‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 78 sur 226 · XVI D · texte numérisé non relu

XVI D

la mission de Sainte-Claire. « Toute personne dont l'esprit est sans prévention, s'écrie-t-il, ne pourra voir les travaux de ces missionnaires. catholiques et contempler les heureux résultats de leurs efforts philanthropiques, sans avouer qu’ils sont infatigables dans le bien. Quoique les Mexicains et les Espagnols soient très-indolents et par conséquent très-sales, les Indiens convertis sont généralement très-industrieux, très-instruits et très-propres!. »

Selon M. Russell Bartlett, en 1854, dans la mission de Cocopera, dans la Sonora, « l'augmentation du bétail s'éleva, en une seule année, à dix mille têtes ; » dans celle de Saint-Ignace, fondée en 1687, « abandonnée pendant de nombreuses années, . résultats de l'industrie des Jésuites sont encore apparents. »

« La mission de Saint-Gabriel marquait, à une époque, cinant mille veaux, fabriquait trois mille barriques de vin, et récoltait cent mille fancyas (deux cent soixante-denx mille boisseaux) de grain par an. Le bois de construction pour un brigantin était abattu, scié et préparé à la mission, puis transporté à San-Pedro, où le navire était lancé. Cinq mille Indiens étaient alors réunis et attachés à la mission. Il paraît qu'ils étaient sobres et industrieux, bien vêtus et bien nourris. Ils formaient une vaste famille dont les Padres étaient les chefs religieux, sociaux et, nous pourrions presque dire, politiques. » Puis faisant remarquer les ruines que d’autres hommes et d’autres principes ont faites parmi eux, ce protestant ajoute : « L'humanité ne peut s'empêcher de désirer que la mission délabrée de Saint-Gabriel soit restaurée, ses murailles relevées, ses maisons sans toit couvertes, et ses salles désertes peuplées de nouveau par ses anciens habitants, industrieux, contents et heureux. »

M. Bartlett semble avoir compris, d’après ses relations avec les malheureux survivants de ces tribus, que le pouvoir fécond s'ést retiré, et que ses coreligionnaires, incapables de rivaliser, compléteront infailliblement l'œuvre de destruction qu'ils ont commencée. A la grande mission de Los Angelos, citée autrefois dans toute la contrée, € les Indiens n'ont plus aucun moyen d'existence, leurs lerr. : ont toutes été enlevées... Les Américains ne semblent pas en prendre le moindre souci; leurs efforts, au contraire, paraissent tournés vers leur plus prompte extermination possible! » Dans la mission moderne de San Luis Rey, il s’entretint avec un vieux chef : « Lorsque je m'informai de l'état où se trouvaient les choses au temps où les Pères résidaient daus la mission, le vieillard

A Narrative of four } oyages, p: 219.

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poussa un profond soupir. Il dit que sa tribu était très-nombreuse et que tout le monde était heureux à l’époque où les bons Pères étaient là pour les protéger. Qu'ils cullivaient le sol, élevaient d'immenses troupeaux de bétail, apprenaient le métier de forgeron, de charpentier et d’autres... Il parla en termes très-affectueux du père Peyri, le premier fondateur de la mission, qui y avait résidé pendant trente-deux années. » Maintenant sa tribu était dispersée, « sans asile, sans protection, et dans un véritable état de dénûment. »

Dans un petit nombre de localités, que n’a point envahi le torrent anglo-saxon, les Pères restent encore et voici le résultat de leur présence, attesté par le même témoin officiel : Les Indiens Yaqui de la Sonora, dit-il, sont « honnêtes, fidèles et industrieux. Ïls sont aussi pêcheurs de perles renommés dans le golfe de Californie. » Ils furent « parmi les premiers convertis des Jésuites. » « Très-belliqueux dans le principe, leur sauvage nature fut complétement domptée, lorsqu'ils eurent été soumis au christianisme, et ils devinrent les hommes les plus dociles et les plus doux du monde. Ils sont maintenant très-nombreux dans la partie méridionale de la Sonora, »

Les Indiens Opate (qu'il visita aussi), quoique « signalés pour

leur bravoure, comme les seuls qui eussent lutté avec succès contre.

les sauvages Apaches, » « sont toujours restés fidèles à leur religion. Ils ont donné les preuves les moins équivoques de leur attachement à la loi, à l'ordre et à la paix'. »

il existe une exception à ces candides témoignages : on la trouve, comme on pouvait le prévoir, dans les écrits d’un ministre protestant. Le révérend Joseph Tracy informe gravement ses lecteurs, en face des aveux des voyageurs protestants, que les Jésuites et les Franciscains enseignèrent en Californie les « formes de la religion » sans améliorer les intelligences, les mœurs ou les habitudes de vie”. » I n’y a peut-être pas, dans toute la littérature protestante, deux ouvrages à la fois ausci vulgaires «à aussi profanes, — aussi remplis de vaines et fausses paroles, de vanteries puériles et de räyrokuess äpa0tx, que l’histoire des missions américaines par M. Tracy, et les Reports of the american board pour les missions étrangères. »

Nous avons donc encore signalé un de ces pacifiques triom-

4 Personnal Narrative of Explorations in Texas, New Mexico, California, c'e vol. I, ch, xx, p. 442-4; vol. [1, ch. xxv, p. 92-02, # History of American Missions, p. 197.

