D'APRÈS UN MISSIONNAIRE APOSTOLIQUE
Si nous avons montré dans l'Amérique méridionale l'action de l'Église agissant sans entraves, avec sa hiérarchie intimement unie au centre de l'Unité, ayant pour auxiliaire les plus prêts imitateurs du Christ dans la personne des religieux de différents Ordres; plus sévères que les voyageurs protestants, nous trouvons pour ainsi dire aujourd'hui dans ces régions la contre-épreuve. Aussitôt que l'Église, seule dépositaire du vrai et du bien, se retire, l'esclavage se montre; aussitôt que le pouvoir civil marque la religion de sa main pesante, le mal et la barbarie accourent. Nous avons donc encore ici par voie négative la démonstration de cette vérité : « Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, le reste vous sera donné par surcroît. »
Nous invoquons en ce moment l'autorité d’un homme grave, d’un missionnaire apostolique, qui, après un séjour de plusieurs années au Brésil, retrouvait la France en juin 1864. Il n'avance rien qu'il n'ait vu lui-même ; il ne prétend pas exagérer le bien ou atténuer la grandeur du mal.
Il y a cent ans, nous dit-il, la religion était florissante dans toutes les régions de l'Amérique méridionale, depuis le fleuve des Amazones jusqu'au Rio de la Plata et la Patagonie. Dans les villes du littoral, les églises, couvents et établissements religieux de toute espèce étaient aussi riches, aussi nombreux et aussi suivis qu'en aucun lieu du monde. À l'intérieur des terres, surtout dans les grandes provinces de Bahia et de Pernambuco, la foi avait jeté de si profondes racines que, même après un siècle d'abandon, quelques peuplades éparses de ces vastes déserts sont mieux instruites encore et plus morales que dans certaines contrées d'Europe. On comptait dans l’intérieur du Brésil environ cent soixante-dix tribus ou nations indigènes, de mœurs et de langues diverses, mais issues de deux souches principales, la race Guarani et la race Tupinamba. Celle-ci habitait les contrées du littoral, depuis le 7° ou 8" degré, jusque vers le 32° ou 33° de latitude méridionale. les Guaranis s'étendaient à peu près dans la même zone, mais plus à l'Occident, et habitaient les vastes forèts qui bordent les fleuves Parana et Paraguay. La langue de ces derniers, connue sous le nom
A D TO rm ER NE
de lingoa geral, est encore aujourd’hui la langue vulgaire de toutes ces régions.
Ilest difficile d'établir d’une manière certaine le nombre des Indiens de diverses races que les Franciscains et surtout les Pères de la Compagnie de Jésus avaient conquis au christianisme et à la civilisation. Les fameuses Réductions du Paraguay et de l'Uruguay étaient, en 1767, àu nombre de trente, et contenaient quatrevingt-neuf mille Indiens convertis, presque tous Guaranis. Il y avait, de plus, quinze Réductions et quatre mille chrétiens dans les régions du Grand-Chaco, aujourd'hui retombé à l’état purement sauvage, et aussi parmi les Froutones, les Chalcaguis et les Chiquitos; ces derniers comprenaient dix Réductions et vingt-quatre mille chrétiens. Ces peuples habitaient les forêts à l'orient des Andes, jusque vers les sources du fleuve Paraguay, contrée que les Espagnols appellent la Montaña. Ces Réductions reliaient les établissements du Paraguay aux missions du Chili et du Pérou. On peut supposer qu’à l’orient de la grande Cordillière, jusqu'aux frontières du Brésil, il y avait cent quarante mille Indiens catholiques, et le même nombre au moins dans le Brésil, Nous aurions donc trois cent mille indigènes convertis jusqu’à l'année 1767, époque de l'exil des Jésuites. Jusqu’alors les Réductions, avec leurs établissements du Maranuham, renfermaient (chiffre officiel) cent quatre-vingt mille chrétiens. Ils rappelaient, par leur ferveur, leur innocence et la pureté de leurs mœurs, les siècles de la primitive Église, les martyrs même ne manquaient pas, comme le témoignent les historiens du christianisme dans ces immenses régions. En comprenant les peuples convertis à l'occident des Andes, au Chili, au Pérou et dans les contrées vord du fleuve des Amazones, l'Orénoque, la Nouvelle-Grenade « - ires, on aurait en tout trois millions d'Indiens christianisés.
