilices pour répandre la religion qu’il appelle orthodoxe. Mais comme il ne peut entrer dans tous les détails, vu sa condition humaine, ilne faut pas être trop exigeant. Puisqu'il est avant tout chef suprème de la force militaire, rien d'étonnant qu'il traite les conversions militairement. De cette façon, il a, quand il lui plait, des convertis de parade, mais dont le cœur n’est pas attaché à la nouvelle Église, Voilà, pensons-nous, de quoi se plaignent les publicistes russes.
On comprend, en effet, que pour une conversion véritable, il faut prendre les gens un à un. Les Russes trouvent cela incommode. De là, en excluant la charité, cette confiance absolue dans leur empereur, dont its font plus qu'un Dieu. Le Ciel nous laisse libres ; ils se font esclaves. Le Ciel demande notre coopération : ils laissent agir un seul homme. Le fait est qu'avec cette thcorie, dans l'empire russe, le païen reste païen, le bouddhiste reste bouddhiste, et le sectaire reste raskolnik. Les publicistes ont compris ce côté ficheux , ils ne savent comment y porter remède.
«Nous, Russes, s'écrie en août 1862 M. Philippof, qui avons l'indépendance, la richesse, devons-nous négliger l'œuvre des missions”? » Non certainement. Un autre Russe reconnait que c’est «un devoir rigoureux. » Aussi M. Philippof ajoute-t-il avec justesse : « Qui pourrait désormais respecter une Église dénuée d'activité et
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d'initiative?" » Un troisième, dans la Lecture chrétienne, journal ecclésiastique de Saint-Pétersbourg, parlant des îles grecques, nous apprend en novembre 1863, que « le clergé catholique fait preuve d'un sèle prodigieux *. » IL eût pu appliquer cette remarque d’un bout du monde à l’autre. Pour cela, il suffit de laisser au prêtre catholique la tolérance de vivre et d'agir sur un point quelconque, en lui donnant à peine ce qu'il faut pour ne pas mourir de faim. Un autre Russe, très-bien intentionné, veut absolument, en avril 1864 dans l'Union chrétienne qui se publie à Paris, réparer le temps perdu par une grande organisation d’apôtres. « Les uns seront envoyés vers les nations non chrétiennes, les autres vers les nations déjà chrétiennes, mais qui ont corrompu la vérité évangélique. » On ne saurait mieux penser ; mais après n'avoir rien fait jusqu’en 1864, ce projet, il faut l'avouer, est légèrement tardif; d'autant que depuis le même nombre d'années indiquées par ces chiffres, « le clergé eatholique fait preuve d’un zèle prodigieux. » L'auteur russe donne même pour signe de la vérité le goût de la répandre. L'erreur aurait-clle donc régné dans l'Église russe jusqu'en 1864?
Avant de vouloir porter la lumière, ne faudrait-il pas d’abord songer à l’acquérir? Il ne vous manque qu'une chose, la vie. Que voulez-vous faire d'un cadavre? En adoucissant les termes fournis par des ministres protestants et des voyageurs de la même religion, qui ont tout intérêt à vous ménager, vous avez de commun avec vos sœurs les Églises schismatiques grecques, arméniennes, syriaques, coptes, etc., quatre caractères bien marqués qui vous rendent partout inféconds : « Servilisme, ignorance, vénalité, immoralité. »
Si vous désirez la conversion de vos païens, de vos bouddhistes, de vos mahométans, rien de plus facile avec l'ordre matériel, en admettant les hommes à qui le Ciel a départi la spécialité que vous reconnaissez de faire des convertis. Sans eux vous ne remuerez
jamais la fange. Ce livre tout entier en est la preuve. Ki vous rejetez
leur concours, « vous vous exposez, comme l'a dit un des vôtres, au mépris, » en voulant un but sans prendre les moyens de l'atteindre.
La seule intrigue à l'usage du missionnaire catholique et des Sœurs de charité, c'est le sacrifice. La seule arme dont ils se servent pour pénétrer jusqu'au cœur de l’homme déchu, civilisé ou sauvage, c'est le dévouement poussé jusqu’à l'héroïsme.
! Ruski Viestnik, août 1862, * Lecture chrétienne, novembre 1865, p. 558.
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LES RUTHÉNES-UNIS DEVENUS GRÉGO-RUSSES.
Après avoir indiqué les échecs des Russes chez les idolatres, les bouddhistes, les mahométans de leur empire, il faut au moins signaler leurs victoires. Si leurs auteurs ne s’en vantent guère, elles sont écrites en caractères difficiles à effacer, Nous voulons parler des conversions en masse opérées en Lithuanie et dans la Russie Blanche sur les Rathènes-Unis ; ilest curieux d'en suivre les opérations préparatoires. |
Aux premières pages de son livre l'Église catholique en Pologne, le révérend Père Lescœur s'exprime en ces termes : « Nous n'ignorons pas que plusieurs des faits dont nous parlerons ont donné lieu à des démentis venus de haut; mais, sur la plupart, la lumière est déjà faite, et, quant aux autres, nos renseignements sont puisés à des sources tellement respectables et d'une authenticité à nos yeux si évidente, que nous n'hésitons pas à dire que toute dénégation, si elle se produit, sera certainement une imposture de plus!, »
Avec cet auteur pour guide nous allons indiquer la méthode suivie par le gouvernement russe pour faire entrer, dans le schisme, des populations catholiques.
