‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 76 sur 226 · SAT · texte numérisé non relu

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petit nombre d’entre eux se tient en dehors de cette catégorie, mais ils ne vont pas plus loin. Ils travaillent le dimanche comme les autres jours. Quelques-uns viennent à la messe, mais je ne puis les amener à l'instruction en espagnol que je fais à leur ‘usage. Cet état de choses me cause d’inexprimables angoisses, Lorsqu'on nous enleva un hangar où nous avions établi notre chapelle, nous nous trouvions absolument sans gîte. La souscription ouverte pour notre entretien ne se paye pas. En quatre mois nous avons eu quatre logements différents et trois églises. Le premier dans un hangar, le deuxième dans la maison même qui servait de chapelle, misérable chambre, auparavant mal habitée ; le troisième à la garnison; le quatrième dans une espèce d’appentis attenant à notre chapelle actuelle. Or, cette chapelle a été autrefois une salle de bal, d'ivrognerie, et le reste... Encore sommes-nous heureux de lavoir. Le propriétaire, luthérien allemaod, nous en a donné l'usage gratuit jusqu’à ce qu'il y ait une église bâtie. Un catholique nous a jetés à la porte, un protestant nous accueille, » Malgré tant de traverses, les deux Pères Soulerin et Telmon, par leur patience etleur zèle, parvinrent à se concilier et à s’attirer cette population si désorganisée moralement, et arrivèrent, aidés par des contributions volontaires, à élever une chapelle en planches, de quatre-vingts pieds de long sur vingt de large, dont un tiers fut destiné à leur résidence. Dans cette chap:lle commença d’une manière régulière le culte religieux, pour ailer toujours en progressant, quoique bien lentement dès l’abord. Tout faisait espérer un succès prochain, lorsque les Pères reçurent de leur supérieur l'ordre de se rendre au Canada. Un an après ce départ, grâce aux instances de Mgr Odin auprès du supérieur g général, six Pères et un Frère en compagnie de ce digne évêque s *embarquèrent de France pour Galveston, où ils arrivérent en 1852; quatre mois plus tard, trois Pères et un Frère prenaient la route de Brownsvitle et rentraient en possession de ce poste délaissé depuis dix-huit mois, pour ne plus l’abandonner. Avec les efforts incessants de Pères, etmalgré des entraves de tout genre, trois révolutions, troi épidémies affreuses qui enlevèrent quatre Pères et deux Frères, d longues sécheresses, la guerre actuelle, qui arrête tout commerce, et de plus le blocus du port, une église en brique à trois nefs (82 pieds de long sur 34 de large), dont le public se montre fier, fut bénie et livrée au culte le 42 juin 1859, jour de la Pentecôte, Bientôt une communauté des religieuses du Verbe-Incarné fut fondée à Brownsville. Amenée de Lyon par Mgr Odin, elle compte actuellement douze religieuses et a déjà opéré un bien

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immense. Grâce à leurs écoles, les Pères ont pu établir des catéchismes réguliers, œuvre qui, jusqu'alors, avait échoué à cause de l'indifférence des parents. Les Pères ont aussi préparé un établis: sement pour les Frères de la Doctrine chrétienne.

Il y a dix ans, quoique la population de Brownsville ne füi pas de beaucoup inférieure, trente ou quarante personnes à peine se rendaient aux offices du dimanche. Aujourd’hui l'église neuve se trouve remplie aux fêtes principales.

Un mot sur le ministère que les Pères ont à exercer au-dehors : deux lettres des révérends Pères Gaudet et Clos nous apprennent à le connaître. Leur juridiction s’étend à l'est jusqu’au golfe du Mexique à douze lieues de Brownsville; à lorient, en remontant le Rio-Grande, à vingt-cinq lieues ; au nord-est, dans l'intérieur à trente lieues; ombre de ranchos ou hadiniores (cent cinq), où l’on peut djre la messe, sans compter quantité d’autres ranchos avec deux ou trois habitations qu’il est bon de visiter, pour baptiser les enfants. Ce genre de mission est des plus pénibles, en raison du climat, des distances et de la pauvreté des gens. « Ils n'ont pour toute habitation que de misérables huttes en branches et recouvertes de boue. Inutile d'ajouter que le missionnaire, s’il veut prendre son repos, doit se contenter, pour lit, de sa couverture étendue par terre, ou d’un cuir de bœuf ; la selle du cheval ou le petit sac contenant la chapelle tient lieu d’oreiller. » « Pour la mission qui m'occupe, écrivait le Père Clos en 1861, il faut une santé de fer ; impossible de vous dire tout ce qu’on endure; ce qui me fatigue le plus, c’est le manque de sommeil. Pendant le jour, on prêche, on catéchise, on visite les familles. La nuit on récite le rosaire, on prèche encore ; après le rosaire on confesse; rarement on se couche avant minuit, mieux vaudrait ne pas se coucher, il est impossible de fermer l'œil: mille garrapas, mousticos, vous lennent éveillé. »