Notre témoin oculaire, en se fondans sur ce qui reste encore d'idées religieuses, et sur les ruines des anciens monuments, dans les régions baignées par les fleuves de la Plata, Parana, Paraguay, Uruguay, lacuhi, Tacuary, peut assurer que nulle part la religion n'était plus florissante ni plus solidement assise. Outre le clergé paroissial établi dans les villes telles qne Buenos-Ayres, l’Assomption et quelques autres, quinze à dix-huit cents missionnaires étaient répandus dans ces régions sans limites, et y entre-
tenaient la foi, la piété et les bonnes mœurs.
Mais les fureurs du philosophisme et du jansénisme vinrent se ruer sur les auteurs de tant de bien. L’expulsion des Jésuites de toutes les possessions espagnoles et portugaises fut peut-être le
crime ait vu terrib mes d Dieu :
rique travau seul Ï tômes tous le seraier Auj du josi ignora Le c scanda dans 1 apostol mais le joséphi Ils s’irr ils vou temps on loit piéteme Poubli.
à des h d'assez certain de leurs Jours de Quel de l'Egl nir, ma richesse du peur Jeune ta apparen Dans classes :
Dans l'ir Pas mie
de toutes
ombre des t les Pères sine et à la l'Uruguay nt quatreranis. Il y is dans les purement et les Chiingt-quatre orient des ontrée que is reliaient et du Pé- Cordillière , rante mille is le Brésil.
rtis jusqu’à s les Réducient (chiffre ent, par leur s siècles de pas, comme s immenses ccident des d du fleuve es, on aurait
reste encore Aments, dans a, Paraguay, part la relie, Outre le enos-Ayres, nts mission- , et y entre
e vinreni se s Jésuites de peut-être le
crime le plus affreux, l’iniquité la plus épouvantable que le monde ait vus depuis la mort du Christ. Les conséquences en ont été terribles, indescriptibles. Ce n'est pas impunément que les hommes détruisent une des œuvres les plus belles de la miséricorde de Dieu ; nne sorte de malédiction semble peser sur toute cette Amérique méridionale. Si les Jésuites avaient continué en paix leurs travaux civilisateurs, il n'y aurait pas dans ce vaste continent un seul Indien sauvage ou idolâtre. Cet empire brésilien, ces fantômes de républiques espagnoles, où l’immoralité, l'ignorance et tous les vices sociaux, politiques et individuels sont à l’état normal, seraient devenus le modèle du monde.
Aujourd’hui, au Brésil, depuis l'invasion du philosophisme et du joséphisme dans toutes les villes du littoral, règne une profonde ignorance religieuse et, par suite, une immoralité déplorable.
Le clergé, sauf quelques exceptions trop rares, est notoirement scandaleux. De même, les restes des Ordres religieux qui existent dans les villes. Bien des fois les souverains pontifes, les nonces apostoliques et les évêques ont tenté de remédier à ces maux, mais leur action est entravée par les habitudes tyranniques que le joséphisme et le pombalisme inspirent encore aux gouvernants. Ils s’imaginèrent dernièrement de faire une loi sur les séminaires ; ils voulurent nommer les professeurs au concours, régler le temps des études théologiques et imposer jusqu'aux livres dont on dloit faire usage; quelques prélats se sont opposés à cet empiétement ; on espère voir bientôt tomber cette loi ridicule dans Poubli. Plusieurs évêques, par faiblesse, donnent les saints ordres à des hommes qui, en Europe, ne seraient ni assez instruits, ni d'assez bonne conduite pour être cleres de village. De plus, un certain nombre de prêtres interdits, Portugais et Italiens, chassés de leurs diocèses, se réfugient au Brésil et trouvent presque toujours de malheureux troupeaux à dévorer.