Dans les stipulations expresses du traité de 1773, lors du premier partage, il y avait (à l'article VI) promesse formelle de la part de la Russie et de la Prusse € de maintenir la religion catho: lique des deux rites dans les provinces cédées et d’en respecter les
droits et les biens. » Une des premières marques d'autorité à l'égard de ses nouveaux sujets fut formulée en ces termes par Catherine [F, @ amie de la tolérance : » « Nous avons donné l'ordre à Maximilien Zelezniak, colonel des Zaporogues, de conduire en Pologne tous ses hommes, avec les cosaques du Don, pour détruire, avec la grâce de Dieu, tous les Polonais et les Juifs, qui sont traitres à notre sainte religion: misérables assassins, hommes perfides, violateurs audacieux de toutes les lois ; qui protégent la fausse religion des Juifs et oppriment un peuple tidèle et innocent. Nous ordonnons qu'une invasion en Pologne détruise pour jamais jusqu'à leur nom et leur race, » Conduits et excités au pillage par des popes fanatiques, les Zaporogues firent environ
1 L'Eglise catholique en Pologne, par le R. P, Lescœur, p. 3 1860 .
deux cent un immen:
sous préle étaient à pe enlevées ai ment de pi thodoxe, Ui fut le sulta ments de co mise d'Achn Voici con sa SOUVerain ses héritier, liques des « priviléges.….
Après sé cendiaire co laveur de c« sous la cond par d'indign conquis norr brasser le se mis aux fers.
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A la mort cinq mille p:
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Paul 1°, su aux persécuti( par le Souvers tholique des « sur le siège la homme que sa l'on poursuivai leurs, Son amt le maitre absol lique des ordre des dé rets du
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Pologne, n'ignoit donné t, la lucents sont henticité que toute mposture
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deux cent mille victimes, hommes, femmes ou enfants, et, de plus, un immense butin, que les Russes eurent le soin de leur enlever sous prétexte de châtier leur cruauté. Les clauses de tolérance étaient à peine signées, que déjà plus de douze cents églises étaient enlevées aux grecs unis, et leurs prêtres forcés à signer l'engagement de passer, eux et leur troupeau, dans le sein de l'Église orthodoxe. Un seul souverain de l'Europe protesta avec le pape, ce fut le sultan Moustapha IT. « Le fer et le feu, voilà les instruments de conviction que vous avez employés. » dit-il, par l’entremise d'Achmet Pacha son ministre.
Voici comme Bulgari, prélat russe, interpréta les intentions de sa souveraine qui, à chaque nouveau partage, promettait pour elle, ses hériliers et successeurs de maintenir à perpétuité les catholiques des deux riles dans la possession imperturbable de leurs priviléges.… propriétés, églises, etc.
Après s'être annoncé à ses futures ouailles par un manifeste incendiaire contre l'union, et rempli de promesses de tout genre en laveur de ceux qui voudraient y renoncer, Bulgari fit marcher, sous la conduite de quelques popes, des bandes de soldats qui, par d’indignes violences, par la cruauté et la ruse, eurent bientôt conquis nombre de prosélytes. Les prêtres qui refusaient d’embrasser le schisme étaient aussitôt chassés avec leurs familles, ou mis aux fers. Le succès de la mission accomplie par de tels moyens fut immense; tout fut détruit, évêchés et monastères; il n’y eut quelques exceptions que pour le diocèse de Polock, grâce à l' obéissance moins rigide des gouverneurs de ces provinces.
A la mort de Catherine, après treize années de violence, sur cinq mille paroisses des diocèses unis de Kiew, Wladimir, Luck et Kamienice, il en restait deux cents à peine; et l’on évalue à sept millions le nombre des fidèles enlevés de cette façon à l’Église catholique.
’aul 1, successeur de Catherine, mit fin, dès son avénement, aux persécutions, et un nonce apostolique, envoyé sur sa demande par le Souverain Pontife Pie VI, régla la Situation de l'Église catholique des deux rites dans l'empire. Mais Catherine avait laissé sur le siége latin de Mohilev le prélat Siestrzencewicz, sa créature, homme que sa perversité à avait fait choisir pour le but infernal que l'on poursuivait: La ruine de l'Église catholique par ses propres pasteurs. Son ambition n'eut d’égale que sa bassesse : il voulut devenir le maître absolu des Églises de deux rites. Désorganisation systématique des ordres religieux, falsification des brefs du pape et même des dé rets du concile de Trente, protection ouvertement et publi-
quement accordée à la Société biblique... Siestrzenczewicz mit le comble à tous ses forfaits en persuadant à Paul I, puis à Alexandre, l'érection du trop fameux collège ecclésiastique catholique romain, siégeant à Saint-Pétersbourg, à l'instar du Saint-Synode. On peut er lire les absurdes statuts dans l'ouvrage du P. Theiner. Cette institution livrait l’Église catholique au bon plaish du ponvoir temporel, et ne lui laiseait d’autres ressources que l'énergie de ses pasteurs et la veriu de ses enfants. Le Père Lescœur donne les détails de sa composition ; on y voit figurer « des hommes sans conscience, sans religion ei sans mœurs!. » Depuis lors le Saint-Siége cessa d'être représenté à Pétersbourg.
En 1825, Nicolas monte sur le trône. Dès les premières années de son règne la politique de Catherine est remise en vigueur.
