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Dans l'empire ture, onze archevèques, quatre cent trente-trois prêtres, et deux cent quatre-vingt mille catholiques'. Ce total de trois cent soixante-quinze mille catholiques a probablement triplé pendant les vingt dernières années. Ubicini fait monter le nombre des chrétiens latins dans la seule Turquie d'Europe, en 1856, à six cent quarante mille, dont cinq cent cinq mille natifs? ; tandis que le nombre total des Grecs sous le sceptre du sultan était descendu, il y a vingt an”, à un million’.
A la fin de l’année 1840, le supérieur général des Lazaristes, M. Étienne, dans un rapport adressé à sa congrégation, s’exprime en ces termes : « Le principal obstacle que l'erreur oppose aux progrès de l'Évangile est une ignorance profonde, base de l'hérésie et de l’islamisme. En conséquence, le premier moyen de favoriser le triomphe de l'Évangile est l'éducation de la jeunesse. Le Coran a encore des disciples, nniquement parce qu'il proscrit toute éducation. À présent, néanmoins, les grands parmi eux n'ont plus d’égard à cette défense, et leur mépris pour la loi de Mahomet est imparfaitement déguisé sous le voile de quelques pratiques extérieures. » Un voyageur anglais protestant confirme cette appréciation en disant que de nos jours la religion des Turcs « est un grossier mélange de scepticisme épicurien*. »
D'un autre côté, M. Étienne donne des preuves intéressantes du respect que les Tures commencent à montrer pour la religion catholique, et de la connaissance qu'ont plusieurs d’entre eux de sa doctrine ; « une fois autorisés à fréquenter nos écoles, ils seront dociles aux enseignements de la religion et de la science. Aussitôt que les Turcs jouiront de la liberté de conscience et des bienfaits de Fr l'Église sera à la veille de les compter parmi ses enfants.
Qu'il nous soit permis de présenter ici une considération suggérée par l’état actuel de l’islamisme, Il n’y a rien peut-être de plus étonnant dans les annales du monde que l’histoire de la religion mahométane : ses progrès et sa puissante domination pendant mille ans sur les trois continents de l'ancien monde, arrêtés par l'union des nations catholiques sous l'inspiration du Saint-Siége. À quelle fin providentielle devait servir ce mystère étrange? La condition actuelle de l'islamisme semble la révéler,
1 Annals, vol, I, p. 406.
Voyez Ubicinis Letters on Turkey.
La Turquie d'Europe, par A. Boué, tome IT, ch, 1, p. 21,
Two Years’ Residence in a Levantine Family, par Bayle Saint-Jobn, ch. xv, p. 207. Annals, vol, I, p. 71,
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Lorsque l'Orient était devenu esclave du schisme et de l’hérésie, les légions du faux prophète sortirent de l'Arabie. Elles ont pu pendant des siècles châtier les chrétiens d'Orient, les fouler aux pieds comme de la vermine. Il n’y a pas, dans L'histoire, de pareils oppresseurs ni de pareilles victimes. « Écrasés et dégradés au-dessous du niveau de l’humanité, selon les expressions de M, Spencer, ces malheureux chrétiens ont vu générations après générations emportées comme les feuilles des forêts. » Ce fut parmi les Grecs apostats et parmi les monophysites, que les légions de l’Antechrist se recrutaient sans cesse par milliers. « Le mahoimétisme, d'après la remarque énergique de Von Haxthausen, reprisente la toñdance de l É, glise orientale, avec son dogmatisme étroit, vers le monothéisme. » Mème de nos jours, il recrute dans ses rangs ces mêmes chrétiens sans force, parce qu'ils sont séparés de l’unité, tels que les Coptes, les Grecs et 1e Abyssins. A Trébizonde, en 1858, « les Grecs professaient l’islamisme au dehors, mais vivaient en chrétiens dans l’intérieur de leurs maisons. » L’apostasie est un péché si commun dans ces pays, nous assure un ministre proteslant anglais, « que même les enfants, dans leurs accès de colère, m'apprit l’évêque de Smyrne, menacent quelquefcis leurs mères de se faire Turcs'. » Damas, autrefois ville entièrement chrétienne, est devenue presque totalement mahométane ; il en a été de même de la plupart des villes d'Orient. « Échappé de l'Arabie, et emportant sur son passage la religion chrétienne, le torrent musulman traversa le Bosphore, et porta le croissant dans les provinces européennes des Césars grecs. Le christianisme dégénéré de ce pays n'était plus le christianisme vivant venu de la source apostolique, Ce dernier avait autrefois absorbé en lui-même tous les conquérants de l'empire, l'autre s'était soumis sans résistance aux lois des Califes: et les populations chrétiennes de l'Asie pour la plupart, abandonnant la foi du Christ, avaient adopté celle du faux prophète, et fourni les armées de ses lieutenants*. »
Tel est le contraste entre le christianisme de Rome et celui de Byzance; et telle a été, pendant des siècles, l’influence du mahométisme sur les communions corrompues et schismaliques. Mais l'islamisme a fait son œuvre, el peut actuellement disparaitre. Il fut envoyé pour châtier, par un jugement sans exemple, une offense sans précé “dent, Maintenant que les Églises d'Orient paraissent revenir à l'unité, et que la voix du pasteur suprême se fait en-
& Jowett, p. 25.
