CALIFORNIE
L'histoire de la Californie, ce pays qui met si bien en évidence la civilisation du dix-neuvième siècle, a été écrite par Venegas et par d'autres. Nous préférons les récits protestants.
« Le nom de la Californie, remarque M. Berthold Seemann, en 1859, est à jamais uni au dévouement désintéressé des Pères Franciscains*, » Cependant les enfants de saint François ont été
1 @ J'ai vu un grand nombre de soldats américains ôter leurs chape:ux pour saluer les prêtres français qui s'étaient attiré une profonde estime. » Three Mouths in the Sonthern States, par le colonel Fremantle, des gardes de la Reine, p, 72 (1865.
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> Voyage of H. M. S. Herald, vol. M, ch. 1x, p. 103.
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précédés par des hommes dont un autre voyageur protestant parle ainsi : « Les Jésuites, avant d’être supplantés par les Franciscains, ont couvert les rochers stériles de la basse Californie de monuments agricoles, architecturaux et économiques, fruits de leur patience et de leur aptitude; laissant à leurs successeurs de bons modèles et des ouvriers passables, mais leur léguant aussi cette leçon inappréciable : qu'il n’y a rien d’impossible à l'énergie et à la persévérance". »
M. Forbes célèbre avec une franche admiration « le mobile pur et désintéressé des Jésuites, » les loue comme « vrais soldats de la croix, » et les fait contraster en termes énergiques avec les « fanatiques illettrés » envoyés par les sectes pour prendre leur place. — M. Forbes rapporte aussi, comme sir George Simpson, « la minulieuse et intéressante campagne qu’ils firent pendant nombre d'années contre les rudes natifs de la Californie et contre leur sol encore plus rude, jusqu'à ce qu’enfin ils triomphèrent des premiers et, autant que cela était possible, du second?. »
Il décrit aussi l'œuvre de leurs successeurs, après l’avoir soigneusement observée. « La preuve la meilleure et la moins équivoque de la bonne conduite des Pères Franciscains se trouve dans l'affection et dans le dévouement sans bornes que leur témoignent leurs sujets indiens. Ce n’est pas simplement comme des pères et comme des amis qu'ils les vénèrent, mais avec un sentiment poussé jusqu'à l'adoration. » Puis il s'écrie, comme s'il trouvait impossible de retenir cet aveu : « L'expérience a montré combien les missionnaires catholiques ont infiniment mieux réussi que les missionnaires protestants. » L’enthousiasme même le gagne en signalant ce contraste, et il ajoute : « Il ne peut y avoir ici d'agent plus convenable que le Frère persévérant et bien discipliné, dont la vie et les études ont été dirigées vers ce but; que les passions irrilées ou les injures ne peuvent agiter ; dont l’humihté et la patience ne sont vaineues par aucune insulte ni par aucun obstacle. Nos missionnaires ne peuvent entrer en comparaison avec lui. »
Sir Georges Simpson est plus circonspect en qualité d’oflicial anglais; cependant il raconte aussi comment les missionnaires protestants abandonnèrent, en désespoir de cause, leurs tentatives sur les natifs de Columbia, ‘parce qu’ «ils acquirent bientôt la
! Nir George Simpson, Journey round the World, vol 1, ch. vu, p. 354. * Californit, ch. 1, p.17 % Jbid., ch. v, P: 230, 242,
certitude qu'on ne pouvait faire de conversions qu'en les achetant. » Sonfressentiment se montre par ces dernières paroles : « L'Église de Rome réussit particulièrement avec les sauvages ignorants. » Cepeudant une personne aussi intelligente ne devrait pas adinettre que ceux-ci fussent les disciples les plus faciles à conquérir, et encore moins les plus faciles à conserver.
« Nous visitèmes les missions, raconte en 1847 le docteur Coulter, en nous arrêtant quelques jours dans chacune d'elles, jouissant de la conversation agréable, spirituelle et bienveillante des Padres, qui formaient une réunion d'hommes, sans exception, fort aimables..…. Les Padres exercent maintenant un contrôle complet sur les Indiens des missions!, »
Le capitaine Becchey avait fait exactement la même observation quelques années auparavant. « Les convertis sont tellement atta-
chés aux Padres, que je leur ai entendu déclarer que s’ils étaient .
obligés de quitter le pays, ils partiraient avec eux?, »
M. Walpole, écrivant deux années après M. Coulter, et avec une faible sympathie pour les catholiques, s’exprime en ces termes : « Les missionnaires catholiques de l'Amérique m'ont toujours paru de beaucoup supérieurs à tous les autres catholiques ; sous leur gouvernement paternel, le rude sauvage cessa ses guerres, se fixa et cultiva le pays en paix, — témoins le Paraguay et la Californic®. »
Ces témoins sont tous des protestants anglais; écoutons ce que disent les Américains. Le capitaine Benjamin Morrell visite ia mission de Saint-Antoine de Padoue, près de Monterey; voici ce qu'il rapporte : « Les Indiens sont très-industrieux dans leurs travaux, soumis à leurs maîtres et à leurs directeurs, qu'ils considèrent comme leurs pères et leurs protecteurs; en retour, ceux-ci s’acquittent de leurs devoirs envers les pauvres Indiens, avec beaucoup de sympathie et d'humanité. Ils sont généralement bien vêtus et bien nourris, possèdent des maisons et jouissent d’autant de bienêtre qu'ils le désirent, On prend le plus grand soin de tous ceux atteints de quelque maladie, et l'on pourvoit avec attention à ieurs besoins‘. » De tels témoignages sont instruclifs, mais ils efeurent seulement la surface et ne mettent pas à découvert les sources cachées d'où découlent toutes ces bénédictions.
Le capitaine Morrell trouve douze cents Indiens chrétiens dans
1 Western Coast of South America, vol. F, ch, xv, p. 454; ch, xvr, p. 170 ? Voyage to the Pacific, vol. HE, eh. 1, p. 21,
5 four Yeurs in the Pacific, vol. HE, ch, p. 95.
% A Nerrative of four Voyages, ch. vi, p. 208 (1852).
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