« Réaliser la triple unité religieuse, politique et nationale ; dans un empire immense où tous les cultes, toutes les formes de gouvernement, tous les climats étaient représentés, établir à tout prix une unité contre nature, analogue à celle qui règne entre les soldats d’une armée moscovite, composée de vingt peuples divers, parlant cent dialectes, mais revêtus du même uniforme et tremblant sous le même bâton ; pour y parvenir, tendre tous les ressorts d’une centralisation à outrance, qui ne recule jamais devant l'emploi de la force ni de la ruse, qu'aucun effort ne lasse, qu'aucun échec ne décourage : tel fut le but suprême poursuivi par Nicolas, pendant les trente ans que la Providence laissa dans ses mains Le sceptre : fer qu’il semblait avoir reçu directement de Pierre le Grand ?.
Ce fut en lan paix, par un ukase du mois de février 1896, que Nicolas commença la guerre contre l'Église unie, que l’humanité de Paul et d'Alexandre 1” aväit laissé relever. L'ukase du 22 avril 1828, antérieur de deux ans à l'insurrection polonaise, de onze ans à la chute définitive de l’Église unie, est la date de sa ruine. « Vrai modèle de cette persécution savante qui, déguisée sous des formes administratives, est de Loutes les tyrannies la plus cruelle, parce qu'elle est la plus minutieuse, la plus durable et la plus perfide, » Cet ukase, cité en partie par le Père Lescœur, instituait un collège ecclésiastique grec uni à l'instor du saint synode russe, avec intrusion forcée de personnes séculières et de dissidents dans l administration des choses ecclésiastiques, C'était, comme le remarque Grégoire XVF dans la célèbre allocution du 22 juillet
! Lescœur, 0. 20.
2 Loscœur, pi, 27
1842, « un:
ment russe :
se proposait des ordres :
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l'Église grecqn évêques, saval telle est la mé Catherine Il une latitude d unis durent op mines. L'agen son propre pèr chaient son cri borna, vu son Voilà les moye qu'on faisait cé retour de la co plissait, comm pour avoir pu ; un exil volontai tous ceux qui Ë lorcés d'endure «L'histoire enr basiliennes de M lout ce que l'ant lourmentés pou
patiente effront Rome!, »
Martyre de sœurs aris, 1840.
, mit le xandre, romain, peut en > institumporel, steurs et ils de sa 1C°, sans sa d'être
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1842, « une dépendance presque totale imposée par le gouvernenent russe aux évêques dans l'exercice de leur autorité, » but que se proposait l'empereur. « Suppression ou bouleversement complet des ordres religieux ; vacances systématiquement prolongées des siéges épiscopaux, et choix prémédité de personnes incapables, ou par leur grand âge ou par leur caractère moral, système renouvelé de Catherine IT ; confiscations réitérées des biens des couvents ; puis quand l’insurrection polonaise eut enlevé tous les scrupules qui pouvaient rester, enlèvement de milliers d’enfants, déportés en Russie ; interdiction formelle de publier et de recevoir toute bulle ou rescrit de Rome; rénouvellement des peines les plus sévères contre quiconque aurait travaillé à la conversion d'un sujet russe ; interdiction aux prêtres latins de recevoir à la confession et à la communion les personnes qui ne leur sont pas connues ; tous ces actes exorbitants couronnés enfin par l'éclatante destruction de l'Église grecque unie, en 1839, au moyen de l’apostasie de trois évêques, savamment préparée par des machinations infernales, » telle est la méthode russe d'opérer des conversions.
Catherine IT fut surpassée : on donna à ses ukases renouvelés une latitude d'application qu'elle ne soupçonnait pas : les prêtres unis durent opter entre le schisme ou la prison, les galères et les mines. [ agent principal de Nicolas, l'évêque Siemazko, trouva son propre père parmi ceux qui refusaient d' apostasier et lui reprochaient son crime. La générosité de l de et de l'empereur se borna, vu son grand âge, à ne le pas faire trainer en Sibérie. Voilà les moyens de persuasion employés par les Russes. Tandis qu'on faisait célébrer partout, par des plumes vénales, l'heureux retour de la concorde religieuse, la Galicie autrichienne se remphissait, comme en 1795, des prêtres catholiques assez heureux pour avoir pu atteindre la frontière et échapper à la Sibérie par un exil volontaire. « Quant aux fidèles, écrit un témoin oculaire, tous ceux qui se montrent fermement attachés à leur culte sont lorcés d'endurer des traitements que je n'essayerai pas de décrire. » « L'histoire enregistra pour toujours l'héroisme de ces religieuses basiliennes de Minsk dont le long martyre égale, s'il ne le surpasse, lout ce que l'antiquité nous a appris de la générosité des chrétiens lourmentés pour la foi, et de la froide cruauté, de la ruse, de la paliente effronterie des scribes et des bourreaux de l'ancienne Rome, »
Martyre de sœur lrena-Macrina Micsuslaska et de ses compugnes en Pologne.
l'aris 1840.
La mort de Nicolas fut le signai d’un soulagement universel dans toute l'étendue de l'empire. Les catholiques, se fiant à ce que la renommée publiait du nouvel empereur, commencèrent à respirer, et, « trompés par la ressemblance du nom, se crurent un instant revenus au règne équitable du premier Alexandre, » La publication du concordat de 1847, tenu secret par Nicolas, fut un appât jeté à la confiance publique. Il est resté lettre morte.
