‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 68 sur 226 · AMÉRIQUE DU NORD · texte numérisé non relu

AMÉRIQUE DU NORD

Il est temps de quitter l'Amérique du Sud, afin de chercher sur le continent septentrional le dernier ct le plus remarquable exemple du contraste qui existe entre l’œuvre de l'Église et l'œuvre des sectes. En traçant ce chapitre d’une histoire arrivée à son terme, nous invoquerons, comme nous l'avons fait jusqu'ici, le témoignage des autorités protestantes; si nous avons eu raison d’être surpris de la vigueur avec laquelle elles ont dénoncé les actes de leurs corelibionnaires dans tous les autres pays, l’étonnante candeur et la loyauté qui, à de rares exceptions près, honorent les écrivains américains, en comprenant les noms éminents de Washington, de Franklin, d’'Irving et de Channing, nous fourniront des témoignages au moins aussi précieux qu'aucun de ceux produits dans cet ouvrage ; ils sont particulièrement remarquables par leur abondance, leur précision et leur force. Il est impossible de ne pas être frappé de ce fait : tandis que, d'une part, les habitants des États-Unis ont poussé le droit de la scission religieuse et la souveraine indépendance de l'individu à des résultats qui ont fait pälir les penseurs même les plus hardis, et ont enfanté à la fin ce chaos de confusion spirituelle décrit par leurs propres écrivains; d'autre part, une grande partie de leur littérature, depuis qu’ils forment une nation distincte, est une protestation contre les jalousies inapaisables, la vive malveillance et les furieux ressentiments que respirent à chaque ligne des écrits polémiques des protestants anglais. En refusant de transplanter sur ses libres rivages le régime usé de la féodalité anglaise, l'Amérique a évité de devenir l’héritière de son fanatisme arrogant et superstitieux !,

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1 Un exemple servira à démontrer l'absence de passions basses et mauvaises qui distingue le peuple américain de ses coreligionnaires anglais. En 1862, les autorités de l'université d’Harvard, qui appartiennent à une école protestante avancée, ofirirent spontanément leur grade académique le plus élevé à l'évêque catholique de Boston, et

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Les seules, peut-être, et certainement les plus remarquables exceptions à cette règle se trouvent, comme nous aurions dû le prévoir, parmi les membres de la secte épiscopalienne d'Amérique; aussi épris, à cette heure, de leurs formes tristes et froides, aussi incapables d’une vie généreuse, que lorsqu'ils provoquaient pour la première fois le dégoût des Virginiens par leur mesquine tyrannie, leur ignoble avidité et leur lamentable égoïsme. Imitant le modèle laissé derrière cux, ils avaient essayé de le rétablir dans leur nouvelle patrie, mais sans succès. Tandis que la majorité des sectes américaines, négligeant les échos de la fureur et refusant l'héritage des haineuses traditions qui ont caractérisé ï littérature et la législation de l'Angleterre, a reconnu que

l'Église porte un front aussi noble dans une république que dans un empire, et a même voulu resserrer ses rangs, non pour la combattre, mais pour lui faire place; les épiscopaux, affectant de n'être ni tout à fait catholiques ni franchement protestants, condamnés par tous pays à une jalousie inquiète et aux angoisses d’un labeur stérile « dans lequel il ny a pas d'énergie à enfanter, » répètent encore ces malédictions irritées qui semblent, chez eux comme chez les autres, être le seul élément positif de leur religion.

Aux États-Unis, dont nous passerons en revue les phénomènes religieux dans leurs rapports avec l’histoire des missions, il est à peine place, excepté chez une secte, pour cette forme particulière de haine engendrée par le souvenir des torts dont on ne s’est pas repenti. Les Américains n'ont jamais décapité un More ou un Fisher dans l'intérêt d’une religion nouvelle, ni torturé un Campian ou arraché les entrailles d'un Lacy; et n’ayant jamais vers, le sang du juste, ils n’ont aucun motif pour nourrir de la haine contre lui. De là le contraste marqué entre leurs écrits polémiques et ceux des protestants anglais. Nous avons vu ce que les Anglais peuvent dire de l'Église de Dieu et deses œuvres ; les Américains nous diront à leur tour comment ils ont appris à les apprécier.

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