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phes, riches de bénédictions pour l'humanité, et qui ont obtenu l'admiration même des hommes dont elles ne peuvent corriger les malheureux préjugés, ni éveiller la conscience. Les pauvres Indiens furent plus sages. Ils reconnurent Celui dont de tels ouvriers étaient les ministres, et l'origine de la force qui leur était communiquée pour mener de pareilles vies ou pour remporter de pareilles victoires.

Les missionnaires catholiques ont fait, dans ce pays, tout ce que des hommes, ayant les vertus et la vocation des apôtres, pouvaient accomplir. Ils ont forcé un sol ingrat à donner de riches moissons ils ont fertilisé avec la rosée des grâces célestes le cœur plus stérile encore du sauvage. Des hommes nouveaux allaient maintenant pénétrer dans ces régions : les Mexicains déchus de leur rang comme catholiques et les protestants qui ne l’avaient jamais possédé. Les uns et les autres ont causé un tort irréparable aux tribus du nord-ouest. ,

Les Mexicains, affectant de suivre les crrements de la politique européenne moderne, dont la maxime principale semble étre l'exclusion de toute influence religieuse dans le gouvernement de la société humaine, les autorités civiles résolurent de séculariser toutes les missions. Il en est résulté, comme partout où la même expérience a été tentée, une rechute rapide dans la barbarie dont l'Église seule a sauvé le monde, la décadence immédiate de la prospérité matérielle et un énorme accroissement de souffrances. L'histoire aurait dû apprendre aux Mexicains à prévoir ces résultats inévitables !,

Lorsque l'Angleterre mit la main sur les biens de l'Église, patrimoine du pauvre depuis des siècles, elle fit le premier pas vers sa condition sociale actuelle. Les prisons et les workhouses remplacèrent les monastères, et les geôliers supplantèrent Îles moines. -L'Argleterre gagna peu au change, Les nouvelles institutions sont dix fois plus coûteuses et les bénéfices produits eu proportipn inverse. Une nation entière de pauvres paiens, devenue un fardeau pour le pays et une menace pour son avenir, est descendue au niveau des tribus les plus dégradées de l'Afrique et de l'Américue, et est aussi complétement dépourvue

! «Je leur demandai ce qu'ils pensaient de l'abolition des dîmes et de la confiscation des biens de l'Égiise (en Espagne, ils répondirent : Le pauvre paie davantage et le riche paie moins. » (The Pillars of Hercules, par David Urquhart, esq , M. P.. vol. E, ch v, PT) Le fils de Marie-Thérèse supprima dans ses états cent vingt-quatre monastères et confisqua leurs biens, évalués à plus ds deux cent millions de flcrins, ce qui n'a pas empêché son empire de faire trois fois vanqueronte depuis cette époque. » Les moines d'Occident, par M. de Montalambert. p. 168 {édit, anglaise).

de religion ou privée de la connaissance de Dieu, que le Sioux, le Caribe ou le Dahoman.

L'histoire des mêmes errements se retrouve en Californie, « En 1853, d’après Môllhausen, le gouvernement du Mexique, jaloux de l'influence du clergé, sécularisa les missions et confisqua leurs propriétés au prolit de l'Etat. » Gomez Farias trama cet acte de félonie, et, comme M. Brantz Mayer le rapporte, ruina, dans une seule province, vingt-quatre missions, habitées par vingt-trois mille Indiens chrétiens. Nous allons donner la statistique de l'opération et de ses résultats, Les spoliateurs ne tardèrent pas à être chassés à leur tour par les Américains : cette race plus énergique ne se contenta pas de détruire les missions, elle travailla à détruire le: Indiens. Ils auraient eu honte s'ils avaient surpassé un criminel aussi pusillanime que Gomez Farias, content, comme un vil larron, de s'approprier le bien des autres. « Lorsque la Californie fut annexée aux États- Unis, la propriété des missions passa de droit entre les mains du gouvernement d'Amérique ; leurs habitations désolées tombèrent rapidement °n ruines ; les toits se sont écroulés, les écuries sont vides ; les jardins et les vergers, naguère florissants, sont aujourd'hui envahis par les plantes sauvages; et d'ici à peu de temps la marée de l’activité commerciale les aura sans doute balayées et en effacera les derniers vestiges!. »

La fortune de quelques marchands y gagnera peut-être, mais aux dépens de toute la population indienne qu’ils sont en train d'exterminer et qui, dans un temps peu éloigné, aura cessé d’être. Déjà, à l’exception d’un petit nombre de missions, où les Franciscains restent encore, mourant de faim, parmi des ruines, mais protégeant l'Indien jusqu'au dernier moment, « ces malheureuses créatures commencent à s'enivrer d'eau-de-vie, » rapporte Müllhausen ; «il est impossible, ajoute-t-il, de ne pas désirer le retour de la prospérité dont jouissaient les missions, ou de voir sans regret les toits effondrés et les murs en ruines de leurs demeures dont un misérable recoin sert aujourd'hui d'abri à quelques prêtres catholiques... Les sacrifices héroïques de missionnaires tels que les Padres Kino, Salvatierra et Ugarte, obtinrent leur récompense; et, jusqu'en 1853, après que trois nouvelles missions eurent été fondées, ils jouirent des fruits de leurs travaux. »

« La spoliation des missions, affirme sir George Simpson, sauf

4 Journey from the Mississippi to the Coasts of the Pacific, ch. xv, p.354.

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