Sous Alexandre, comme sous Nicolas, les fonctionnaires de tous les ordres ont pleine licence dès qu'il s'agit de prévenir ou de ruiner l'influence catholique, fût-ce aux dépens des mœurs. On à calculé, par exemple, que chaque année environ cent mille sujets russes payent de leur vie le funeste abus des liqueurs fortes. En présence de ces lamentables résultats, des prêtres catholiques se erurent le droit d'introduire en Pologne ces sociétés de tempérance qui ont fait tant de bien à l'Irlande. L'initiative en est due au pieux évêque de Samogitie, Mgr Wolonezeski. Mais le noble prélat avait compté sans le gouvernument : prêcher la tempérance, c'était nuire aux revenus du trésor.
Les laits reproduits dans l'ouvrage du révérend Père Lescœur s arrélent à la fin de 1859, Depuis lors, les événements ont marché. Is suivent en Russie une direction à part, Les progrès che elle se feraient vers la barbarie; l'extrème Orient serait son modèle. Alexandre IF, à l'exemple de son père, el par un excès de pertidie, puisqu'il a va les suites de ses cruautés, veut par les mèmes moyens extirper le catholicisme. Les persécuteurs de la Chine et du Tong-King ont trouvé un rival; les mandataires de ses volontés seraient plutôt des mandarins que des gouverneurs. le ridicule dans les appareils ne serait même pas oublié,
Deux lettres, parvenues en 1859, et retraçant des faits qui ont acquis depuis la plus grande notoriété, vont nous servir de spécrmen pour nous apprendre à connaitre les procédés russes en pleine vigueur à l'heure présente.
MISSION DB DZIERNOWITZE,
Rutliénie Blanche, G juin F858.
« Pendant l'été de 1857, les villageoiscatholiques de Driernowite, qui avaient souffert depuis longtemps de la brutalité des popes, coufiants dans là bonté du nouveau ezar, sollicitèrent la permssion de pratiquer Le catholicisme ostensiblement ; ls alléguatent
qu'ils avaien l'aide de la n consenti à pr savoir que ler boutirait à at «Ils ne se rant de 185 ministre de l du pope de | apostat Luzins l'évêque, com laire et civile.
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MISSIONS RUSSES. 175 qu'ils avaient été enrôlés sous la bannière de la foi orthodoxe, à l'aide de la ruse et de la force, et qu'ils n'avaient jamais librement consenti à pratiquer cete foi. La commission-des pétitions leur fit savoir que leur demande, n'étant même pas digne d'examen, n’aboutirait à aucun résultat.
« Ils ne se rebutèrent pas de ce premier échec ; aussi dans le cou rant de 1898, ils adressèrent une supplique à l’empereur et au ministre de l'intérieur. Cette démarche réveilla les appréhensions du pope de l'endroit, Il accuse ses paroissiens auprès de l’évêque apostat Luzinski de vouloir se détacher de l'Église orthodoxe, et l'évèque, comme d'habitude, appelle à son secours l'autorité miliaire et civile.
«Dans les premiers jours d'avril, arrive à Dziernowitze un envoyé du gouverneur accompagné de larchiprêtre, agent de Luzinski, avec mission de ramener ces âmes égarées, Sur-le-champ il s'organise une mission rappelant aux catholiques leffrayante époque de Nicolas. Les autorités locales, escortées des agents de police, sempressent d'arriver. On rassemble lous les soldats de l'arrondissement en congé, au nombre de quatre-vingts environ, sans parler des popes qui se proupèrent au nombre de quarante.
« Dès que la commission eut ainsi à ses ordres la police et la borce armée, elle com: ;a ses opérations. En les accompagnant de coups de poing et de coups de verges, les inquisiteurs posent les questions suivantes : € Qui a conseillé d'écrire à l'empe-
reur? qui a rédigé”? qui à copié les pétitions” Où sont les minutes”? Vincent, barbier du village, prit tout sur lui 1 soutenait, en elfet, le moral de la paroisse, On le roua de coups, on lui brisa les dents, on le tortura au point quil fut, dans sa prison, plusieurs semaines sans connaissance, Quinze jours plus tard, on l'envoya à Witebsk pour comparaître devant le gouverneur de la province et lévéque Luzinski ; enfin il fut condatiit aux travaux forcés, et mis au rang des malfaiteurs. Sa maison, visitée dans le but de découvrir les brouillons des pétitions, lut bouleversée de fond en comble, On maltraita sa flemme; une autre femme de la maison mourut le lendemain par suite de traitements indignes.
€ N'avant pu découvrir qui avait écrit les pétitions, on choreha a savoir où et chez queis prêtres les paysans étaient allés se con lesser, Hs s'abstinrent toujours de nommer les prêtres de l'église la plus voisine, desservie par les Dominicains de Zabial. La com mission n'ayant pas ajouté foi à leurs déclarations se rendit an grand complet dans cette ville, soupçonnant les Dominicains de cel endroit d'avoir confessé les villageois de Priernowitze, Tout un moi
fut employé à ces opérations préliminaires. Quelle que fût la force au service des popes, elle se trouva insuffisante pour contraindre les braves campagnards à retourner à la foi orthodoxe. En constquence, arriva de Witebsk un colonel de gendarmerie nommé Losiew, avec quatre de ses gens ; il donna l'ordre à la police de rassembler le plus possible de soldats en congé qu'il fit loger chez les habitants du village, avec la recommandation de les engager à se convertir à la foi orthodoxe. De son côté, il convoqua partiellement les habitants du village de la maison seigneuriale pour les haranguer et leur vanter la religion du ezar. Quant aux plus endurcis, il les fit hacher sous les verges.