Quel serait l’unique remède à tant de maux? Un seul, la liberté de l'Église. Quelques évêques font d'immenses efforts pour l’obtenir, mais en vain, Le gouvernement est aveugle: il croit que la richesse et des tronçons de chemins de fer feront le bonheur du peuple ; mais tout homme éclairé voit bien que cet empire si jeune tombe déjà en décadence; tout y croule, malgré les fausses apparences de prospérité matérielle,
Dans les villes, il y a peu de religion pratique parmi les hautes classes; les pauvres et les esclaves sont livrés à la superstition. Dans l'intérieur, la foi est vive et les populations ne demanderaient pas mieux que d'avoir des missionnaires. Quand un d’entre eux
DUT RP LED SONT PE CE DR 2 ur ES
rh ot RD © éd RD NÉ NET 7 ED
mnt ae sde srdttens
traverse le pays, il est toujours bien accueilli et obtient de consolants résultats, Les missions indiennes sont entièrement abandonnées ou laissées au zèle de quelque prètre européen isolé, comme l'était le missionnaire apostolique de qui nous tenons ces détails. Il y a deux ans, le gouvernement brésilien, après seize années de négociations avec la cour de Rome, conclut un arrangement avec le cardinal préfet de la Propagande, à l'effet de remettre les missions indiennes aux mains des Pères Capucins (des Jésuites on n'en veut à aucun prix}, et convia, par circulaire, les évêques à formuler leurs demandes. Plusieurs d’entre eux, les évêques du Para et de Rio-Grande do Sul, demandèrent immédiatement un certain nombre de Pères pour les Indiens de leurs diocèses, Jusqu'ici on n’a même pas daigné leur répondre. Cependant le budget de chaque année désigne certaines sommes pour l'entretien des missions.
Il y a peut-être encore cinquante mille Guaranis baptisés, mais ces pauvres gens sont réduits à une extrême misère et entièrement privés de secours religieux !. Ils savent assez bien les éléments de la religion, qu’ils ont conservés par tradition et dans leurs cantiques. Doux et résignés, en général, ils regrettent vivement les anciens Jésuites, pour la mémoire desquels ils ont une grande vénération, et qu’ils désignent toujours sous le nom de os Padres. Les ruines si majestueuses des Réductions leur disent assez ce qu'ils avaient fait pour eux. Ils vivaient alors dans la prospérité, possédaient des terres bien cultivées, de nombreux troupeaux, toutes les nécessités et la plupart des douceurs de la vie. Les arts et les lettres ne leur étaient pas étrangers; ils étaient peintres, sculpteurs, fondeurs de métaux, orfévres, imprimeurs, et trèsbabiles dans une multitude de métiers; maintenant, ils n’ont que leurs pauvres cabanes et quelques maigres volailles. Ils errent presque aus, souvent mourant de faim. De temps à autre, ils servent de guides à de rares voyageurs.
Voilà ce qu'a fait, pour ce grand continent du Nouveau Monde, la civilisation moderne. De nombreuses nations indigènes errantes au milieu des forêts; des institutions politiques basées sur l'immoralité et les exactions, jointes au plus affreux matérialisme. Nul vrai progrès ; quelques chemins de fer sans voyageurs ni commerce; quelques navires à vapeur exclusivement manœuvrés par des Européens : agriculture presque nulle, peu de productions
4 Les missions ou Réductions de la Bolivie |Chiquitos, et quelques-unes dans la république du Paraguay proprement dit existent encore.
indus
pas sd luxe tuclle Cer de rel popul lable.
gnole plus a vingt-c mérid
: Lett uaire à auteur, À
3 Ann
nt de connent abanpéen isolé, tenons ces après seize In arrangele remettre les Jésuites s évêques à évêques du atement un ocèses, Jusnt le budget niretien des
ptisés, mais entièrement éléments de s leurs canvivement les une grande le os Padres.
ent assez ce à prospérité,
troupeaux, vie. Les arts nt peintres, urs, et trèsils n’ont que s. Ils errent
à autre, ils
eau Monde, nes errantes es sur l'imatérialisme.
leurs ni COMnœuvrés par
productions
es dans la répu-
industrielles ; une paresse difficile à croire pour ceux qui n’en ont pas souffert, une étonnante incurie pour les choses de l’avenir, un luxe cffréné, des guerres civiles sanglantes, barbares et perpétuelles‘!
Cependant, malgré l’abaissement des caractères, qu'il sera facile de relever lorsqu'une politique odieuse suspendra ses entraves, les populations de l'Amérique du Sud ont conservé une foi inébranlable. Grâce au catholicisme, la fusion entre les deux races espagnole et indigène s’est établie; aussi, d’après les statistiques les plus autorisées, en comprenant les États du centre, on compte vingt-deux millions huit cent mille catholiques dans l'Amérique méridionale ?,
{ Lettre sur l'état actuel de l'Amérique méridionale, par M. l'abbé Guidez, mission naire apostolique (île de Guernesey, 23 septembre 1864). Voir aussi l’article du même auteur, le Monde, 50 juillet même année.
3% Annuaire diplomatique et statistique, 1864.
LE ABDESAS E RE AT G Mie A,