* Persécution et souffrances, rte. p. 2140,
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tendre parmi elles, l’islamisme, comme s'il sentait qu'il ne peut plus jouer le rôle de « vengeur, » tombe en décadence. Ne sembleraitil pas que nous touclions à cette grande époque d unité catholique dont la définition du dogme de la conception immaculée de la Mère de Dieu serait le présage. Son amour obtiendra pour l'Église de ne former entre tous les croyants qu’une seule famille, avant que le monde soit livré à son jugement final.
De nos jours, dans la partie d'Europe de l’empire ottoman, le catholicisme se montre avec honneur. À Constantinople, il y a cinq paroisses et quatre chapelles desservies par les Dominicains, les Franciscains, les Capucins et les Lazaristes, sous la haute direction de Mgr Brunoni, archevêque latin, vicaire patriarcal.
Pour le rite arménien, Mgr Ilassoun, archevêque primat de la Grande-Arménie, prélat très-influent, possède un petit et un grand séminaire ; il y a aussi un couvent de religieuses arméniennes pour l'éducation des filles. Dans le but d'obtenir un rapprochement entre les Arméniens catholiques et schismatiques, Mgr le primat a établi une Société mixte de littérature et de beaux-arts, qui groupe autour de sa houlette les principaux représentants de sa nation, et compte des membres très-distingués.
Les Frères des écoles chrétiennes ont un pensionnat et un demipensionnat prospères, où ils enseignent les langues vivantes et les arts professionnels ; six cents enfants viennent recevoir l’instruction à leurs classes gratuites ; ils ont en tout huit cents élèves sans acception de religion.
A Bébeck, MM. les Lazaristes ont une maison très-heureusement placée sur le Bosphore, et comptent environ cent élèves.
Entre Péra et Bébeck, l'hôpital de la Paix, avec des classes et un ouvroir, est confié, comme l'hôpital français de Constantinople, aux Sœurs de Saint-Vincent de Paul, au nombre de cinquante; personne n’ignore leur héroïque dévouement. Elles ont de plus, au quartier de Galata, un orphelinat de deux cents jeunes filles; trois classes, un asile et un ouvroir pour environ trois cents enfants ; le cathécuménat des femmes. Dans une lettre de la Sœur supérieure, à laquelle nous empruntons les détails suivants, au sujet du cathécuménat, nous trouvons : « Nous avons cette année un bon nombre de femmes, surtout des Turques, de toutes conditions ; une d'elles, esclave échapppée depuis deux ans, fut reconnue dans les rues par son ancien maître, qui la fit enfermer. Conduite au tribunal, elle répondit avec fermeté au pacha qu'elle éiait chrétienne, qu'il pouvait la faire mourir, mais qu'elle ne changerait pas sa religion, Le pacha, voyant sa constance à braver
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les menaces, finit par lui dire : Eh bien! va où ton âme te porte; et il la fit reconduire à notre maison, pour que nous la rendions à la maîtresse chez laquelle nous l’avions placée après son bapième. »
Les mêmes Sœurs ont encore un dispensaire pour les hommes et pour les femmes, où plus de trois cents pauvres reçoivent chaque jours les consultations, les médicaments et les pansements nécessaires à leurs maladies. Ces pauvres viennent quelquelois de fort loin. « Les visites à domicile, continue la supérieure, sont nombreuses dans notre immense ville, et la longeur des courses empèche qu'elles Je soient davantage, car nous devons aller au delà de Constantinople chercher les pauvres et les malades, afin de trouver encore des petits enfants à baptiser. — La visite des prisons, œuvre bien intéressante dans une ville où la police se fait si mal € d’une manière presque encore barbare, nous a valu trèssouvent le bonheur de faire acquitter de pauvres victimes de l'injustice arbitraire ou de l'oubli désolant de l'autorité; soit en prévenant les chancelleries respectives de ces malheureux, soit en nous adressant directement aux pachas, qui ont pour nous de la déférence.