« Les popes ne perdaient pas leur temps. Quand ils rencontraient un paysan isolé, ils l'entouraient, le criblaient de coups, le tiraient par les cheveux en lui criant : accepte donc l'orthodoxie ! Le pauvre paysan, quand il parvenait à leur échapper, faisait le signe de la croix, persuadé que ces gens-là étaient de véritables démons.
« Ces révoltantes tentatives de conversion se prolongèr ent jusque vers Le milieu de mat, et dans l'espace de six semaines on ne parvint à convertir qu'un seul homme, Voyant l'inutilité des conférences partielles, le colonel Losiew donna l'ordre de rassembler tous les pères de famille et les chels d'exploitation au nombre de qu'trevingts. Il se met en grand uniforme et enjoint à ses adjudants d'endosser les leurs et de ceindre leurs épées. Dans cet équipage de parade, tous sortent de la maison et se rendent dans la cour: les popes les suivent de près et se rangent à leur suite. Le colonel prend alors la parole en ces termes :
« L'empereur, notre gracieux souveran, veut que vous soyez « tous orthodoxes. Pourquoi êtes-vous récaleitrants”? pourquoi ne « voulez-vous pas vous convertir”? »
« Le peuple répond : « Nous sommes tous fidèles sujets de l'empereur, nous payons l'impôt, nous fournissons des recrues à l'armée, nous n'épargnons pas notre sang, mais nous n'abjurerons jamais la foi de nos pères, »
« Le colonel : « Vous vous révoltez done, car vous vous opposes à la volonté de l'empereur ; qui est-ce qui vous pousse à la ré: volte? Avouez les noms des meneurs; de cette manière, une partie de vous restera libre, autrement vous passerez tous par le Anout et serez envoyés en Sibérie; vous ne reverrez plus ni
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vos femmes ni vos enfants, »
« Le peuple s'ipeline et répond : « Nous somm?s tous des me-
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« Le colonel : « Mais vous êtes déjà allés à l'église, et vous avez « embrassé la foi orthodoxe, vous êtes donc aujourd’hui des apos- « tats. »
« Le peuple s'incline de nouveau et répond : « Seigneur, dai- «gnez ne pas vous fâcher de ce que nous allons dire. Vous-même, «si deux compagnies de soldats vous avaient poussé la baïonnette « dans les reins, n’auriez-vous pas été obligé d'entrer même dans une étable immonde? Qu'y a-t-il done d'étonnant qu'on nous ait «refoulés de la sorte dans l'église? Et ceux qui étaient accrochés «aux verroux et aux portes de l'église, ne leur a-t-on pas coupé «les doigts à coups de sabre ou de hache”? Ces victimes existent «encore aujourd'hui parmi nous. »
« Ici, le roionel se tut; alors les popes se mirent à crier en chœur : « Mais plusieurs de vous ont communié, on dirait que «vous vous moquez de notre croyance. »
« Le peuple répond : « Nous ne nous moquons pas ; mais com- «ment nous administrait-on la communion? En nous donnant des «coups dans la machoire ou en nous introduisant entre les dents «la pointe d’une épée ; et puis nous n'étions pas à jeun et nous «ne nous étions pas confessés. »
« L'archiprêtre Humilew prit alors la parole d'un ton solennel et dit: « Je suis surpris de votre aveuglement et de votre ignorance ; «comment n’éêtes-vous pas encore convaincus que la sainte croyance orthodoxe est la seule vraie? Savez-vous cominent on peint « Jésus-Christ? »
« Le peuple : « Nous le savons. »
« L'archiprètre : « Eh bien! regardez, n’avons-nous pas une Cbarbe semblable à la sienne, nos cheveux ne sont-ils pas peignés «de la même manière que les siens, ne nous voyez-vous pas vêlus « d'habits semblables à ceux de Jésus-Christ? Done notre croyance Cest la seule vraie, »
« Le peuple répond : « Nous savons que Jésus-Christ portait la «barbe et les cheveux longs et peut-être des habits semblables aux vôtres; mais cela n'a aucun rapport avec la for, et nous n'abjurerons pas la nôtre. »
«C'est ainsi que se termina l'enquête, La commission, convaineue qu'ii serait difficile de venir à bout des villageois, prit le parti de rechercher d’abord les causes de l'entêtement et de l'opposition qu'elle éprouvait, ainsi que de découvrir les véritables fauteurs de ve crime de rébeilion, ainsi qu'elle l'appelait. Le fait est que la
commission n'ayant pu aboutir, soit par ordre supérieur, soit de sa propre volonté, fatiguée par un mois et demi de travail, { clore les opérations de son terrible tribunal, le 19 mai, et évacua enfin Dziernowitze. »
Une seconde lettre, datée du 4" août, nous apprend quelle fut la décision de l'empereur.
« Ruthénie Blanche, 4° août 1858
« Dans le courant du mois de juin, le sénateur Stcherbinin, qui était en tournée d'inspection dans la province, reçut un ordre impérial de se rendre à Dzicrnowitze.