La nourriture offerte au missionnaire est un pain de maïs, tortilla, mêlée de graisse peu ragoûtante, accompagnée de viande séchée au soleil, « Les chiens chez nous n’en voudraient pas. La semaine précédente un de nos Pères est rentré malade d'une mission où sa nourriture avait consisté en viande pourrie. — Le vapeur à notre usage pour franchir les fleuves est d'invention indienne ; tout l appareil consiste dans un cuir de vache rempli de foin ; le missionnaire se gardant bien de perdre l'équilibre se met dedans ou à Califourchon, comme il l'entend, et un Indien le tire en avant au moyen d’une corde attachée à son corps tandis qu'ilse sert de ses bras et de ses jambes pour nager.» Le Père oublie ses peines

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lorsqu'il peut dire: « J'ai fait faire la première communion à plus de cent quarante hommes de trente, quarante, soixante ans. » Si physiquement parlant ce genre de ministère est très-pénible, il a aussi ses difficultés morales qui demandent une énergie de caractère, une patience, un renoncement à soi-même peu ordinaires. Ces enfants des champs et des bois, les trois quarts d’origine indienne, sont retombés avec le temps dans les habitudes de leurs pères, ou plutôt ne s’en sont jamais bien dépouillés.. Rien ne les attachant à un endroit, leur amélioration morale s'obtient très-difficilement.

De nouvelles épreuves attendaient cette mission ; le révérend Père Clos, en date du 8 novembre 1863, les indique. |

La première nouvelle de l’approche des fédéraux avait jeté la terreur dans les esprits ; tous les habitants se préparaient à traverser le fleuve qui les sépare du Mexique et à se réfugier à la ville de Matamoras sur l’autre bord, où se trouve aussi une résidence des Pères Oblats. « Seuls au milieu de la débâcle générale, nous restions immobiles, parce que seuls nous étions sans opinion politique. Le lundi soir nous eûmes la visite de l’aide de camp du général confédéré qui commandait la place. — Restez tranquilles, nous dit-il, vous n'avez rien à craindre, demain nous partons à onze heures. — Mais, lui demanda un Père, n’allez-vous pas brûler la ville en sortant, ainsi que tout le monde le craint ? — Jamais on ne se portera à une extrémité semblable. — Comptant sur ces paroles, nous demeuràmes chez nous sans rien enlever de la maison.

« Le mardi, vers une heure de l'après-midi, on sonne la trompette pour réunir les soldats ; c'était le signal du départ. Curieux, nous aussi, de voir passer les troupes, nous montâmes à l'étage supérieur de notre maison, d’où nous pouvions facilement apercevoir le défilé des soldats qui quittaient ce que l’on appelle ici leur garnison. À peir * étions-nous placés derrière les persiennes que nous vimes une épaisse fumée partir en même temps de quelques casernes, bientôt les flammes s’élevèrent ; dans un instant elles se communiquent aux maisons voisines ; de là un incendie épouvantable, suivi rapidement d’une explosion effrayante produite par plusieurs barils de poudre que les soldats avaient laissés à dessein dans une des casernes afin de faire sauter la ville, bâtie sur le sable. Le coup fut si violent qu’il brisa les loquets de nos portes, nos vitres, l’église se fendit, une statue de saint Pierre s’endommagea, et une barre de fer qui fermait l'entrée de la sacristie fut entièrement pliée. La secousse se fit également seniir à Matamoras; nos Pères eurent aussi les carreaux de leurs fenèrres brisés.