« L'orphelinat des garçons est séparé en deux parties; nous en gardons à Galata quarante, les plus chétifs, et ceux qui ont encore quelques parents. Une autre partie, trente-trois environ, est envoyée à la campagne, dans une ferme où plusieurs de nos Sœurs les soignent ; ce sont ceux qui n’ont plus aucun parent, et les enfants trouvés ; nous les élevons pour en former des cultivateurs. Nous sommes obligées de faire ce choix, à cause des préjugés qui régnent ici contre les travaux des champs. Cependant cette œuvre prospère, les enfants travaillent déjà très-bien ; ils sont forts, robustes, et vivent dans une innocence admirable! »
Un pensionnat commencé par les Sœurs de Saint-Vincent de Paul a été cédé, il y a plusieurs années, aux Dames de Sion. Elles occupent une maison qu'elles louent douze mille francs à l’archevêque latin ; les jeunes personnes les plus distinguées de Constantinople y reçoivent une éducation soignée. Ce pensionnat se suffit, il donne aussi l’instruction gratuite à près de deux cents jeunes filles pauvres. Les Dares de Sion, qui exercent la meilleure influence, ont établi l’œuvre des Mères chrétiennes, réunions mensuelles, destinées à faire un bien considérable dans un pays où la femme n’est pas à la hauteur de sa mission,
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1 Œuvre des Écoles d'Orient, n° NI, p. 27.
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savons qu'en 1863, comme les années précédentes, la Fête-Dieu
été célébrée avec une grande solennité. Dès neuf heures du matin les rues de Péra que devait parcourir la procession étaient apissées d'étoffes brodées, constellées d’or et d’argent, entrelacées de fleurs; les croisées garnies d’oriflammes, de drapeaux turcs, français, anglais, autrichiens et italiens. Plusieurs reposoirs étaient dressés de distance en distance. En tête de la procession marchaientles élèves du lycée français; venaient ensuite l’école des Sœurs de charité, les élèves du pensionnat des Frères, puis le clergé des églises de Péra, au milieu d'une grande affluence. Dans le cortége on remarquait surtout les prêtres du clergé grec nouvellement uni, portant le costume oriental, c’est-à-dire recouverts de l’ancienne dalmatique, au lieu de la chasuble latine. Le gouvernement voulut concourir à rendre cette fête religieuse plus imposante encore, en envoyant des compagnies d'élite et la musique militaire pour lui faire honneur’.
Il n’est pas sans intérêt d'entendre quelques témoignages donnés en faveur de la vérité par les protestants. -
Le docteur Wilson, dont le langage est peut-être plus violent que celui d'aucun autre écrivain, et qui déverse si largement ses invectives contre les catholiques, est forcé de reconnaître que «les Grecs, quand ils se font catholiques, sont comptés parmi les indigènes les plus éclairés et les plus intelligents de l’Orient*. »
Le docteur Robinson, écrivain américain de la même espèce, qui, après avoir visité la Syrie et l'Égypte, voit avec peine le mouvement de conversion parmi les Grecs, admet, avec une répugnance marquée, que « le résultat est une certaine élévation de leur secte. » Le docteur Durbin, autre protestant américain, affirme. sans réserve de toutes les communions de l'Orient, que « leurs apports av+c l'Église catholique ronaine tendent à les faire monter dans l'échelle de la civilisation‘. »