« L'arrivée d'un personnage aussi important fut annoncée pour le 42 juillet. Quelques jours auparavant, la police des villes voisines, les pristaves, le . ‘al, le procureur et le colonel Losiew se rendirent sur les lieux. Ce dernier, en compagnie d’un des employés du s sénateur, alla au couvent des Dominicains de Zabr: il, et exposa au supérieur sa lourde 1 responsabilité pour avoir arraché à la foi orthodoxe toute une paroisse, et pour l'avoir confessés, Le seul moyen de préserver son couvent d’une suppression imminente était d' envoyer un de ses prêtres pour inviter le peuple de Driernowitze à embrasser l'orthodoxie, ou, au moins, pour lu persuader que le sénateur attendu tenait la place de l'empereur lui-même, Le supérieur refusa, en faisant ressorUr l'inconsèquence d'une pareille démarche. Alors Losiew, tout hor:; de li, vomit un flot d'insultes contre la religion catholique et ses prêtres ; 1l memaca le couvent de la perte des bonnes grâces de l'empereur, et re-
procha l'ingratitude des religieux pour les bienfaits du gouverne ment. Le supérieur répondit qu'il y renoncerait S'il fallait les com server au prix d’une offense faite à Dieu.
« Le colonel : « Vous desobéissez donc à l'empereur”? »
«Le supérieur : « Nous obéissons à l'empereur, mais plus encore à Dis!» Là se terinina la conversation, à la suite de laquelle les deux employés se rendirent à Dziernowitze, où, pendant trois jours, ils travaillèrent à préparer le peuple à recevoir l'expression de ha volonté de l'empereur, par l'organe du sénateur.
«Le {2 juillet, le sénateur Steherbinin arriva enfin à Driernowitzæe, et avec lui six autres employés. Le peuple rassemblé les attendait. M, Stcherbinim se présenta en grand uniforme, entour d'un nombreux cortège, salua gracieusement l'assemblée, et l’aborda avec ces paroles : « Chers enfants, vous avez prié notre « gracieux souverain, l'empereur Alexandre LE, de vous permettre
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« de rester « « à votre co « sur le trôn « thodoxe, d « obligations « demande € « savoir auss « pereur est | «terre; qui « donc bien, « pereur veut «ch bien! y € Alors eu aux yeux cle Qà l'empereu «se rapporte | (pouvons pas «le permette «le louaient t « l'orthodoxie, — € Non, n pas à la volo «gré, 11 faut «ces Dominic:
€bientôt chass « En ce mon teur, sortirent « creur dans la | avec respect : « Cque chacun d « baise la main, but on exigeait plusieurs emplo poussant, rudow:
est trainé devant qu'aux genoux baiser sa main, L « Cet acte de s iCquescement at lon de là foi «
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\ à Dzeremble les , entourt Le, el l'arie notre ermettre
« de rester catholiques ; eh bien, moi, en son nom, je viens porter « à votre connaissance que l'empereur Alexandre IT, en montant « sur le trône de toutes les Russies, a juré de protéger la foi or- « thodoxe, de la soutenir et de la défendre. En conséquence, les Qobligations du serment ne lui permettent pas d'agréer votre « demande et de vous autoriser à rester catholiques. Vous devez « savoir aussi que la volonté de l’empereur est sacrée, que l'em- « pereur est l'envoyé de Dieu. Dieu est au ciel, l’empereur sur la «terre; qut désobéit à l'empereur désobéit à Dieu, Gardez-vous «donc bien, mes enfants, de vous opposer à cette volonté, l'em- «pereur veut, et Dieu le veut aussi, que vous soyez orthodoxes ; « " bien! y consentez-vous”? »
€ Alors eut lieu une scène déchirante : le peuple, les larmes aux yeux el en sanglotant, criait : « Excellence, nous obéissons Qà l'empereur, nous respectons sa volonté, en tout ce qui ne « se rapporte pas à notre conscience et à notre âme ; mais nous ne « pouvons pas abandonner notre foi. Permettez-nous, comme vous «le permettez aux juifs et aux luthériens, de loner Dieu comme «le louaient nos pères : car nous n'avons rien de commun avec « l'orthodoxie, nous n’en voulons pas. »
— «€ Non, mes enfants, ce n'est pas possible ; ne vous opposez «pas à la volonté de l'empereur et à celle de Dieu, bon gré mal «gré, Il faut que vous soyez orthodoxes. N'écontez pas surtout «ces Dominicains qui vous montent la tête et que nous allons «bientôt chasser, »
«En ce moment, du sein du cortége qui accompagnait le sénateur, sortirent ces paroles : « Vous n’avez pas encore salué l’empecreur dans la personne de son sénateur. » Le peuple incline la tête avec respeel : € Ge n'est pas cela, interrompent quelques employés; «que chacun de vous se jette aux pieds du sénateur et qu'il lui baise la main. » Le peuple hésitait encore, ne sachant pas dans quel but on exigeait de lui une pareille démonstration, lorsque soudain plusieurs employés se précipitent au milieu du rassemblement, poussant, rudovant ces malheureux ; chacun d'eux mdividuellement est trainé devant le sénateur: là, on lui courbe d'abord la tête jusqu'aux genoux de l'envoyé d'Alexandre; puis on lui ordonne de baser sa main, Le sénateur, de son côté, embrasse la tête ducpatient.
