‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 49 sur 226 · MIRACLES OPÉRÉS PAR LES MISSIONNAIRES · texte numérisé non relu

MIRACLES OPÉRÉS PAR LES MISSIONNAIRES

ii est remarquable qu'une religion qui se dit fondée sur la raison méprise les lois de l'évidence, et que ceux qui étudient la Bible et qui admettent les miracles renfermés dans les Livres Saints, se moquent de faits qui ne sont pas plus difficiles à croire par la raison humaine. Si Élie défend à la pluie et à la rosée de tomber sur la terre pour punir un roi coupable, et permet ensuite à la nature de reprendre son cours, ce récit est respectable et vrai ; mais que saint François Solano, pour sauver un peuple, fasse jaillir l'eau dans les déserts du Chili, et que ce torrent miraculeux soit encore de nos jours appelé « la fontaine de Solano, » c’est une exécrable imposture. Si l'éternel « suspend la voracité des lions » pour sauver son prophète, soyons étonnés et adorons ; mais une panthère se coucher près de son serviteur Anchieta pendant

! Lockman’s Travels of the Jesuits, préface, p. xiv

sa prière à minuit dans la forêt, ou la vipère n'oser le piquer lorsqu'il la heurte du pied au milieu du jour, c’est une invention impudente. Si le fer surnage à l'ordre d’Élie pour sauver la hache d'un bûcheron, tombons à genoux et glorifions le Seigneur ; msis Anchieta se soutenir sur les eaux du San-Francisco afin qu’un apôtre du Seigneur ne périsse pas, nous dédaignons la superstition qui croit à ce fait et l'imposteur qui le raconte. Si un mort ressuscite, comme le dit l’Écriture, parce que ses os ont touché les os d’un saint que Dieu voulait honorer! » personne ne refusera de louer et d'admirer. Saint Augustin raconte le même fait arrivé dans sa propre église, pour les os de saint Étienne, et devant l'assemblée qui en a été témoin; sourions de cette fraude méprisable. Si la sagesse divine se sert de la voix d’un âne pour enjoindre ses ordres au prophète révolté, acceptons sans surprise le message et son interprète ; mais que la divine providence commande au jaguar de s'arrêter au milieu de sa course aux pieds de saint François Solano, et de s'agenouiller humblement devant le serviteur du Tout-Puissant, rejetons ce conte invraisemblable avec une exclamation de dédain. Si Élie ressuscite un mort entré déjà en putréfaction, et seulement pour consoler une malheureuse veuve, ce fait sera le texte de nos louanges et de nos méditations ; mais saint François Xavier ouvrir une tombe en présence de milliers de personnes pour montrer à toute une nation ce que peut le Dieu des chrétiens, c'est une fiction pitoyable. Si le prophète Élie est nourri par des corbeaux et des anges, puis observe un jeûne de quarante jours et de quarante nuits, personne ne doute de la manière dont il fut sustenté, ni de son abstinence; mais que le Père de Nobili ou de Britto, par une vie entière d'austérité et de mortification, ramènent au bien des milliers d’hommes, on n’y voit que « la folie fanatique du catholicisme. » Lorsque nous lisons dans les Actes des apôtres que le visage de saint Étienne parut tout glorieux, et que les assistants virent sa face devenir semblable à celle d’un ange, nous devons reconnaître que la grâce peut illuminer même un corps mortel; mais si on atteste que le bienheureux Pierre Claver fut transfiguré devant cent témoins qui virent la lumière se jouer autour de sa tête, et couvrirent de leurs mains leurs yeux éblouis, prenons en pitié la superstition dégradante qui peut croire à ce misérable récit. « Un mouchoir ou un tablier, » ayant touché le corps de saint Paul, guérissait les malades et mettait les démons en fuite ; rien n'est plus naturel que

2 IV Rois, ui, 21.

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cette sanction donnée par le Tout-puissant, en présence des anges et des hommes, à l’usage que les catholiques font des reliques ; mais si l’on attribue le même privilège à saint Bernard, à saint Philippe de Néri, à Anchieta, à saint François Régis, il faut faire retentir le ciel de cris d’indignation ou se boucher les oreilles avec mépris.