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« Inutile de dépeindre les cris de désespoir, la désolation des pauvres habitants qui étaient restés dans Brownsville; ils se portaient en foule à notre maison en criant: Sauvez-nous ! sauveznous ! Dans un instant notre cour, notre maison, notre église furent encombrés d’armoires, de malles, de meubles, etc. Tous venaient chercher un refuge chez les Pères. Cependant, il n’y avait pas plus de sûreté pour nous que pour les autres. Tant il est vrai que la religion seule peut donner du calme et de la tranquillité dans les moments les plus critiques ; nous paraissions impassibles au milieu de la tourmente, répétant sans cesse : que la volonté de Dieu s’accomplisse.

« Vous dire comment nous avons échappé à une mort certaine et à l'incendie, est difficile à expliquer. Les enfants de Marie, les Oblats, ont une bonne protection dans leur Mère ; elle a été notre librratrice et notre paratonnerre. Je dis libératrice, parce que, d'après de noirs desseins, nous devions être entièrement ensevelis sous les ruines. Une chambre en maçonnerie avait été préparée pour recevoir vingt-cinq barils de poudre avec des bombes et des grenades. Pour échapper à l'explosion qui devait naturellement en résulter, la troupe avait déjà fui ; alors un général mexicain organise une petite compagnie afin d’arrèter les progrès du feu ; tout le monde se met à l'œuvre. On parvient à se rendre maître de la flamme au moment où elle allait atteindrela chambre fatale; on s'empare de la poudre et des projectiles; on jette le tout dans le fleuve. Si nous avons la vie sauve, c’est presque un miracle : une minute de plus et nous étions ensevelis sous les décombres. — Le feu avait été mis à plusieurs endroits de la ville à la fois. Lorsque nous ne lûmes plus séparés de l'incendie que par trois ou quatre maisons en bois, nous nous dimes : C’en est fait de notre maison ! Enlever les objets, c'était impossible ! où les porter ? Alors chacun de ñous prit ce qu'il y avait de plus précieux : un Père fut chargé du Très-Saint Sacrement, moi des vases sacrés, et ainsi du reste. Placés au milieu de la cour, nous attendions notre sort, mais le vent change de direction et avec lui l'incendie.

© Nous commencions à nous tranquilliser, lorsque la troupe furieuse arrive, tout en fuyant, en face de notre porte, pour mettre le feu à quarante ou cinquante balles de coton qui appartenaient à un de nos voisins, Au moment où ils vont exécuter leur projet, un homme à l'angle de la rue les prie d'épargner le coton. Dans une autre circonstance, pour toute réponse ils auraient déchargé leurs armes sur lui ; cette fois, ils n’en firent rien et passèrent outre, qlant tout sur leur passage. Des centaines de balles de coton ont

été incendiées dans la ville; le général lui-même donnait l'exemple à ses soldats ; seul le coton qui se trouvait à notre porte a été épargné, et avec lui nos bätisses. Qui donc a préservé la maison et l’église des Pères ? C’est notre paratonnerre, c’est Marie Immaculée ! Les hommes voulaient nous faire périr; mais que peut la fureur des mortels devant celle qui enchaîne la rage des démons ? » Bientôt, après différentes péripéties, Brownsville tomba entr

les mains des fédéraux qui en firent un centre d'opérations ; les Pères virent souvent leur ég'ise remplie de soldats catholiques de leur armée, Matamoras, la ville mexicaine de l’autre côté du fleuve qui avait servi de refuge à Brownsville, dut à son tour avoir recour

à sa voisine lorsqu'elle fut devenue, par une suite de révoltes sanglantes, le dernier rempart des bandes de Juarez ; rentrée maintenant, grâce aux forces françaises, sous le septre de Maximilien, elle servira de première étape à l'entrée des révérends Pères Oblats dans l'empire du Mexique. En date du 15 décembre 1865, le révérend Père Parisot apprend que, pendant l'occupation fédérale le commerce redevenu florissant, les Pères purent recueillir la somme nécessaire pour achever leur église. « La voûte a été terminée pour le 8 décembre, et le 15, jour de la solennité de l’Immaculée Conception, nous monträmes à nos gens le fruit de leur générosité... En faisant ma quête, on m'a dit plusieurs fois : Quand vous viendrez solliciter nos aumûmes pour la construction d’un collége, nous vous donnerons avec plus de profusion. » Attendons avec confiance la fin des épreuves de la mission du Texas ; elle donnera un jour des fruits en proportion des fatigues, des peines et des angoisses qui ne lui ont pas manqué ?.

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