« Cet acte de salutatren et de baïse-main fut considére comme un
dcquiescement aux suggestions du sénateur, et comme une accep lation de la foi orthodexe ! Tous ceux qui smbirent cette pertidi ceremonte furent ummmediatement mms à pant, et oser 1172110 ayant volontairement embrassé l'erthotor)
« Pourtant il s'en trouva huit qui, Rens Poe voulurent pas se souineltre à la Are : de D LR ak erma pour toute la journée dans une étab e . és or immondes. Ceci avait lieu le samedi. Dès que a 1 e ss le sénateur ordonna que tous les convertis e a demain, c'est-à-dire le dimanche dans nee a 7 ce et communion orthodoxe. En er ne . ne de ue
is : sa satisfaction, le sénateur leur , able: ton dite de l'eau-de-vie. Mais le peuple # es "emis tement d'un premier mouvement de surprise, con bots joya l'argent au sénateur, et personne n'alla prit le st Re ue argent au sé ,
H i ‘OTISC. :
le RE SE RE TE le sénateur el tous ceux Au ue aient: du moins affectaient-ils de ressentir une snine è Le ignalion ; et comme il fallait trouver se he ou rejeta la faute sur les Dominicains de ne . es Le influencé le peuple pendant la nuit, lorsqu il se lise ne munion du lendemain, et d’avoir détruit tout le où ps ë $ à travaux et du discours persuasif du sénateur. Malgré ” x nateur Stcherbinin déclara que | empereur ne M nee ses desseins, que les villageois, portés sur la ste ba 10€ on ni suite du baise-main de la veille, seraient jugés Se puni nn renégats : quant . ceux qui n avaient pas voulu Se . “ . cette cérémonie, ils seraient mis au cachot, où condamnés : ps Re cas de résistance, il ferait venu 2e ae et plusieurs compagnies de soldats, comme L était ue rs ans auparavant. Ensuite ayant QUE De ua de gendarmerie Losiew, 1l quite Palerme | “i e ee s son passase à Driza, il se rendit au corvent ne : A "n Labialy. h représenta au supérieur qu'en PAÉONEABANE ( ds à rester lidètes à la religion catholique, ses Rp se l'encontre du gouvernement : qu'une propagande “un Én bonne dans tout autre pays, mais qu'en RUSSIE, où 1 sé . d pereur étaient une seule et même chose, se déclarer qoume es ; yion régnante, € était commettre un crime d Hs el MS «I leur dit ensuite qu'ils assumaient la plus terrible on sabilité, les menaca d'une disgrâce générale de Fe D en particulier, pour chacun d'eux, d'une ee a a ns cicorde, s'ils continuaient à paralyser les efforts de la commis: 7 : , " »,
Re M. Korsak, seigneur de ce village, caractere
faible, ac lentatives serva à Dr
à son pas:
donnés q devinssen pria le sû rations de Zarnowski
« Catho
des viciss subalterne approfondi choix des Îluence. 1 ; lion de Ste de deux ai du colonel routes el st agents de p ce qui se pi tête des em propriétaire l'inflexible venir la for au om du ait, s'atten pas s'expose sereuse de | « leur disait «Ceinq cents Cnera cinq «verra en S ‘Con ne vou:
dant, les « outragerot « De plus, combien il 6 aux fers, Acc lives de l'évé St l'aison, jl nale, et {init
ége, ne les eniDiHaUx dressée, t le lencevoir la ux villa- | roubles e s'étant se, COMne n'alla
i l'entou- : indignaables, on nt d’avoir , à la comsultat des ela, Île seit jamais à doxe, à li ais comme umettre à auaines AUX
gendarmes ré quatorze au colonel et. Lors de inicains de Les paysans igissaient à dique était eu et l'emire la relà sacriléqe.
ble responipereur, el sans misé- OIINISSION
caractere
faible, accusé, quoique catholique, d'avoir favorisé les premières tentatives de conversion en 1843, prétexta une maladie et conserva à Driza, ville voisine, une attitude passive. Mais le sénateur à son passage lui ordonna d'aller en personne déclarer à ses subordonnés que la volonté de l'empereur et celle de Dieu étaient qu'ils devinssent schismatiques. Le propriétaire, vu son état de santé, pria le sénateur de l’exempter de paraitre en personne aux opérations de la commission et offrit à sa place son fondé de pouvoir
Larnowski.
« Catholique comme son maître, Zarnowski avait éprouvé bien des vicissitudes ; il avait exercé, en sous-ordre, des emplois subalternes dans la police, et y avait acquis une connaissance approfondie des ruses de l'emploi. Habile, peu scrupuleux sur le choix des moyens, 1l jouissait dans les environs d’une grande influence. accepta la mission qu'on lui offrait, ainsi que les instruclion de Stcherbinin et de Korsak, et, s'étant assuré du concours de deux aides : l'économe etle médecin, il se mit sous les ordres du colonel Losiew. Aussitôt après le départ du sénateur, toutes les routes et sentiers conduisant à Dzicrnowitze furent gardés par des agents de police, de manière que personne ne püt être instruit de ce qui se passait dans ce malheureux village. Losiew se mit à la tête des employés de police, Zarnowski à la tête des employés du propriétaire, Le premier, agissant au nom de l’empereur, parlait de l'inflexible volonté du gouvernement et menaçait de faire intervenir la force militaire qui à Polock attendait un signe ; le second au nom du propriétaire, courant d'une chaumière à l'autre, pleurait, s'attendrissait sur le sort des villageois; il les conjurait de ne pas s'exposer, par leur obstination, à la colère doublement dansereuse de l'empereur et de leur seigneur. « À quoi vous ménera,
«leur disait-il, votre opposition? On administrera à chacun de vous cinq cents coup de verges ; à celui qui les supportera on en don- «nera cinq cents autres,
et puis encore cinq cents! On vous en-
«verra en Sibérie, on tirera de votre corps des lanières de chair et
«on ne vous en ordonnera pas moins d'être orthodoxes. En atten-