Peut-être irouverait-on l'explication de cette inconséquence qui accepte certains miracles sans les contester, et repousse les autres sans les exam'uer, dans ce fait : que la plupart des protestants ne croient pas plus aux uns qu'aux autres. Ils les traiteraient tous de la même manière ; si ce n’est qu'ils n’ont aucune raison de rejeter les premiers, tandis qu’ils ont de pressants motifs personnels pour nier les seconds. Les Hindous et les mahométans déposeront contre la crédule incrédulité des sectes modernes, car ils manifestent, au milieu de leurs erreurs, une plus profonde connaissance des mystères intérieurs de la sainteté, et ils ont confessé dans tous les siècles qu’un Dieu qui cesserait de déployer son pouvoir ou de répandre ses bienfaits, ne serait qu’une divinité impuissante, indigne de régner sur des hommes immortels et qu'on aurait le droit d'arracher, de ses mains paralysées, son sceptre affaibli et devenu inutile. Les instincts du cœur humain, chez les païens comme chez les chrétiens, rejettent le Dieu que le protestantisme a inventé. Une seule rece sur la terre refuse au Dieu de toute vérité et de toute sainteté la puissance d'opérer des merveilles dans ses saints et dans ses apôtres ; ce sont des hommes qui reconnaissent, sans honte ni regret, que cette action divine ne s’est jamais manifestée et ne se manifestera jamais en eux. Qui, en cffet, songe à produire un miracle anglican, un prophète wesleyen, ou un saint presbytérien? Qui pourrait se représenter Middleton faisant jaillir à sa parole une source dans les plaines du Bengale? Buchanan respecté par les panthères? Judson transfiguré ? ou Heber ressuscitant les morts”?

Ce n’est pas ici le lieu de discuter ta réalité des miracles. Pour le chrétien éclairé et familiarisé avec l'Écriture, les miracles du Nouveau Testament ne sont pas des faits isolés et anormaux, mais des faits typiques et nécessaires au plan divin qu'ils ornent et glorifient, et la cessation de ces miracles serait bien plus inexplicable que leur continuation. Les miracles sont rejetés par les hommes qui ne connaissent ni Dieu ai eux-mêmes ; malgré la religion qu’ils professent, ils ont la crainte et la haine du surnaturel ; ils aiment mieux croire Dieu éternellement silencieux plutôt que de confesser qu’il n’a daigné parler que dans son Église. Ils ne vou-

draient pas croire aux miracles quand même ils les verraient; ce qu'ils craignent, c’est la manifestation du pouvoir divin ; mais ce qu’ils haïssent, c'est le témoignage que les miracles rendent à la foi catholique‘.

Cependaut, la science moderne n'est pas toujours hostile à la vérité révélée et elle a récemment protesté par la voix d’un de sos plus illustres adeptes contre ce scepticisme contraire à la raison. Un mathématicien anglais bien connu, en réfutant scientifiquement la formule erronée de Hume, a déclaré et laborieusement prouvé que de quelque façon que cette formule fût appliquée elle serait toujours fausse. Ilume avait dit qu'aucun degré d’évidence ne pouvait suffire à établir la preuve d’un miracle. M. Babbage, en mettant celte proposition à l’épreuve de la méthode analytique, arrive à une conclusion diamétralement opposée. « Si l’on peut trouver, dit-il, un témoin indépendant qui dise plus souvent la vérité que le mensonge — ce qui n’est certainement pas une exigence intolérable — il est toujours possible de réunir un certain nombre de témoins indépendants ; et la fausseté de leurs témoignages lorsqu'ils conéordent, est bien plus improbable que ne peut être le miracle lui-même*. » Cependant l’ignorante incrédulité des sectes protestantes, qui annule les lois de l'évidence et rejette les conclusions les plus rigoureuses de la science, prétend être une protestation en faveur de l'intelligence humaine contre la tyrannie de la superstition!

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