à Dzicrnowitze le barbier Vincent ;
«dant, les compagnies de soldats, qu'on appellera sur les lieux, coutrageront vos femmes et vos filles, »
« De plus, on fit venir
mais
combien il était changé! Le malheureux avait été tenu trois mois aux fers, Aceablé de travail et de coups, tourmenté par les Lentalives de l'évêque Luzinski pour le convertir, n'ayant plus toute Sa raison, il ne put se défendre contre une tactique aussi infer-
nale, et finit par adhérer à l'orthodoxie. Ramené enfin parmi le:
siens, lui qui était naguère leur âme et leur soutien, if reparut comme schismatique ; son visage et son corps portaient les traces des plus affreuses violences. Le pauvre peuple, entendant sans cesse les plus épouvantables menacs: et les plus sinistres prédictions, dont la réalisation n’était pas douteuse, effrayé de l'apparition de Vincent, privé de tout appui, de toute protection et même de tout espoir, se laissa aller au découragement et finit par désespérer de pouvoir conserver ses rroyances. Toutefois aucun des villageois ne se rendit à la commission pour adhérer à l'orthodois. On employa dès lors un moyen plus expéditif, Le lundi,
44 juillet, pendant que les villageois s'assemblaient pour leurs travaux, la police les entoura et es refoula dans l'Église. Là, les popes, sans s'inquiéter si lon était à jeun ou non, st l’on voulait ou si l’on ne voulait pas se confesser, donnèrent une absolution générale et introduisirent de gré ou de force l'hostie dans la bouche des assistants. Il y en eut beaucoup qui s’oppostrent à cette profanation et qui parvinrent à s’en préserver; mais cela ne remédia à rien, car tous ceux que le sénateur avait embrassés, comme tous ceux qu'on avait refoulés dans l'église, furent comptés pour orthadoxes et inscrits comme tels sur le registre. Pendant plus d’une semaine, on pourchassa de la sorte les villageois, en violentant leurs consciences. La plupart subirent cette dernière épreuve, et on rebaptisa les enfants, Après quoi on expédia au sénateur un rapport annonçant que tous les villageois de Dziernowitze, ayant lait l’aveu de leurs erreurs et en ayant exprimé tout leur repentir, étaient retournés à la religion régnante, coutrits, de bonne foi et-convaincus. Le sénateur Stcherbinin lit une réponse gracieuse, promettant, au nom de l'empereur, des égards el des récompenses à quelques-uns. Il honora de sa visite Zarnowski, qui s'était le plus distingué, et admit ses deux filles à l'institut d’éducation, aux frais du gouvernement.
« Le barbier Vincent, de retour à Witebsk, semblait alors comprendre ee qu'il avait fait, Lomba dans une morne tristesse, Il errait pensif, pleurait et priait, se livrait au désespoir ou tombait dans la folie. Enfin dans la nuit du 25 au 2% juillet, ne pouvant supporter plus longtemps ses remords, il se brüla la cervelle.
« Tel est le dénouement de ce drame épouvartable qui, sous le vègne d'Alexandre I, en Russie, arracha plus de mille àmes à la loi catholique”. »
On a raison de dire que les distances s’effacent. Lei, à nos portes,
1 Lescœur, p. 190 à 168.
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nous sommes en pleine Asie. Les Russes montrent leur provenance. Ces faits ne rappellent-ils pas les compatriotes de la dynastie régnante du Céleste Empire? Le Tartare et le Mongol se retrouvent, avec le raffinement d’une civilisation avancée dont ils auraient emprunté les formes. De même qu’en Chine, le culte des ancêtres serait en usage ; par respect, paraît-il, pour la mémoire de Nicolas, son fils Alexandre le dépasserait en rigueurs : « Ce que mon père a fait est bien fait. » Comme le souverain n’est lié par aucune loi, ses représenta e se croient tenus en conscience d'en respecter aucune. | se retrouve du haut en bas du système. On vit donc e: «un gouvernement absolu, que la vénalité tempère".
Dans le détail, ne donno:, pas une origine bien haute aux mesures vexatoires pour obtenir l'unité religieuse. Il y avait des populations paisibles qui demandaient un peu de cette liberté accordée aux juifs et aux luthériens ; il faut en faire des mécontents. Pour tous les administrateurs cleres ou laïques, créer des dissidents, des ennemis mortels, est la meilleure spéculation; la matière devient taillable à merci. On se garderait en Russie ou en Sibérie d'apaiser la haine des vieux croyants qui regardent le ezar comme l’Antéchrist. De même on se garderait d’étouffer dans les provinces polonaises les tendances à la révolte ou de les entraver. Ces contrées constituent pour la haute et basse police une véritable Californie ; elles fournissent chaque année une coupe réglée d’exactions. Dans ces derniers temps, pour citer un exemple connu, « Bibikoff, gouverneur de Kiew, aidé de Pissareff, laissaient faire, puis, quand le moment paraissait opportun, les conjurés assez nombreux et assez compromis, ils ouvraient une enquête. De cette façon on pouvait à la fois satisfaire la justice du ezar, en condamnant à mort ou à l'exil, et les intérêts privés, en acceptant les dons des malheureuses ‘victimes auxquelles on laissait le choix entre le payement d'une rançon considérable et l'avenir le plus affreux ?. » Quand la révolte préparée de longue main devint plus générale, elle eut pour résultat, par les confiscations en masse, la substitution de nouveaux propriétaires aux anciens. Le principal motif du zèle déployé par les agents intermédiaires serait leur bénéfice sordide. A force d’amonceler les nuages, rien d'étonnant que l'orage éclate.
‘ Lescæur, p. 125.
2 Ibid. p. 129.
dE sie asie